Les Grandes Ondes (à l'ouest)

Avril 1974. Contre leur gré, deux journalistes d'une radio suisse, pour donner une image positive de leur pays à l'antenne, Julie (Valérie Donzelli), la maîtresse de Philippe de Roulet (Jean-Stéphane Bron) le directeur de l'information, et Cauvin, un ancien grand reporteur de renom désormais sur la touche (Michel Vuillermoz) sont envoyés au Portugal pour réaliser un reportage sur l’entraide suisse dans ce pays.

Bob (Patrick Lapp, épatant), technicien proche de la retraite, les accompagne à bord de son fidèle combi VW. Mais sur place, évidemment, rien ne se passe comme prévu : la tension est à son comble entre Julie, la féministe, et Cauvin le reporter de guerre roublard.

La bonne volonté de Pelé (Francisco Belard), le jeune traducteur portugais qui a appris le français en regardant les films de Marcel Pagnol qu'il rêve de rencontrer, n’y fait rien : la petite équipe déclare forfait.

Mais le vent de l’Histoire pousse le Combi VW en plein coeur de la Révolution des Oeillets, obligeant cette équipe de Pieds nickelés à prendre part, et corps, à cette folle nuit du 24 avril 1974.

Le jeune réalisateur Lionel Baier n'est pas très connu, mais j'ai vu tous ses films de fiction, "Garçon Stupide" (2004), "Comme des Voleurs (à l'Est)" (2006), et "Un Autre Homme", que j'ai beaucoup aimés. Alors je n'ai pas hésité une seconde, je suis allé voir, sans rien en savoir sinon ce qu'on voit sur l'affiche, et je n'ai pas été déçu : c'est très pertinent, léger et hilarant.

Vuillermoz, Lapp, Donzelli

Le scénario de "Les Grandes Ondes (à l'Ouest)" est inspiré d'une expérience vécue par le réalisateur Lionel Baier. Celui-ci avait participé à une commémoration en République Tchèque de la chute du mur de Berlin. Il avait observé la vie des deux techniciens et du journaliste dont il était accompagné. Les notes prises lors de ce séjour combinées aux évènements historiques (la Révolution des Oeillets, fortement médiatisée en Suisse) sont à l'origine du scénario du film.

"Les Grandes Ondes (à l'Ouest)" fait partie d'une tétralogie que souhaite mettre en scène Lionel Baier sur l'Europe, le but étant de réaliser des films sur les liens entre européens. Il y a déjà eu "Comme des Voleurs (à l'Est) en 2007. Le réalisateur espère réaliser la partie sur le nord en Ecosse et la partie sur le sud en Italie. Le ton de chaque film sera déterminé par les évènements historiques ainsi que les situations politiques. Les deux premiers volets me font piétiner d'impatience jusqu'à la sortie des deux suivants !

Vuillermoz - Les Grandes Ondes

Le but du réalisateur était de créer une comédie à la fois réaliste mais permettant de conserver un regard objectif et agréable de ces années. Il précise : "Nous avons cherché à être au plus près du sentiment de liberté et d’espoir qui régnait dans les années 1960, 1970. Il est plus que jamais important aujourd’hui de se souvenir d’où on vient et ce qu’on a gagné en route. Pour ne pas voir notre nostalgie se teinter de brun… Quand la situation devient vraiment critique, il est temps de faire une comédie." Et Lionel Baier tire dans le mille, car jamais le film n'est nostalgique, car c'est aussi un miroir de la société actuelle qu'il nous tend, tout en parvenant à nous faire rire.

 

Vuillermoz, Donzelli, Lapp

Avec "Les Grandes Ondes (à l'Ouest)" l’ambition est de retrouver l’esthétique des comédies populaires 1970’s, leur liberté de ton et leur appel à l’insubordination, pour donner un peu d’air à une époque, la nôtre, qui en manque cruellement. Cette odyssée de trois pieds nickelés d'une radio suisse au Portugal accompagnés de leur traducteur atteint son ambition de départ, en nous offrant un film qui ne ressemble à rien d'autre, très cocasse, truffé de dialogues incisifs et hilarants, servis par un quatuor de comédiens en très grande forme.

Par-delà son ambition trop rare d’accorder la comédie francophone à un réel souci d’élégance de l’écriture et de la mise en scène, l’aspect le plus attrayant du film tient à sa façon, par le réalisateur, d’administrer cette liberté à lui-même et à ses personnages, sans que jamais aucun ne soit "en roue libre".

Donzelli, Belard, Lapp

Lionel Baier signe donc une comédie absurde (la scène chantée et dansée dans les rues de Lisbonne est à tomber !) et caustique. Le scénario, riche en trouvailles loufoques, les dialogues, toujours inventifs, et la distribution impeccable justifient que l'on oublie la timidité de la mise en scène et font du film une réussite mineure mais réelle dans un genre (la comédie) trop souvent malmené par les tâcherons et les cyniques.

Sautant joyeusement d’une tonalité à l’autre, le film finit par ressembler à son équipe de sympathiques bras cassés, brinquebalant, frétillant, foutraque, hilarant, touchant, tendre... Vuillermoz parlant un portugais incomptréhensible par les Portugais et perdant la mémoire, Donzelli frétillante de féminisme enjoué et libertin, Lapp débonnaire et sans pudibonderie, Belard parlant un français truffé de "peuchère !" marseillais, ça décanille !

On goûte ici à une certaine innocence joyeuse, à la fraîcheur de l'espoir, dans cette décennie militante et rêveuse. Croyez-moi, avant de trouver une comédie française à la hauteur de "Les Grandes Ondes (à l'Ouest), vous allez attendre longtemps, alors n'hésitez pas, courrez voir ce film !