American_Bluff

Arnaques à tiroirs,

Un escroc particulièrement brillant, Irving Rosenfeld (Christian Bale dans son meilleur rôle), marié avec la belle et sotte Rosalyn (Jennifer Lawrence, hilarante), avec sa belle complice dont il tombe amoureux, Sydney Prosser (Amy Adams, sublime), se retrouvent obligés par un agent du FBI, Richie DiMaso (Bradley Cooper, génial avec ses bigoudis) pas toujours d'accord avec son supérieur Stoddard Thorsen (Louis C.K.), de nager dans les eaux troubles de la mafia dirigée par Victor Tellegio (Robert De Niro) et du pouvoir pour piéger un homme politique corrompu, Carmine Polito (Jeremy Renner).

Le piège est risqué, d’autant que l’imprévisible Rosalyn, pourrait bien tous les conduire à leur perte en devenant copine avec l'épouse de Carmine Polito, Dolly (Elisabeth Rohm), et en faisant du charme aux mafieux, avec le but premier de briser l'amour entre son époux Irving et sa complice Sydney…

Dispositif complexe entre deux escrocs voulant déjouer le FBI, qui veut déjouer la mafia, qui veut déjouer les petits escrocs...

Entre fiction et réalité, "American Bluff" nous plonge dans l’univers fascinant de l’un des plus extraordinaires scandales qui ait secoué l’Amérique dans les années 1970.

Le réalisateur David O. Russel avait déjà retenu toute mon attention : "Spanking the Monkey" (1994), "Flirter avec les embrouilles" (1996), "Les Rois du Désert" (1999), "J'adore Huckabees" (2004), "Fighter" (2010) et "Happiness Therapy" (2012), pas toujours pour de bonnes raisons au départ, mais parce que l'un de ses acteurs fétiches n'est autre que Mark Wahlberg...

David O. Russel, depuis "Fighter" et "Happiness Therapy" semble apprécier travailler "en famille" : il a décidé de réunir les deux castings, mettant face à face Christian Bale, Amy Adams, Erica McDermott, Melissa McMeekin (Fighter), Jennifer Lawrence, Brdley Cooper et Robert De Niro (Hapiness Therapy). Au milieu de tout ça Jeremy Renner fait assurément figure de petit nouveau. A noter, en revanche, que Mark Wahlberg et Melissa Leo (Fighter) ou Chris Tucker (Hapiness Therapy) n'ont pas été rappelés par le réalisateur. Si j'instiste sur la distribution du film, c'est parce qu'à mon sens elle est l'une des principales clef de sa réussite.

"American Bluff" s'inspire de la célèbre affaire répondant au nom d’Abscam, à savoir une opération qui a vu le jour à la fin des années 1970 dans laquelle des escrocs se sont alliés au FBI pour déterminer l’identité d'hommes politiques aux agissements douteux. Dans le film, Christian Bale et Amy Adams se glissent dans la peau des escrocs, Bradley Cooper dans celle d'un agent du FBI travaillant avec eux et Jeremy Renner dans celle d'un politicien ayant des liens avec la mafia. Par le passé, le réalisateur français Louis Malle a cherché à adapter l'histoire d'Abscam dans un film intitulé "Moon Over Miami" avec Dan Aykroyd et John Belushi jouant une version romancée de Weinberg (Christian Bale), mais la mort de Belushi en mars 1982 a mis un terme à la production du film. Abscam a également été mentionné dans le film "Donnie Brasco", lorsque deux agents du FBI (campés par Paul Giamatti et Tim Blake Nelson) discutent avec Johnny Depp et doivent rapidement trouver un bateau pour impressionner le chef de la mafia Santo Trafficante, Jr. dans leur mission d'infiltration. Ils utiliseront un bateau lié à l'opération Abscam. L’incident a aussi été mentionné dans l’épisode de Seinfeld "The Sniffing Accountant", ainsi que dans l'album Controversy de 1981 de Prince, dans la chanson "Annie Christian".

Christian Bale s’est tellement "fondu" dans son rôle (en prenant 18 kilos, ce qui lui a valu une hernie) que Robert De Niro ne l’a pas reconnu quand on l’a présenté sur le plateau, et il était persuadé qu’il ne s’agissait pas du Britannique malgré l’argumentaire de David O. Russel. L’Américain a fini par se rendre à l’évidence qu’il avait bien affaire au "caméléon gallois". À l'en croire, la majeure partie du film a été improvisée. Lors d’une prise où l’acteur signalait à son réalisateur que ce qu’ils faisaient allait changer tout le scénario, ce dernier lui a expliqué qu’il détestait les scénarios et ne s’intéressait qu’à ses personnages. Et ça se voit à l'écran : les acteurs jubilent à jouer leurs personnages, on ne sent jamais la moindre "performance", on ne perçoit que talent, audace, inventivité...

En réussissant à faire nommer ses acteurs dans chacune des catégories d'interprétation lors de deux cérémonies des Oscars d'affilée, David O. Russel a établi un nouveau record dans le genre. Et bien que cette avalanche de nominations ne soit pas toujours l'affirmation définitive qu'on est devant un bon film, dans le cas précis, vous ne pourrez pas nier le plaisir à voir ces acteurs exercer leur virtuosité, chacun avec beaucoup de second degré, chacun se moquant un peu de son personnage.

Puisque l'intrigue est difficile à retranscrire avec des protagonistes qui s'allient tout en s'opposant, avec des amours qui ne visent qu'à exploser, autant se concentrer sur cette incroyable distribution. 

Amy_Adams___American_Bluff

Jennifer_Lawrence___American_Bluff

Honneur aux dames, en commençant par Amy Adams. Vous ne résisterez pas à son jeu plein de malice, pas plus qu'à sa garde-robe qui propose les décolletés les plus extravagants du cinéma ! À 40 ans elle a déjà une belle carrière : "Arrête-moi si tu peux" de Steven Spielberg (2003), "Standing still" de Matthew Weiss (2005), "La Guerre selon Charlie" de Mike Nichols (2007), "Miss Pettygrew" de Bharat Nallury (2008), "Doute" de John Patrick Stanley (2008), "Fighter" de David O. Russel (2010), "The Master" de Paul Thomas Anderson (2012), "Sur le route" de Walter Salles (2012), "Man of Steel" de Zack Snider (2013), alors que le meilleur est encore à venir avec "Her" de Spike Jonze, "Big Eyes" de Tim Burton et "Janis Joplin" de Lee Daniels. Elle a tout d'une très très grande !
Vient ensuite l'étonnante et épatante Jennifer Lawrence, qui à seulement 23 ans va vous renverser dans son rôle de "pétasse" qui en a quand même dans le ciboulot. Elle a commencé pour la TV à 15 ans, et pour le cinéma à 17 ans. "The Poker House" de Lori Petty (2008), "Loin de la terre brûlée" de Guillermo Arriaga (2008) donnat la réplique à Charlize Theron et Kim Bassinger, "Winter's Bone" de Debra Granik (2010), "X-Men - Le Commencement" de Matthew Vaughn (2011), "La maison au bout de la rue" de Mark Tonderai (2012), "Hunger Games" de Gary Ross (2012), "Happiness Therapy" de David O. Russel (2012) : tout cela n'est rien devant les neuf films à venir dans lesquels elle joue, à commencer pae "Serena" de Susan Bier qui sortira en France le 24 septembre 2014. Dire que c'est une actrice à suivre n'est qu'une évidence !

Christian_Bale___American_Bluff

Bradley_Cooper___American_Bluff

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Du côté des hommes, commençons par Christian Bale. Sa filmographie est connue, son sens inégalé du "caméléonisme" est incroyable, et son talent apparît ici démesuré, non pas à cause du poids qu'il a pris, mais pour le ridicule malicieux qu'il assume. Vous délirerez devant toutes les scènes où il est question de sa moumoute qui dissimule très piteusement sa cavitie. Cet air débonnaire qui dissimule une extraordinaire intelligence lui va comme un gant, et il s'acquitte de son rôle avec maestria.
Bradleu Cooper est internationalement connu pour avoir joué dans "Very Bad Trip" 1, 2 & 3 de Todd Phillips, et son pouvoir comique n'est plus à démontrer. Ici, en agent du FBI qui va se faire doubler par un petit escroc, qui passe beaucoup de temps avec des bigoudis sur la tête pour conserver son irréprochable "indéfrisable", vous ne lui résisterez pas. Il a d'autres cordes à son arc et il l'a prouvé avec "Ce que pensent les Hommes" de Phil Trail (2009), "Paradise Lost" de Alex Proyas (2010), "Limitless" de Neil Burger (2011), "Happiness Therapy" de David O. Russel et le très bon "The Place beyond the Pines" de Derek Cianfrance (2013). Ce très bel homme qui se joue de sa plastique en assumant des rôles loufoques compte parmi les valeurs montantes du cinéma étasunien, et les huit film à venir dans lesquels il joue continueront de le confirmer.
Enfin, l'impeccable Jeremy Renner, qui dans le rôle de Carmine Polito, le politicien "véreux mais pas trop", est excellent. Abonné aux meilleurs seconds rôles que le cinéma étasunien offre, il devrait accéder à des rôles de tout premier plan. Car l'homme sait chosir ses films et ses réalisateurs : "S.W.A.T." de Clark Johnson (2003), l'inégalable "Les Seigneurs de Dogtown" de Catherine Hardwick (2004), "L'Assassinat de Jesse James..." de Andrew Dominik (2007), "28 Semaines plus tard" de Juan Carlos Frenadillo (2007), "Démineurs" de Kathryn Bigelow (2008), "The Town" de Ben Affleck (2010), "Thor" de Kenneth Branagh (2011), "Mission Impossible : le protocole fantôme" de Brad Bird (2011), "Jason Bourne : l'héritage" de Tony Gilroy (2012), "Avengers" de Joss Whedon (2012), "The Immigrant" de James Gray (2013). Dans "American Bluff", avec Elisabeth Rohm qui joue son épouse Dolly, il forme un tandem tonique et drôle qui a toute sa place dans le film, même s'il s'agit de seconds rôles, parfenant à leur donner chair de façon consistante et remarquable.

Bradley_Cooper_en_bigoudis

Oui, il y a une intrigue à tiroir assez bien fichue ; oui il y a le plaisir inouï à revoir les années 1970 ; oui, il y a le combat des petits face aux gros ; oui il y a une remarquable série d'acteurs excellents... que demander de plus ? Certes, le film n'est pas irréprochable, et le réalisateur se repose beaucoup sur sa virtuosité et l'excellence de ses acteurs. Le film est souvent surestimé, c'est une évidence, mais c'est du cinéma.

Loin des cathédrales mégalomanes de Martin Scorsese, où la mythologie du gangstérisme sert parfois de caution trouble au delirium de l’artiste, David O. Russell persiste dans son éloge des destinées en demi-teinte, et assume pleinement son hystérie jubilatoire.

Très bon cinéma populaire, qui à travers le prisme d'une affaire des années 1970 très bien tricotée nous renvoie quand même à la période actuelle, où il convient toujours de se demander si ceux qui sont supposés nous protéger contres les voleurs et autres arnaqueurs, combattent réellement les "gros bonnets".