Piggy 50 ans

Pas particulièrement optimiste, mais assurément enthousiaste ! 

Dans un récent sondage, complètement biaisé comme le démontre très bien Jean-Claude Guillebaud dans sa chronique du NouvelObs de cette semaine, les Français auraient le moral à zéro, et seraient donc les plus pessimistes du monde. Balivernes, évidemment ! Car la question essentielle qui fut posée à chacun n'était pas de savoir s'il était ou non optimiste, mais si selon lui, ses compatriotes l'étaient. La nuance est de taille et invite à une forme de trucage. De la même façon, les Français ne sont pas aussi anti-européens qu'on veut nous le faire avaler, pas plus qu'ils ne sont exagérément effrayés par l'avenir, comme l'atteste la natalité.

Pour ma part, à la veille de mes 50 ans, si je ne peux pas dire que je suis "optimiste", je suis un peu comme les Français, pas si enseveli qu'on veut bien nous le dire dans une spirale mortifère, et je peux même dire que je suis "enthousiaste", malgré le contexte socio-économique, malgré la météo automnale.

D’abord, pour des raisons politiques.

En France, le mariage civil pour tous, voté et promulgué. D’une part cette égalité en droit me satisfait, d’autre part je sais que cette loi fut aussi une machine à broyer des candidatures UMP pour 2017. Nous rirons bien quand seront rediffusées, lors de la prochaine campagne présidentielle, les déclarations les plus outrancières. L’UMP s’est fracassée et davantage divisée, et ce sont le FN et l’UDI qui, chacun de son côté glane les voix qu’il y a à récupérer, tandis que la gauche n’a pas perdu une seule voix dans cette affaire. Non, ce n’était pas qu’un projet uniquement « sociétal » pour dissimuler la crise et les difficultés économiques, c’était aussi éminemment politique.

En Allemagne, les élections arrivent, et dès qu’elle sera réélue (très probablement), Angela Merkel en aura fini avec sa politique strictement intérieure qui lui impose de tenir un certain discours, et devrait être contrainte, parce qu’il en va de l’économie même de l’Allemagne, de consentir soit à une dilution dans le temps des politiques d’austérité, soit à une forme de plan de relance au niveau de l’UE. Ce qui serait hautement salutaire.

Ensuite et surtout, pour des raisons artistiques et "culturelles".

Une exposition Keith Haring et une exposition Tamara de Lempicka, le même mois à Paris, n’est-ce pas tout ce qu’il y a de plus enthousiasmant ? Les deux sont magnifiques, et chacune contient sa part d'expression hautement politique. Et évidemment, l'immense Giotto au Musée du Louvre.

Au théâtre, "Les 2 G" où excellent Denis D'Arcangelo et Jean-Luc Revol, "Iphis et Iante" la magnifique pièce d'Isaac de Benserade écrite en 1634 intelligemment revisitée et particulièrement drôle , tandis qu'en musique Charles Trenet se rappelle à nous et qu'Alex Baupain connaît un succès aussi grandissant que mérité. Tant d'autres musiques et de chansons encore...

Au cinéma, se sont enchaînés, en moins d'un mois, "Survivre", Promised Land" « MUD », « The Grandmaster », « I want your love », « Rock the Casbah », « Le Passé »,  et « Only God forgives ». À Cannes, sont annoncés, entre autres, « L’inconnu du lac », « Ma vie avec Liberace » et « Les rencontres d’après minuit ». En si peu de temps,  Gus Van Sant, Jeff Nichols, Wong Kar Waï, Travis Mathews, Asghar Farhadi, Nicolas Winding Refn, Alain Guiraudie et Steven Soderbergh, c’est plutôt, là encore, très enthousiasmant, d’autant que certains de ces films sont sciemment sulfureux, sur des thématiques qui m'ont toujours passionné. 

En littérature, parmi tant de parutions, il y a les deux livres d'Hervé Guibert que je viens de lire, "Lettres à Eugène" et "Vices" ; il y a tout à attendre du dernier opus de Daniel Cordier (qui sort ce jeudi 23 mai) en attendant ce qui devrait suivre "Alias Caracalla" ; il y a l’immense plaisir que j'ai eu à lire le bouleversant livre de Florence Seyvos intitulé « Le Garçon incassable », ce titre qui me ressemble tant, et où le jeune Henri handicapé laisse entrevoir le génial Buster Keaton - auquel je ne peux pas penser sans une sincère et vive émotion - et tous ces livres qui ont toujours tenu et qui tiennent encore une place de première importance. Je suis, aussi, tout fait de Proust, Joyce, Gide, Genet, Williams...

 

Que ce soit en politique, au théâtre, sur scène, sur les murs des musées, dans les salles obscures, au coeur des romans, ce sont aussi souvent "mes" hommes, amis et amants, passés (et à venir ?) que je vois. Derrière Keith Haring et Tamara de Lempicka il y a Didou ; derrière "Survivre" il y a Olivier G. ; derrière "Les 2 G" il y a Zaza ; derrière Giotto il y a Olivier V. ; derrière Gus Van Sant et Wong Kar Waï il y a MisterNo ; derrière Farhadi il y a Hebus ; derrière Travis Mathews il y a ce ci beau doigt adamantin d'outre atlantique ; derrière Charles Trenet il y a Manfreid ; derrière Alain Guiraudie il y a Charles-Henri, etc... Oui, derrière chaque petit bonheur que je vis, volontairement souvent seul, il y a un homme avec lequel je le partage en secret.

C'est ce partage viscéral qui a fait que j'ai toujours été, et inclassable, et surtout, incassable. Mais fêlé.

Et tout ça, même s'il reste inacceptable d'avoir demain 50 ans.