Les_Bien_Aim_sEt vogue le navire, sur la carte du tendre.

Du Paris des sixties au Londres des années 2000, Madeleine, puis sa fille Véra vont et viennent autour des hommes qu’elles aiment. Mais toutes les époques ne permettent pas de vivre l'amour avec légèreté. Comment résister au temps qui passe et qui s'attaque à nos sentiments les plus profonds ?

La recherche perpétuelle de la liberté et du bonheur de Christophe Honoré font de ce film et des chansons d'Alex Beaupain un émouvant contrepoint désenchanté à l'espoir lumineux porté par "Les Chansons d'Amour". "Les Bien-Aimés" est une fresque romanesque, sentimentale et musicale qui couvre quatre décennies, de 1960 à 2001. Il y a là un bouleversant état des lieux de nos engagements et de nos renoncements. Le film est ponctué des bourrasques intimes de ses protagonistes.

Toujours entre légèreté et mélancolie, les chansons explorent de façon talentueuse tout un nuancier de sentiments déchirants : le dégrisement de la fin de la jeunesse, les abîmes de la solitude, la fin d'un amour dicté soit par une rupture, soit par la mort. Et le film accompagne très harmonieusement ces chansons - et inversement - en décrivant les contradiction que recèle chacun de ces sentiments.

A côté de la Madeleine des années 1960-1970 incarnée par Ludivine Sagnier, il y a Rasha Buknic qui joue Jaromil, son fiancé puis époux de l'époque.

Ensuite dans les années 1990-2000, Madeleine c'est Catherine Deneuve. Gravitent autour d'elle, le Jaromil vieillissant dont elle a divorcé depuis longtemps (incarné par le très pétillant Milos Forman), son nouvel époux, François, porté avec talent par l'inattendu Michel Delpech, sa fille Véra incarnée par la toujours parfaite Chiara Mastroianni, elle-même subissant les affres de l'amour entre Clément (Louis Garrel) et le beau Henderson (Paul Schneider) qu'elle a rencontré à Londres, "mais" qui est homosexuel.

Rasha Buknic a joué précédemment dans "Un chat, un chat" de Sophie Fillières et "Coco Chanel & Igor Stravinsky" de Jan Kounen, tous deux sortis en 2009. Nous avons découvert récemment Paul Schneider dans "L"Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford" de Andrew Dominik en 2007, puis dans "Away we go" de Sam Mendes en 2009, deux très bons films.

La distribution est complétée par Omar Ben Sellen et le délicieux comédien québécois Dustin Segura-Suarez (le nouveau compagnon d'Henderson), qui tous deux donnaient la réplique à François Sagat dans "L'Homme au Bain" du même Christophe Honoré.

Même si Christophe Honoré n'est pas Jacques Demy, son film est une magnifique ode à l'art d'aimer. Et faire de l'amour, aujourd'hui, le centre d'un film, il fallait l'oser.

Après avoir navigué sur cette carte du tendre, on se retrouve devant un sublime final au cour duquel la narration, la mise en scène, et la musique fusionnent pour faire surgir une émotion, et une profondeur inattendue.

Et Catherine Deneuve de chanter ce superbe refrain :

"Tu n'es plus là, rien n'a changé,
Le problème est le même tu sais,
Je peux vivre sans toi, c'est vrai,
Ce qui me tue mon amour c'est
que je ne peux vivre sans t'aimer".