Angela-Merkel-et-son-collier

Éloges sincères ou... politiciens ?

J'ai entendu et lu toutes sortes d'éloges sur la victoire, "le triomphe", d'Angela Merkel. Soit. Elle a gagné les élections législatives allemandes sur son nom, c'est un fait indiscutable.

J'ai aussi entendu et lu, par flots ininterrompus, sur plusieurs forums (je sais très bien qu'au pluriel, je suis supposé écrire "fora" en latin !) que c'était surtout la défaite indiscutable de François Hollande. Il aurait donc été candidat face à Angela Merkel... sans que j'en fusse averti. Soit.

Évidemment, il en découle que Hollande devrait impérativement se muer en "Mutti", et qu'il faudrait impérativement aussi, et ce en dépit des différences démographiques, géographiques et historiques, claquer la politique économique française sur celle de l'Allemagne. Logique, la comparaison, c'est toujours simpliste, ça ne requiert aucun effort intellectuel, c'est compréhensible par n'importe quel idiot avec deux données chiffrées sur les impôts, le coût du travail ou la fameuse compétitivité. Et on élude la natalité en berne, la pauvreté croissante, l'absence de salaire minimum, l'augmentation de la facture énergétique sui pourrait coûter 600.000 emplois (source : BDI, le Medef allemand), etc... comme de bien entendu.

Jusqu'ici donc, rien de bien nouveau, ni dans les analyses, ni surtout dans les commentaires.

Pourtant il est un constat partagé partout en Europe, mais que subitement tout le monde élude : un anti-européisme galopant (et il n'est pas question ici d'y souscrire ou de m'y opposer, là n'est pas mon propos du jour). Puisque cette UE n'est régie que par le modèle économique allemand, puisque l'€ n'est qu'une espèce de Super Deutsche Mark, les éloges (jusqu'à l'adoration pour une Nouvelle Catherine II !) m'apparaissent au moins aussi politiciens que sincèrement politiques.

Je note que si le FN conserve incontestablement un fond de sauce xénophobe, il semble progresser aussi par un discours (emprunté par celui du PCF comme du FdG) anti-européiste, anti-mondialisation (validée par l'UE,) anti-ultralibéralisme (validé lui aussi par l'UE), particulièrement virulent, comme on l'a entendu ces derniers jours dans la bouche de Marine Le Pen à Marseille.

Donc, qu'on le veuille ou non, plus la politique d'Angela Merkel s'applique sans contestation, plus le FN s'en nourrit et semble grimper dans les intentions de vote, ce qui laisserait augurer des élections européennes pour le moins inquiétantes.

Ou il y a contradiction - voire schizophrénie - dans tous ces commentaires, ou ils ne sont là que pour des raisons politiciennes visant "le coup d'après", en validant l'anti-européisme, en le nourrissant surtout en auréolant Angela Merkel plus que de raison, et en escomptant une importante poussée des votes "populistes" à venir.

En résumé, parmi les éloges distribués à la volée d'Angela Merkel, il y en a de pleinement justifiés (elle a gagné les élections législatives allemande), il y en a de sincèrement convaincus (certains souscrivent réellement à sa politique économique, souhaitent la même en France, et félicites toutes les politiques d'austérité), mais il y en a aussi de bien hypocrites, qui ne visent qu'à l'accroissement de l'anti-européisme et donc incidemment, à la montée du FN.

Méfiance.

"Angela Merkel est l'une des personnalités politiques les plus impressionnantes que j'ai rencontrées parce qu'elle comprend les rapports de force politiques" avait confié François Hollande l'année dernière, et je veux bien le croire, lui qui a tout du renard et de l'anguille. Ce qui signifie bien qu'Angela Merkel pourrait (j'ai bien envie d'écrire "devrait") assouplir ses positions, assumer un volet plus social à sa politique, et ainsi laisser à leur ineptie celles et ceux qui lui distribuent des éloges hypocrites ayant vocation à générer un FN au plus haut après les élections européennes.