Coco_avant_ChanelLa femme moderne.

Une petite fille du centre de la France, placée dans un orphelinat avec sa soeur, et qui attend en vain tous les dimanches que son père vienne les chercher. Une chanteuse de beuglant à la voix trop faible, qui affronte un public de soldats éméchés.
Une petite couturière destinée à refaire des ourlets dans l'arrière-boutique d'un tailleur de province. Une apprentie-courtisane au corps trop maigre, qui trouve refuge chez son protecteur Etienne Balsan, parmi les cocottes et les fêtards. Une amoureuse qui sait qu'elle ne sera " la femme de personne ", pas même celle de Boy Capel, l'homme qui pourtant l'aimait aussi. Une rebelle que les conventions de l'époque empêchent de respirer, et qui s'habille avec les chemises de ses amants.
C'est l'histoire de Coco Chanel, qui incarna la femme moderne avant de l'inventer.

Les quatre premiers films films d'Anne Fontaine m'ont beaucoup plu : "Augustin" et "Augustin roi du Kung Fu" ; "Nettoyage à Sec" en 1997 ; "Comment j'ai tué mon père" en 2001. Vinrent ensuite des films que j'ai trouvés moins personnels ; "Nathalie", "Entre ses mains", "La Fille de Monaco". Mais Anne Fontaine suscite malgré tout mon intérêt, persuadé qu'il ne faut "jamais désespérer d'un réalisateur". (Le cas Ron Howard avec son étonnant "Frost/Nixon" restera probablement dans les annales).

Se pencher sur la jeunesse de Gabrielle Chanel n'est pas une mauvaise idée. D'autant qu'Anne Fontaine ne nous sert pas un film-biopic larmoyant comme l'affligeant "La Môme" d'Olivier Dahan, même si les ingrédients sont là.

Reconnaissons que tous les tissus, les vêtements, les décors sont bien là. Reconnaissons aussi que Benoît Poelvoorde nous livre une très belle composition, toute en nuances, et qu'il est un excellent comédien. Il est même un des grands intérêts du film. Emmanuelle Devos, dans un second rôle, est parfaite, comme d'habitude.

La seconde chose qui est intéressante, c'est bien la description que nous fait Anne Fontaine, à travers les yeux de Gabrielle Chanel, d'une partie de la société du début du XXème siècle.

Mais à mon sens, Audrey Tautou ne peut pas incarner l'immense Coco Chanel, à coup de moues plus ou moins appuyées, cette femme forte, intransigeante, en conflit avec un monde corseté qu'elle va s'attacher à bousculer, avec le succès que l'on sait. Certes, les propos féministes et la volonté de modernité sont bien là, dans le scénario et les dialogues, mais ils ne sont pas incarnés par une Audrey Tautou bien en deçà de la force et de la ténacité de celle qui deviendra Chanel.

=> Anna Mouglalis, sous la houlette de Jan Kounen, incarnera Chanel à l'écran prochainement. Elle saura nous montrer, de son corps, de sa voix, comment en 1913, vêtue de sa merveilleuse et inoubliable robe blanche, en 1913, à la représentation du "Sacre du Printemps" d'Igor Stavinsky, Chanel a bouleversé l'histoire de la mode. Attendons.