Terzieff_LaurentLaurent Terzieff est beau.

C'est dans le cinéma de Carné, de Rossellini, de Clouzot, de Bunuel, de Pasolini et évidemment de Garrel, que j'ai découvert Laurent Terzieff. C'est un très grand acteur.

Mais j'ai le sentiment que c'est au théâtre que je l'ai toujours vu. Il est avec Michel Bouquet, et certainement quelques autres, un immense acteur de théâtre. Il y a quelque chose en lui qui me rappelle certains protagonistes de Dostoïesvsky, une évidence dramatique dans le visage, peut-être.

A titre personnel, mes pensées vont évidemment vers le Soldat Tchapaïev, le Général Fourmanov. C'est mon patronyme, probablement, qui me fait percevoir le Russe Terziev derrière le Français Terzieff.

Hier au soir, j'ai eu le plaisir - que dis-je le plaisir ! - l'enchantement de voir et d'écouter Laurent Terzieff sur le plateau de Frédéric Taddeï, sur France 3, dans l'émission "Ce soir ou jamais". Et je me prenais à rêver que j'étais au Flore, à l'étage, et que je le regardais boire son verre de vin rouge et grignoter ses quelques olives. Parce que c'est ainsi, même lorsqu'il parle à la radio, Laurent Terzieff vous pose pose juste à côté de lui.

Ce sublime physique, ce corps long et ce visage émacié, cette voix imparable bien que timide, ces propos d'une rare intelligence, ce sourire nourri de douleurs inconnues et lointaines, tout n'est qu'enchantement, en ce sens qu'il vous ré-enchante à chaque fois. En mauvaise littérature, on écrirait qu'il est de glace et de feu. En littérature moins convenue il est l'arc et la faux.

J'ai vu Galabru, Bouquet, Piat, Torreton, Depardieu, Vaneck, Rochefort et quelques autres encore. Mais je n'ai pas vu Laurent Terzieff brûler les planches. Je ne l'ai pas vu réellement, mais je le vois, je le sens.

Je suis heureux de ses rares apparitions à la télévision (sur le Service public, toujours). Je comprends cette rareté. Probablement le fruit d'une exigence. Probablement aussi l'impossibilité pour le petit écran - souvent, au mieux boulevardier, au pire putassier - d'accorder la place qui conviendrait à un acteur de cette trempe. Ce don de soi-même au théâtre, cette passion pour cet art, ont quelque chose de si fondamental.

Laurent Terzieff est élégant, intelligent, sensible, donc beau. Mais surtout, sa ferveur est un tel don lui-même qu'on en reçoit, à chaque fois, tout le bonheur comme toute la douleur, tout l'enthousiasme comme tout le désenchantement. Il est de l'incarnat qui nous rappelle involontairement (sans calcul), mais incessamment, qu'il y a encore du tumulte derrière l'apparente et collective résignation.

Laurent Terzieff a "de la grandeur". Dans un monde qui voue un culte éperdu à toutes les petitesses, pour ne pas dire toutes les bassesses, c'est ô combien rassurant de voir et d'écouter un homme grand.