Marine-Le-Pen

... une grimace.

Sciemment, je n'ai pas commenté les élections européennes. Inutile en effet s'abandonner au panurgisme ambiant, et d'y aller de toutes les métaphores météorologistes, dpuis le tsunami jusqu'au raz-de-marée, en passant par l'ouragan et le coup de tonner. Sombrer à ce niveau d'analyse m'a paru inopportun, et j'ai préféré étoffer ma réflexion en visant plus haut, en relisant Maleck Chebel ("L'Islam de chair et de sang") et Michel Onfray ("Rendre la raison populaire"), terminer le pavé de Thomas Piketty, voir des films exigeants (entre autres "Adieu au langage" de Jean-Luc Godard, "Deux jours, une nuit" des Frères Dardenne, "Les poings contre les murs" de David Mackenzie, "The Rover" de David Michod...).

En préambule, je souhaite citer Pablo Neruda :
"Il meurt lentement celui qui devient esclave de l'habitude, refaisant tous les jours les mêmes chemins, celui qui ne change pas de repère, ne se risque jamais à changer la couleur de ses vêtements ou qui ne parle jamais à un inconnu, celui qui évite la passion, celui qui ne change pas de cap, celui qui, pas une seule fois dans sa vie n'a fui les conseils sensés. Il meurt lentement celui qui ne voyage pas, celui qui ne lit pas, celui qui n'écoute pas de musique, celui qui ne sait pas rire de lui-même".

Oui, 25% des 43% d'électeurs qui se sont exprimeés lors des élections européennes - le sempiternel défouloir électoral - du mois dernier ont opté pour le FN. Cela n'équivaut pas aux 6 millions de voix que le FN a précédemment recueillies dans un autre scrutin, mais indéniablement, il est arrivé en tête.

La première chose que j'ai envie d'exprimer est la suivante : les excuses, c'est terminé. Jusqu'à quand va-t-on élaborer des circonvolutions de tout genre pour nous faire rentrer dans le crâne que les éllecteurs du FN, "il faut les comprendre", et tout le tremblement ? Non, ça suffit. Ils sont aussi responsables de leur indigence intellectuelle et de leur servitude volontaire que les autres électeurs, ceux du FdG, du PS, du MoDem, de EELV, de l'UMP, et tous les autres, puisqu'il fallait compter souvent plus de 25 listes ! Oui responsables, oui coupables.

Car depuis la crise financière de 2008 - il y a 6 ans ! - nous savons que notre époque évoque la crise de 1929, et que toutes proportions gardées, elle a tout pour générer les mêmes conséquences, et donc, électoralement, la montée de l'estrême droite. C'est aussi simple que simpliste, il suffit de dire NON à tout ou presque, chômage, élites, media, Union Européenne, homosexuels, étrangers, juifs, musulmans, mondialisation... et vous voilà, les yeux rivés sur le nez, ne prenant aucun recul, avec votre bulletin FN dans l'enveloppe. Je ne sache pas que refuser, et de prendre du recul, et de réfléchir soient "excusable" dès lors qu'on revêt son costume de citoyen.

Pour autant, il faut prendre le soin de revenir sur certains poncifs véhiciulés par des "élites", des "intellectuels", des "analystes", et gravement relayés par certains media désireux de vendre du temps d'antenne et/ou du papier :
- publier à tour de bras des sondages, dont certains, on le sait, sont auto-prescipteurs, relève de la faute : on fomente le "tsunami politique" pour mieux pouvoir, le temps venu, commenter abondamment ledit "tsunami" dont on feint ne pas avoir vu venir ;
- dérouler systématiquement le tapis rouge aux éminences du FN, notamment sur ces abominations que sont les chaînes "d'information continue", et oser faire croire que l'alpha et l'omega de la politique est sur BFM TV devant Jean-Jacques Bourdin, ça n'est pas moins indigent ;
- reprendre en choeur, sans oser le dire clairement, le tristement fameux adage de Marine Le Pen "UMPS", autrement dit qu'il n'y a plus de différence entre la droite et la gauche, et plus précisément entre l'UMP et le PS, relève de la forfaiture ;
- nier systématiquement que nous sommes presque en co-habitation entre aubrystes (cette chère Martine, dont le fictif positionnement à gauche avec un pied dans chaque groupe du CAC40 m'épatera toujoues) et hollandistes (social-démocrate depuis 35 ans, tu parles d'une surprise et d'un "tournant") n'offre pas la possibilité de commencer une analyse sur de bonnes bases ;
- dans le même ordre d'idée, avoir relayé et même banalisé que François Hollande serait débile et illégitime (en dépit du verdict non truqué des urnes), sans même contester avec vigueur ces assertions, est d'une lourde gravité ; 
- oser affirmer que la rigueur et l'austérité c'est la même chose, et que par un fielleux dérapage sémantique on fasse passer l'une pour l'autre et inversement, c'est tout simplement débile, et il suffit d'avoir un minimum de respect pour nos amis Grecs pour s'en convaincre ;
- se métamorphoser en néo-Margaret Thatcher et n'avoir qu'un raisonnement, au mieux économique, au pire comptable - la politique d'épicier - pour expliciter tout ce qu'il reste de politique, ça fabrique aussi du vote FN. La politique, n'en déplaise à ceux qui le réfutent, ne se ragarde pas sur une ticket de caisse ou sur un bulletin de salaire ;
- à être comptable, ne pas rappeler, incessamment, que l'immigration rapporte davantage qu'elle ne coûte est d'une irresponsabilité totale ;
- taxer quiconque osant de dénoncer la mainmise de l'Allemagne via Angela Merkel sur l'UE, la Commission, la BCE, en le qualifiant de germanophobe pour mieux le ramener en 1942 est aussi exécrable que néfaste ;
- L'UE coupable de tout, c'est du grand n'importe quoi, comme notre atavisme à n'y envoyer que des recalés de l' "envergure" de Nadine Morano ou Jean-Marie Le Pen, ou Rachida Dati, pour ne citer qu'eux ;
- bien d'autre poncifs mortifères mériteraient d'être déconstruits, mais que peut-on attendre des citoyens d'un pays où on se bouleverse pour des hommages et des reprises de Jean-Jacques Goldman, et où le box-office cinématographique reste trusté par une affligente comédie qui au prétexte d'évoquer un possible vivre ensemble, véhicules des conneries assez racistes ? Passons.

Maintenant, cela n'exclut pas, même dans un contexte de crise, d'évoquer les responsabilités des uns et des autres :
- d'abord, les abstentionnistes ! Alors comme ça, ceux qui votent seraient "coupables", tandis que ceux qui se soustraient à leur devoir de citoyen seraient excusables, car déroutés, désabusés, désespérés...? Les pauvres, il faut les comprendre, patati patata... Non, là encore ça suffit. Avec entre 20 et 30 listes dans toutes les circonscriptions, il me semble que c'est un choix nettement plus étoffé que le menu des chômeurs, des travailleurs paupérisés, des étudiants précaires, des smicards, etc...
- le PS, à la tête duquel n'avait rien à faire ce gourd de Harlem Désir (un aubryste repêché à SOS Racisme il y a des décennies), n'a pas été très avisé, pas plus que de laisser transformer les élections européennes en anti ou pro-Hollande ;
- logiquement, je distingue ce qui est du fait du PS et ce qui relève de la responsabilité du gouvernement. Que d'aucuns aient souhaité que les élections européennes (comme le furent déjà les élections municipales) ne soient qu'une réprobation de la politique menée actuellement, même si c'est de bien courte vue, c'est leur affaire. D'évidence pas la mienne, en ce sens que je ne me méprends pas sur les différents échelons institutionnels. Reste et demeure que François Hollande et ses équipes (qui sont meilleurs que Nicolas Sarkozy, ses troupes et ses fans, il faut quand même le rappeler) a commis des erreurs majeurs. D'abord, aussi cynique que cela puisse être, à gauche, même en période de grandes difficultés, "tout le monde" n'a pas à contribuer aux "efforts" (exception faite via la TVA) et il convient de toujours protéger les plus démunis. Et même s'ils n'ont pas "subi" la moidre saignée, il faut les cajoler, beaucoup politiquement, le plus possible "économiquement". Ensuite, s'il est justifié d'aider certaines entreprises (donc pas toutes !), il ne faut jamais le faire par le truchement du MEDEF et de ses multiples succursales (UIMM, FNSEA, UMIH, UFIP, etc...), et si Gattaz se permet des envolées lyriques en promettant toujours davantage de balivernes, il n'y a qu'à le renvoyer sur TF1 et BFM TV, et bien se garder de lui accorder plus d'importance qu'il n'en a : créateur d'emplois il se prétend, créateur d'emplois il n'est pas, vampire de subventions il demeure !
- EELV, comme l'a très bien expliqué Daniel Cohn-Bendit, a commis, pour le seul bon plaisir de Cécile Duflot qui se prépare pour 2017, a commis une faute grave en quittant le gouvernement, au seul prétexte d'avoir trouvé Ayrault "trop mou", et de considérer Valls "trop dur" voire même "incompatible" (?) ;
- l'UMP s'avère demeurer, pour une part, un ramassis de maffieux qui n'ont rien à proposer (quels leaders ? quel programme ? quelles propositions ? quelle opposition constructive ?), qui se sont tirés une balle dans le pied, d'une part en trottant derrière le FN (contrairement à Jacques Chirac), d'autre part en surjouant des pseudo indignations quotidiennes à propos de tout et rien ;
- et à propos de l'UMP aussi, je ne résiste pas au vilain plaisir de rappeler avoir pensé et écrit (comme bien d'autres) que son éclatement était hautement probable (même si l'UMP n'implose pas, elle est éclatée de fait) , pour deux raisons majeures : la première son trot perpétuel, toujours la babine baveuse, derrière le FN ourdui pas "l'école" Buisson/Sarkozy auquel toute l'UMP ne souscrivait pas, la deuxième pour le lot d'affaires abominables due notamment à un fonctionnement mafieux ;
- le Front de Gauche, qui n'est jamais meilleur que lorsqu'il ferraille contre le FN, s'est trop vautré dans un anti-hollandisme primaire, jusqu'à regarder l'oeil torve et le cigare Dassault aux lèvres, sans lever le petit doigt, des adhérents et militants FO ou CGT rejoindre les rangs du FN ; dans le cadre d'élections européennes, se focaliser sur François Hollande et Valls, à juste titre, s'est révélé inopérant, sottement inefficace ;
- le MoDem et l'UDI, qui au moins affirment clairement ne pas être anti-européens, se sont lamentablement plantés d'un point de vue politique, en s'inscrivant déjà dans le sillage direct de l'UMP, c'est à dire rejoignant trop vite les anti-hollande pour être en conformité avec les sondages ;
- etc...

Chaque parti politique porte sa part de responsabilités, dont je n'ai éccrit que quelques mots expéditifs. Et il n'est nullement aberrant de voter, chacun selon son point de vue, pour l'un ou l'autre de ces partis, à cause des contorsions actuelles dues essentiellement à la crise profonde, à la période de mutation inconnue que nous vivons (finance difficilement "cadrable", technologies et mythe du sur-homme à venir, repli sur soi et peur/haine d'autrui, démographie et vieillissement, climat, énergie, pays (ré)émergents, mondialisation, migrations, etc...), encore fallait-il au moins se donner la peine, je le répète, d'aller voter.

Alors, ce "séisme" FN ? Certes, en se tissant un réseau d'élus, et en s'enrichissant de subsides européens non négligeables, (en étant anti-UE, et en acceptant le cumul des mandats, un comble !) la donne change. Mais change-t-elle tant que ça ? Est-ce un électrochoc qui servira de dernier coup de semonce, ou d'un drame aux conséquences irréversibles qui produiront des dégêts terrible ?

Je ne peux y répondre, ni même ne veux tenter une réponse, si ce n'est celle-ci : en n'allant pas voter et en laissant le champ libre à l'expression du seul NON à tout à tous, la période sera très longue de 1929 à 1945. Et si nous passions directement à un CNR européen ? N'y gagnerions pas tous, et surtout les plus démunis d'entre nous, en s'économisant une terrible période de sursauts abominables et mortifères ?

Enfin, même si j'ai été le témoin attentif de toutes les réactions (faussement ?) catastrophées par le score du FN, on ne m'entourloupe pas aussi facilement, et je sais petinemment que l'UE en général, comme Angela Merkel en particulier, est contrainte de mettre de l'eau dans son vin, comme l'a déjà fait le FMI, et d'accepter (enfin !) que ce n'est pas le dogme de la règle des 3% immédiatement respecté qui prévaut, mais bien le chemin difficile d'efforts qu'emprunte un peuple pour assainir ses finances publiques, à son rythme, à sa mesure, les moins susceptibles de laisser sur le carreau ceux qui ne le méritent pas, à commencer, encore et toujours, par cette jeunesse en laquelle je veux placer mes espoirs.

Car, voir et entendre râler ceux qui, pour beaucoup, ont été gavés par les Trente Glorieuses (en faisant fi de ceux qui essaient de leur succéder) venir exprimer leur centripète mécontentement en votant FN ou en s'abstenant de voter, tend de plus en plus à ne m'inspirer que du dégoût.

Voilà, c'est un peu "brut de décoffrage", ça vaut ce que ça vaut, je ne ptétends pas être meilleur commentateur que les autres, mais j'aurais écrit ce qui me tenait le plus à coeur : oui, définitivement oui, les électeurs qui votent FN sont des citoyens comme les autres, pas plus désespérés, pas plus sujets aux difficultés, pas plus attaqués par la mondialisation, pas plus meurtris dans leurs "valeurs", et il doivent donc être tenus pour responsables de leur vote. Et il ne faut plus jamais aller chanter la sérénade sous leur balcon, comme l'a éhontément fait Nicolas Sarkozy. Ils n'ont été "que" 25% de 43% !