WarriorUne cage, deux frères.

Ancien Marine brisé, Tommy Conlon rentre au pays et demande à son père de le préparer pour un tournoi d’arts martiaux mixtes qui lui permettrait de gagner une fortune. Personne ne sait ce qu’il espère faire de cet argent. Le propre frère de Tommy, Brendan, décide lui aussi de s’engager dans la compétition pour essayer de sauver sa famille. Entre les deux frères, les années n’ont pas adouci les rancœurs.
Immanquablement, les routes de Tommy et de Brendan vont bientôt se croiser. Au-delà de l’affrontement qui s’annonce, pour chacun, quelle que soit la cause qu’ils défendent, il n’est pas seulement question de remporter un prix, mais de mener le combat d’une vie…

Gavin O'connor nous propose cette semaine un film aux références assumées, et dont nous connaissons les ressorts principaux, puisque vus et revus au cinéma : sport de combat + frères ennemis + père alcoolique + mère décédée + rédemption. Après le très bon "Fighter" de David O. Russel avec Mark Wahlbeg et Christian Bale, on pouvait craindre une redite de moindre importance, empruntant à "Raging Bull", "Rocky", The Whrestler"... mais il n'en est rien.

C'est certes un film de "Mix Martial Arts" efficace et hargneux, spectaculaire et violent, avec une trame classique, mais qui fait intervenir des ingrédients familiaux, à la fois issus de la tragédie, à la fois issus du mélodrame, mélange que le réalisateur à déjà mis en oeuvre dans "Le prix de la loyauté" en 2008, avec Edward Norton et Colin Farrel.

Ici la pratique du sport n'est pas une fin, mais un moyen : et voir deux frères se battre (littéralement) pour résoudre leurs différends, mais aussi leurs dilemmes personnels, offre au film une dynamique à chaque séquence, sans toutefois sombrer dans une surenchère d'effets. Le réalisateur fait le choix d'exposer la surpuissance virtuose des deux frères pour mettre en branle le mythe du héros américain (et plus encore le "super-héros"), pour écorner aussi l'armée, la famille, le climat économique et social des USA.

Le père de Brendan (Joel Edgerton) et de Tommys (Tom Hardy) est incarné par l'immense Nick Nolte, au sommet de son art. L'épouse de Brendan est incarnée par la charmante et très juste Jennifer Morrison connue surtout pour les séries TV dans lesquels elle a joué : "Dawson", "Dr House", "Chase", "How I met your mother", "Once upon a time", "Les Anges du Bonheur".

Enfin, l'entraîneur de Brendan est incarné par Franck Campana, lui aussi venu des séries TV, dans lesquelles il a beaucoup joué : "Rick Hunter", New York Unité Spéciale", "Les dessous de Palm Beach", "Karen Sisco", "Prison Break", "Les Experts", etc... Au cinéma, il a joué dans "Minority Report" de Steven Spielberg (2002), "Le Prix de la Loyauté" (2008) de Gavin O'Connor qu'il retrouve aujourd'hui, "Hors de Contrôle" de Marti Campbell (2010). Nous le retouverons prochainement dans "The grey" de John Carnahan donnant la réplique à Liam Neeson ; dans "Lay the Favorite" de Stephen Frears où il donnera la réplique à Rebecca Hills, Bruce Willis, Catherine Zeta-Jones, dans "Mother's day" de darren Lynn Brousnan.

Joel_EdgertonMaintenant venons-en aux deux frères Conlon. L'aîné, Brendan, est incarné par Joel Edgerton (37 ans). C'est un acteur australien, qui a joué dans "Star Wars - épisode II" et Star Wars - épisode III" en 2002 et 2005, dans le très réussi "Ned Kelly" de gregor Jordan en 2003, dans "Mi$e à prix" de Joe Carnahan en 2007, dans "The Square" de Nash Edgerton (son frère) en 2009, dans l'excellent "Animal Kingdom" de David Michôd en 2011. Il est excellent ici, rongé par le fait d'avoir "abandonné" son frère dans sa jeunesse, rongé aussi par l'impossibilité de subvenir correctement aux besoins de sa famille, rongé enfin par la haine que semble lui vouer son père.

Tom_HardyQuant au cadet, Tommy Conlon, c'est Tom Hardy (34 ans). J'avais souligné ici son talent et sa présence extraordinaire lors de la sortie de "Bronson", magnifique film de Nicolas Winding Refn en 2009 (à voir et à revoir). Il est aussi au générique de la série "Frère d'armes" produite par Steven Spielberg en 2002, "La chute du faucon noir" de Ridley Scott en 2002, "Marie-Antoinette" de Sofia Coppola en 2006, "Inception" de Christopher Nolan en 2010. D'évidence, et je l'écrivais déjà il y a deux ans, sa carrière va exploser : en 2012 il sera dans "La Taupe" de Tomas Alfredson face à Colin Firth et Gary Oldman ; "The Dark Knight rises" de Christopher Nolan face à Christian Bale et Anne Hahtaway ; "The wettest conty in the world" de John Hillcoat face à Shia LaBoeuf et Jessica Chastain. Il est ici absolument somptueux, tant dans les combats que dans les deux scènes mélodramatiques du film : lorsqu'enfin il prend son père dans ses bras, lorsqu'au terme de sa rédemption il s'abandonne dans ceux de son frère pour pardon l'abandon de ce dernier. Impossible de ne pas pleurer !

Pour apprécier ce film, il faut d'abord en accepter les codes qui sont ceux d'un "film de genre", mais aussi aller au-delà, en scrutant tout ce qui tien à la paternité et la fraternité, se rappelant le sublime "Tetro" de Francis Ford Coppola et le parfait "La nuit nous appartient" de James Gray, même si "Warrior" n'en a évidemment pas la maîtrise totale, et loin s'en faut.

La persévérance et la technique de Brendon l'aîné face à la fulgurance animale du cadet Tommy, sous le regard pétri d'angoisse d'un Nick Nolte buriné, ne sont que les alibis qui servent à transcender "l'humanité des hommes", et pour apporter la preuve qu'on peut faire du cinéma simple, et pourtant terrassant.