Les drôles de poissons-chats

Une nouvelle famille.

Claudia (Ximena Ayala, exceptionnelle) a 22 ans et vit seule dans une grande ville du Mexique. Une nuit, elle atterrit aux urgences pour une crise d’appendicite.

Elle se lie d’amitié avec Martha (Lisa Owen, bouleversante), qui occupe le lit voisin.

Martha a 46 ans, 4 enfants, et une inépuisable joie de vivre. A sa sortie de l’hôpital, Martha invite Claudia à habiter chez elle. D’abord désorientée par l'organisation chaotique de la maisonnée, Claudia trouve progressivement sa place dans la tribu. Elle lie peu à peu d'amitié avec les filles de Martha, Alejandra (Sonia Franco), Wendy (Wendy Guillén, réellement fille de Martha dans la vie), Mariana (Adrea Baeza)... Et tandis que la santé de Martha s’affaiblit parce que le sida la ronge, le lien de Claudia avec chaque membre de la famille se renforce jour après jour.

La réalisatrice Claudia Sainte-Luce a 22 ans lorsqu'elle fait la connaissance de Martha à Guadalajara. C'est son histoire qu'elle racontre à travers "Les drôles de poissons-chats" : "Ma mémoire a su sélectionner et reconstruire les plus beaux moments de notre rencontre, les plus percutants aussi ". Elle vécut deux ans avec Martha et sa famille, avant la mort de cette dernière atteinte du sida. Le souvenir de cette femme qui devint comme une mère devait être transposé à l'écran : "Cette rencontre est celle à laquelle je pense, de temps à autre, pour me remonter le moral lorsque j’en ai besoin."

Le premier long-métrage de Claudia Sainte-Luce a le bon goût d'opter pour un ton à la fois doux et virevoltant, en dépit d'un sujet passablement tire-larmes. Difficile de ne pas être touché par cette chronique mexicaine. C'est le récit d'une transformation et d'un legs. C'est en cela qu'il bouleverse, ainsi que dans son refus de creuser le sillon du pathos.

En regardant sa propre histoire, la réalisatrice explore, avec délicatesse, un mystère. L'attachement est une drôle d'histoire. Qui finit, ici, par devenir carrément déchirante. La mise en scène réaliste et austère glisse peu à peu vers plus de couleurs, de tendresse et de poésie, sans céder au pathos. Les silences, les plans fixes, sur des scènes peu dialoguées, empruntées à un quotidien presque qu'ordinaire donnent à ce film délicat un rythme lent qui sied bien à son propos.

Et tandis que Martha se fane, Claudia éclot. C'est magnifique de mélancolie douce dans laquelle les petits gestes du quotidiens sont bouleversants de beauté.