Pas son genre

L'amour peut-il passer la barrière des classes sociales ? La barrière Paris/Provine ?

Clément (Loïc Corbery, impeccable), jeune professeur de philosophie parisien est affecté à Arras acceuilli par sa nouvelle collègue Hélène Pasquier-Legrand (Anne Coesens) pour un an. Loin de Paris, de la grande bourgeoisie intellectuelle dont il est issu (Didier Sandre et Martine Chevalier incarnent ses parents), de ses amies "hype" Isabelle et Marie (Annelise Hesme et Amira Casar), et de ses lumières, Clément ne sait pas à quoi occuper son temps libre.

C'est alors qu'il rencontre Jennifer (Émilie Dequenne, sublime !), jolie coiffeuse, pleine vie. Elle vit seule avec son fils Dylan (Tom Burgeat), bosse dans le salon de la bienveillante Madame Bertolin (Daniela Bisconti), s'autorise quelques soirées karaoké avec ses collègues et amies Cathy et Nolwenn (Sandra Nkabe et Charlene Talpaert (toutes deux impeccables).

Jennifer devient la maîtresse de Clément. Si la vie de Clément est régie par Kant ou Proust, celle de Jennifer est rythmée par la lecture de romans populaires et de magazines « people », par le carnaval et son défilé de géants, par de grands films populaires avec Jennifer Aniston, par des "plaisirs simples".

Cœurs et corps sont libres pour vivre le plus beau des amours mais cela suffira-t-il à renverser les barrières culturelles et sociales ?

Pour moi, Lucas Belvaux reste le choc de la trilogie "Un couple épatant", "Cavale", "Après la vie" en 2001, et le magnifique "La loi du plus faible". Ici, après "Rapt" et "38 Témoins", il revient au cinéma que j'aime, un cinéma au scalpel, qui n'hésite pas à scruter avec une rare empathie "les classes populaires". Il le fait à la façon d'un virtuose.

Aucune moquerie, pas plus vis-à-vis du "parisianisme" intellectuel de Clément que des bonheurs simples de Jennifer, il nous propose un anti "Pretty Woman", démolit le mythe du prince charmant, s'affirme féminisme sans jamais être affecté de misandrie. Du grand art.

Comme avant lui Les Frères Dardenne dans "Rosetta" (1999), Claude Berri dans "Une femme de ménage" (2001), Philippe Lioret dans "L'Équipier", André Téchiné dans "La fille du RER" et Joachim Lafosse dans "À perdre la raison", il propose à Émile Dequenne un rôle à la hauteur de ses multiples talents, de son sourire radieux et plein de vie. Elle est magnifique de bout en bout !

Du cinéma francophone de ce niveau, j'en redemande !