Hollande - Le PenLe quinté dans l'ordre.

Pour commencer, je rappelle les résultats : PS 28,63%, UMP 27,06%, FN 18,03%, FdG 11,14%, MoDem 9,10%, EELV 2,27%, DR 1,8%, NPA 1,15%, LO 0,57%, JC 0,25%.
Donc, dans l'ordre, Hollande, Sarkozy, Le Pen, Mélenchon, Bayrou... comme prévu. 

Des chiffres, des noms. Mais cela ne saurait suffire, et je pense qu'il ne faut pas laisser les seuls "spécialistes" et autres "experts" ou "politologues" en livrer l'analyse. 

Déjà, un climat général : une crise économique, sociale, sociétale, et culturelle ; une crise "identitaire" ; le fruit d'un quinquennat, et plus largement de 10 ans de la même politique ; atmosphère délétère provoquée par les mots autant que par les maux, par des images aussi.

"Au commencement était le verbe." Comment oublier les discours de Dakar, de Saint-Jean du Latran, de Grenoble, etc...? Comment oublier les "Kärcher", "Casse-toi pov'con", "que des connards au Quai d'Orsay"...? Comment oublier aussi les images du Fouquet's, celles du yacht de Bolloré, des visites à DisneyLand et Petra, de jogging avec lunettes Ray-Ban, de Roms instrumentalisés notamment par TF1, les images de l'Ile de Lampedusa, etc...?

Ensuite, pour en finir avec cette "ambiance", je ne peux pas passer sous silence tous les antagonismes aussi stupides qu'inutiles et mortifères qu'aura distribués l'actuel locataire de l'Élysée, antagonismes qui ne tendaient à rien d'autre qu'à distribuer ce que j'appelle un "devoir de haine" à tous les "temps de cerveaux disponibles" bien préparés à ses intentions malveillantes : privé/public, de souche/pas de souche, ruraux/urbains, police/justice, police/armée, vieux/jeunes, chrétiens/non chrétiens, non syndiqués/syndiqués, hétérosexuels/homosexuels, en bonne santé/malade, grandes villes/banlieues, etc... Tout aura été fait pour opposer les uns aux autres.

Enfin, et même si la plupart des media ont été très timorés à ce propos - selon moi - ont plané sur ce quinquennat, les "affaires". Balladur/Karachi, Takieddine/Kadhafi, rétro-commissions sur les contrats Agosta, Sawari II, Bravo, Miksa, Amesys, valises d'Omar Bongo, Woerth/Bettencourt, Woerth/hippodrome de Compiègne, Sarkozy/financement appartement de Neuilly-sur-Seine, mais aussi, globalement, le record de la Vème République des proches de l'Élysée passant devant les juges.

1 - La participation a été honorable : 80,41%. Et qu'on ne vienne pas nous dire que les sondages se sont trompés, puisque je me souviens très bien qu'IPSOS (entre autres) a envisagé une participation forte, jusqu'à 83%. Cette campagne a été jugée inintéressante par les "spécialistes", mais les électeurs en ont bien perçu les enjeux importants.

2 - Nicolas Sarkozy subit une défaite. Jamais depuis 1965 (depuis que le suffrage universel direct s'applique à l'élection présidentielle) un candidat-président sortant n'est pas arrivé en tête, pire encore, jamais son score n'aura été aussi bas. Les tentatives de IFOP-MEDEF de nous faire avaler que les courbes se rapprochaient, se frôlaient, se croisaient, se décroisaient, n'auront été que vaines tentatives d'enfumage. Nous savions depuis la fin des "Primaires Citoyennes" (octobre-novembre 2011 !) que l'écart entre PS et UMP, obligatoirement, se resserreraient, notamment dès l'entrée en compétition de Nicolas Sarcozy.

Ce dernier nous expliquant qu'il allait conquérir la première place, et que cela créerait une dynamique en sa faveur, qu'il le "sentait", n'était que l'application de son auto-satisfaction conjuguée à sa méthode Coué qui le pousse à nier et son bilan, et sa vulgarité, et ses très contestables orientations politiques.

3 - François Hollande réalise un très bon score. Mou peut-être, si ça fait plaisir à certains, mais solide. Face à l'actuel locataire de l'Élysée, on ne peut songer qu'aux fables de La Fontaine, "Le Chêne et le Roseau", "Le Lièvre et le Roseau". Qu'on ne vienne pas m'accuser de proposer des références littéraires de "BoBo" inconnues du "Peuple" !

4 - Marine Le Pen réalise un très bon score. Faut-il s'en étonner ? Notons déjà que le corps électoral était de 41,2 millions d'électeurs en 2002, et qu'il est de 46 millions en 2012, et que les calculs en nombres de voix sont peu significatifs, et qu'il faut pondérer le fait que le FN soit passé de 4,8 millions de voix à 6,4 millions de voix. Notons aussi que cela fait 4 ans qu'on nous serine que cette crise actuelle ressemble à celle de 1929. Soit. Alors aux mêmes maux, les mêmes conséquences, et donc une ascension de l'extrême droite. Si l'on ajoute à cela tous les antagonismes que j'ai cités plus haut, sur la façon qu'a eue Nicolas Sarkozy d'appuyer toujours sur l'immigration et sur l'insécurité, il n'y a là rien de surprenant. J'avais écrit ici que le FN était sous-évalué. Et je n'en tiens pas pour responsables les sondages. Je pense davantage que les sondés sont malicieux, et qu'ils déclarent de plus en plus souvent une autre intention de vote que celle qu'ils ont chevillée au coeur.

5 - Jean-Luc Mélenchon n'obtient pas, et je le regrette, le résultat qu'il escomptait. Là aussi, j'avais dit et même écrit (que de moqueries à cause de ça !) que le Front de Gauche était sur-évalué. L'Élysée, l'UMP, comme évidemment le Figaro et TF1 (entre autres) auront bien aidé à ce propos, avec leur mot d'ordre "pas touche à Mélenchon, ça participe du pilonnage de Hollande !". Pour autant, je rappelle que PCF+EELV+NPA+LO pesaient 10,23% en 2007, et qu'ils pèsent environ 15% aujourd'hui, le FdG à lui seul pesant 11,15%. 5 points de gagnés pour "la gauche de la gauche" ce sont près de 1,8 millions de voix. Déception peut-être, mais en aucun cas défaite !

D'autant plus que Jean-Luc Mélenchon (en s'inspirant un peu du concept de "Démocratie Participative" de Ségolène Royal et de ses pique-nique citoyens), avec ses grands meetings en plein air, aura renouvelé l'exercice, aura suscité une participation accrue, et aura fait passer le citoyen de la station assise à la station debout. Ce n'est pas rien.

6 - Le MoDem passe sous la barre des 10%. Comme j'avais écrit que le FN était sous-évalué, que le FdG était surévalué (là aussi probablement plus du fait des sondés que des sondeurs), j'ai toujours dit et écrit, depuis 2007, qu'il y avait une espèce de "bulle spéculative" autour du MoDem, et qu'elle finirait par éclater. Sa théorie de "centre par inclusion" (le centre + "le meilleur" de l'UMP + "le meilleur" du PS) m'a toujours parue fumeuse et saugrenue, parce que je crois fermement à la dichotomie droite/gauche, parce que je souscris au concept de lutte des classes. Il n'appartenait qu'à François Bayrou, surtout quand Nicolas Sarkozy était le plus affaibli, de se positionner clairement pour ce qu'il est : à droite, une alternative à l'UMP, plus humaniste et plus sociale. C'est probablement ce qu'il fera APRÈS l'élection présidentielle, faute de l'avoir fait AVANT, surtout si Nicolas Sarkozy ne conquiert pas un second mandat.

Voilà. Maintenant le second tour commence. Il faut rappeler qu'il y a UNE élection présidentielle, et donc qu'il y a UNE campagne électorale, qui se divise en deux séquences, le premier tour, puis le second. Dire que "tout recommence à zéro", c'est nous laisser pour des abrutis finis. C'est la raison pour laquelle je me suis attaché à rappeler en préambule, le plus succinctement possible, l'ambiance, l'atmosphère, le contexte... Je maintiens que tout ça ne s'est pas subitement évaporé au soir du 22 avril.

Le diapason a sonné, le la est donné. Le FN, avec ses 18,03%, plane sur ce second tour, comme il a plané sur la France depuis 10 ans, tant l'actuel locataire de l'Élysée - totalement en vain - a cru bon de ratisser ses terres, a voulu lui tondre la laine sur le dos, au plus grand mépris des électeurs FN eux-mêmes d'abord, de tous les Français ensuite.

Même s'il n'est pas perçu comme tel, je considère ce second tour dans une configuration François Hollande/Marine Le Pen. Non pas que, soyons clairs, je m'avancerais à dire que Nicolas Sarkozy équivaut Marine Le Pen, mais que nous allons devoir statuer sur les thématiques et les solutions préconisées par le FN. Ce sont aussi, à ce qu'on nous dit, les préoccupations et les solutions qui intéresseraient le plus les Français. Ainsi, pendant deux semaines, et surtout si les media s'y laissent aller, ce ne seront pas l'égalité, la justice, la redistribution, la réindustrialisation, la relance de la croissance, le chômage de masse, la destruction des services publics, l'accroissement de la pauvreté, le probable recul de l'espérance de vie, etc..., mais bien l'identité nationale, l'immigration, l'insécurité, la valeur travail, la famille, les frontières, etc... sur lesquels il va falloir statuer, puisque nous en serons gavés.

Je ne saurais le déplorer davantage, mais je dois m'y résoudre. Je voterai donc en conséquence. Et vous ? Car si le premier tour n'a révélé aucune surprise, le second tour, lui, pourrait nous en réserver une bien fâcheuse, même si, et je le note avec une ironie certaine, il fut un moment où certains sondages n'excluaient pas un "21 avril 2002 à l'envers" duquel nous sommes moins éloignés qu'il n'y paraît au premier abord.