Alger - Baie 1

Paris - Marseille - Palerme - Teulada - Alger - Mostaganem - Paris

Je ne pouvais pas m'attendre à un tel cadeau. Passer devant la Baie d'Alger en bateau. Inéluctablement je pense à mon père. Je pense aussi à André Gide, à Albert Camus, à Jean Genet ("Les Paravents"). Un grand nombre de souvenirs se bousculent dans ma tête, qui se berbérise, se kabylise, s'arabise...

Hebus m'observe regardant la Baie d'Alger. Il fait assez doux, 21°C, mais le ciel est nuageeux, et il faudrait pouvoir saisir les éclaircie éphémères...

Avril - Vacances - Suite

Avril - Vacances - Bathroom

C'est très étrange, car dans le bateau-yacht, "tout est calme, luxe et volupté". C'est bien une invitation au voyage.
Je regarde l'intérieur du bateau, notre somptueuse chambre, et je regarde à l'extérieur, je devine la richesse d'un pays, la jeunesse d'un peuple, le désarroi d'une jeunesse...
Je vois au loin la Casba, je vois défiler le Milk Bar, Yacf Saâdi, Zohra Drif, Djamila Bouhired et Hassiba Ben Bouali, Jacques Vergès et Gisèle Halimi...

Baie de Teulada

J'avais un doute quand à notre route vers le jamais lorsque nous avons passé la Baie de Teulada, la pointe sud de la Sardaigne. Quitter Palerme et passer devant par Teulada, je m'étais dit que peut-être, c'était la route vers le jasmin... Mais je n'ai pas voulu savoir, je n'ai pas voulu poser de questions.
Mon Darius le Grand le sait.
Je pense qu'il est ravi de me voir protéger et chérir ses surprises. Il me scrute et ça me touche. Il regarde l'observateur ébloui et palpitant.

Mostaganem - Côte

Mostaganem - Plage

Mostaganem - Port

Nous ne nous sommes pas arrêtés à Alger. Nous avons longé la côte lentement, aussi près qu'il est autorisé de l'être. Ça n'a aucune importance, car je sais qu'un jour je reviendrai, que je dormirai à l'Hôtel Saint George, que je visiterai la Casbah et la famille d'Abdelaziz F. à Sétif...
Nous longeons la côte, nous approchons du port de Mostaganem. Je trouve les gamins bien téméraires de se baigner ainsi, alors qu'il ne fait pas si chaux, et que le soleil se fait rare, jouant à cache-cache derrière les nuages. Je ragarde Hebus, et je lui dit qu'à leur place, moi aussi, je me baignerais.

Jafari et Hasina (les oncle et tante, égyptiens, de Hebus) descendent avec nous du bateau-yacht pour nous accompagner sur le port, ou devrait arriver bientôt la voiture qui nous conduira à l'aéroport. Il y a des vendeurs à la sauvette, avec leurs carioles, vendant poissons, coquillages, fruits et légumes. Pas de quoi rapporter des souvenirs ! Hasina a l'oeil vif, et aperçoit un vendeur de poteries. Lorsqu'elle nous explique que c'est un couple de Marocains qui fait de l'importation pour vendre aux quelques touristes, nous éclatons de rire. Jafari nous explique les différences, surtout de couleurs, entre les poteries algériennes (sobres) et marocaines (beaucoup plus colorées). Je l'écouterai encore des heures. C'est cocasse, je rapporterai des poteries marocaines d'Algérie. Ça nous fait tous rire. C'est Hasina qui prend plaisir à marchander, "par politesse" dit-elle, tandis que Jafari achète des fruits et des légumes.

En attendant la voiture diplomatique - la classe ! - nous sirontons à la buvette des citrons pressés avec des feuilles de menthe. C'est très frais.

Nous nous embrassons, je me confonds en remerciements. Nous nous reverrons à Paris. Ils nous inviteront aussi au Caire ou à Alexandrie. Je suis très ému. La voiture arrive, nous embarquons tandis que Jafari et Hasina nous salue une dernière fois de la main, afin de tetourner à leur bateau, et continuer leur périple le long des côtes algériennes puis marocaines.

Quant à nous, Paris nous tend déjà ses bras.