La_ComtesseSanglantes amours...

A la mort de son mari, la comtesse Elizabeth Bathory se trouve à la tête d’un vaste domaine et d’une immense fortune. Aidée de sa confidente, la sorcière Anna Darvulia, Elizabeth étend progressivement son influence, suscitant chez chacun crainte, admiration et haine, pour devenir la femme la plus puissante de la Hongrie du 17ème siècle – dictant ses conditions jusqu’au roi lui-même.
Elle rencontre alors un séduisant jeune homme dont elle tombe éperdument amoureuse mais celui-ci l’abandonne. Certaine d’avoir été délaissée car elle n’était plus assez jeune et belle.
Sombrant progressivement dans la folie, Elizabeth, à la suite d’un accident, se persuade que le sang de jeunes vierges lui procure jeunesse et beauté. Elle commence à prendre des bains dans le sang des jeunes filles du château puis de la région. Débute alors une série d’actes sanglants et diaboliques…

Après "Two days in Paris" où elle faisait figure, avec beaucoup de talent, de "Woody Allen à la française", July Delpy nous propose cette semaine son deuxième long métrage. Cette enfant de la balle a décidément bien des talents : actrice, réalisatrice, scénariste, monteuse, productrice, compositeur... Elle se paie même le luxe de réussir une carrière outre atlantique, après sa présence dans une dizaine d'épisodes de la série TV "Urgences". Elle confirme ici un indéniable talent.

Elle dresse le portrait glacial, effrayant, émaillé de quelques fièvres charnelles, de la Comtesse Bathory. C'est aussi un portrait sensible, qui ne sombre pas dans la diabolisation et le jugement moralisateur. Elle délaisse volontairement la grandiloquence gothique au profit de l'intime et le dépouillement, elle préfère le mélodrame à l'horreur pure et au gore.

En confrontant les faits avérés aux rumeurs, pour dresser le portrait d'une femme terrifiée par la déchéance physique à venir, créant aussi une atmosphère oppressante, avec une facture volontairement classique, évitant à chaque instant une reconstitution tape-à-l'oeil. Et c'est totalement réussi.

Pour peupler ce drame amoureux, à mon sens très moderne, July Delpy a eu la bonne idée de faire appel à Anamaria Marinca pour incarner Anna Darvulia. Encore une fois, elle est exceptionnelle, après "La Révélation" de Hans-Christian Schmid en début d'année, "L'homme sans âge" de Francis Ford Coppola (2007), et surtout l'éblouissant "4 mois, 3 semaines, 2 jours" de Cristian Mangiu (2007).

Le bel amant, rôle éminemment difficile parce que plus en retrait, est tenu par Daniel Brühl, qui depuis "Good Bye, Lenin !" en 2003, ne cesse de faire de belles apparitions internationales sur grand écran : "Parfum d'Absinthe" en 2004, "Joyeux Noël" en 2005, "Two days in Paris" en 2007, "La vengeance dans la peau" en 2007, "Inglourious Basterds" en 2009. Ici, son père n'est autre que William Hurt, excellent de rigidité et de calculs politiques.

En refusant de céder aux effets de mode (le vampirisme, le sanguinaire, le gothique), Julie Delpy réussit, à travers le portrait aux résonances modernes d'Erzsebet Bathory, et l'écheveau de son drame amoureux, un film passionnant, revendiquant un regard complexe et féministe d'une femme de pouvoir, et en acceptant de ne pas trancher entre ce que fut probablement la réalité puis la propagation des rumeurs. Très intéressant.