27 avril 2009
Les cochons de Calder à Beaubourg.
Non, je ne vais pas faire un laïus sur ce qui - et compte tenu de mon pseudonyme c'est compréhensible - semble pouvoir devenir une pandémie : la grippe porcine.
Bien que je ne puisse céder à l'envie de faire cette remarque : la semaine dernière, Roselyne Bachelot aurait tout fait pour que nous ingurgitions son projet de loi visant à flinguer les hôpitaux, tandis que cette semaine, suivant les remarques de l'OMS, elle se félicite que notre système hospitalier soit un des meilleurs du monde (et peut-être LE meilleur), jusqu'à pratiquement feindre d'être l'auteur de cette excellence, reconnue partout dans le monde. C'est une rhétorique que l'on connaît bien, puisque "notre système économique et social" était durant la campagne électorale de 2007, complètement "à chier", qu'il fallait le détruire impérativement et intégralement, destruction vendue dans le mot "rupture". Quelques mois plus tard, suivant les remarques de l'OMC, du FMI, voilà notre gouvernement qui aboie que tout notre système social est le meilleur amortisseur de crise du monde...
Mais là n'est pas mon propos aujourd'hui, et c'est bien dans la catégorie "Expos-Arts" que s'inscrit cette chronique. Je suis donc aller voir l'exposition "Alexander Calder - les années parisiennes (1926-1933)" à Beaubourg. Ayant habité à la Défense dès l'âge de 7 ans, Alexander Calder n'a jamais été un inconnu pour moi.
Je connaissais ses statues monumentales, mais aussi ses mobiles. J'avais aussi entendu parler du "Cirque Calder" et vu quelques photographies. Comme il fut vendu en 1970, je ne l'avais jamais vu "pour de vrai". Et ce Cirque Calder m'a enchanté. Mais ce sont les salles suivantes qui m'ont le plus séduit : des sculptures, la plupart assez petites, entièrement en fil de fer, représentant des personnalités connues de l'époque (merveilleure Joséphine Baker notamment) ou des figures animalières. J'ai choisi les cochons pour illustrer cette chronique.
La scénographie de cette partie de l'exposition est particulièrement réussie : nombre de "portraits" en fil de fer se reflètent sur les mur blancs, jouant sur un effet 3 dimensions / 2 dimensions très intéressant, et montant les extraordinaires talents et maîtrise d'Alexander Calder pour son art. Et si au premier coup d'oeil on lui trouve un petit air de "bricoleur", à y regarder de plus près, on y comprend un "dessin dans l'espace" tout à fait remarquable.
Et je n'ai qu'un seul petit regret : mes cochons n'ont pas paru en carte postale !
Le marin et l'ouvrier
Je traîne souvent mes guêtres dans diverses expositions, par intérêt bien évidemment, mais aussi parce que je dispose d'une carte qui me permet d'y accéder gratuitement, ce qui facilite beaucoup les choses.
Alors évidemment, je me promène beaucoup au Louvre, au Musée d'Orsay et à Beaubourg. Or, il m'apparaît que les figures prolétariennes apparaissent beaucoup en peinture au XIXème siècle (avant, histoire économique se faisant, outres les figures religieuses, aristocratiques ou bourgeoises, c'est plutôt un éloge au monde paysan que l'on peut admirer) il n'en est plus de même au XXème siècle.
Certes, la peinture russe a beaucoup mis en avant le prolétaire, mais probablement surtout à des fins de propagande plutôt qu'à des fins purement artistiques.
La photographie connut elle aussi peu à peu l'éviction du prolétaire au fil du temps. L'ouvrier apparaît parfois, mais plutôt en contrepoint de la machine (locomotive, rotative, etc).
Cependant, il est un "créneau" artistique où l'ouvrier fut assez constamment représenté : la peinture et la photographie 'homo-érotiques", tout au long du XIXème et du XXème siècle. Et cela m'interpelle et m'interroge.
S'agit-il dans l'oeil du peintre ou du photographe d'un simple regard bourgeois figurant son fantasme à s'encanailler, ou s'agit-il aussi d'une admiration sincère devant le corps prolétarien à l'ouvrage ? Un mélange des deux probablement.
Le cinéma n'échappe pas à cette règle, et accorde peu droit de cité à la figure prolétarienne. Et pourtant, l'usine, la mine, le chantier, milieux de travail peu enviables, furent à mon sens des endroits majeurs de l'histoire de notre société, notamment en ce qui concerne une de mes marottes, la Fraternité.
Ces lieux de travail ont accueilli un grand nombre d'étrangers, et surtout, ont été de formidables vecteurs d'intégration (notamment via les syndicats et les luttes syndicales) et donc de Fraternité.
Bruce Weber, Herb Ritts, Pierre & Gilles notamment, ne sont-ils que des nostalgiques relatant des fantasmes désuets (pas nécessairement les leurs !), ou sont-ils au contraire autant "d'avant-gardistes" qui nous rappellent que nous ne devons en aucun cas chasser l'ouvrier de nos imaginaires collectifs, parce que la Fraternité reste à construire ?
Si ces interrogations me viennent à l'esprit, ce n'est pas tant dans un cadre artistique que dans un cadre social. Je songe en effet à tous ces licenciements, à la harangue de Ségolène Royal, aux manifestations, au 1er mai, à l'essai de Régis Debray...
L'Art est politique, éminemment politique, et la relative disparition de la figure prolétaire dans ses diverses représentations, n'échappe pas à la règle. Au delà, "l'homo-érotisme" est peut-être aussi, très politique.
26 avril 2009
Un regard
La période, pour beaucoup d'entre nous, n'est pas très euphorisante, c'est le moins qu'on puisse dire. Les nouvelles du monde ne sont pas rassurantes, loin de là : crises de toutes sortes (financière, économique, sociale, politique...) ; guerres (Afghanistan, Pakistan, Irak...) ; risque de pandémie ; climat liberticide ; etc.
Et il ne faut pas faire l'autruche, se planquer en attendant que "ça passe". Il ne faut pas non plus s'appliquer une quelconque méthode Coué en souriant béatement, songeant à des lendemains qui chantent, ce serait vain. Il est une échappatoire, un subterfuge, que beaucoup connaissent : s'adonner de façon compulsive au shopping ! Le moment n'est pas très approprié pour beaucoup d'entre nous. En tout cas, pas pour moi.
Il peut y avoir, pour certains, les grands élans vers le refuge familial, ce cocon parfois réconfortant. Ce n'est pas dans les possibilités de chacun. Mais faute de famille, il peut y avoir l'entourage amical. Des formes de réclusions claniques, probablement rassérénantes, ravigotante, qui répondent à notre instinct grégaire. On se retrouve, on se plaint tous ensemble, ça va nous soulager. Cela ne me dit rien qui vaille.
Me jeter sur le frigo ? M'abêtir à ingurgiter divers programmes TV ? Avaler depuis ma couette, DVD sur DVD ? Ecouter en boucle mes CD favoris ? Surfer sur internet ou jouer 15 heures par jour ? Lire tout ce qui passe à en pleurer de fatigue ? Bof !
=> Comme à chaque fois, je suis "égoïste pour tout le monde". En fait, je fais mes fonds de tiroirs, je racle et je trouve quelques euros pour aller chez l'esthéticienne, qui me teint les cils (les miens sont si pâles !). Ce n'est pas grand chose, mais c'est un nouveau regard, plus vif, plus lumineux, plus haut. Et mon nouveau regard, je le promène dans tout Paris, et je regarde les passants, et je leur souris, et j'observe les affiches les arbres les fleurs les bâtiments les vitrines, tout au long de mes promenades qui durent des heures et des heures.
Pour accompagner mon regard, je ressors ce qu'il y a de plus "contestable" dans ma garde-robe. Et, avec un faux bouclier sur les yeux, avec d'étranges oripeaux de fantaisie sur les épaules, le monde n'est plus tout à fait le même, comme je ne suis pas tout à fait le même. Je croise bien des regards, et ces temps de "lashes to lashes" (pour paraphraser David Bowie) sont des moments de plaisir, de réflexion aussi, qui ne dissimulent en rien la réalité, mais qui m'offrent un autre point de vue.
Un autre regard, en quelque sorte.
Nouvelle Star 2009
C'est une petite chronique de mon ami Right Said Fred AKA Mister Misco AKA Didou qui m'a donné envie, à mon tour, de proposer mon sentiment sur les candidats de cette saison.
* En premier lieu, il y a les trois cas catastrophiques : . Soan, pseudo-new wave, qui en deux semaines n'a rien trouvé de mieux que de massacrer Bashung et The Cure ! . Camilia, félicitée par le jury (!) pour avoir assassiné Debby Harry, du groupe Blondie, puis qui a suicidé une nouvelle fois rien de moins qu'une chanson de Marilyn Monroe, "I wanna be loved by you". Il semblerait que le jury lui accorde d'ores et déjà la victoire, et c'est désolant. . Mahdi, qui a crevé le troisième oeil de Stevie Wonder, puis flingué Khaled dans "Aïcha".
* En deuxième lieu, il y a les cas sans aucune saveur : . Mélissa, qui vient de nous proposer une version frigide de "I'm so excited" des Pointer Sisters. . Damien, qui avec le charme d'un frigo vide et neurasthénique, nous endort à chaque fois, même en reprenant The Korgis !
* En troisième lieu, deux candidats corrects : . Leïla, ronde et touchante, jolie voix, peut-être très timide, mais qui semble sincère. Pas formatée pour gagner. . Lary, qui chante très bien le blues américain, mais hélas assez dépourvu de charme.
* En quatrième lieu, deux candidats que j'aime bien :
. Dalé, repéré au casting de Lyon, qui nous vient du Rwanda, beau gosse qui chante bien (reprise de "Toi et le soleil" de Claude François nettement meilleure que la version originale), et qui pourrait bénéficier d'un petit "effet Obama".
. Thomas, assez décalé avec son look de garçon coiffeur très folle, qui chante bien, et qui devra veiller à ne pas choisir des chansons plus grandes que lui. A la limite du supportable (voir comme il se dandine et fait sa Greta Garbo), il me fait rire, tellement en décalage !
=> Bref, pas d'effet Tortue ni de talent estampillé Julien Doré en ce cru 2009, qui, comme je le disais à mon ami ZaZa de Mongoland, fait plus vinaigrier que fût de Romanée-Conti !
25 avril 2009
Still Walking
Une journée d'été à Yokohama. Une famille se retrouve pour commémorer la mort tragique du frère aîné, décédé quinze ans plus tôt en tentant de sauver un enfant de la noyade. Rien n'a bougé dans la spacieuse maison des parents, réconfortante comme le festin préparé par la mère pour ses enfants et ses petits-enfants. Mais pourtant, au fil des ans, chacun a imperceptiblement changé... Avec un soupçon d'humour, de chagrin et de mélancolie, Kore-Eda nous donne à voir une famille comme toutes les autres, unie par l'amour, les ressentiments et les secrets.
En 2004 sur la Croisette de Cannes, le réalisateur Kore-Eda Hirozaku nous proposait l'éblouissant "Nobody Knows", un film inspiré d'un fait divers relatant la vie d'une fratrie livrée à elle-même, et qui valut à son jeune interprète principal de 14 ans, le Prix d'Interprétation masculine. Il revient aujourd'hui avec cette délicate chronique, au coeur d'une famille japonaise ordinaire. La source d'inspiration de ce film n'est autre qu'un événement de sa vie personnelle, la mort de sa mère.
Le film multiplie avec délicatesse les points de vue, passant avec légèreté d'un personnage à l'autre, pour nous évoquer les petits ressentiments, les silences, les confrontations, la culpabilité, avec une sensibilité qui ne tombe jamais dans la mièvrerie. Le réalisateur filme les petits gestes, les petites choses, les regards qui peuplent nos vies. Car se dégage en effet de cette chronique familiale japonaise une évidente universalité, et peut nous toucher tous. C'est subtil et poétique.
La distribution est parfaite autour d'Hiroshi Abe (Ryota, le fils de la famille), où l'on retrouve notamment You (la soeur de Ryota) qui incarnait la mère insouciante de "Nobody Knows", et Yukari Yokoyama (la femme de Ryota) vue dans "Zatoïchi" de Takeshi Kitano. Et le reste de la distribution est du même niveau.
Le film est une indéniable et magnifique réussite, et il ne lui manque probablement qu'une petite audace formelle pour être un chef d'oeuvre.
Il ne faut pas hésiter à aller voir ce film, qui peut résonner en chacun de nous. Admirable.
24 avril 2009
Les méandres de la succession
Il y a quelques mois, mon père, autrement appelé "Pierrot la Volaille", est mort. Choube et moi somme donc désormais orphelins "pour de vrai", c'est à dire administrativement. Mais, pour des raisons personnelles et familiales, nous nous considérions comme tel depuis fort longtemps.
Bref, soucieux que j'étais, je l'avais, il y a des années mis sous tutelle. Il était si prompt à faire des bêtises, qu'il valait mieux faire preuve de prudence. Nous n'envisagions pas le moindre héritage (pas même intellectuel), pas la moindre succession, et vivions l'esprit serein. Voilà qu'on retrouve un compte bancaire avec quelques deniers dessus, et que donc succession il y a.
Je ne suis pas une personne avide, je ne l'ai jamais été, mais nous devons Choube et moi, rester dans le cadre de la loi, et mener à leur terme toutes les formalités administratives relatives à cette succession. Impossible de se réjouir - surtout dans ces circonstances - de bientôt percevoir ces quelques deniers, puisqu'il faut rédiger des courriers et des mails, fournir des photocopies, à une multiplicité d'interlocuteurs. Trésor Public, Caisse Nationale d'Assurance Vieillesse, Notaire, Gestionnaire de Comptes... C'est une plaie ! Et je songe - j'ignore exactement pourquoi - à Nicolas Sarkozy durant sa campagne électorale fin 2006-début 2007, fustigeant les droits de succession, voulant en exonérer largement les heureux héritiers de France.
Pour ma part, je serais tout à fait heureux de contribuer, via l'impôt. Et plutôt que de prôner l'exonération et l'allégement des droits de succession pour attirer le chaland (je n'ose même pas dire électeur !), il aurait mieux fait d'envisager la simplification de cette pléthore administrative. Je regarde ce matin ce tas de paperasse, et j'avoue ma consternation devant ce qu'il faut mettre en oeuvre pour toucher "le pactole", juste quelques milliers d'euros. Quel Pactole ! Dans la mythologie grecque, le Pactole était un fleuve où l’on trouvait beaucoup de paillettes d’or. Dionysos promit au roi Midas d’exaucer le vœu de son choix. Le roi lui demanda le pouvoir de transformer tout ce qu’il toucherait en or. Mais cela fit vite son malheur car il ne pouvait plus ni manger ni boire puisque tout ce qu’il touchait se transformait en métal précieux. Il demanda alors à Dionysos d’annuler ce vœu. Pour cela, il dû se laver les mains dans le Pactole, et fut alors l’origine de ces nombreuses pépites d’or que l’on trouvait dans le fleuve. C’est en référence à cet épisode de la mythologie que l’on parle de "pactole" pour désigner une grande richesse.
En ce qui nous concerne, le fleuve Pactole, à ce jour, à transformé beaucoup de notre énergie en courriers administratifs.
Coco avant Chanel
Une petite fille du centre de la France, placée dans un orphelinat avec sa soeur, et qui attend en vain tous les dimanches que son père vienne les chercher. Une chanteuse de beuglant à la voix trop faible, qui affronte un public de soldats éméchés.
Une petite couturière destinée à refaire des ourlets dans l'arrière-boutique d'un tailleur de province. Une apprentie-courtisane au corps trop maigre, qui trouve refuge chez son protecteur Etienne Balsan, parmi les cocottes et les fêtards. Une amoureuse qui sait qu'elle ne sera " la femme de personne ", pas même celle de Boy Capel, l'homme qui pourtant l'aimait aussi. Une rebelle que les conventions de l'époque empêchent de respirer, et qui s'habille avec les chemises de ses amants.
C'est l'histoire de Coco Chanel, qui incarna la femme moderne avant de l'inventer.
Les quatre premiers films films d'Anne Fontaine m'ont beaucoup plu : "Augustin" et "Augustin roi du Kung Fu" ; "Nettoyage à Sec" en 1997 ; "Comment j'ai tué mon père" en 2001. Vinrent ensuite des films que j'ai trouvés moins personnels ; "Nathalie", "Entre ses mains", "La Fille de Monaco". Mais Anne Fontaine suscite malgré tout mon intérêt, persuadé qu'il ne faut "jamais désespérer d'un réalisateur". (Le cas Ron Howard avec son étonnant "Frost/Nixon" restera probablement dans les annales).
Se pencher sur la jeunesse de Gabrielle Chanel n'est pas une mauvaise idée. D'autant qu'Anne Fontaine ne nous sert pas un film-biopic larmoyant comme l'affligeant "La Môme" d'Olivier Dahan, même si les ingrédients sont là.
Reconnaissons que tous les tissus, les vêtements, les décors sont bien là. Reconnaissons aussi que Benoît Poelvoorde nous livre une très belle composition, toute en nuances, et qu'il est un excellent comédien. Il est même un des grands intérêts du film. Emmanuelle Devos, dans un second rôle, est parfaite, comme d'habitude.
La seconde chose qui est intéressante, c'est bien la description que nous fait Anne Fontaine, à travers les yeux de Gabrielle Chanel, d'une partie de la société du début du XXème siècle.
Mais à mon sens, Audrey Tautou ne peut pas incarner l'immense Coco Chanel, à coup de moues plus ou moins appuyées, cette femme forte, intransigeante, en conflit avec un monde corseté qu'elle va s'attacher à bousculer, avec le succès que l'on sait. Certes, les propos féministes et la volonté de modernité sont bien là, dans le scénario et les dialogues, mais ils ne sont pas incarnés par une Audrey Tautou bien en deçà de la force et de la ténacité de celle qui deviendra Chanel.
=> Anna Mouglalis, sous la houlette de Jan Kounen, incarnera Chanel à l'écran prochainement. Elle saura nous montrer, de son corps, de sa voix, comment en 1913, vêtue de sa merveilleuse et inoubliable robe blanche, en 1913, à la représentation du "Sacre du Printemps" d'Igor Stavinsky, Chanel a bouleversé l'histoire de la mode. Attendons.
Fertile terreau sécuritaire !
Et Sarkozy en remet une petite couche !
Il ne vous aura pas échappé que les élections européennes s'approchent peu à peu, et que, comme on pouvait le craindre, tous les moyens sont bons pour l'UMP (comme pour Sarkozy) de nous faire une petite piqûre de rappel sécuritaire, pour engranger encore quelques voix du désossé FN, histoire que la raclée électorale soit la moins cuisante possible. Revenons donc sur ce fichu bilan sécuritaire, fièrement mis en avant par notre Président.
* Les atteintes aux biens ont bien chuté de 22%. Ce n'est pas tant du à la politique du gouvernement qu'aux industriels et leurs progrès technologiques (sur les voitures comme les portables, de plus en plus difficile et inutile de voler). Cependant, les vols avec armes à feu, notamment contre les commerces, ont augmenté de 23%.
* Depuis 2003, les violences faites aux personnes ont augmenté de 14%. (Pardon mon Yannou, je me suis trompé hier !) Le ministre de l'intérieur a beau jeu de déployer des personnels supplémentaires ici ou là, il ne déploie pas les bonnes personnes : en Seine Saint Denis (93), 61% des forces de police affectées à la lutte contre les violences faites aux personnes ont moins de 30 ans ! Ce n'est évidemment pas le profil requis.
* Stupide politique du chiffre ! On compte une augmentation de 41% des Infractions à la Législations sur les Stupéfiants (ILS), car ce sont surtout des usagers de cannabis qui sont interpellés, et bien trop rarement des réseaux ! On compte aussi une augementation de 68% des Infractions à la Législation sur les Etrangers (ILE), puisqu'on interpelle de plus en plus de personnes sans-papiers, des infractions sans plainte ni victime. Autrement dit, beaucoup d'arrestations idiotes d'individus inoffensifs, et très peu de démantèlement de réseaux, contrairemant à ce qui est dit.
* Quant aux violences urbaines, il faut là reconnaître un échec cuisant : arrestation de plus en plus de "jeunes capuchés", en grande majorité primo-délinquants. Rien à voir avec les bandes, les réseaux, les multi-récidivistes ! * Il convient de revenir sur la Police de Proximité, trop vite laminée par Sarkozy et remplacée par des "compagnies de sécurisation" qui ne sont autres que des CRS hyper-médiatisés dont les coups de filets sont souvent des fiasco, comme l'intervention aux Tarterêts à Corbeil-Essone (91) en 2006. Ce n'est pas de la sécurité, c'est de la télé-réalité ! Je reconnais cependant le succès relatif de l'opération menée à Villiers-le-Bel (95) en 2008.
* Et pour terminer, il faut bien évoquer la farandole de lois sécuritaires depuis 2002 (on arrive à la 18ème !). Des lois peu pensées, vite votées, presque toujours inutiles. Un fait divers = une loi ! A croire que c'est le journal de 20H de TF1 qui dicte la législation. On se rappelle le racollage passif (anti-prostituées, mais pas anti proxénètes !) ; l'alourdissement des peines des récidivistes ; la lutte contre les rassemblements dans les hall d'immeubles ; l'augmentation des sanctions des mineurs... autant de loi peu appliquées, car peu applicables. Notons que le Conseil National des Villes (CNV) qui rassemble des maires de villes de tous bords politiques, et qui constate une "absence totale de mise en oeuvre de la loi Sarkozy sur la prévention" qui date de 2006. La prévention n'est pas un vain mot de quelques gauchistes ! Aucune mesure n'est prise pour lutter contre la déscolarisation des adolescents, et aucune étude n'est menée pour établir de façon scientifique le lien entre les violence et l'échec scolaire !
=> J'ose espérer que durant les 2 mois qui nous séparent du scrutin européen on ne va pas assister à la TV et dans les autres médias, comme par le passé, à une avalanche continue de sujets sur "l'insécurité en France", et surtout que les citoyens français ne se laisseront pas berner une fois encore par ces balivernes.
=> L'Union Européenne doit rester un excellent cadre institutionnel pour mieux lutter contre la crise économique et sociale actuelle qui touche au plus près un nombre grandissant de nos concitoyens, et la campagne doit nous expliquer, avec pédagogie, les projets des uns et des autres dans ces domaines.
Il ne faut en aucun cas retomber dans ces délires sécuritaires !
22 avril 2009
Ils mourront tous sauf moi !
A quoi rêvent les jeunes filles ?
Vika, Katia et Janna, 16 ans, lycéennes de la banlieue de Moscou, attendent tout de leur soirée de fin d'année. De quoi parlent les jeunes filles russes et que font-elles quand elles rêvent de leur première sortie ? Dans l'enthousiasme des préparatifs, les désirs surgissent, les garçons convoitent et les jalousies apparaissent... Cette première nuit de découverte et ces premiers pas dans l'univers l'inconnu des plaisirs adolescents sera le déclencheur du passage à l'âge adulte.
Voici donc, réalisée par une jeune femme russe de 23 ans, Valéria Gaï Guermanika, une chronique sur l'adolescence. Le thème est récurrent au cinéma, mais il ne s'agit pas ici d'un film américain, dont on a largement l'habitude, mais d'un film russe, ce qui est plus rare.
L'autre particularité, c'est évidemment l'âge de la réalisatrice, forcément proche de ses trois héroïnes, proche de cette délicate adolescence qu'elle n'a pas quittée depuis longtemps. Le film est âpre, dur, sans complaisance. Envie d'en finir avec cet âge ingrat, de s'émanciper, par les habituelles transgressions : sécher les cours, prendre une cuite, fumer un joint, coucher avec un garçon...
Mais chacune de ces transgressions n'est pas, malgré ce qu'elle croient, un petit acte anodin. Il faut parfois payer un prix qu'on a mal évalué, pour tenter de passer précipitamment à l'âge adulte. La caméra, proche des trois comédiennes, n'est jamais complaisante, ne lissant jamais le caractère des trois jeunes actrices, Polina Philomenka, Olga Shuvalova et Agnia Kuznetsova.
On est loin des bouffonneries made in Hollywood, et même si ça semble parfois lorgner du côté de Gus Van Sant ou de Larry Clark, on en est tout aussi loin. Le Prix Spécial décerné à Cannes dans sa sélection pour la Caméra d'Or est cependant tout à fait justifié. Une telle volonté de ne jamais céder au moindre lyrisme laisse entrevoir beaucoup de maturité chez cette jeune réalisatrice, venue de l'univers du documentaire. J'espère que la réalisatrice confirmera bientôt son talent. Ce premier opus est encourageant.
21 avril 2009
De l'aube à l'aurore.
Certes, ce sont les vacances, et je me repose. Cependant, je ne parvient pas, malgré les pilules prescrites par le médecin, à trouver le sommeil réparateur qui conviendrait. Toutes mes nuits sont courtes, et je continue de me lever relativement tôt. Bien que je sois déjà un assez vieil arbre, pour moi aussi c'est le printemps. Je suis certes le tilleul qui n'a plus son chêne, et je ne crois plus finir comme Baucis et Philémon, enlacé définitivement à celui qui aurait ravi mon corps et mon coeur, mais le beau temps (momentanément ?) retrouvé m'enchante.
Il est encore des aubes où je suis le goulu de ma jeunesse. L'amour, sentimental comme physique, est pour moi comme une corrida, ou comme un tango argentin, avec ses coups et ses blessures, ou ses avancées et ses reculs, mais aussi avec ses moments d'intense parade, comme dans l'arène, comme sur le parquet sec et craquant d'un bouge au coeur de Buenos Aires. Et parfois, à l'aube, les banderilles tombent, les talons se taisent, en des corps à corps irraisonnés.
Baisers goulus, "dévorations". Dans "Les choses de la vie", le roman de Paul Guimard paru en 1967 (et non pas le film de Claude Sautet sorti en 1970, par ailleurs très bon), le narrateur nous dit : "je saurais donner à mon corps d'adolescent les délices qu'il méritait". Le vieux tilleul que je suis a toujours su, et n'a jamais cessé, de saisir comme d'offrir, ces délices. Il est donc des aubes où je suis encore et toujours le goulu, presque assoiffé des fluides vitaux qui font que la vie n'et jamais complètement désespérante. Sur chacune de mes branches, et c'est là toute l'âme du tilleul, il est des feuilles mortes jouxtant de jeunes pousses pleines de vie et d'avenir.
J'aime être encore le goulu matinal à qui rien ne saurait être refusé. Ni le vit, ni la vie !




















