Last Days of Summer

Réapprendre à aimer, construire une nouvelle famille...

Lors du dernier week-end de l’été, Frank (Josh Brolin), un détenu évadé, condamné pour meurtre, oblige Adèle (Kate Winslet, parfaite) une femme très repliée sur elle-même, et son fils Henry (Gatlin Griffith, superbe révélation, puis Tobey Maguire à l'âge adulte) à le cacher chez eux. 

Adèle vit seule avec Henry, dans une maison retirée derrière les arbres, depuis que son mari Gerald (Clark Gregg) l'a quittée pour vivre avec sa secrétaire, n'ayant que deux voisins, Mandy (Maika Monroe) vivant elle aussi seule avec son fils, handicapé et cloué dans sa chaise roulante, et Mr Jervis Simmons (J.K. Simmons) qui en pince un peu pour elle.

Très vite, la relation entre le ravisseur et la jeune femme et son fils, prend une tournure inattendue, au commencement en partageant le plaisir de cuisiner. Pendant ces quatre jours, ils vont révéler de lourds secrets et réapprendre à aimer...

Heureux hasard que ce film sorte la même semaine que "Joe", comme si Jason Reitman et David Gordon Green s'étaient donné le mot, pour aborder, chacun selon un prisme différent, des thématiques assez proche.

Jason Reitman est le fils d'Ivan Reitman. Jeune scénariste, réalisateur, acteur, producteur de 36 ans, il nous a déjà proposé "Thank you for somocking" (2005), le fameux "Juno" (2007), "In the air" (2009), et "Young adult" (2012), et s'est permis de produire Atom Egoyan et Jean-Marc Vallée (que j'aime beaucoup, beaucoup).

Parmi les thématiques qui relient les deux films, on compte des mythes étasuniens ici remis en cause : la deuxième chance, la rédemption, la paternité, la famille, le rôle de la voirure, la nature, etc...

Si les révélations relatives au passé d'Adèle sont un peu lourdes (le réalisateur s'apesantit trop dessus selon moi), le film tient très bien la route. D'abord, les thèmes abordés sont passionnants. Ensuite, Kate Winslet reste une grande actrice (selon moi du niveau d'une Julianne Moore), Josh Brolin est magnifique de virilité et de sensualité, et Gattlin Griffith est une révélétation intéressante (même si elle est moins fulgurante que celle de Tye Sheridan).

Voir des réalisateur "déconstruire" (je ne sais pas comment faire autrement que d'utiliser ce mot utilisé par Heidegger et qu'a théorisé Jacques Derrida), les fondamentaux de la société étasuniennepour en proposer une définition nouvelle me réjouit.

Comme je l'ai toujours pensé et écrit, cela devait passer par la prise en compte des conquêtes du féminisme, de la nécessité de la prévalance de la justice sur la vengeance, de la cessation du pistolet et de la voiture comme instruments de virilité de substitution, par le questionnement de la virilité et de la masculinité, par une analyse précise de la paternité (qui passe par la nécessaire distinction géniteur/père), par la remise en place de l'homme au mileu de la nature (sans que cela soit nécessairement "écologique" ou "environnemental"), etc...

Ici, le personnage de Franck est superment assis sur le talent multiforme de Josh Brolin (beaucoup plus en nuances que celui de Nicolas Cage). Homme blessé, bienveillant, observateur, incontestablement viril, lui-même victime d'un coup de feu "dans les tripes", véhicule d'une sensualité superbe d'abord par le truchement de la préparation des repas (le confinement de la femme dans sa cuisine, envolé !), puis par des activité de ménage et de bricolage conjugués, enfin par le désir d'une compagne et d'un fils.

La musique nous dit dès le départ que le coup de la seconde chance, de la rédemption (au moins dans un premier temps), de la bagnole pour fuir, du revolver viril, des tâches assignées à chaque sexe, du géniteur/père garant de l'autorité, du flic garant de l'ordre, etc... vont éclater en plein vol. Musique à la fois angoissante et enivrante, rythmée comme un battement de coeur, comme la vie au printemps.

Le film est perfectible, tout comme l'est "Joe", mais s'avance peu à peu - dès qu'on accepte de s'extirper du néo-fascisme imposé par les blockbusters de justiciers de tout poils, super-héros inclus - toute la redifinition de la société étasunienne, des places respectives de l'homme, de la femme, de l'enfant, de l'adolescent, de la personne handicapée, du policier, et des rôles aux contours de plus en plus flous des uns et des autres.

Ce film est une pierre particulièrement sensible d'un cinéma qui participe à ces nécessaires redifinitions.