Youth

Quelle jeunesse engendre une société économiquement et socialement violente ?

Yaki et Shaul Cooper (David et Eitan Cunio), deux frères jumeaux aux liens étranges, vivent dans une banlieue de Tel Aviv avec leurs parents Moti et Paula (Moshe Ivgy et Shirili Deshe). Leur famille, endettée, est menacée d’expulsion. Yaki, qui ne se sépare jamais de son arme de service, passe quelques jours en permission et les deux frères échafaudent alors un plan d’enlèvement de la jeune étudiante issue d'une famille aisée Dafna Edelman (Gita Amely). Ils réussissent leur kidnapping et gardent Dafna dans leur cave, dans l'intention de demander une rançon à sa famille pour payer les dettes de la famille.

Mais c’est le jour du Shabbat, les parents de Dafna ne décrochent pas leur télphone, et rien ne se passe comme prévu...

"Youth" le titre du film, se dit H’anoar en hébreu et signifie tout aussi bien la jeunesse que l'expression "nos meilleures années". C'est la perte de ces belles années libres et insouciantes que met en scène Tom Shoval.

Le film, s'il suit la ligne des contestations sociales qui eurent lieu en Israël en 2011, fut pourtant créé avant que celles-ci n'aient lieu. Le réalisateur argue l'acuité de sa conscience sociale quand on lui demande comment il a pu écrire une telle intrigue avant les événements de 2011. Il aurait même été étonné s'ils n'avaient pas eu lieu. Le cinéaste dit s'être inspiré pour son scénario d'une partie de sa propre histoire. Celui-ci a effectivement vécu une crise financière au sein de sa famille et a eu une relation forte et fusionnelle avec son frère.

Les jumeaux David et Eitan Cunio, qui tiennent les deux rôles principaux du film, sont loin d'être des acteurs professionnels. Ce sont en réalité deux mécaniciens des Forces de Défense israéliennes, sans aucune expérience du métier d'acteur, qui viennent du kibboutz de Nir-Oz, dans le sud d'Israël. Ils ont dû, pour les besoins du tournage, reporter leur service militaire pour assister à des cours de théâtre. C'est pour leur ressemblance tant physique que psychologique que Tom Shoval les a choisis.

Dans la lignée de "Policier" de Nadav Lapid, "Youth" incarne le renouveau d’un cinéma contestataire en Israël. Le film épouse l'énergie désordonnée d'une jeunesse en pleine confusion, dans un paysage économique et social profondément dégradé.

Certains films possèdent cette faculté rare à égarer le spectateur dans des territoires qu’il pense connaître comme le fond de sa poche et dont il découvre, avec autant d’excitation que d’appréhension, des passages souterrains qu’il ne soupçonnait pas. C’est le cas de "Youth" qui propose une étude presque chirurgicale des malaises de la société israélienne.

Le film présente sans les juger les frères Yaki et Shaul. Il les montre dans les différents rôles qu’ils endossent successivement pendant ces quelques jours absurdes, où le jour du shabbat vient contrer leur plan. Tantôt bons fils, tantôt méchants garçons, dans des ambiances tranchées qui donnent sa profondeur à ce premier long-métrage dérangeant sur une jeunesse sans repères.

Ce premier film, tendu, poisseux, brosse en fait le tableau très sombre d'une génération de nouveaux pauvres dans un pays violent. Et il brosse ce tableau avec une tension exacerbée quasi insoutenable. Le cinéaste israélien Tom Shoval signe un premier long-métrage dérangeant, magnétisé par le visage de ses deux protagonistes, dont la violence engendrée par le contexte économique et social glace le sang.

On ressort de "Youth" presque étouffé.