Looper

L'Homme, face à son passé, face à son avenir.

Dans un futur assez proche, une Mafia dirigée par Abe (Jeff Daniels) a mis au point un système infaillible pour faire disparaître tous les témoins gênants. Elle expédie ses victimes dans le passé, à notre époque, où des tueurs d’un genre nouveau (les "Loopers") les éliminent.

Un jour, l’un d’entre eux, Joe (Joseph Gordon-Levitt) tout comme son collègue Seth (Paul Dano, toujours parfait), découvre que la victime qu’il doit exécuter n’est autre que… lui-même, avec 30 ans de plus. La machine si bien huilée déraille…

"Looper" marque la troisième collaboration entre le réalisateur Rian Johnson et le comédien Joseph Gordon-Levitt. Ils avaient en effet déjà travaillé ensemble sur "Brick" (2005) et sur "Une arnaque presque parfaite" (2008), dans lequel l'acteur, toujours excellent, faisait une brève apparition. Sachant que le comédien interprète une version jeune du personnage de Bruce Willis, de nombreuses séances de maquillage ont été nécessaires à sa transformation : tous les matins, il passait ainsi trois heures entre les mains de professionnels chevronnés. Il s'est également fait poser des prothèses, et ses yeux ont ensuite été numériquement modifiés pour qu'ils aient la même couleur que ceux de son aîné. Même si sa transformation physique saute aux yeux, ce n'est pas le seul changement que l'acteur a effectué. Pour que son personnage soit crédible, il a également modifié son jeu en l'adaptant à celui de Bruce Willis, adoptant certains de ses tics et opérant un travail sur sa voix.

Le voyage dans le temps est un sujet récurrent au cinéma. De Robert Zemeckis avec "Retour vers le futur" à Alains Resnais avec "Je t'aime, je t'aime" en passant par Terry Gilliam avec "L'Armée des 12 singes", ce thème n'a eu de cesse de nourrir l'imaginaire des réalisateurs. Entre science-fiction et thriller "Looper" se rapproche cependant plus de "Source Code" de Duncan Jones, sorti en 2011.

Le film a été tourné en grande partie en Louisiane, à la Nouvelle-Orléans et à Napoleonville. L'équipe est cependant allée tourner pendant deux semaines en Chine, à Shanghai. Au départ, le scénario mentionnait Paris comme décor mais le distributeur chinois du film a proposé de modifier la destination, proposition acceptée par le réalisateur : "Plus j'y réfléchissais, plus je me disais que c'était assez logique par rapport à l'histoire : Joe rêve de Paris, mais la Chine est une destination où un jeune homme pourrait se rendre dans l'avenir", précise le cinéaste.

Pour ne pas vous retrouver démuni face à certains termes utilisés dans le film, voici un petit lexique pour briller en société : en premier lieu, un Looper est un tueur de seconde zone qui travaille pour la mafia du futur. Ses victimes sont envoyées à son époque et il est chargé de se débarrasser de leur cadavre. On croisera également des personnages appelés les portes-flingues ; ce sont des gangsters beaucoup mieux entraînés et chevronnés. Ils détestent les Loopers qu'ils considèrent comme des incompétents. On entendra ensuite parler de Métapsychiques. En 2040, environ 15% de la population a développé des facultés métapsychiques. Il ne s'agit pas d'un réel pouvoir mais plutôt d'un don banal et peu utile, qui sert surtout à frimer. Enfin, les Loopers utilisent une arme spéciale pour tuer leurs victimes ; cette arme, appelée mousqueton, s'avère pratique pour des tueurs peu doués comme les Loopers car elle permet de tuer une cible facilement à une distance de seulement quelques mètres.

Rian Johnson réussit un thriller d'anticipation diablement efficace, porté par un suspense de tous les instants, un casting impeccable et des effets spéciaux à dose homéopathique. À mon sens, "Looper" surpasse "Matrix" auquel il est souvent comparé, parce qu'il ne s'encombre pas de discours incompréhensibles et pseudo-métaphysique, pour proposer, en lieu et place, un questionnement plus pertinent sur le sens de l'existence. Si "Looper" est un peu écrasé par le poids de ses modèles, le film transcende néanmoins l'exercice de style – ou de genre – et impose une véritable identité en refaçonnant la science-fiction grâce à la fraîcheur du regard d'un cinéaste avide de nouveauté, aussi audacieux que franc-tireur. 

"Looper" est un coup de maître époustouflant, excellemment réalisé, doté d'un charme "rétro-futuriste", qui ne s'exonère pas de la description d'un contexte social. Avec en prime un Joseph Gordon-Levitt qui comprend ce qu'il joue, en proposant un personnage qui questionne davantage qu'il n'affirme. Moi qui suis assez peu adepte de SF, mais si certains films d'anticipation m'ont ravi, j'ai apprécié que "Looper", et c'est une de ses principales forces, se garde de proposer un "prêche".