28 février 2009
Gran Torino
Walt Kowalski est un ancien de la guerre de Corée, un homme inflexible, amer et pétri de préjugés surannés. Après des années de travail à la chaîne, il vit replié sur lui-même, occupant ses journées à bricoler, traînasser et siroter des bières. Avant de mourir, sa femme exprima le voeu qu'il aille à confesse, mais Walt n'a rien à avouer, ni personne à qui parler. Hormis sa chienne Daisy, il ne fait confiance qu'à son M-1, toujours propre, toujours prêt à l'usage...
Ses anciens voisins ont déménagé ou sont morts depuis longtemps. Son quartier est aujourd'hui peuplé d'immigrants asiatiques qu'il méprise, et Walt ressasse ses haines, innombrables - à l'encontre de ses voisins, des ados Hmong, latinos et afro-américains "qui croient faire la loi", de ses propres enfants, devenus pour lui des étrangers. Walt tue le temps comme il peut, en attendant le grand départ, jusqu'au jour où un ado Hmong du quartier tente de lui voler sa précieuse Ford Gran Torino... Walt tient comme à la prunelle de ses yeux à cette voiture fétiche, aussi belle que le jour où il la vit sortir de la chaîne.
Lorsque le jeune et timide Thao tente de la lui voler sous la pression d'un gang, Walt fait face à la bande, et devient malgré lui le héros du quartier. Sue, la soeur aînée de Thao, insiste pour que ce dernier se rachète en travaillant pour Walt. Surmontant ses réticences, ce dernier confie au garçon des "travaux d'intérêt général" au profit du voisinage. C'est le début d'une amitié inattendue, qui changera le cours de leur vie.
Grâce à Thao et sa gentille famille, Walt va découvrir le vrai visage de ses voisins et comprendre ce qui le lie à ces exilés, contraints de fuir la violence... comme lui, qui croyait fermer la porte sur ses souvenirs aussi aisément qu'il enfermait au garage sa précieuse Gran Torino...
Je me suis donc rendu à la messe cinématographique du moment, en allant voir le film aux éblouissantes critiques. Le ChonChon est un peu râleur et se méfie toujours un peu de l'unanimisme. Dans la filmographie de Clint Eastwood, si je place très haut "Impitoyable" (1992), "A minuit dans la jardin du bien et du mal" (1998) et "Mystic River" (2003), je dois bien dire que j'ai été moins, voire nettement moins, enchanté par "Sur la route de Madison" (1995), "Space cow-boys" (2002), "Million dollar baby" (2005), "Mémoires de nos pères" (2006), ou "L'échange" (2008). Clint Eastwood est un bon réalisateur, je ne discute pas là-dessus. Mais je trouve certains de ses films parfois aussi lourds que les grosses pâtisseries américaines. Et quand il est trop évidemment républicain, il arrive à me gonfler.
Manifestement, il lui arrivait aussi de se gonfler un peu lui-même ! Et cette cuvée 2009 est un excellent cru. On dirait presque un film testament, où Clint Eastwood se moque de lui-même, ou pour le moins de ce qu'il véhicule. C'est divinement bien fait. Pour commencer, le scénario est simple et bien ficelé, sans effets inutiles. (Je verrai avec le temps si je n'ai pas confondu ici simplicité et simplisme). On comprend très vite comment tout ça va finir, et c'est une des grandes forces du film, qui nous délivre de toute attente, et nous ouvre à davantage de "gourmandise". Ensuite, il faut dire que rares au cinéma sont les dialogues de cette trempe ! Un défilé de grossièretés bougonnes, odieuses, racistes, mais très amusantes.
(A ce propos, je plains ceux qui ne pourront pas voir le film en VOST (version originale sous-titrée) parce qu'il n'est pas proposé tel dans leur commune. Je n'ose imaginer les dégâts d'une VF. Quant à ceux qui choisiront la VF (version française) alors qu'ils peuvent faire autrement, que font-ils au cinéma ?)
Clint/Walt s'en donne à coeur joie de bougonnerie, de râlerie, de morgue désuète... En vieux bonhomme passéiste qui dans un premier temps refuse de digérer son passé et de s'ouvrir au monde actuel, il est épatant, nourri d'un évident second degré, qui ne renâcle devant rien pour se moquer de lui-même. C'est d'autant plus jubilatoire que Papy Harry n'a pas pour habitude de nous tartiner d'humour.
Pour faire face à lui notamment, un frère et une soeur d'origine asiatique, interprétés par Bee Vang et Ahney Her, tous deux excellents face au "monstre sacré", notamment dans quelques scènes d'anthologie. Comment résister à cette scène chez le coiffeur où le vieux Walt décide d'apprendre à son jeune protégé Thao la façon avec laquelle doivent s'exprimer les hommes, les vrais !
J'ai eu l'impression devant "Grand Torino" que Clint Eastwood avait enfin décidé de se donner un autre rôle et de se proposer un autre regard, plus malicieux, plus crépusculaire aussi. Avec les mêmes oripeaux que d'habitude (les flingues, la bagnole, la famille qui fait chier, le curé pontifiant, le veuvage...), il se redistribue avec bonheur les cartes en prenant le tout avec davantage de hauteur et de recul.
Sans doute y-a-t-il ici davantage qu'un "film de plus". Certes, à la manière de Scorcese, il en va du christique, du sacrificiel, et de la rédemption. Mais, refusant de conserver comme immuables ses douleurs d'antan, Walt Kowalski apprend à les muer en boucliers nouveaux pour affronter les dangers nouveaux. Le crépuscule d'un homme, d'accord, mais aussi la mort d'un égoïsme.
C'est ainsi qu'on transmet, qu'on passe la main, et qu'on tire sa révérence. Cap vers autrui. Mais il n'est pas dit que le temps passant, le charme ne s'érode, le film étant assez manichéen malgré ses évidentes qualités.
Régionalisme ?
56% des Français pour le maintien de 22 Régions !
La commission Balladur, composées de personnes de tous horizons, vient de plancher sur le toilettage de toutes nos strates administratives : cantons, communes, communautés de communes, départements, régions... Et de nous pondre la suggestion de la suppression des cantons, et le regroupement à 15 régions, sur la base du volontariat.
Comme on pouvait s'en douter, plusieurs instituts de sondages ont donc interrogés les Français sur la question. Comme on pouvait s'y attendre, trois quarts de la population sont très attachés aux Départements. Dont acte. Après tout, au temps de l'acculturation généralisée, le nom des départements apprennent un peu notre géographie : fleuves, rivières, montagnes...
Mais voilà que nous apprenons qu'une assez large majorité des Français est attachée à nos "identités régionales" ! Pourtant, dès leur création en 1964, il ne fut pas un seul spécialiste pour défendre ce trop grand nombre ! Après 35 ans, que voulez-vous ma bonne dame, on s'est attaché, réserve faite des habitants de la région parisienne !
Pour ma part, et j'en discutais dans le cadre de mon think-tank, à savoir Zaza de Mongoland et moi-même, et nous étions d'accord sur un découpage régional semblable à celui effectué par France Télécom en 5 grandes régions. Vous savez, comme les 2 premiers chiffres de votre numéro de téléphone fixe : 01, 02, 03, 04 et 05. Tout bêtement. Avec probablement un petit aménagement pour les équilibrer en population.
Sur le site NouvelObs, je trouve cette carte que je trouve très bien aussi. Je me dis qu'avec des notions comme centre, nord, sud, est et ouest, on n'en demanderait pas top à ma bonne dame en terme de mémorisation. Mais que nenni ! Voilà qu'on lit ici et la là, et notamment dans la Presse Quotidienne Régionale, qu'il faudrait conspuer cette idée de réduction du nombre de Régions.
On imagine la tronche des membre de la Commission Européenne lorsqu'elle reçoit des demande des subvention de la part, au hasard, du Limousin ou de la Basse Normandie, alors que traîne sur la table les requêtes des immenses Länder allemands ! Honnêtement, à l'échelle européenne, accorder de telles subventions est impensable, et serait stupide, car horriblement inégalitaire.
Qu'est-ce que c'est que cette nouvelle baudruche qu'on nous balance : identité régionale ! Ma bonne dame, si vous êtes, au hasard encore, Bretonne et que vous appartenez à une région administrative qui s'appellerait le Nord-Ouest, ça changera quoi ? Vous ne cesserez pas d'être ou de vous "sentir" Bretonne !
=> La Commission Balladur, à mon sens aurait du davantage trancher dans le vif, et nous proposer un maximum de 10 Régions existantes, au lieu de ces 15 machins. Je reconnais cependant l'effort - face à la nécessité - entrepris.
=> Et ma Bonne Dame, si vous n'avez pas d'autre indignation à faire valoir, en ce temps de crise où des millions de personnes sont dans de graves difficultés, je vous saurais gré de faire silence ! C'est assommant au pays de l'universalisme d'avoir encore à entendre des personnes s'arc-bouter sur une pseudo identité régionale. Dansez la bourrée ou la carmagnole, chouinez vos délicieux patois, mais laissez-nous avoir un découpage administratif efficace.
=> Enfin, si ce re-découpage administratif pouvait au passage réduire un peu le nombre d'élus régionaux - indemnisés sur les deniers publics - parce que souvent ils sont en redondance avec les élus départementaux, avec des doublons voire pire, ce serait autant d'économisé en inutiles charges administratives ! Le financement de la vie politique s'en retrouverait probablement un peu réduit, mais n'est-ce pas le cas de la plupart des Français d'avoir à se serrer la ceinture ?
Les Césars 2009
* Comme je l'avais écrit début 2009, j'avais placé "Séraphine" dans mes 4 films français préférés de l'année 2008 (voir ci-dessous). Cela tenait beaucoup à Yolande Moreau, exceptionnelle actrice. Outre l'interprétation de l'actrice, le film portait grand nombre de qualités évidentes. J'ignore si cela "vaut" 7 Césars, mais ça n'a pas d'importance.
Pourquoi revenir sur ce César de la Meilleure Actrice ? La liste des actrices en lice m'avait déjà particulièrement réjoui, parce qu'elle était aux antipodes du "bling-bling" : Catherine Frot, Tilda Swinton, Sylvie Testud, Kristin Scott Thomas, et évidemment Yolande Moreau. Pas une seule pouffiasse ! On ne saurait ignorer l'évident tournant sociétal que constituent ces choix. On est à mille lieues de... allez, je suis bon aujourd'hui, je ne cite personne ayant interprété Edith Piaf !
* Et un petit coup de coeur : ex-aequo pour les Meilleurs Espoirs Masculins, Marc-André Grondin et Pio Marmaï dans "Le premier jour du reste de ta vie". Depuis CRAZY pour le premier, et la prestation du second dans ce film, j'étais convaincu que nous reparlerions d'eux très bientôt, tant ils me parurent excellents face à un très touchant Jacques Gamblin ! Dont acte. (Même si Grégoire Leprince-Ringuet est excellent lui aussi dans "La belle personne"...)
* Certes, comme le suggèrent mes choix, il y a forcément des déceptions, notamment concernant "Mascarades" et "Home", mais le fait qu'ils aient figuré sur les listes des "nominés" est en soi un joli cadeau. Reste et demeure qu'on peine à saluer le cinéma le plus novateur. * Pour clore, juste un petit mot sur cette pseudo-polémique sur la systématique non récompense des comédies en France. Moi, ça me convient tout à fait : ces comédies sont généralement moches, vulgaires, et stupides. Qu'elles soient saluées par un nombre important d'entrées est une désolation bien suffisante pour ne par en plus les gratifier d'une récompense "artistique". "Visiteurs", "Camping", "Disco", "Ch'tis", etc : rentrez à la niche ! Ou plus précisément, filez sur TF1, c'est là votre but, et donc votre destinée.
=> Retour sur ma chronique de début 2009 :
- Mes films français préférés : "Capitaine Achab" de Philippe Ramos, "Les Plages d'Agnès", d'Agnès Varda, "Home", d'Ursula Meier, "Séraphine" de Martin Provost. Seulement 4 films ? Au delà des qualités évidentes et objectives (autant que possible) de ces films, j'ai choisi ceux dont les sujets m'ont paru les plus rares au cinéma. Et comme l'indique l'affiche que j'ai mise en avant, c'est "Capitaine Achab" que j'ai souhaiter mettre en avant. Un profond attachement à la littérature... Et aussi deux comédiens d'exception que sont Dominique Blanc et Denis Lavant, tous deux trop rares sur grand écran, mais très présent sur scène.
- Excellents films : "Le sel de la mer" d'Annemarie Jacir, "Le Premier Venu" de Jacques Doillon, "Un conte de Noël" d'Arnaud Despléchin, "Le Plaisir de Chanter" d'Ilan Duran Cohen, "Mascarades" de Lyes Salem, "Dernier Maquis" de Rabah Amar-Zaïmeche, "L'Apprenti" de Samuel Collardey. Un magnifique mélange, selon moi, de réalisateurs chevronnés et de nouveaux venus. Particulièrement heureux de noter parmi quelques cinéastes d'un certain renom, l'excellent travail de réalisateurs d'horizons divers, tels Annemarie Jacir, Rabah Amar-Zaïmeche et Lyes Salem. C'est ainsi, peu à peu, que continue de se faire "l'intégration", dont hélas on n'entend plus guère parler, au profit d'un communautarisme qui n'est pas ma tasse de thé (à la menthe) ! Petites productions, certes, mais souvent avec une portée universelle, à l'opposé des recettes vendues par notre gouvernement.
- Films intéressants : "Les Bureaux de Dieu", "Mesrine 1 & 2", "De la guerre", "Entre les murs", "La belle personne", "Versailles", "Un monde à nous", "Le bruit des gens autour", "Deux jours à tuer", "Lady Jane", "Elle s'appelle Sabine".
27 février 2009
Le moment fraternité, de Régis Debray
Sort aujourd'hui le nouveau livre de Régis Debray, intitulé "Le moment fraternité". Mes quelques lecteurs habitués comprennent déjà mon intérêt pour ce livre. 1848, ce n'est pas n'importe quelle date dans l'Histoire de France !
Evidemment, je ne l'ai pas encore lu, et je ne peux pas en livrer le moindre commentaire, le moindre avis. Néanmoins, puisque la Fraternité est une de mes "marottes" - et le nombre de chroniques sur mon blog l'attestent - le fait qu'un philosophe, et pas n'importe lequel, s'attarde sur le sujet, m'apparaît comme un signe encourageant.
J'ai pu en lire un petit bout, paru hier dans un quotidien. Un vague intérêt "a priori" se mue alors en vif intérêt. Je ne cesse de me désoler que "la puînée des frontons républicains" soit si délaissée depuis quelques temps. J'y vois pour ma part, après les combats menés en faveur de la Liberté et de l'Egalité, un nouveau champ de réflexion, très étendu et absolument nécessaire.
Un Sarkozy conspuant l'ISF (Impôt de Solidarité sur la Fortune) m'avait heurté, et surtout m'avait semblé une atteinte grave à ce concept de Fraternité. Je n'avais pour ma part pas attendu - et je ne suis pas le seul - la crise actuelle pour comprendre qu'une telle atteinte n'aurait jamais été acceptée si elle avait directement et frontalement heurté la Liberté comme l'Egalité.
Il m'avait immédiatement semblé absurde de faire reculer la Fraternité, symbolisée par l'impôt des plus aisés, et au même moment promouvoir le fameux "Grenelle de l'Environnement". Ce fut "un rendu pour un prêté" si j'ose dire. Quelques mois plus tard, si malhabile qu'elle ait été, il m'avait paru complètement stupide de moquer Ségolène Royal au Zénith de Paris, haranguer ses admirateurs de "Fra-ter-ni-té" !
Dois-je rappeler que c'est aussi au nom de la Fraternité que nous eûmes les 40, puis les 39, puis les 35 heures (autrement dit le partage du travail) ; la Sécurité Sociale ; les congés payés ; les indemnités chômage, la CMU, etc... ?
Non, la Fraternité n'est pas une banalité ! La passer par "pertes et profits" serait un recul d'une inimaginable portée. Inacceptable serait une société du moi-je, individualiste à outrance. Et à mon sens, déchiqueter la Fraternité serait pour chaque être un tant soit peu humaniste, tout bêtement liberticide. Quel avantage y-aurait-il à s'engraisser paisiblement, en regardant son prochain comme son lointain, crever la gueule ouverte ?
Moins théoriquement, les atteintes que nous voyons poindre de plus en plus clairement vis-à-vis des écoles, des universités, du Planning Familial, des hôpitaux... sont autant de haïssables atteintes à la "Puînée Républicaine" !
Merci Régis Debray. Peu importe au bout du compte si ton livre n'est pas à la hauteur de mes attentes, ou plus précisément de mes espoirs. Ton livre et là, et c'est déjà une superbe brèche sur le misérable crépi idéologique de ce si néfaste gouvernement !
26 février 2009
Père perdu pour France égarée ?
Nombreuses sont les "enquêtes d'opinion" et les "sondages" - avec leur cortège de réserves que l'on peut émettre à leur sujet - qui nous confirment la baisse de popularité de Nicolas Sarkozy comme de son gouvernement. Je crois qu'il n'y a pas lieu de s'en étonner, face au fait politique, comme face à la simple constatation du temps écoulé depuis qu'il sont là : presque deux ans.
Un élément accentue probablement ce désamour - si l'on veut bien sortir un instant de l'action politique à proprement parler - c'est le fait que Nicolas Sarkozy est anxiogène. Toute cette agitation, ces tirades quotidiennes pour remédier à nos difficultés, ces vexations ressenties par certains pouvoirs étrangers, alors même que les Français aiment que la France "tienne son rang".
Président de la République Française, c'est une fonction, mais n'en déplaise, c'est aussi et surtout un symbole. A l'étranger pour représenter notre force, notre prestige, notre culture, etc... mais aussi sur le territoire national. Nous sommes le peuple qui a été son "père" le roi, et nous avons souvent élu à la Présidence de la République un substitut à ce père perdu. On peut en penser ce qu'on veut, ça n'a guère d'importance, mais depuis De Gaulle jusqu'à Chirac, pour n'évoquer que notre histoire récente, nous avons souvent placé à l'Elysée des figures paternelles, Giscard d'Estaing étant l'exception confirmant la règle. Il est évident que Nicolas Sarkozy, évidemment de par son âge, mais aussi de part son attitude, confirme une rupture.
Est-ce la publicité qui a fini de nous aliéner et nous a finalement convaincu que le souffle et le renouveau viendrait, non pas des idées renouvelées, mais de l'âge du nouveau président, nous faisant céder sottement à la frénésie de jeunisme qui s'opère dans presque toutes les strates de la société et dans tous les domaines ? Et à peine deux ans après, ces fameuses "enquêtes d'opinion" et divers "sondages" de nous montrer qu'un homme voit sa popularité aller grandissant, frisant même l'incompréhensible score de Kouchner : Jacques Chirac, ainsi que vous l'indiquait l'illustration de cette chronique. Mais en la matière, s'agit-il de l'image sympathique de l'homme (quoiqu'on puisse en penser, il est sympathique), ou s'agit-il du symbole qu'il représente ? Je ne suis pas "freudien", loin s'en faut.
Maintenant, je me demande si ce n'est pas une sorte de "figure paternelle rassurante" que salue cette constante et tranquille montée de Jacques Chirac dans le coeur de bien des Français. Je n'ignore pas qu'on a tendance à idéaliser le passé ; je n'ignore pas non plus que face à Sarkozy, par simple comparaison nous en viendrions presque à aimer Raffarin (c'est dire !) ; je sais surtout que nous ne sommes jamais défaits de nos consciences trop longuement.
Cette élection de Nicolas Sarkozy en mai 2007 (quelles qu'en furent les raisons, quoiqu'on puisse penser de Ségolène Royal) n'est-elle pas vécue aujourd'hui par un grand nombre de ses électeurs, comme "un moment d'égarement", une folie passagère ? Auraient-ils voté pour l'amusant et énergique cousin, aussi primesautier qu'un cabri corse, le temps d'une distraction, parce que la mode voulait qu'il en fût ainsi, alors que depuis si longtemps, c'est un père bienveillant qui nous protégerait le mieux ?
J'avais écrit, et je m'en souviens parfaitement, une petite chronique pour expliquer pourquoi, selon moi, Ségolène Royal était l'homme du scrutin de 2007, et que Nicolas Sarkozy n'en était qu'une pin-up médiatisée, venue d'une triste émission de télé-réalité dont on nous gargarisait à l'époque, et qui gagnerait cette foutue élection ! Toujours est-il que plus rationnellement, faute probablement d'autres références, c'est aujourd'hui vers Jacques Chirac que se tournent des regards embués, tout à leurs regrets. La bière et la tête de veau étaient probablement plus digestes que les Rolex, les talonnettes et les costumes mal taillés.
Un "père perdu" qui reviendrait et nous servirait, au temps des assiettes vides, une bière et de la tête de veau...
25 février 2009
Boy A
A 24 ans, Jack sort de prison où il a passé toute son adolescence pour un meurtre qu'il a commis lorsqu'il était enfant. Dès sa libération, Terry, assistant social, l'emmène le plus loin possible de ce scandale encore présent dans tous les esprits. Terry lui donne un autre nom, lui trouve un travail, une maison. Dans cette ville d'Angleterre qu'il ne connaît pas, Jack se construit une nouvelle vie à laquelle il tente de se tenir. Mais si l'anonymat est un répit, il est aussi une douloureuse contrainte puisque Jack ne peut révéler à ses nouveaux collègues ou amis, et à la fille dont il tombe amoureux, la vraie nature de son passé. Jusqu'au jour où, par hasard, Jack devient un héros local et que sa photo apparaît à la une des quotidiens...
John Crowley nous livre ici, à 39 ans, son deuxième film après "Intermission" en 2003 (avec Colin Farrell et le génial Colm Meaney), sur un sujet très délicat, dont la Grande Bretagne sait meubler ses tabloïds. Est-on pardonné, alors qu'on a effectué sa peine de prison. Il convoque à cet effet deux jeunes acteurs issus de séries TV, Andrew Garfiel et Katie Lyons, dont le jeu tout en retenue est très délicat.
Mais pour guider le film, il fait appel à l'excellent Peter Mullan, acteur-réalisateur écossais à la filmographie impressionnante : notamment "My name is Joe", "Trainspotting", "Redemption", "Mauvaise Passe", "Une Belle Journée" devant la caméra ; "Orphans" et "The Magdalene Sisters" derrière. Fidèle à la réputation qui le précède, Peter Mullan est parfait.
Le scénario de "Boy A" est assez bien ficelé, même si ses ficelles s'épaississent un peu trop vers la fin. Reste que tout l'univers "middle class" britannique est bien relaté ; que les tourments de Jack sont très bien analysés et retranscrits sur l'écran.
Côté mise en scène, il est évident que John Crowley est talentueux, surtout lorsqu'il filme une longue soirée au pub local puis en boîte de nuit, où l'acteur ébauche une danse saccadée, filmée avec virtuosité. Nombreux et judicieux sont les jeux de miroirs dans le films, évoquant l'ancienne identité perdue, et la nouvelle à conquérir pour Jack, qui sait qu'il ne souhaite pour rien au monde redevenir celui qu'il a été, mais qui peine à construire celui qu'il lui faudra être. Tel un homme en fuite, entre ces deux identités, la mise en scène envisage efficacement une sorte de schizophrénie et de paranoïa.
Cet aspect du film est très intéressant. Dans son souci de rigueur et de pudeur - et c'est logique avec un tel sujet, la rédemption d'un ancien pré-adolescent meurtrier devenu adulte qui a payé sa peine - on frise parfois un maniérisme qui n'est pas justifié. Mais le sujet est suffisamment intéressant pour que l'on parvienne à passer outre ce léger excès de stylisme.
La justice est capable de quantifier une peine pénale, mais la population - aidée des journaux à scandales et des caniveaux de l'internet - n'est pas si sereine, taraudée par des soifs de loi du talion. Pourtant, punir n'est pas anéantir. Le constat est triste, mais il me semble qu'il est exact. Trop encore confondent justice et vengeance.
Au Bonheur des Dames
Une dizaine de proches de Ségolène Royal entrent à la direction du PS, parmi 31 nouveaux secrétaires nationaux et adjoints, a annoncé mardi 24 février le PS dans un communiqué.
Le secrétariat national du PS est complété ainsi par 7 secrétaires nationaux, dont 6 reviennent à des "royalistes".
Le sénateur David Assouline devient secrétaire national (SN) auprès de la première secrétaire ; Najat Belkacem, adjointe au maire de Lyon, devient SN chargée des questions de société ; Philippe Doucet, maire d'Argenteuil (Val d'Oise), est chargé des droits des consommateurs ; la députée Aurélie Fillipetti est chargée des questions énergétiques ; le député Jean-Patrick Gilles est chargé de la Famille et le député Gaëtan Gorce prend en charge l'exclusion.
Parmi les 20 secrétaires nationaux adjoints, figurent d'autres "royalistes", notamment Carlos Da Silva (rénovation) et Patrick Mennucci (animation et du développement des fédérations).
Le député Jean-Louis Bianco devient co-président du Forum des territoires.
Enfin plusieurs proches de Benoit Hamon, porte-parole du parti, renforcent le secrétariat national comme Henri Weber, SN adjoint chargé de la mondialisation.
Ségolène Royal avait confirmé dans la matinée, depuis la Guadeloupe, qu'une douzaine de ses partisans devraient entrer à la direction du PS. L'ex-candidate à la présidentielle a pour sa part rappelé qu'elle était "disponible pour exercer des responsabilités" si on lui en propose.
Une douzaine, "je pense que ce sera l'ordre de grandeur et c'est très bien", avait déclaré sur France-Info Ségolène Royal.
Ségolène Royal ne participait pas à ce bureau national, car elle se trouve toujours en déplacement en Guadeloupe.
"J'ai encouragé tous mes amis à entrer dans la direction du parti. Moi-même je me suis dite disponible pour exercer des responsabilités : si on me les donne c'est bien, si on ne me les donne pas, c'est bien aussi, si on me donne des missions provisoires ce sera parfait", avait indiqué la Présidente de la région Poitou-Charentes dans un grand éclat de rire.
=> Quand la raison l'emporte. Il est évident que c'est devant les échéances électorales prochaines - élections européennes - que ce rapprochement intervient. Ces élections à la proportionnelle intégrale, sont toujours un véritable casse-gueule pour les grands partis majoritaires, et face à la montée du NPA d'Olivier Besancenot comme face à la liste menée par Daniel Chon-Bendit et Eva Joly, ou face au parti de Mélanchon qui grignottera des places lui aussi, il était urgent pour le PS de serrer les rangs.
=> Simple ravalement de façade ? Evidemment ! Mais on ne saurait agir autrement, devant la crainte réelle qu'il y a de voir la place du PS se réduire comme peau de chagrin au Parlement Européen. Il n'y a là rien de bien original dans l'histoire des partis majoritaires, et c'est une fois de plus le cas du PS, contraint de faire oublier son malheureux Congrès de Reims, nourri des turpitudes les moins avouables.
=> Ravalement durable ? Très probablement. D'autres échéances arriveront vite - élections régionales - où il conviendra encore de pouvoir faire face à l'UMP, et profiter du mécontentement des Français face à leur gouvernement. Comme quoi, dans la rhétorique, on souhaite toujours "partager les profits", mais cela s'arrête toujours à l'aune du capitalisme... comme à l'aune des élections ! Le PS ne saurait laisser la moindre miette à son aile gauche, au moins dans sa stratégie.
=> Et le rapprochement entériné, l'ensemble des médias trouvera probablement autre chose à raconter que l'affrontement des deux Dames de la Rose, pour se concentrer sur l'opposition droite/gauche, comme il en a toujours été depuis des lustres. C'est tristement pragmatique, mais on ne change pas l'ordre des choses d'une simple pichenette.
24 février 2009
Liberté d'expression.
Siné relaxé par le tribunal correctionnel de Lyon
Le dessinateur Siné a été relaxé mardi 24 février par le tribunal correctionnel de Lyon. Il était poursuivi par la Licra pour "incitation à la haine raciale" après avoir ironisé dans Charlie Hebdo sur une éventuelle conversion au judaïsme de Jean Sarkozy, Le juge a suivi les réquisitions du parquet prononcées fin janvier.
"Le tribunal considère que (Siné) s'est autorisé à railler sur le mode satirique l'opportunisme et l'arrivisme d'un homme jeune, engagé sur la scène politique et médiatique", a déclaré le président du tribunal, Fernand Schir, au rendu du délibéré. "Il ne creuse pas le préjugé antisémitisme", a-t-il ajouté. Ancienne figure du journal satirique Charlie Hebdo, Maurice Sinet, alias Siné, 80 ans, présent au jugement, s'est dit "soulagé", répétant qu'il ne s'était jamais senti coupable.
Deux chroniques visées :
* La chronique controversée sur Jean Sarkozy avait été publiée le 2 juillet 2008 dans Charlie Hebdo. Attaqué par la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra), le dessinateur s'était défendu dès le début du procès, le 27 janvier, d'être antisémite en expliquant qu'il critiquait "l'arrivisme" du fils du président de la République.
* La citation de la Licra visait également une autre de ses chroniques, publiée le 11 juin, critiquant crûment des pratiquants chrétiens et juifs mais aussi les femmes musulmanes voilées. "La lecture de ces chroniques, on ne peut pas la faire en faisant abstraction de l'hebdomadaire dans lequel elles ont été publiées. Charlie Hebdo est un journal satirique, on est sur le terrain de la provocation", avait déclaré le 28 janvier le procureur Bernard Reynaud dans son réquisitoire, à l'issue duquel il avait demandé la relaxe. "On n'est plus dans la provocation mais dans la transgression de la loi", avait plaidé pour sa part l'avocat de la Licra, Maître Alain Jakubowicz.
=> On ne peut que saluer cette décision de justice. La satire n'est donc pas proscrite en France, même lorsqu'il s'agit de moquer les religions. Une atteinte à la liberté d'expression aurait signé un recul inquiétant. Siné est un satiriste, qui a publié une chronique dans un journal satirique, Charlie Hebdo, dont les lecteurs sont parfaitement aptes à comprendre ce qui relève de la provocation et de la moquerie, et ce qui pourrait éventuellement relever de l'incitation à la haine raciale.
=> Il ne me déplaît pas que Philippe Vall et Bernard-Henri Lévy se voient enfin mouchés par la justice française, ce qui ne m'empêche pas de les lire ni de les estimer. Nul n'est le tenant de ce qu'il convient de penser, écrire, exprimer, dessiner. En effet, il ne leur appartient pas de nous dire les indignations qu'il serait souhaitable de mimer.
Non, je n'irai pas !
Au rythme d'un par semaine, le marché des "bouses cinématographiques" française est un marché qui semble bien se porter. A l'aire du BIO, j'en viens à croire que les bouses prolifèrent. Ces films qui monopolisent presque tous les médias populaires pour leur promotion, je n'irai pas les voir.
"De l'autre côté du lit", "La guerre des miss", "Un homme et son chien", "Envoyés très spéciaux", "King Guillaume", "LOL", "Le Séminaire", "Cyprien", "Coco", et très certainement une multitude d'autres à venir, constituent invariablement chaque semaine les "grosses sorties françaises". OK, je le concède, il y a bouse et bouse... certains de ces films ne sont peut-être pas tous complètement affligeants.
Il est aisé de dire "il en faut pour tous les goûts", mais ces bouses, après avoir monopolisé les médias populaires pour assurer leur promotion, monopolisent ensuite près de 500 salles françaises chaque semaine, parfois davantage ! L'espace qu'on leur accorde est bien trop important, puisque c'est invariablement au détriment de films plus modestes, mais tout aussi invariablement, bien meilleurs.
Si je m'amuse à leur adjoindre la "bouse américaine hebdomadaire", le nombre de salles voué aux films intéressants devient rapidement portion congrue. Je sais que le cinéma est d'une part un art, le septième, et qu'il est aussi et surtout, une industrie. Mais est-ce une raison pour constamment niveler par le bas le niveau des productions françaises ? Personnellement, puisque j'habite Paris, je peux tout voir, et je ne devrais pas me plaindre. Sauf que, je ne saurais songer qu'à ma pomme, et j'imagine aisément ce que peut être la programmation dans de plus petites villes - dites précisément "villes moyennes - où ne subsistent que quelques salles.
=> On ne cesse de nous dire qu'il faut aider les "classes moyennes". Manifestement, la production cinématographique française s'en occupe à outrance, et fait tout pour la laisser à sa "moyenne". Pour être cinéphile, je sais combien les bons films, les films intéressants, portant notamment sur des sujets de société et proposant avec profondeur des études psychologiques, ouvrent les horizons et font tomber quelques barrières, pour ne pas dire "ornières".
=> Y-a-t-il une volonté "politique" délibérée à maintenir ces "classes moyennes" devant des films "moyens" ? Comme il y a une volonté de les acculturer devant TF1 ou M6, pour mieux les sensibiliser aux idées populistes les plus nauséeuses. Il serait en effet passionnant de superposer la carte géographique de ces "villes moyennes" dotées de peu de salles de cinéma, et donc de peu de films, avec une carte électorale. Je suis convaincu - à tort ? - que là où l'art est rare, le vote xénophobe fait un tabac. Il me semble même qu'on nous l'a assez dit, aux échéances électorales où feu le FN avait un certain retentissement.
=> Je ne prétends pas démontrer un rapport de cause à effet, ce serait stupide et raccourci. Il n'en demeure pas moins que lorsque je constate que les médias accordent une large place à Danny Boon se plaignant de son peu de nomination aux Césars malgré son immense succès, il y a là toute une mentalité viciée, qui nous dicterait que tout succès populaire devrait en prime se voir orné de récompenses. Un relan de "travailler plus pour gagner plus", ou quelque chose de cet ordre, parfaitement détestable. Que je sache, il n'y a nulle part, une obligation de salut à la médiocrité.
=> Un jour viendra peut-être, comme l'écrirait le mauvais littérateur, où ce type de film sera conspué. Et qu'on ne vienne pas me dire que des personnes ont besoin de se distraire devant ce film ! Ce ne sont là que de simples miroirs, et je n'y vois pas l'ombre d'une distraction ! Le propre de la distraction, c'est de vous SORTIR et de vous DETOURNER de votre quotidien, mais pas de vous y laisser patauger avec complaisance.
Au diable Staline, vive les mariés !
Roumanie, de nos jours. Une équipe de tournage arrive dans un village isolé pour un reportage sur des phénomènes paranormaux. A la surprise de tous, seules de vieilles femmes en deuil habitent ce village. Quelle est donc leur histoire ?
Roumanie, 1953. Ana et Iancu sont sur le point de se marier. Tout le village s'atèle aux préparatifs de la noce. C'est un véritable festin qui attend tous les convives. Alors que la fête bat son plein dans le jardin de la maison, le maire du village et le commandant du régiment font irruption pour annoncer la mort de Staline ainsi qu'une semaine de deuil national prenant effet sur le champ. Toutes les festivités sont interdites.
Malgré l'interdiction, les mariés et leurs invités feront preuve d'ingéniosité pour poursuivre la fête...
Horatiu Malaele et Vlad Paunescu, avec leur film, confirment le renouveau du cinéma roumain, après notamment "4 mois, 3 semaines, 2 jours" de Christian Mangiu et "12H08à l'est de Bucarest" de Corneliu Paromboiu. C'est toujours un plaisir de constater que l'Europe ne se laisse pas engloutir par les mastodontes made in USA, ouvrant les bras à des cinémas nouveaux, récemment venus d'Islande, d'Allemagne, sur les pas de l'Espagne, l'Italie, la Belgique, et la France.
Ce film est une petite merveille, malgré ses imperfections. Une histoire ET un scénario ET une mise en scène, servis par une interprétation chorale et originale. Voilà qui déjà mérite de figurer sur le haut du panier.
Quelques minutes après la scène d'ouverture, le ton est donné, lors d'une rencontre avec l'improbable vieille prostituée Marinela. Et des personnages de cet acabit, le film en propose à loisir, pour l'enchantement du spectateur. Et même sur ce fond triste de communisme, le film présente une population roumaine avide de joies, d'engueulades... de tout ce qui peut faire une vie quotidienne à la campagne très heureuse.
Et non seulement ce peuple est fantaisiste et aussi foutraque que chez Kusturica ou Kaurismaki, mais en plus, comme la Roumanie est belle. Comme le peuple roumain est joyeux, hédoniste, loin de toute pudibonderie ! Les réalisateurs s'attachent à changer notre regard, évitant de nous maintenir dans la grisaille du communisme de Nicolae Ceaucescu.
Quelques scènes mémorables, la projection d'un film en plein air ; l'arrivée d'un cirque ambulant dans le village, et le surprenant repas de mariage... autant de scènes inventives à faire sourire les plus acariâtres.
Je ne peux que recommander ce film, une comédie très réussie, à mille lieues des âneries actuelles "made in France", qui peinent très douloureusement à nous arracher le moindre sourire autre que complètement stupide et invariablement vulgaire.




















