Expo Olivier Ciappa République

Exposition Olivier Ciappa, Place de la République, à Paris.

Je sais que ma photo est floue, mais ça n'a pas beaucoup d'importance. Ce qui importe c'est d'abord que le photographe Olivier Ciappa ait pu exposer son son travail sur "Les Couples Imaginaires" sans que ce soit saccagé, comme cela avait été le cas il y a quelques mois, à la Mairie du 3ème arrondissement de Paris. Évidemment, par la Manif pour Tous, toujours soutenue par l'Opus Dei, Civitas, et tout le tremblement.

Le timing était parfait. Hier, je suis allé voir "La Chambre Bleue" de Mathieu Amalric (j'y reviendrai), puis rejoindre le vernissage de l'exposition Place de la République à midi, et j'ai beaucoup aimé l'ambiance.

Il m'est apparu important, avant d'aller voir "La ligne d'eau" (j'y reviendrai aussi), de passer à ce vernissage, pour des raisons éminemment politiques. Je trouve inadmissible qu'on se rebelle contre le principe de l'égalité en droit, qu'on reproche à Hollande et Taubira d'avoir divisé la France avec leur loi sur le mariage pour tous (loi qui a reçu l'assentiment démocratique puisque figurant dans le programme de François Hollande), qu'on conteste cette loi en s'en prenant aux personnes auxquelles elle est plus directement destinée, y compris physiquement !

Car, même si je le lis tous les ans, j'ai pris un soin tout particulier à lire le "Rapport sur l'homophobie 2014" (près de 200 pages !) paru il y a quelques jours. Ce rapport est alarmant, dramatique même, du fait des tenants des groupuscules obscurantistes que j'ai cités plus haut, auxquels s'en ajoutent bien d'autres. Je ne cesserai d'écrire que LA famille est une foutaise, anthropologiquement, historiquement, sociologiquement. Je ne cesserai d'écrire que quoi qu'on pense du mariage comme institution, le principe d'égalité en droit doit prévaloir.

Je me rappelle le temps du lycée dans les années 1970, où avec l'assentiment de certains professeurs, des élèves me tenaient contre un arbre, et me lançaient des marrons, dans une liesse générale, au seul prétexte de mon homosexualité. Que ces violences, par intermittence, en reviennent au même point environ 35 ans plus tard, malgré les avancées, m'accable. Au moment où "Act Up" va mourir...

Enchaîner cette exposition avec "La ligne d'eau" de Tomasz Wasilewski, superbe film polonais dont la thématique est grosso-modo "mon fils, tu n'as qu'une alternative, soit tu es hétérosexuel, soit tu crèves" asséné par une mère possessive qui reste bloquée à "mon fils, ma chair et mon sang", hyper-freudienne, qui ne trouve rien de moins que refuser l'homosexualité de son fils en se demandant "ce qu'elle a bien pu faire de mal" (une mère revandiquant une responsabilité et une culpabilité pour elle-même, ne fait rien de moins que dénier l'entière humanité de son fils), a été une très bonne chose.

Le calendrier est ainsi fait que l'aspect éminemment politique de l'homophobie fait que se rejoignent la photographie avec Olivier Ciappa, un film au cinéma avec de Tomasz Wasilewski, et la télévision qui rediffuse ce soir sur Arte le justement fameux et impeccable "Harvey Milk" de Gus Van Sant, avec un Sean Penn magistral, entouré d'une distribution impeccable.

Souvent je m'interroge sur mon (presque) indéfectible optimiste, me demander s'il est inné ou acquis, ou ce qu'il a de chacun des deux. Et un commencement de réponse est derrière l'homophobie : j'ai une intime conviction, une conscience aiguë devrais-je dire, que je ne vais pas mourir, mais que je vais crever. C'est une assignation sociétale à laquelle, a priori, je n'échapperai pas.