On_the_iceThriller inuit.

Qalli et Aivaaq, deux adolescents de la communauté Iñupiaq, mènent une vie sans histoire dans une petite ville isolée du nord de l’Alaska. Un matin tôt, ils décident de partir à la chasse aux phoques avec James, un de leurs amis. Une dispute éclate entre les trois garçons et se termine par la mort accidentelle de James. Liés par ce sombre secret, les deux adolescents inventent mensonges sur mensonges afin de ne pas éveiller les soupçons de leur communauté.

Voici le premier long métrage du jeune réalisateur Américano-Inupiaq Andrew Okpeaha MacLean qui nous vient de la ville de Barrow, au nord de l'Alaska, au large du détroit de Bering, où le film fut réalisé, avec des acteurs non professionnels du cru. Il a attiré l'attention de plusieurs festivals : Deauville 2011 (4 nominations), Saint Jean de Luz 2011 (4 nominations), Sundance, et Berlin où il reçu le Prix du Meilleur Premier Film.

Le film présente déjà l'avantage d'être dépaysant, au bon sens du terme, sans jamais virer dans l'exotique et le pittoresque, en nous présentant le peuple des Inupiaqs, très méconnu, leurs traditions ancestrales (chasse aux phoques et morses qui fournissent l'essentiel de la nourriture), son tiraillement entre ces traditions et la modernité, et des paysages somptueux, puisque certains scènes sont tournées à Barrow même, d'autres aux confins du cercle polaire. Le tournage de 25 jours a donc été très difficile, parfois par -30°C. Par ailleurs, les acteurs étant des non-professionnels, le réalisateur a pris le soin de faire des répétitions pendant plus d'un mois.

La trame policière est assez classique (elle vient directement du court métrage "Sikumi" qu'avait réalisé Andrew Okpeaha MacLean à Sundance avec une bouse qui lui avait été accordée). Toutefois, elle est construite autour du poids de la culpabilité de Qalli et Aivaaq suite à la mort de leur ami James, dont il taisent les circonstance. Cette culpabilité est exacerbée par le fait que c'est Eagasak, le père de Qalli, qui mène l'enquête. La mise en scène est très épurée, et le réalisateur revendique les influences des images et des plans de Sam Pekinpah.

L'interprétation est inégale, mais reste de bon niveau. Josiah Patkotak incarne un Qalli tiraillé par sa culpabilité avec sobriété ; Frank Qutuq Irelan incarne un Aivaaq rongé par l'alcoolisme et la drogue avec beaucoup de fragilité ; Teddy Kyle Smith incarne un Egasak qui mène son enquête avec beaucoup de persévérence, comprenant que son fils Qalli cache quelque chose (très belle relation père-fils) ; Rosabelle Kunnama Rexford est une grand-mère Aaka chaleureuse et aimante ; John Miller, dont le rôle de James est bref puisque c'est lui qui meurt, laisse apparaître toute la violence qui peut sourdre puis éclater en cette fin d'adolescence quand l'avenir semble si incertain.

La façon dont Andrew Okpeaha MacLean envisage le traitement de ses personnages est très audacieuse, et leur cheminement vers la conclusion du film, comme l'aboutissement de l'enquête, est d'une maturité évidente. Et cela participe de l'équilibre du film, tendu et aride, à la construction précise, aux choix presque chirurgicaux de mise en scène.

Dans l'abondance de films qui sortent chaque semaine au cinéma (environ vingt), se cache toujours quelques pépites, pas toujours facile à dénicher. "On the Ice" en est une, parce qu'il nous fait découvrir une Amérique méconnue, parce qu'il fait émerger un jeune réalisateur très prometteur. Andrew Okpeaha MacLean parvient à trouver l'universel dans la singularité, grâce à un film policier à l'intrigue certes classique, mais à la mise en scène très maîtrisée, à l'appréhension audacieuse de ses personnages, en n'oubliant pas de nous émouvoir.