paradis_de_tristesseRester enjoué...

Je ne vais pas vous proposer une critique du livre d'Olivier Py. J'adore Olivier Py. Aujourd'hui, je l'ai choisi pour la beauté de sa couverture, et pour illustrer mon propos. En ce moment, à titre "public", je suis l'homme triste. Je regarde autour de moi, je lis les actualités nationales et internationales, je me plonge dans des essais divers et variés, mais rien ne dissipe cette espace d'effarement. Même si à titre "privé", je sais faire contre mauvaise fortune bon coeur.

- L'exposition "Our Body" est annulée à Paris, parce que certains ont cru bon d'honorer et de protéger davantage quelques cadavres chinois, plutôt que tous les démunis qui nous entourent. L'un n'empêche pas l'autre, me direz-vous, mais je lis des tartines sur sur l'ignominie de cette exposition, tandis que plus personne ne s'indigne des sans toit et des sans gamelle...

- La loi Hadopi, probablement à l'origine d'un bon sentiment, mais si mal fichue, si mal ficelée. Surveiller et punir, surveiller pour punir, encore et toujours. Je souhaiterais évidemment que les artistes puissent être correctement rétribués pour leurs créations, mais pourquoi donc infliger aux fautifs la privation de la connection internet ET le paiement de ladite connection ? D'autant que la culpabilité du "fautif" sera difficile à démontrer quand on sait que Nathalie Kosciusco-Morizet nous explique qu'une adresse IP est piratable en moins de 15 minutes.

- Le gouvernement reste sourd aux mises en garde des enseignants-chercheurs, sous prétexte de "corporatisme" ou je ne sais quel autre argument fumeux ? Presque sourd aussi, dans un premier temps, aux dangers que perçoivent les personnels hospitaliers. Mais pourquoi donc nous a-t-on infligé Hortefeux, Bachelot, Boutin, Dati, Laporte, etc... Qu'avons-nous fait de si abominable ?

- Alors qu'une campagne électorale - fort courte - s'annonce pour les élections européennes, nombreux semblent s'en moquer alors qu'ils réclament en même temps davantage de démocratie. N'est-ce pas désolant ?

- On est tristement passé du "capitalisme de profits" au "capitalisme de rentes" en nous servant des discours sur la beauté des "valeurs" travail, effort, mérite... Comme si la spéculation devait être impérativement comprise comme un travail, un mérite, un effort, pour mieux s'ébrouer à l'envi cette crise passée. Pourtant, aucun économiste ne fait l'apologie de cette spéculation qui asservit et affame une large majorité de la population mondiale.

- On voit, on entend et on lit à la saturation un fait divers sans intérêt : l'histoire de cette gamine franco-russe tiraillée entre père et mère. Pourquoi nous gaver d'un "truc" si peu intéressant, si affligeant même ? Dans le même temps, on peut sans crainte dire devant moult caméras et micros que Ségolène Royal est folle et devrait se faire soigner sans que cela choque qui que ce soit ou presque.

- On apprend que les banques peuvent emprunter au taux de 1% pour se sortir de la déroute dont elles sont responsables, mais continuent d'infliger des agios de découvert au taux de 22% à ceux dont le "reste-à-vivre" se réduit comme peau de chagrin. On nous assène que le NPA ou LO seraient des manipulateurs d'ouvriers, alors même que chacun sait que le Medef est le plus important manipulateur en France. Un éditorial de Laurent Joffrin à ce propos est presque passé inaperçu...

- On fait du divorce de Berlusconi un événement international, alors qu'on s'en moque, que cela n'a et n'aura aucune conséquence sur rien ! On ne se souvient plus qu'avoir été élu président ne signifie pas "être" président. On accepte une conférence sur les Droits de l'Homme présidée par la Lybie, de laquelle on sort comme un meute de roquets parce que le Sinistre Iranien va dire quelque chose (qu'il n'a finalement pas dit), pour finalement revenir la queue entre les jambes...

- On apprend qu'Arlette Chabot, directrice de l'information sur France 2, est parvenue à éviter à Brice Hortefeux un débat avec les représentants syndicaux, devant les caméras, allant même jusqu'à lui servir les plats comme s'il était chez Bernard Pacaud à l'Ambroisie ou chez Pierre Gagnaire à s'émerveiller les papilles !

Et la litanie pourrait continuer sur des pages et des pages... Comme si on voulait que même ceux qui ne sont pas désespérés le deviennent impérativement. Je comprend toute l'utilité politique qu'il y a en France à modeler un électorat désinformé, attristé et épuisé... Cette guerre d'usure est immonde. Alors je suis triste et mélancolique. Mais cela ne m'anesthésie en rien, n'étête pas ma réflexion, n'écime pas mon indignation. La tristesse sait encore attiser les braises sous la bouilloire de la colère. L'homme triste n'est pas l'homme mort ni l'homme é-coeuré. N'en déplaise aux videurs de têtes et aux snipers de consciences.