Viva_Riva__Thriller congolais.

Kinshasa (République Démocratique du Congo - RDC), où la vie nocturne voluptueuse et trépidante semble toujours prête à engloutir le temps. Quelques rares privilégiés y mènent la grande vie, au mépris de tous les laissés-pour-compte. Ceux qui n'ont rien envient ceux qui ont tout et ils n'aspirent qu'à une seule chose : devenir les nouveaux maîtres de la nuit. 

Riva est l'un de ces rêveurs. Il rentre plein aux as après dix ans d'absence, bien déterminé à s'offrir, avec son vieux copain J.M., une folle nuit de beuverie, de danse et de débauche. Reine de la nuit, mystérieuse et distante, Nora danse et Riva est subjugué. La belle appartient à un caïd local, mais Riva s'en moque : il lui faut cette fille. Aura-t-il sa chance ? Son argent, Riva l'a "emprunté" à son ex-patron, un truand angolais qui le poursuit à travers la ville en semant la panique sur son passage. Au point du jour, le rêve se transforme en cauchemar : après son heure de gloire, Riva finit sa course dans un recoin sordide de la ville...

Djo Tunda Wa Mungo (réalisateur de "Papy" en 2007, que je n'ai jamais vu), malgré une industrie cinématographique inexistente dans son pays, est parvenu à nous proposer un polar de série B, moderne et moite, entre film noir et réalisme cru, en forme de course poursuite, avec sexe et violence. Son scénario (inutilement alambiqué) s'inspire de l'histoire de vrais contrebandiers de Kinshasa. Tous les ingrédients d'un bon thriller sont là : mafia, jalousie, crime, corruption, pauvreté, politique. Il en résulte une captation réussie d'une atmosphère à la fois torride, violente, érotique et très énergisante, la dramaturgie obéissant aux règles des films de gangsters. Mais le film va plus loin.

En effet, on assiste à une description passionnante des bas-fonds, du chaos urbain de Kinshasa, directement branché sur l'environnement politique et social actuel. Djo Tunda Wa Munga revendique le modèle "Scarface" de Brian de Palma, comme les influences de Sergio Leone, Akira Kurosawa, Kenzi Mizoguchi, David Cronenberg et Quentin Tarantino. Il va plus loin encore, levant le tabou du sexe, très présent en Afrique, ayant même eu des difficulté à trouver des actrices allant aussi loin dans l'érotisme. Plus loin aussi dans le "tarantinesque", car assumant pleinement un humour excessif, et se permettant même un persiflage anti-macho dans lequel n'irait jamais Quentin Tarantino.

Le film présente une autre nouveauté : il est bilingue français-lingala, le lingala étant la langue la plus parlée actuellement en République Démocratique du Congo. La musique aussi est congolaise, entre fureur et mélancolie, dont le Français Cyril Atef (le batteur du chanteur M) a assuré les arrangements.

Et on découvre des acteurs et des actrices, souvent amateurs, que nous ne connaissions pas. Patsha Bay, dans le rôle de Riva, est parfait, tout en auto-satisfaction, en auto-dérision, et en ironie. Hoji Fortuna (César) assume pleinement un certain ridicule, Diplome Amekindra (Azor) s'amuse de sa composition volontairement caricaturale du macho.

La part belle revient aux femmes. Manie Malone (Nora), la seule actrice connue pour avoir joué dans les séries TV "Femmes de loi" et "Braquo", puis dans le court métrage "5150 Hold" de Shriley Monsarrat en 2010, donnant la réplique à Vahina Cocciante. Elle doit essentiellement son rôle à sa beauté, et se tire à merveille de ses scènes érotiques, très osées. Plus intéressantes sont Nzita Tumba (Madame Edo, sorte de mère maquerelle bienveillante) et surtout Angelique Mbumb (Malou, prostituée-indic) dont la composition est pleine de malice, et l'incroyable Marlene Longange (la commandante lesbienne corrompue) qui ne s'en laisse jamais conter. Bien des actrices professionnelles ne pourraient pas assumer un tel rôle-clef.

Voici un film pionnier à plus d'un titre : africain, bilingue, violent, sexuel, drôle... Excessif en presque tout avec son déferlement de violence et de sexe, mais aussi d'humour extravagant, c'est aussi, je le répète, une passionnante captation toute en crudité des bas-fonds de Kinshasa, de sa vie nocturne, de sa corruption, de son contexte social et politique. Cerise sur le gâteau, Djo Tunda Wa Munga n'oublie jamais qui il filme, ni pour qui il filme. C'est avant tout pour les gens dont il parle (ce qui explique que le film soit interdit en République Démocratique du Congo). Et pour nous !