Une famille respectable

Retour en Iran.

Arash (Babak Hamidian) est un universitaire iranien qui vit en Occident. Il retourne donner des cours à Chiraz où vit sa mère (Ahoo Kheradmand), loin de Téhéran.

Entraîné dans un tourbillon d’intrigues administratives, familiales et financières, il replonge dans un pays dont il ne possède plus les codes.

A la mort de son père, découvrant ce qu’est devenue sa "famille respectable", il est contraint de faire des choix. Car son demi frère Jafar (Mehran Ahmadi) et son neveu Hamed (Mehrad Sedighian) sont loin de ne lui vouloir que du bien...

Arash, le prénom du personnage principal du film, n'a pas été choisi par hasard. En effet, celui-ci, comme l'a révélé le réalisateur, provient d'une légende issue de la tradition orale iranienne. Dans cette légende, un archer nommé Arash se sacrifie pour sauver le pays.

Massoud Bakhshi, cinéaste iranien, est diplômé de photographie et de cinéma après des études en Italie. Le natif de Téhéran a également étudié le financement culturel en France avant de commencer sa carrière en tant que critique de cinéma puis scénariste, producteur et réalisateur. Le metteur en scène a surtout réalisé des documentaires comme "Teheran has no more Pomegranates !", sélectionné dans plus de 30 festivals internationaux en 2007. "Une famille respectable" est son premier long métrage de fiction.

Massoud Bakhshi se dit très influencé par les films noirs français, c'est pourquoi le cinéaste a voulu structurer son film comme un polar : "J’ai été influencé et inspiré par les films de Jean-Pierre Melville ou par ceux de la Nouvelle Vague. L’intrigue qui guide le trajet d’Arash, mon personnage principal, est un dévoilement progressif de secrets et de complots. Une autre ligne de récit me vient du cinéma de "drame familial", et surtout des néoréalistes italiens. La famille est le lieu du drame", confie le metteur en scène iranien.

Le film est fortement marqué par le conflit Iran-Irak, guerre qui a bouleversé le pays du cinéaste durant huit années de combat, comme celui-ci nous le confie : "J’avais 8 ans quand l’Irak de Saddam Hussein a attaqué l’Iran, et 16 ans à la fin de la guerre. J’ai écrit avec ces images de guerre omniprésentes en tête et j’ai décidé de les montrer dans le film parce qu’en écrivant mon scénario, j’ai compris que ces mêmes images hantaient le personnage d’Arash". En utilisant des images d'archives de la guerre dans son long métrage, le réalisateur ancre son film dans le réel, qu'il chérit tant de par son expérience dans le documentaire.

À la fois polar, chronique familiale et radiographie politique, "Une famille respectable" est un dense tableau de l'Iran contemporain, bien écrit et bien joué. C'est aussi un film de mafia et de corruption, construit avec rigueur, pris dans un rythme étonnamment stressant, grâce à un suspense très tendu. Le réalisateur parvient à cerner avec acuité une réalité politique et sociale, et c'est fait de façon habile et convaincante. Massoud Bakhshi affiche pour sa première fiction une audace qui le situe à la hauteur d'Asghar Farhadi. Un moment saisissant de cinéma, que l'interprétation intense et sobre des comédiens ne fait que renforcer.