Little Marcel besace

... construire un après.

Ordonné, toujours. D'abord ne pas craquer pour ne pas attirer la compassion dégoulinante. Ne pas manquer le travail. Rester, autant que possible, inchangé, plein de vie, de fantaisie, de drôlerie, même s'il faut puiser en soi de minuscules reliquats d'énergie, puiser tout au fond de sa sève sidérée ce superbe soupçon de résilience...

On m'a dérobé mon Prince of Persia. Je me courbe pour l'amour, je ne plie pas pour la mort. C'est comme ça. Encaisser l'incroyable violence, faire fi de tous les poncifs sur le deuils, et préparer à sa façpn l'heure qui vient, le jour qui vient, le mois à venir, etc...

S'inventer une faiblesse pour mieux créer sa force. L'esprit vif et frondeur, un appétit d'ogre, une force de char blindé, un sourire plus blanc grâce au soleil et plus large. Se nourrir de la niaisierie ambiante. Savourer les quelques mains amies qui vous touchent l'épaule ou le bas, parce qu'on est dévasté, pour se forcer à dresser un plan de bataille.

De la poésie, de la peinture, de l'amitié et de la fantaise. Et ce moment tant attendu où la respiration reprend. Ainsi le moment est-il venu de passer un bon week-end. Deux films aux thématiques essentielles agencés en forme de tragédies grecques, "The Two Faces of January" et "Xenia" (une pensée à ma douce Fusée Grecque, puisque c'est là qu'ont lieu ces deux superbes films). Stéphane Mallarmé, Lautréamont, René Char, Paul Éluard, Paul Verlaine, Saint John Perse, Abû Nuwâs...

Et nous voici, levés tôts, passés par le boulot (pile à l'heure), Zaza TGV et moi, débarrassés de tout snobisme, prêts à en découdre avec les Puces de Saint Ouen, pressés d'y trouver quelques trésors à bas prix. D'abord, un petit menu chinois "Spécial Vapeur" dans une gargotte de la Porte de Clignancourt, puis ma besace Little Marcel (une copie) négociée 16€ au lieu de de 20€. Mon après c'est mon avant, je suis Marcel, de Proust et de Jouhandeau ; je suis le Marcello de mon Hebus adoré ; l'arc-en-ciel presque fluo de Little Marcel. ZaZa, pour un prix que la morale réprouve, fait le choix d'un sac "Le Coq Sportif"  violet, de deux paires de lunettes, la première mercurienne, la seconde saturnienne. 

Celebry Tees 1

Celebey Tees 2

J'achère mon premier vêtement noir depuis des lustres. Un T-Shirt "Celebry Tees" à 10€. Le noir ne me sied pas ; un homme ne devrait pas en porter avant 19H ; je n'ai aucun bourrelet à dissimuler ; j'ai encore du goût.

Une statue antique qui prend sa place sur tout le devant, et, "last but least", des manches en skaï. Nous rigolons bien. Nous amusons tous les commerçants. Nichonna ne sait pas ce qu'elle perd ! Il n'y a pas grand monde, puisque les masses ont bandé et mouillé devant le 5-2 footballistique obtenu la veille par la France face à la Suisse. Je suis prêt à manger tous ces vendeurs adorables, même celui qui veut me montrer ses strings en jean dans son arrière boutique.

Tant pis, j'achète quand même le paquet de mini-Mars que Hebus aimait tant. Parce que c'est faux, il n'est pas mort, il n'a pas "disparu". Et ça l'amusait tellement de voir le vendeur me faire du gringue. L'oeil aiguisé de Zaza remarque le gilet-caracco que nous avons offert à Miss Patty, en noir cette fois-ci. On prend.

Comme ça, à la sauvette, Zaza craque pour ce qui sera le soir son cocktail de fruits touges : fraises, framboises, cerises. L'incarnat de ses lèvres sera beau et gourmand. Le vendeur de lunettes fait trois allers-retours dans sa boutique pour coller UNE étiquette sur son ridicule BBQ de poche exposé sur le trottoir. Tout ça pour essayer de draguer ma soeur d'orphelinat. On rigole.

Le très attendu Perrier-tranche à la terrasse du Championnet. En passant, le volailler me fait coucou de la main, le primeur me fait un clin d'oeil. Nous sommes totalement hors football, hors Fête de la Musique. Dépouillés de tout snobisme, avec nos emplettes "tombées du camion", fiers comme des Artaban du pauvre, après avoir rit aux éclat devant une pléthore de fringues féminines aux prix défiant toute concurrence, aux formes et aux couleurs étalant sans discussion possible tous les H&M, COS, Zara et autres Mango. Côté hommes, je vous passe tous les Armani, Ralph Lauren, Guess, Pepe Jeans, Louis Vuitton, etc... aux prix circoncis.

Décidément, les inconnus sont souvent des gens fort sympathiques. Ces commerçants si fiers de leur virilité et de leur "Kabylité" nous causent et nous sourient comme si nous avions été sélectionnés à la Nouvelle Star. La Zahia de Ribéry peut aller se rhabiller, elle finira comme Loana. Pas nous.

Nous causons du quartier, des logements sociaux, et je racompagne, sous un soleil bien plus chaud que nos chairs à son arrêt du PC3. Je file faire mes courses pour la semaine, je me jette sur les Gariguettes (les 3 barquettes 3€, c'est comme ça dans ce quartier modeste et cosmopolite. 

Lothaire m'appelle. C'est bête de ne pas profiter des laisser-passer de Hebus, offerts par son père, à la Fête de la Musique organisée à l'Olympia par France Inter. Effectivement. Christine & The Queens, Cyril Mokaïesh, Jeanne Cherhal et Lana Del Rey. Ça pince le coeur et plus encore. Et ça fait du bien. Dans la pénombre d'un concert, on peut toujours laisser couler quelques larmes.

Voilà, c'est comme ça un bon samedi ! Existentiel et essentiel.