A very Englishman

The Look of Love.

À Londres en 1958, Paul Raymond (Steve Coogan) ouvre le « Raymond Revue Bar », théâtre et club privé où apparaissent des femmes dénudées au grand dam de l’Angleterre conservatrice. Producteur de revues dansantes, il devient éditeur de « Men Only », magazine pour adulte qui connaît un succès instantané. Roi de Soho, il acquiert un à un les immeubles du quartier, jusqu’à devenir l’homme le plus riche du Royaume en 1992.

S’il mène sa carrière avec brio, sa vie personnelle n’est pas en reste : Paul Raymond (Steve Coogan, épatant) est partagé entre Jean (Anna Friel), sa femme jalouse, Fiona Richmond (Tamsin Egerton, sublime), sa maîtresse et star de sa revue, et sa fille Debbie (Imogen Poots) qui aimerait suivre les traces de son père.

Abandonné par son père, sa mère et ses soeurs ont eu un rôle prépondérant dans sa vie. Il leur doit son amour et son respect de la gente féminine. Il a été marié pendant 10 ans à Jean Raymond, chorégraphe de ses premiers spectacles, avec qui il a eu deux enfants, Howard et Debbie. Plus tard, il rencontre Julia Rosamund Harrison. Celle-ci, au moment de tenir une rubrique assez osée dans "Men Only", changera son nom pour Fiona Richmond. Mais Debbie restera la seule femme de sa vie et il ne se remettra jamais de son overdose en 1992.

Surnommé le "King of Soho" pour ses nombreux achats d'immeubles dans le quartier, Paul Raymond s'est d'abord installé dans des coins un peu douteux où la population nocturne était très alcoolisée. Il investira un peu plus tard dans des lieux mieux fréquentés. Aujourd'hui, Soho a changé mais certains endroits ont pu servir de "décors naturels" au film, comme le Ronnie Scott’s, un club de jazz, ainsi que les restaurants Kettners sur Romilly Street, et L’Escargot sur Greek Street.

Né à Liverpool en 1925, Paul Raymond quitte l'école très jeune et enchaîne les petits boulots jusqu'à ouvrir en 1958 son premier club, le "Raymond Revue Bar" où sont organisés des spectacles chorégraphiés de femmes dénudées. Possédant un bar privé, il n'est pas soumis à la loi Chamberlain interdisant la présentation de femmes nues sur scène et en mouvement. Avec lui, le strip-tease devient branché et les plus grandes célébrités, des Beatles à Franck Sinatra en passant par Judy Garland, s'y rendent. Plus de 45 000 membres rejoignent le "Raymond Revue Bar" en pas moins de deux ans. Homme excentrique, il boit du champagne millésimé avec à son bras plusieurs jeunes femmes. Il se lance, également, dans l'édition et fonde son magazine en 1971 intitulé "Men Only". En 1992, il est considéré comme l'homme le plus riche d'Angleterre. Il décède en 2008 avec une fortune estimée à 650 millions de dollars.

Steve Coogan 1

Steve Coogan 2

Michael Winterbottom et Steve Coogan se retrouvent pour la 4ème fois après "24 Hour Party People" (2002), "Tournage dans un jardin anglais" (2004) et "The Trip" (2010). Coogan a beaucoup appris du réalisateur : "Ça m’a libéré, d’un point de vue créatif, compte tenu de mon expérience dans le registre comique. Il y a une part de moi qui veut être prise au sérieux. J’ai une relation assez schizophrénique avec la comédie ! J’adore ça, mais parfois je trouve ça trop simpliste, trop réducteur. En tant que comique, il faut être tout le temps dans le contrôle, dans la précision. Mais avec Michael, j’ai appris à lâcher prise, à apprécier le fait de ne pas tout contrôler", explique le comédien. Steve Coogan a une filmographie à la hauteur de son talent, et outre ses collaborations avec Michael Winterbottom, j'ai beaucoup aimé "Coffee and Cigarettes" de Jim Jarmush en 2002 ; "Haapy Endings" de Dan Roos en 2003 : "Hot Fuzz" de Edgar Wright ; "Tonnerre sous les Tropiques" de Ben Stiller en 2008 (un must !) ; "In the Loop" de Armando Ianucci en 2009 ; "Very Bad Cops" de Adam McKay en 2010. Et de nombreux films à venir, dont "What goes up" de Jonathan Glatzer, "Our Idiot Brother" de Jess Peretz, et surtout "Philomena" de Stephen Frears.

 

Anna Friel

Anna Friel incarne une très intéressante Jean Raymond. Trop peu reconnue chez nous, elle a pourtant joué dans "Trader" de James Deardan en 1999 avec Ewan McGregor ; "Sunset Trip" de Adam Collis en 2001 ; "Me without you" de Sandra Goldbacher face à Michelle Williams en 2002 ; "Pushing Daisies" Bryan Fuller en 2008 ; "London Boulevard" (que j'ai beaucoup aimé) de William Monachan avec Colin Farrell et Keira Knightley en 2010 ; "Limitless" de Neil Burger avec bradley Cooper et Robert De Niro en 2011. Sa palette de jeu est très étendue, sachant jouer de son charme lumineux, sachant être aussi mélancolique que drôle, aussi grave que légère.

 

Place maintenant à deux jeunes actrices, toutes deux âgées de 24 ans, dont nous devrions entendre beaucoup parler.

 

Imogen Poots

D'abord, Imogen Poots qui incarne Debbie, la fille de Paul Raymond. Elle est impeccable, dans le rôle le plus difficile, et le plus tragique du film, puisqu'elle est adorée par son mère, mais finira quand même par mourir d'une overdose. Sa filmographie est déjà impressionnante : "V pour Vandetta" de James Mc Teigue ; "28 semaines plus tard" de Juan Carlos Fresnadillo ; "Cracks" de Jordan Scott ; "Chatroom" de Hideo Nakata, très bon film ; "Centurion" de Neil Marshall ; "Jane Eyre" de Gary Fukanaga. Et déjà de nombreux films à venir.

 

Tamsin Egerton

Ensuite, Tamsin Egerton, qui incarne avec beaucoup de malice Fiona Richmond, la maîtresse de Paul Raymond.  Très connue en Grande Bretagne pour avoir joué aux côtés de Rupert Everett et Colin Firth dans "Saint Trinian's" 1 & 2, et que l'on a pu voir précédemment dans "Secrets de Famille" de Nial Jackson et "Leçons de Conduite" de Jeremy Brock. En plus d'être magnifique, elle a un réel talent comique, et pourrait devenir une actrice de la même trempe que Cameron Diaz.

 

Michael Winterbottom met en scène une plongée sulfureuse dans le Swinging London à travers le destin d’un homme à femmes à l’humour so british. Les biopics se suivent et... ô surprise, ne se ressemblent pas ! Michael Winterbottom livre ici une comédie délicieusement pop et subversive. Le film est stylé, le sujet sordide, les filles ravissantes, et la nuit avale tout. Il a pour lui d’éviter l’écueil moralisateur de son sujet pour s’attacher au portrait désenchanté d’un homme accro à l’empire d’hédonisme qu’il s’est créé.

"A very Englishman" (le titre "français" est beaucoup moins subtil que le britannique, "The Look of Love") est difficilement conseillable pour nous, Français, qui préfèrerons, au rayon des monuments culturels, nous tourner vers les 70 piges de notre Johnny Hallyday national. C’est beaucoup moins sulfureux !

Et sur ce coup-là, je suis résolument un Britannique !