Congres_Versailles Une première historique depuis 1872.

Aujourd'hui Nicolas Sarkozy s'est exprimé devant le Parlement réuni en Congrès à Versailles. Originellement, la modification constitutionnelle prévoyait que le Président assisterait au débat, mais ce dernier a préféré que cela n'advînt pas, d'où la position du PS, qui peut paraître alambiquée à certains. On peut toutefois trouver légitime d'honorer une convocation, mais dans le même temps refuser dans parler dans le vide, alors même que le Président conserve son droit de dissolution. Chacun appréciera selon ses convictions.

Un vif rappel, et un certain hommage, au Conseil National de la Résistance (CNR) de l'après-guerre. Mais aussitôt de nous préciser rien ne sera plus comme avant. Effectivement, le Président de la République aura en quelque sorte été "exhaustif", abordant un grand nombre de sujets. Pourtant, parfois le devoir du pouvoir exécutif, et plus précisément la fonction présidentielle, doit se concentrer sur certaines tâcher à mener à bien en priorité, notamment face à des finances publiques asséchées.

Nous savons tous que le XXIème siècle devra répondre à des défis majeurs : un rééquilibrage Nord/Sud, absorber les conséquences des dérèglements climatiques, répondre à l'impératif de modifier nos options énergétiques. Or tout ceci fait nécessairement appel de plus ou moins près, à nos solidarités, à notre Fraternité. Et le voilà ce mot absent, ce mot jamais prononcé. On comprend mieux pourquoi il conviendrait d'en finir avec les acquis du CNR. Il nous faudrait envisager des adages républicains renouvelés. Mais qu'adviendrait-il d'une France sans Fraternité ? J'ignore si les propos présidentiels sont de bon augure.

Toujours est-il que l'une des grandes nouveautés fait précisément appel à la solidarité nationale : un grand emprunt. Politiquement, il faut comprendre le sens référendaire d'un emprunt de ce type. On peut espérer que les Français seront d'une extrême prudence et conserverons leur bas de laine ; il est probable aussi que l'espoir ne soit même pas de mise, et que lesdits bas de laine soient un peu à sec.

Une belle réaffirmation de la laïcité, où la Burqa (on devrait plus précisément évoquer le Niqab) n'a pas sa place. A cet effet, la création d'une commission chargée de quantifier les cas, de distinguer le Niqab revendiqué au Niqab soumis est une bonne initiative. Un recul de la discrimination positive telle qu'elle fut dessinée, en lui objectant des critères sociaux plutôt qu'ethniques. Nicolas Sarkozy laisserait ici entendre qu'il n'est pas tout à fait sourd aux propos de l'opposition et de la société civile.

La nécessité, puisque c'est la honte de la France, de construire de nouvelles prisons, parce qu'elles sont immondes, et qu'elles ne sont pas en nombre suffisant. Ceci sans évoquer la possibilité de peines alternatives, sans même se reconnaître pour le principal responsable de ce remplissage carcéral briseur de vies.

=> Globalement, que conclure ? Qu'il n'y a pas la possibilité en France, face à un tel discours, de répondre de façon idoine, faute de possibilité. Les pouvoirs sont bancales et mal équilibrés. Un rééquilibrage de nos institutions s'impose, quitte à prévoir jusqu'à la possibilité "d'impeachment".
=> Evoquer le CNR pour en revendiquer la mise à la poubelle parce que la notion de Fraternité est trop encombrante restera très probablement dans les annales. Nous voici prévenus, il va nous falloir oublier certaines solidarités étatiques.
=> Un emprunt pour en appeler aux liasses planquées dans les lessiveuses alors que c'est très coûteux n'est pas nécessairement une bonne idée. Le peuple sera-t-il, ou assez pauvre, ou assez raisonnable, pour ne pas y souscrire afin de ne pas valider un référendum qui ne dit pas son nom ? L'avenir nous le dira.
=> Certes, les représentants des groupes parlementaires peuvent être là. Mais que devons-penser de l'absence de figures majeures de l'opposition ? Pour peu qu'un élu refuse le cumul des mandats, et n'étant ni sénateur ni député, il ne peut assister au discours présidentiel. Là encore, un rééquilibrage s'imposerait.