SubmarineChronique adolescente au Pays de Galles.

À 15 ans, Oliver Tate a deux gros problèmes : il rêve de coucher avec sa petite amie Jordana Bevan, et sa mère est en train de se laisser séduire par un guru.
Pour empêcher le pire et réussir le meilleur, Oliver n’a que deux atouts : un vocabulaire incroyablement riche et une immense confiance en lui…

Même si la chronique adolescente est une thématique très balisée au cinéma, "Submarine" trouve une écriture et un ton revigorants. Richard Ayoade, dont c'est le premier long métrange (il n'est connu que pour êre acteur dans la série "The IT World"), crépite d'inventivité, en utilisant judicieusement certains procédés formels : zoom, retours en arrière, voix off, arrêt sur image... offrant quelques clins d'oeil à la Nouvelle Vague, et évoquant certains clips de rock-indé plutôt inventifs.

Au-delà de la chronique adolescente, et de la forme du film, il y a d'autres aspects intéressants : le fait qu'il s'agisse certes d'une époque récente mais qu'elle reste indéfinissable ; le côté journal intime du film avec son flux d'état d'âmes ; la description du cadre vermoulu du Pays de Galles ; l'humour très british distillé tout au long du film ; la douceur, la tendresse, la mélancolie qui donnent un ton singulier à l'ensemble...

Enfin, la distribution est épatante. Graig Roberts (qui nous vient des séries TV "Young Dracula" et "Becoming Human") dans le rôle d'Oliver est impeccable. Yasmine Paige (venue elle de la série "The Sarah Page Adventures") est délicieusement capricieuse en Jordana.

Quant aux seconds rôles, ils sont au petits oignons ! Dans le rôle du père Noah Taylor est parfait, et sa filmographie est très encourageant : "Le Nouveau Monde" de terrence Malick en 2006, "The Proposition" de Jim Hillcoat en 2009, "Alice au Pays des Merveilles" de TimBurton en 2010, et "We want equality" de Nigel Cole cette année. En guru de petite envergure Paddy Considine sait être ridicule et drôle. Il propose lui aussi une filmographie intéressante : "24 Hours Party People" de Michael Winterbottom en 2003, "In America" de Jim Sheridan en 2004, "My Summer of Love" de Pawel Pawlikowski et "De l'ombre à la lumière" de Ron Howard en 2005, "La vengeance dans la peau" de Paul Greengrass en 2007.

Enfin, il y a la délicieuse Sally Howkins dans le rôle de Jill Tate, la mère d'Oliver. Encore une fois, elle est remarquable ! Depuis "Le rêve de Cassandre" de Woody Allen en 2007, elle a enchaîné "Be Happy" de Mike Leigh, "Une Education" de Lone Scherfig, "Fleur du Désert" de Sherry Hormann, "Never let me go" de Mark Romanek, et "We want sex equality" de Nigel Cole. Elle est incontestablement, à 35 ans, un des futurs piliers du cinéma anglo-saxon si tout se passe bien. Ici, en épouse et mère déboussolée qui fait tout pour rester affectueuse et rassurante, elle est à la fois drôle et touchante.

Les chroniques adolescentes au cinéma n'ont pas toutes l'heure d'être sous la houlette de Gus Van Sant, André Téchiné ou Christophe Honoré... mais ce "Submarine" de Richard Ayoade reste suffisamment original et bien fichu pour être digne d'intérêt.