Suneung

Que les meilleurs gagnent... à tout prix !

Yujin (Sung June), élève de terminale promis à un avenir brillant, issu d'un milieu social très favorisé, est retrouvé assassiné. Très rapidement, les soupçons se portent sur June (David Lee), l’un de ses camarades de classe, plus isolé, issu d'un milieu social modeste.

Mais en remontant le fil des événements, c’est un univers d’ultra-compétition et de cruauté qui se fait jour au sein de ce lycée d’élite, où la réussite au «Suneung», l’examen final qui conditionne l’entrée des élèves dans les meilleures universités, est une obsession.

June, aidée par une autre lycéenne prodige en informatique, va essayer de démonter l'écheveau de ce terrible "darwinisme social" qui assure toujours aux plus aisés les meilleures places puisqu'ils intègrent un groupe restreint de lycéens profitant de cours supplémentaires.

Pour obtenir les premières places, certains sont prêts à tout, et même au pire…

Suneung - étudiants 2

Le Suneung est le nom donné à un examen obligatoire pour l’entrée à l’Université. Cet examen établit un classement national et donne accès aux meilleures universités. Ce n’est pas seulement un diplôme. C’est tout un enjeu social qui en découle (mariages, postes rémunérateurs, classe sociale). Les investissements en termes d’éducation génèrent 2% du PIB de la Corée du Sud. Cet examen est une condition de réussite quasi vitale puisqu’il détermine le futur des élèves mais instaure également un taux de suicide élevé, lié au contexte de compétition extrême qui pèse sur les lycéens.

La réalisatrice Su-won Shin confie : "Ce film est dédié aux jeunes qui décrochent en raison de la nature compétitive du système scolaire coréen. Les plus forts survivent et les faibles tombent dans l’oubli. Cela fait des années que ce système conduit les élèves à l’épuisement physique et moral. Comme j’ai été enseignante, je voulais remettre en question la pertinence d’un tel système en faisant ce film." Notons que son précédent film, "Circle Line", un court métrage, lui avait offert un commencement de notoriété, ayant été sélectionné dans plusieurs festivals, et ayant obtenu le Grand Prix Canal+ du Meilleur court métrage à la Semaine Internationale de la Critique du Festival de Cannes 2012.

Suneung - escalier lycée

Suneung - étudiants 1

Incontestablement, le scénario est très bien construit, la succession de flash-backs est très bien maîtrisée, l'architecture des images est particulièrement étudié, avec des cadrages très réussis sans virer au maniérisme. En somme, la réalisatrice propose de coordonner ses images à la faço dont elle  conceptuaise l'ultra-libéralisle, la concurrence dangereure, la compétition mortifère. Et c'est particulièrement réussi.

Il y a plusieurs films dans "Suneung" : une chronique sociale, la peinture du monde impitoyable des lycées coréens où les élèves sont soumis à une pression inhumaine, un récit policier avec enquête et énigme à résoudre, un récit d'horreur enfin. La réalisatrice, selon moi, réussit le pari de ne rien oublier en chemin.

L'outrance assumée renforce la critique sociale en pointant l'absurdité et la perversité du système scolaire coréen : seuls les (très) riches, après avoir été savamment sélectionnés, peuvent payer à leurs enfants des cours particuliers à... 700 euros la séance. Les autres iront grossir les rangs de la génération perdue. A moins qu'une révolte soudaine...

Suneung - David Lee - June 1

Suneung - David Lee - June 2

Suneung - Sung Jun - Yujin

Il faut souligner l'excellent prestation des jeunes acteurs, à commencer par David Lee dans le rôle de June (photographies de gauche et du centre) et de Sung June dans le rôle de Yujin (photo de droite).

Il faut aussi saluer le talent des acteurs qui incarnent les enquêteurs, Cho Sung-ha et Sun Ha Jo ; l'actice qui joue la délicate mère de June, Kil Hae-yeon ; enfin les actrices qui incarnes deux "mères-harpies" très riches, hilanrantes de snobisme ampoulé, Hwang Jung-Min et Nam-Hee Park. Et j'arrête là les noms, d'une part parce que ce n'est pas facile de s'y retrouver, d'autre part parce qu'il est presque impossible de retrouver qui joue qui sur internet ! Ce qui est bien dommage, parce qu'il reste deux ou trois jeunes acteurs incarnant des étudiants qu'il aurait convenu de saluer pour leur excellent travail.

C'est la première fois qu'un film coréen réalisé par une femme sort en France. Et c'est un choc car c'est un véritable pamphlet au vitriol de la société sud-coréenne, par le prisme de ce qui devrait contenir sa part d'insouciance et de légèreté, la jeunesse. Malgré une construction alambiquée qui entrelace plusieurs temps du récit ce thriller dénonce de manière très convaincante - et même effrayante - la pression à laquelle sont exposés les adolescents de Corée du Sud.

J'ai sciemment proposé les chroniques de "Leçons d'Harmonie" et de "Suneung" l'une après l'autre (j'ai vu "My Sweet Pepper Land" de Hiner Saleem entre les deux), parce qu'ils abordent tous les deux le fameux "darwinisme social" (concept controversé), qui font écho aux recherches et analyse de Herbert Spencer (contemporain de Darwin), Karl Marx, Pierre Bourdieu et JeaClaude Passeron ("Les héritiers), Michel Foucault... Dans un monde où partout les inégalités vont croissant, il est heureux que le sujet n'échappe pas au cinéma, et ne relève pas que du domaine de la phlosophie, de l'anthropologie, de la sociologie, de l'économie...