The Grand Budapest Hotel

Ne jamais tuer le père.

Le film retrace les aventures de Gustave H (Ralph Fiennes), l’homme aux clés d’or d’un célèbre hôtel européen de l’entre-deux-guerres et du garçon d’étage Zéro Moustafa (incarné jeune par Toni Revolori, vieux par F. Murray Abraham), son allié le plus fidèle.

La recherche d’un tableau volé que Monsieur H. a hérité de sa ville cliente Madame D. (Tilda Swinton), oeuvre inestimable datant de la Renaissance et un conflit autour d’un important héritage familial forment la trame de cette histoire au coeur de la vieille Europe en pleine mutation.

J'ai aimé tous les films de Wes Anderson, pour ce qu'ils ont de poétique, de méléncolique, d'onirique, de drôle, mais aussi parce qu'ils abordent toujours, même en filigrane, le thème de la parternité : "La Famille Tenenbaum" (2001), "La Vie Aquatique" (2003), " À Bord du Darjeeling Limited" (2007), "Fantastic Mr Fox" (2009), et "Moonrise Kingdom" (2012). À chaque fois, à rebrousse-poil de ce qui se fait communément, Wes Anderson se permet d'être "anti-freudien", ne proposant des modèles paternels dont on peut se revendiquer.

Je ne peux que conseiller ce film sublime en tous points, qui est peut-être à ce jour, le chef d'oeuvre de Wes Anderson, ce réalisateur iconoclaste, qui ose proposer des films "merveilleux", au sens où l'entendait Jean Cocteau.

Les cinéphiles et les littéraires jubileront des nombreuses références que propose le réalisateur, sans que les autres échappent à la profondeur du film.

Ceux qui aiment les acteurs jubileront devant cette extraordinaire distribution, où chacun est parfait : Ralph Fiennes (impeccable en Monsieur H., gérontophile so british !), Toni Revelori (Mustafa Zéro jeune, une jolie révélation), F. Murray Abraham, Mathieu Amlaric (campant un Serge X délicieusement fourbe), Adrien Brody, Willem Dafoe (vous adorerez son Jopling totalement déjanté), Jeff Goldblum, Hervey Keiltel, Jude Law, Bill Murray (savoureux Monsieur Ivan), Edward Norton, Tilda Swinton (en Madame D. merveilleusement décatie), Owen Wilson, Tom Wilkinson, Jason Schwarzman, Léa Seydoux...

Enfin, le film, éblouissant dans sa forme (images, décors, trucages...) et son attachement à décrire un monde révolu (et un peu imaginaire), renvoie aussi, malicieusement, à l'époque actuelle et ses travers.