Adieu au Langage

De l'incommunicabilité

"Le propos est simple. Une femme mariée et un homme libre se rencontrent. Ils s'aiment, se disputent, les coups pleuvent. Un chien erre entre ville et campagne. Les saisons passent. L'homme et la femme se retrouvent. Le chien se trouve entre eux. L'autre est dans l'un. L'un est dans l'autre. Et ce sont les trois personnes. L'ancien mari fait tout exploser. Un deuxième film commence. Le même que le premier. Et pourtant pas. De l'espèce humaine on passe à la métaphore. Ca finira par des aboiements. Et des cris de bébé."

Et Jean-Luc Godard de su muer en virtuose de la 3D, nous proposant les plus beaux coquelicots du monde, un chien qui s'impose à nous, un regard effaré sur le monde tel qu'il va. L'image de nous chahuter (admirable travail du directeur de la photographie Fabrice Aragno, quittant notre regard pour se réfugier dans un seul de nos yeux, puis dans l'autre, d'en revenir enfin à nos deux yeux.

Un couple dans un décor banal à pleurer, jusqu'aux WC, qui peine à échanger, qui se consume comme nous nous consumons, métaphore de nos vies ; des écrits qui parlent mieux que des paroles ; sibrepticement la voix du maître ; etc...

Un mash-up poétique, critique, philosophique et même scatologique du XXème siècle. Un adieu à l’existence ?

On est bien ailleurs que dans une simple séance de cinéma, dans une cérémonie crépitante qui procure la même excitation que le plus transpirant des concerts de rock et le même mystère que la première lecture des poètes qui continuent à nous hanter.

Si ce film émeut tant, c'est qu'il est aussi généreux. "Adieu au langage" est le testament par lequel Jean-Luc Godard lègue son œuvre au monde. S'il professe encore des théories, il fait surtout en sorte de susciter l'envie, la curiosité. (...) On note, malgré tout, une moindre profusion de références et de signes, un recours plus prononcé au minimalisme, à une nudité du quotidien.

On communique, on ne dit plus rien.