28 juin 2009
Daniel Darc
A l'heure ou presque toutes les chroniques musicales, à juste titre, sont consacrées à Michael Jackson, je voudrais revenir au soir du 21 juin 2009, date de la Fête de la Musique.
Je ne suis pas un grand adepte de ces fêtes (musique, cinéma) pour moi-même, à cause de la foule. Dans le principe, je trouve leur organisation très salutaire, mais je suis vite effrayé par les foules immenses, parfois trop tôt avinées. Mais que chacun s'amuse comme il l'entend !
J'ai la chance d'habiter à une dizaine minutes à pied du Palais Royal, là où est sis le Ministère de la Culture. Et ce soir-là, entre autres, fut programmé Daniel Darc. Que voulez-vous, il y a des noms auxquels il m'est difficile de résister. J'aurais aimé être parmi les amis de Brigitte Fontaine, et être invité à fêter ses 70 ans, comme MisterNo.
Pour moi, ce fut donc le concert en plein air de Daniel Darc. Il succède ainsi notamment à Emilie Simon et à Catherine Ringer. On connaît pire programmation.
J'aime le bonhomme, depuis trois décennies déjà, lorsqu'en première partie de Talking Heads en 1979 au Palace, il se tranchait les veines sur scène, chantant dans son groupe Taxi Girl. Certes, il a vieilli, mais toujours cette démarche de dandy triste, cette voix fragile et un peu traînante.
Il nous propose des chansons de "Crève Coeur" et "Amour Suprêmes" notamment. Rien à redire, il est parfait. Il dégage une émotion à fleur de peau, sans sensiblerie. On sent le traducteur de William Burroughs, le lecteur des Psaumes. Les spectateurs le saluent à sa juste valeur, les applaudissements sont enthousiastes et chaleureux.
Daniel Darc est un de ces artistes à qui il convient de dire qu'on les aime. On n'est pas "fan" de Daniel Darc, car il est comme exonéré de toutes les turpitudes mercantiles du show-business. On aime Daniel Darc. Alors je le lui dis. Avec toute la sophistication qui convient à un artiste de cette trempe.
22 juin 2009
Egalité, Liberté, Sécurité.
Une première historique depuis 1872.
Aujourd'hui Nicolas Sarkozy s'est exprimé devant le Parlement réuni en Congrès à Versailles. Originellement, la modification constitutionnelle prévoyait que le Président assisterait au débat, mais ce dernier a préféré que cela n'advînt pas, d'où la position du PS, qui peut paraître alambiquée à certains. On peut toutefois trouver légitime d'honorer une convocation, mais dans le même temps refuser dans parler dans le vide, alors même que le Président conserve son droit de dissolution. Chacun appréciera selon ses convictions.
Un vif rappel, et un certain hommage, au Conseil National de la Résistance (CNR) de l'après-guerre. Mais aussitôt de nous préciser rien ne sera plus comme avant. Effectivement, le Président de la République aura en quelque sorte été "exhaustif", abordant un grand nombre de sujets. Pourtant, parfois le devoir du pouvoir exécutif, et plus précisément la fonction présidentielle, doit se concentrer sur certaines tâcher à mener à bien en priorité, notamment face à des finances publiques asséchées.
Nous savons tous que le XXIème siècle devra répondre à des défis majeurs : un rééquilibrage Nord/Sud, absorber les conséquences des dérèglements climatiques, répondre à l'impératif de modifier nos options énergétiques. Or tout ceci fait nécessairement appel de plus ou moins près, à nos solidarités, à notre Fraternité. Et le voilà ce mot absent, ce mot jamais prononcé. On comprend mieux pourquoi il conviendrait d'en finir avec les acquis du CNR. Il nous faudrait envisager des adages républicains renouvelés. Mais qu'adviendrait-il d'une France sans Fraternité ? J'ignore si les propos présidentiels sont de bon augure.
Toujours est-il que l'une des grandes nouveautés fait précisément appel à la solidarité nationale : un grand emprunt. Politiquement, il faut comprendre le sens référendaire d'un emprunt de ce type. On peut espérer que les Français seront d'une extrême prudence et conserverons leur bas de laine ; il est probable aussi que l'espoir ne soit même pas de mise, et que lesdits bas de laine soient un peu à sec.
Une belle réaffirmation de la laïcité, où la Burqa (on devrait plus précisément évoquer le Niqab) n'a pas sa place. A cet effet, la création d'une commission chargée de quantifier les cas, de distinguer le Niqab revendiqué au Niqab soumis est une bonne initiative. Un recul de la discrimination positive telle qu'elle fut dessinée, en lui objectant des critères sociaux plutôt qu'ethniques. Nicolas Sarkozy laisserait ici entendre qu'il n'est pas tout à fait sourd aux propos de l'opposition et de la société civile.
La nécessité, puisque c'est la honte de la France, de construire de nouvelles prisons, parce qu'elles sont immondes, et qu'elles ne sont pas en nombre suffisant. Ceci sans évoquer la possibilité de peines alternatives, sans même se reconnaître pour le principal responsable de ce remplissage carcéral briseur de vies.
=> Globalement, que conclure ? Qu'il n'y a pas la possibilité en France, face à un tel discours, de répondre de façon idoine, faute de possibilité. Les pouvoirs sont bancales et mal équilibrés. Un rééquilibrage de nos institutions s'impose, quitte à prévoir jusqu'à la possibilité "d'impeachment".
=> Evoquer le CNR pour en revendiquer la mise à la poubelle parce que la notion de Fraternité est trop encombrante restera très probablement dans les annales. Nous voici prévenus, il va nous falloir oublier certaines solidarités étatiques.
=> Un emprunt pour en appeler aux liasses planquées dans les lessiveuses alors que c'est très coûteux n'est pas nécessairement une bonne idée. Le peuple sera-t-il, ou assez pauvre, ou assez raisonnable, pour ne pas y souscrire afin de ne pas valider un référendum qui ne dit pas son nom ? L'avenir nous le dira.
=> Certes, les représentants des groupes parlementaires peuvent être là. Mais que devons-penser de l'absence de figures majeures de l'opposition ? Pour peu qu'un élu refuse le cumul des mandats, et n'étant ni sénateur ni député, il ne peut assister au discours présidentiel. Là encore, un rééquilibrage s'imposerait.
17 juin 2009
Le Congrès à Versailles
Il y a longtemps, presque 69 ans jour pour jour, un homme appelait le peuple de France à la Résistance. Et c'est étrange comme cela résonne aujourd'hui. Résister. Presque un vain mot, derrière lequel se sont alignés une minorité de Français. Mais quelle minorité ! Demain, un député PS, avec gravité, avec emphase, mais aussi avec ironie, devrait en appeler à la Résistance, devant un pouvoir absolu conquis à coup de slogans ineptes, de xénophobie immonde, de mensonges cyniques...
Demain, après l'autosatisfaction de Nicolas Sarkozy, un député PS, mu des profondeurs de son parti politique éhontément dépouillé de Clémenceau, de Jaurès, de Blum, de Mendès-France et de tant d'autres, devrait s'ériger, un cour instant, devrait s'en référer à De Gaulle, pour à son tour nous appeler à la Résistance...
Je ne compare pas, je n'aime pas les comparaisons, et le contexte est si différent. Pourtant, toujours des possédants à la gloire de l'argent, toujours des dépossédés de tout, en quête d'une audace, d'un espoir, d'un combat à gagner. Des vaincus qui ne demandent qu'à relever la tête.
Demain, un député PS, qui pour nous ne serait pas démissionnaire, qui ne ferait pas écho aux sirènes stupides d'un vain boycott, devrait justifier sa présence, devrait se lever au Congrès de Versailles, et devrait nous appeler à la Résistance.
Demain un député PS devrait charger ses dix modestes minutes de temps de parole, pour nous parler à nous, pour nous dire avec des mots d'une redoutable ampleur, d'une profondeur à nous couper la respiration, d'une vigueur à nous ressusciter, que nos luttes sont légitimes et que le moment est venu de signifier clairement à ce potentat qui nous méprise, une fin de non recevoir.
15 juin 2009
PS moribond...
Les résultats du scrutin des élections européennes en France aura signifié pour le PS, une énième fois, la nécessité de faire travailler ses neurones, voire même en appeler à des neurones venus d'ailleurs. Il est des événements dont on ne se remet pas aisément, mais la convalescence étant particulièrement longue, les militants, les électeurs, on semblé vouloir rappeler quelques moments intenses :
- Présidentielle de 2002, avec un PS absent du second tour ;
- Référendum de 2005, où la discipline de parti est partie en lambeaux ;
- Désignation de Ségolène Royal en 2006 comme candidate face à Sarkozy, qu'aucun ponte du parti n'a réellement soutenue ;
- L'ardeur étonnante déployée pour "liquider Ségolène" (selon les termes de Jacques Julliard) au lieu de réfléchir ;
- Un silence ou un anti-sarkozysme primaire d'une banalité confondante jusqu'au Congrès de Reims ;
- Le Congrès de Reims, qu'on suspectera encore longtemps, et où le tout sauf Ségolène aura continué ;
- L'absence de pensée de fond, le manque d'influence de "Terra Nova" et de "la République des Idées" ;
- Des listes européennes concoctées hors de tout bon sens, avec notamment un Vincent Peillon délocalisé arbitrairement, et un Harlem Désir tête de liste aussi euphorisante qu'un Prozac.
Voilà qui n'est peut-être pas exhaustif, mais qui constitue une accumulation qui aura sérieusement écorné la patience des militants comme des électeurs.
Si l'on ajoute à ça l'apologie désormais consensuelle de l'écologie, la venue d'Europe Ecologie, listes collectives, admirablement menées par le trio Cohn-Bendit, Joly, Bové, et les jeux sont faits.
Mais alors, que doit faire le PS pour recouvrer sa pertinence d'autrefois ? "Faire", puisque "penser" ne suffit pas.
- Il faut en terminer avec l'Hallali perpétuel sur Ségolène Royal. Il ne faut pas oublier, quels que soient ses caractéristiques, qu'elle fut choisie par les militants, qu'elle a ramené dans le giron du PS, des classes modestes et des jeunes. On peut penser que les militants n'ont pas aimé qu'on "liquide" LEUR candidate. La "démocratie participative" et "l'ordre juste" étaient-ils vraiment débile ?
- Il ne faut pas non plus céder trop vite aux sirènes écolos. Rien ne nous dit qu'elles sont pérennes, même si on annonce déjà le film de Nicolas Hulot et celui de Coline Serreau.
- Il faut continuer de s'opposer aux mesures gouvernementales les plus contestables, les plus anti-sociales. Ce qui ne signifie pas qu'il faut s'en prendre seulement à la personne de Nicolas Sarkozy.
- Parallèlement, il faut bien mesurer les dégâts provoqués par l'intelligence de "l'ouverture". Autrement dit, élaguer le PS de ceux, qui hors le contexte d'élections présidentielles, servent la sérénade, qui au MoDem, qui à Europe Ecologie, qui au Front de Gauche.
- Quelques thèmes cruciaux doivent être abordés, d'un point de vue social : sécurité et immigration. Voilà qui fait systématiquement les choux gras de l'UMP. C'est stupide. Surtout au moment où la FIDH (Fédération Internationale des Droits de l'Homme) tombe sur Besson de façon assez violente !
- Il faut modifier l'organigramme du PS. Chacun a compris que Martine Aubry n'est là que pour attendre le retour de DSK, afin de lui offrir 2012 sur un plateau. Or, le héraut de la social-démocratie n'est que le porteur d'une idéologie de 30 ans d'âge.
- Gauchet, Badiou, Piketty, Butler, et tant de grands intellectuels mériteraient d'être entendus ! S'ouvrir à la société civile. Aider à la création d'associations comme le fait l'UMP (qui crée et soutient de plus en plus d'associations musulmanes, par exemple).
- Multiplier les réseaux médiatiques, dans la presse, la radio, et à la télévision. Ce sera certes difficile, mais chacun doit maintenant songer à autre chose que de montrer SA figure, et de faire entendre SA voix.
- Eviter la multiplication des "présidentiables" pour le moment. Depuis le 8 juin, en voici 3 qui s'annoncent : Delanoë, Moscovici, Valls. C'est inopportun et égoïste. Il ne faut pas danser à contre temps !
- Il est évident qu'on ne retrouvera pas du jour au lendemain, une version actualisée de François Mitterrand ! Il faut en profiter pour faire émerger Aurore Filippetti, Najat Belkacem, et tant d'autres !
- Internet : il est évident que si dans la presse on constate, globalement, pas trop de jugements sévères à l'encontre de Nicolas Sarkozy et de son équipe, il en va tout autrement sur le net, dans les forums et dans les blogs. Il faut mailler et fédérer, à l'aide d'une équipe de spécialistes, toute cette contestation éparse. C'est un enjeu capital pour 2012.
- En appeler à Hubert Védrine et à Jack Lang notamment, pour multiplier les contacts avec l'équipe de Barack Obama. Ne pas jouer la carte Védrine est débile. Il n'y a pas d'autre mot. Cette carte est essentielle, tant le Président américain apprécie peu Nicolas Sarkozy.
=> On pourra m'objecter que je n'ai pas évoqué le "corpus idéologique", le "logiciel" du PS.
C'est pour la simple et légitime raison que les mots partage, solidarité, répartition, fraternité, justice ne sont pas des coquilles vides, et qu'ils ont gardé tout leur sens. Il convient davantage de les utiliser que de les redéfinir.
"Changer de disque dur", comme je l'ai entendu maintes fois, ne veut rien dire. Il faut plus simplement rallumer celui qu'on a éteint il y a longtemps déjà.
=> On l'a compris, la tâche est multiple. Mais le PS ne manque pas de bras. Les hiérarques, ces tenants du pouvoir PS, doivent comprendre qu'il ne faut pas que chacun s'occupe un peu de tout, pour se construire une éventuelle "stature". Non ! Il convient de se répartir le travail, et d'aller arpenter la France.
=> Sinon, que la chose soit entendue, et il faut la dire clairement : le PS attend tranquillement 2017. Mais il ne faut pas leurrer les électeurs plus longtemps.
Une manifestation de trop ?
En sortant du cinéma du Forum des Halles à Paris, ce samedi, je me suis résolu à aller Place de la Bastille, pour rejoindre la manifestation organisée par une intersyndicale unie.
J'étais bien conscient qu'il ne fallait pas s'attendre à un succès, ne serait-ce que relatif. Mais je suis convaincu de la nécessité qu'il y a de résister et de manifester le désarroi devant l'absence presque totale de relance sociale proposée par le gouvernement Fillon.
Cela me donne aussi l'occasion de "sentir" la désespérance des salariés licenciés sur l'hypothétique autel de la crise économique, sur le plus réaliste autel des mesures préventives et des délocalisations. Certains encaissent la crise de plein fouet, tandis que d'autres anticipent déjà la reprise. Je ne suis pas de ces autres-là, je n'en ai pas les moyens.
Je ne vois plus guère d'enseignants, de chercheurs, de médecins, d'intellectuels. Je vois des prolétaires.
L'avantage de ce défilé parsemé, c'est qu'il peut aller de La Bastille à Montparnasse en deux heures. Sous un soleil radieux. Mais c'est une toute petite consolation. Habituellement, je rencontre des personnes que je connais. Là, je n'ai croisé presque personne. Objectivement, on sent la lassitude, la fatigue. On pense aux vacances qu'on sait déjà ratées.
Chacun comprend, quels que soient les propos tenus par les Ministres et le Président, le mépris, et même la satisfaction qu'ils ont à regarder ce défilé aussi parsemé qu'un vieux chien à l'agonie. C'est ainsi, on peut désormais se réjouir du désarroi, et parfois du désespoir, d'une partie de la population. Chacun comprend que dès lundi sortiront de divers chapeaux des idées de mesures toujours moins sociales.
Chacun espère peut-être une rentrée, en septembre ou en octobre, assez virulente, pour faire front, pour défendre des idéaux, pour sauver sa peau. Mais surtout chacun se sent presque tamponné d'une espèce d'indignité de ne pas avoir voulu voter pour un parti majoritaire arrogant, de ne pas avoir su à quel parti se vouer dans une opposition en lambeaux, d'avoir cédé à la couleur de l'espérance pour ne pas être outragé davantage.
Alors non, ce ne fut pas une manifestation de trop. Voir un peuple cesser d'agonir pour agoniser reste une page très lourde à tourner, mais reste aussi un fumier à contempler, dont nécessairement, un jour, jailliront des forces mésestimées. Tant qu'il agonise, il n'est pas mort.
Story of Jen
Jen aura quinze ans cette année. Depuis la disparition de son père, elle vit seule avec sa jeune mère Sarah, un peu à l'écart de Covina, petite ville d'Amérique du nord. Un jour Ian, le demi-frère de son père, s'installe dans leur grange pour prêter main forte. Jen est fascinée par cet homme qui ne semble appartenir à rien ni à personne. Cette présence inattendue va éloigner la mère et la fille. Jen s'échappe avec Ian le temps d'une nuit violente et sauvage qui le force à s'enfuir seul dans les forêts hostiles du Nord. Commence alors une impitoyable chasse à l'homme. Pour Jen, rien ne sera jamais plus comme avant.
"Story of Jen" est un film plus intéressant que le premier opus de François Rotger, "The Passenger" en 2006, qui relatait l'errance de ses protagonistes entre le Japon et le Canada, qui ne m'avait pas convaincu/
Ici, comme le montrent l'affiche et le titre, le réalisateur hésite entre le personnage de Jen, l'adolescente, et le personnage de Ian, l'énigmatique beau-frère.
La réalisation est très réussie, pour aboutir à un film primitif et épuré, contemplatif et silencieux. Dès qu'il s'attarde sur cet onirisme envoûtant, le réalisateur sait déployer une atmosphère étrange et presque envoûtante.
Mais, dès lors qu'il s'attarde à sa chronique d'une adolescence désabusée, il patine un peu. Les dialogues sont un peu à la peine, et l'incommunicabilité entre les personnages passe assez difficilement. Les silences sont plus éloquents.
Je trouve que le casting n'est pas à la hauteur de ce qu'aurait pu être le film : Laurence Leboeuf dans le rôle de Jen, jolie figure adolescente qui nous vient de séries TV made in Canada comme "Being Erica" a des difficultés à incarner son malaise, et les gros plans sur ses grands yeux bleus ne sauraient suffire ; Marina Hands, certes très bonne comédienne, mais peine elle aussi dans les scènes plutôt mal dialoguées.
Reste Tony Ward, acteur qui nous vient du cinéma porno et qu'on avait vraiment aimé dans "Hustler White" de Bruce LaBruce en 1997, aurait gagné à être filmé comme les paysages. S'il s'en sort mieux, c'est parce qu'il a peu de scènes dialoguées, incarnant davantage l'énigme, le mystère. En cela, il réussit parfaitement sa prestation. On imagine ce qu'il serait sous le regard d'un réalisateur mieux à mêe de filmer son animalité.
Quel dommage au bout du compte ! Car le talent du réalisateur est indéniable, et sa mise en scène, dès lors qu'elle s'éloigne de ses personnages, est très réussie. Il aurait probablement du fuir davantage les scènes d'intérieur, s'émanciper de la chronique adolescente qui ne semble guère l'intéresser, et nous conter "Story of Ian".
Coraline
Rêves et cauchemars d'enfance.
Coraline Jones est une fillette intrépide et douée d'une curiosité sans limites. Ses parents, qui ont tout juste emménagé avec elle dans une étrange maison, n'ont guère de temps à lui consacrer. Pour tromper son ennui, Coraline décide donc de jouer les exploratrices. Ouvrant une porte condamnée, elle pénètre dans un appartement identique au sien... mais où tout est différent. Dans cet Autre Monde, chaque chose lui paraît plus belle, plus colorée et plus attrayante. Son Autre Mère est pleinement disponible, son Autre Père prend la peine de lui mitonner des plats exquis, et même le Chat, si hautain dans la Vraie vie, daigne s'entretenir avec elle. Coraline est bien tentée d'élire domicile dans ce Monde merveilleux, qui répond à toutes ses attentes. Mais le rêve va très vite tourner au cauchemar. Prisonnière de l'Autre Mère, Coraline va devoir déployer des trésors de bravoure, d'imagination et de ténacité pour rentrer chez elle et sauver sa Vraie famille...
Autant le dire immédiatement, il convient de placer Henry Selick à côté de Tim Burton et de Miyazaki. Le très doué scénariste, producteur, superviseur d'effets spéciaux et réalisateur nous propose un film magnifique en tout point.
Son nom aux génériques de "James et la pêche géante" et de "L'étrange Noël de Monsieur Jack" est immensément talentueux, parvenant parfaitement à marier l'animation traditionnelle avec la haute technologie.
Mais la technologie n'est pas ici au sacrifice de l'histoire. Qui n'a pas rêvé, enfant, de changer de parents ? Qui n'a pas eu les plus beaux rêves comme les pires cauchemars ? Et c'est sur ces terrains que va se promener Coraline, entre monde féérique et monde angoissant.
Coraline est bien une enfant actuelle, et ne présente rien d'édulcoré. C'est une gamine têtue, doté de parents que le réalisateur se garde bien d'idéaliser ou de noircir. Et nous assistons à une fable initiatrice, fantastique, poétique, et presque philosophique, sur l'éternel fossé entre les générations.
Le film est très inventif, peuplé de personnages hauts en couleurs dans un univers "gothique-acidulé", depuis les deux vieilles du dessous momifiées dans leur gloire passée, en passant par le fantaisiste voisin du dessus dresseur de souris, jusqu'à l'énigmatique petit voisin de son âge.
Visuellement, certes, mais aussi musicalement, le film est magnifique. Et je ne peux que le recommander. Comme tout bon film d'animation, il peut se voir et se comprendre à plusieurs niveaux.
Jaffa
Situé au coeur de Jaffa, une ville que les Palestiniens surnomment "la fiancée de la mer", le garage de Reuven est une affaire familiale. Il y emploie sa fille Mali et son fils Meir, ainsi que Toufik et Hassan, un jeune Palestinien et son père. Personne ne se doute que Mali et Toufil s'aiment depuis des années. Alors que les deux amants préparent en secret leur mariage, la tension monte entre Meir et Toufik...
Après le très bon "Mon Trésor" en 2004, j'attendais le deuxième film de Karen Yedaya avec impatience. Et cette attente est récompensée. La réalisatrice nous propose ici une métaphore politique et sociale de l'Israël, déplacée sur le terrain de l'intime. Et décidément, le cinéma israélien est de plus en plus passionnant, car il sait être de plus en plus juste et nuancé devant le sort des Palestiniens. La dénonciation d'une espèce hypocrisie politique est admirable.
Karen Yedaya a choisi de reprendre son admirable duo d'actrices de "Mon Trésor", avec Dana Ivgy, dont les silences et les regards sont impressionnants, et la décidément très grande Ronit Elkabetz. Cette dernière, scénariste, actrice, réalisatrice s'affirme désormais comme une "Dame" du cinéma israélien. Sa filmographie s'étoffe peu à peu : "Mariage Tardif", "La visite de la fanfare", "Prendre femme" (co-réalisé avec son frère Shlomi), "Les Sept Jours" (très fort et très drôle à la fois !), "La fille du RER"...
Dans le rôle du chef de famille, Moni Moshonov est parfait, comme à son habitude. Outre sa filmographie israélienne ("Mariage Tardif" et "Kedma" notamment) c'est probablement pour son grand talent que le grand James Gray l'a déjà choisi deux fois, dans "La nuit nous appartient" en 2007, et dans "Two Lovers" en 2008, excusez du peu.
Je note aussi la présence du très beau Mahmud Shalaby qui semble porter sur ses épaules, et la résignation et l'envie de révolte du peuple palestinien. Par ses yeux aussi passent toutes les tensions fortes et secrètes qui imprègnent la société israélienne.
Au final, le film est sensible, et très dérangeant. Jamais la réalisatrice nous pousse à penser quoi que ce soit, et elle nous laisse être l'arbitre de ce drame intime qui transpire le drame Israélo/Palestinien.
Il faut courir voir ce film !
14 juin 2009
Les Beaux Gosses
Hervé, 14 ans, est un ado moyen. Débordé par ses pulsions, ingrat physiquement et moyennement malin, il vit seul avec sa mère.
Au collège, il s'en sort à peu près, entouré par ses bons copains.
Sortir avec une fille, voilà qui mobilise toute sa pensée. Hélas, dans ce domaine, il accumule râteau sur râteau, sans toutefois se démonter.
Un jour, sans très bien comprendre comment, il se retrouve dans la situation de plaire à Aurore, l'une des plus jolies filles de sa classe.
Malgré des avances de plus en plus évidentes, Hervé, un peu nigaud, ne se rend compte de rien.
Quand enfin il en prend conscience, Aurore refuse de sortir avec lui. Puis, sans prévenir, elle se jette dans ses bras.
Enfin, il sort avec une fille !
Grand amateur de branlettes et de films X, Camel, son meilleur ami, convainc Hervé d'essayer de coucher avec sa copine.
Devant son copain, Hervé se vante de sa virilité, mais quand il est avec Aurore, c'est une autre affaire...
Cette comédie du touche-à-tout Riad Sattouf est une petite merveille. C'est rythmé, alerte, vif, et la mise en scène simple et modeste n'en reste pas moins joyeuse et gaie, un rien potache, et surtout délicate.
Le film s'écarte intelligemment d'un strict réalisme, et il est décalé grâce à une dimension onirique propre à l'adolescence. Le réalisateur nous propose ici "un réalisme qui ne tue pas, mais qui enchante".
Chose rare, Riad Sattouf réinvente le langage des adolescents sans jamais les singer. Certaines répliques, crues mais pas grossières, pourraient devenir "culte".
Je ne peux pas passer sous silence les deux protagonistes principaux, Vincent Lacoste et Anthony Sonigo, très à l'aise devant les situations comme avec les répliques qui fusent. Ce casting aux antipodes des figures "modasse" qu'on nous sert habituellement, nous rend ces adolescents très attachants.
Le soin apporté aux rôles secondaires, tenus par Noémie Lvovsky, Irène Jacob, Emmanuelle Devos, Valeria Godino, Marjane Satrapi, contribue à la belle tenue du film. La palme revient à Noémie Lvovsky, qui, dans une scène hilarante, parvient à s'inscruster dans un boum où va son fils, reste un moment d'anthologie.
Je ne peux que vivement conseiller cette intelligente comédie, surtout au moment où tout dans notre pays semble devoir se faire sans la jeunesse. Car à y regarder de plus près, le film est bien plus profond qu'il n'y paraît !
08 juin 2009
Departures
Dans une province rurale du nord du Japon, à Yamagata, où Daigo Kobayashi retourne avec son épouse, après l'éclatement de l'orchestre dans lequel il jouait depuis des années à Tokyo. Daigo répond à une annonce pour un emploi "d'aide aux départs", imaginant avoir affaire à une agence de voyages. L'ancien violoncelliste s'aperçoit qu'il s'agit en réalité d'une entreprise de pompes funèbres, mais accepte l'emploi par nécessité financière. Plongé dans ce monde peu connu, il va découvrir les rites funéraires, tout en cachant à sa femme sa nouvelle activité, en grande partie taboue au Japon.
Sur un sujet plutôt casse-gueule, Yojiro Takita parvient à construire une comédie délicate, pleine de tact.
Le film est assez surprenant, et touchant, parvenant à distiller des moments d'humour dans des instants de drame et de mélancolie. Ces cérémonies de mise en bière sont douces et mélancoliques, au milieu desquelles, parfois, certains membres de la famille du défunt "explosent", venant troubler la quiétude et la mélancolie de l'instant funéraire.
Et, tandis que les cérémonies se succèdent, avec une certaine mélancolie, le film propose une ode à la vie, puisque bientôt Daigo sera bientôt père.
Masahiro Motoki incarne Daigo avec toute la retenue qu'il convient, parfois jusqu'à l'effacement, dans une sorte de timidité, et de respect face aux défunts. Il se libère cependant dès qu'il joue de son violoncelle, comme en un contrepoint vivifiant.
Un joli film, beau comme une petite pépite, sans prétention, poli avec une immense délicatesse. Et même si l'on aurait souhaité, peut-être, une plus ample interrogation sur la mort et notre façon de l'affronter, le film reste intéressant par sa douceur de pétale printanier. C'est probablement toute sa poésie, mais aussi sa limite.




















