Rom Darius Gheorghe

Je sais que ceci "ne se fait pas", mais en prenant toutes les précautions qu'il est possible de prendre, je m'autorise à reproduire un petit article paru dans le Canard Enchaîné paru ce mercredi 25 juin 2014, en page 8. Cet article n'est pas signé.

J'y ajoute - à tort ou à raison, chacun jugera - la photographie, peu reproduite en France, mais qui a fait le tour de l'Europe, qui ne figure pas dans l'hebdomataire satirique.

"Dupond la Joie, le retour"

"Jusqu'à maintenant, les lynchages de Roms étaient réservés à quelques pays, Roumanie, Hongrie ou Bulgarie, les mises à feu de foyer d'immigrés à l'Autriche, les assassinats d'Africains aux Russes. Mais avec Darius, 17 ans, la France a le vent pourri en poupe et fait la une des journaux dans toute l'Europe.
De son vrai nom Gheorghe, Darius serait un fou simplet, évadé d'un hôpital psychiatrique roumain pour rejoindre sa famille adoptive en banlieue parisienne. Il a échoué, tabassé, à moitié mort, dans un chariot de supermarché, à Pierrefitte-sur-Seine, en face de la cité des Poètes, d'où étaient venus ses agresseurs. Le garçon était, selon les rumeurs, soupçonné de cambriolage aux Poètes, peut-être chez des trafiquants...
En vertu de quoi de jeunes gars armés et cagoulés sont venus l'arracher à son campement de fortune, devant les siens, qui, terrorisés, n'ont rien pu faire pour s'y opposer. C'est dire si les Roms sont redoutables."

Bien que, pour des raisons personnelles, je sois probablement en ce moment plus "sensible" qu'à l'accoutumée, j'ai décidé de faire part du choc que produit sur moi, d'une part cet article, d'autre part cette photographie, et surtout par le manque d'indignation qu'une telle abomination suscite dans la France d'aujourd'hui.

Nous l'évoquions récemment avec quelques amis proches, c'est inouï ce que le terme "décomplexé" a pu générer, dans les termes et dans les actes, sur certains de nos concitoyens, depuis que Nicolas Sarkozy en a usé et abusé, à des fins politiques.

L'article, dans un style concis et froid, presque camusien - toutes proportions gardées - me semble être, dans ce genre expurgé, d'une incroyable maîtrise,  opposant le fond à cette forme si particulière.

17 octobre 61 Pont de Neuilly

Cela m'évoque cette photographie connue du Pont de Neuilly qui résume la répression des 17 et 18 octobre 1961, terrible journée où des Algériens avaient été jetés dans la Seine, dans un contexte historique très particulier. Loin de moi l'idée de comparer les situations, les contextes, je le rappelle, étant radicalement différents, n'ayant aujourd'hui ni Maurice Papon, ni l'OAS, ni les Harkis, ni le FLN. Néanmoins, l'alarme devrait, selon moi, nous assourdir tout autant. Il n'en est rien.