9 mois ferme

La juge et l'anthropophage.

Ariane Felder (Sandrine Kiberlain) est enceinte selon le gynécologue (Miche Fau) ! C'est d'autant plus surprenant que c'est une jeune juge aux mœurs strictes et une célibataire endurcie. Serait-elle tombée enceinte le soir du jour de l'an trop arrosé au Palais de Justice en ouchant avec le stupide juge De Bernard ? Non ! Ce qui est encore plus surprenant, c'est que d'après les tests de paternité faits par le Docteur Toulate (Philippe Duquesne, hilarant), le père de l'enfant n'est autre que Bob (Albert Dupontel), un criminel poursuivi pour une atroce agression ! Ariane, qui ne se souvient de rien, tente alors de comprendre ce qui a bien pu se passer et ce qui l'attend...

Je n'aime pas beaucoup les comédies françaises, mais Albert Dupontel est à part. "Bernie", "Le Créateur", "Enfermés Dehors" et "Le Vilain" sont des pépites d'humour noir et froid que j'adore, alors je n'ai pas hésité à aller voir "9 mois ferme". Et Albert Dupontel, j'y tiens, a quand même été le fils de Brigitte Fontaine au cinéma, ce n'est pas rien !

C'est après avoir vu le documentaire "10ème Chambre - Instants d'audience" (2003) de Raymond Depardonqu'Albert Dupontel a eu l'idée de "9 mois ferme". Le film documentaire l'a beaucoup aidé pour l'écriture de son scénario, comme il le raconte : "J’ai pris beaucoup de notes, des morceaux de dialogues, des résumés du système judiciaire, un mélange d’envies et de possibilités que je me suis efforcé de mettre bout à bout."

La juge qui préside le procès dans le film n'est autre que Michelle Bernard-Requin (qui se révèle excellente comédienne), véritable juge dans la vie et qui est l'héroïne du documentaire de Dupeyron qui a inspiré le film. Elle a également été d'une grande aide pour Albert Dupontel en le conseillant sur les incohérences de son scénario sur la réelle procédure juridique.

9 mois ferme - Dupontel et Kiberlain

De nombreux guest-stars apparaissent autour de Dupontel et Kiberlain dans le film pour de petits rôles "caméo". Alors que Yolande Moreau interprète la mère de Bob, le personnage d'Albert Dupontel, nous retrouvons derrière les barreaux avec le metteur en scène/comédien les réalisateurs Gaspard Noé et Jan Kounen. Une situation que Dupontel qualifie de "cohérente" compte-tenu de leurs univers cinématographiques respectifs. Il dirige une nouvelle fois le réalisateur Terry Gilliam. Le metteur en scène, véritable inspiration de Dupontel, était déjà apparu dans "Enfermés Dehors" (2005). Ici, Gilliam incarne le personnage de Charles Meatson alias "Famous man-eater", un cannibale emprisonné. Dupontel pousse l'admiration encore plus loin, puisque l'une des affiches de son film est clairement un hommage à celle de "Brazil" (1985) de Terry Gilliam. On retrouve aussi Michel Fau en gynécologue d'un désopilant pince-sans-rire ; Bouli Lanners en policier affecté à la vidéosurveillance, véritable "expert" made in USA (il est impeccable) ; Jean Dujardin en traducteur de JT en langue des signes ; Philippe Duquesne (un acteur de la troupe des Deschiens) en Docteur Toulate, médecin légiste un rien déjanté...

Au delà de ces petites contributions, notons Nicolas Mariés en Maître Trolos, avocat nul et bègue de Bob, qui livre une performance hallucinante ; Philippe Uchan en juge De Bernard qui drague Ariane que vous aurez envie de baffer dès qu'il apparaît ; Gilles Gaston-Dreyfus en Maître De Lime à qui vous botteriez volontairement le cul ; Christian Hecq en Lieutenant Édouard, flic irritant et obéquieux particulièrement agaçant... toute une distribution au diapason, exécutant chacun sa partition à la perfection.

La chanteuse Camille interprète une chanson composée par ses soins et qui porte le titre du film. Ce n'est pas la première fois qu'elle écrit pour le cinéma puisqu'elle avait composé et chanté la chanson phare du film d'animation "Ratatouille" (2007). Elle avait également composé la musique du film "Le Voyage du ballon rouge" (2006). Plus récemment, elle a incarné un rôle important dans "Elle s'en va" porté par Catherine Deneuve.

9 mois ferme - Albert Dupontel

Cette comédie burlesque prend le spectateur à toute vitesse, dès les premières minutes, dans un rythme qui ne faiblit jamais. Un film à voir juste pour la perspicacité de ses dialogues et la drôlerie de ses scènes qui flirtent avec l'extrême jeu des acteurs, tous stupéfiants !

C'est assurément une des comédies les plus drôles qui nous ait été donné de voir depuis longtemps. Au nom du peuple, monsieur Dupontel, merci pour ce moment de cinéma jubilatoire d'humour bête et méchant, non dénué de tendresse !

Albert Dupontel fait décoller une comédie de folie dans laquelle, une fois de plus, il a revêtu le costume de ce son personnage au QI de Grosse Bertha. C'est irrésistible d'humour, d'une énergie colossale, et en même temps discret, touchant, modeste et tellement tendre. Si Dupontel a réalisé la meilleure comédie depuis longtemps, c'est parce que le scénario est implacable. Les acteurs sont parfaits et la mise en scène toujours au quart de poil, avec des trouvailles insolites pour des gags visuels (vous allez halluciner devant les rebellion des appareils ménagers !).

Allez-y sans hésiter une seconde, et laissez-vous aller à cette rare jubilation cinématographique !