Moutons Rainbow Flag

C'est d'abord politique !

Oui, je sais, parce qu'un petit malin a déposé "Gay Pride" à l'INPI, ce qui suppose qu'on doit payer des royautés à chaque fois qu'on utilise l'expression, on dit désormais "Marche des Fiertés".

Oui, je sais, on peut toujours muer cette manifestation en une sorte de Techno Parade (et toujours avec de la mauvaise musique techno !), y aller pour mater deux Drag Queens, les quelques travelos sublimes qui demeurent, et une douzaine de gogo-dancers biens foutus, voire même pour espérer y rencontrer son homme d'un soir, d'un jour, d'un mois, d'une vie, là n'est pas fondamentalement le sujet.

Dès 1978, dès lors qu'il n'a plus été possible de manifester dans les cortèges du 1er mai comme cela se faisait depuis 1971 (ça, c'est une longue histoire), sous l'impulsion de quelques-uns, notamment les Gazolines, le Front Homosexuel d'Action Révolutionnaire (FHAR), le Groupe le Libération Homosexuelle (GLH), le FAHR... les LGBT engagés, peu nombreux à l'époque, ont revendiqué la cessation des discriminations anti-homosexuelles. Je le sais, je m'en souviens, j'étais de ce bois-là, grâce à quelques rencontres.

Chacun sait, j'espère, que ce fut plus massif, car plus facile, dès 1981 et 1982, l'avant et l'après de l'élection de François Mitterrand à l'Élysée, la dépénalisation de l'homosexualité. Ensuite, le sida, a lui aussi nécessité des engagements politiques profonds, et contre mauvaise fortune bon coeur (combien de morts ?) a grossi les cortèges. Enfin, bon an mal an, au gré des actualités et des revendications, la manifestion a toujours eu lieu, avec plus ou moins de succès.

Il y a plusieurs raisons éminemment politiques pour les LGBT et leurs amis d'aller maniferster cette année :

- il faudra toujours saluer les combats passés ;
- l'égalité en droit n'est pas acquise (adoption, PMA...) ;
- la prévention contre le suicide des adolescents (1 sur 2 est homosexuel, et c'est tous les 2 jours en France !)
- le dernier rapport sur l'homophobie en France est très alarmant, sinon catastrophique ;
- le "Mariage pour Tous" a décomplexé toute l'homophobie larvée de ce pays, qui s'exprime violemment dans le verbe, très violemment dans le geste ;
- la fameuse "quenelle" (que Dieudonné n'oublie jamais de dire qu'il veut nous la coller dans le cul) a beaucoup séduit ;
- Act Up, qui a inventé avec créativité une façon nouvelle de combattre les injustices via des actions coup-de-poing risque de crever ;
- certains de nos frères et soeurs, prochains comme lointains, risquent encore l'emprisonnement, voire même la mort ;
- le droit d'asile que devrait accordé aisément la France à ces oppressé (même si ça s'est amélioré avec François Hollande), est insuffisant ;
- Michel Foucault, qui a tant fait pour la "cause" homosexuelle est mort il y a trente ans ;
- etc...

Oui, on peut aller manisfester avec joie et esprit de fantaisie et de fête, et c'est même nécessaire, mais pas que. N'oublions jamais que parmi les premières victimes des régimes qui tendent toujours vers davantage de répression, il faut compter les LGBT.

Heureux hasard ou volonté politique, je l'ignore, la Marche des Fiertés parisienne de ce samedi 28 juin ira où presque tout a commencé, Place de la République. Je serai bichonné, coloré, fort et déterminé comme un soldat du Bataillon Sacré de Thèbes.