07 octobre 2009
Brigitte Fontaine - "Prohibition"
Je ne me lasse pas du talent de cette vieille bonne femme. Son dernier album est particulièrement réussi, listant toutes ces plaisirs qui, de plus en plus, nous sont interdits.
La voir ce soir, sur le plateau de "Ce soir ou jamais", présenté par l'excellent Frédéric Taddéi, chanter cette chanson déchirante, l'entendre si brute et crue, c'est à vous arracher des larmes.
Je ne me lasse pas non plus de son étonnante personnalité, de son iconoclaste humanité, de son audace sans cesse renouvelée, véritable souffle d'air dans ce monde de plus en plus aseptisé. Brigitte, je t'aime !
Voici donc cette chanson, si belle :
"Je suis vieille et je vous encule"
J'exhibais ma carte senior
Sous les yeux goguenards des porcs
Qui partirent d'un rire obscène
Vers ma silhouette de sirène
Je suis vieille et je vous encule
Avec mon look de libellule
Je suis vieille et je vais crever
Un petit détail oublié
Passez votre chemin, bâtards
Et filez vite au wagon-bar
Je fumerai ma cigarette
Tranquillement dans les toilettes
Partout c'est la prohibition
Alcool à la télévision
Papiers, clopes, manque de fric
Et vieillir dans les lieux publics
Partout c'est la prohibition
Parole et cris, fornication
Foutre interdit à 60 ans
Ou scandale et ricanements
Je suis vieille et je vous encule
Avec mon look de libellule
Je suis vieille et je vais crever
Un petit détail oublié
Les malades sont prohibés
On les jette dans les fossés
A moins qu'ils n'apportent du blé,
De la thune aux plus fortunés
Les vieux sont jetés aux orties
A l'asile, au château d'oubli
Voici ce qui m'attend demain
Si jamais je perds mon chemin
J'ai d'autres projets, vous voyez
Je vais baiser, boire et fumer
Je vais m'inventer d'autres cieux
Toujours plus vastes et précieux
Je suis vieille et je vous encule
Avec mon look de libellule
Je suis vieille, sans foi ni loi
Si je meurs, ce sera de joie.
08 août 2009
Brian Wilson
Certaines icônes de la musiques ont droit à une déferlante médiatique, parfois musicalement injustifiée, lorsqu'ils nous quittent. D'autres, affres du temps, ne connaissent pas cette reconnaissance. Dans le premier cas, nous avons assisté, et continuons d'assister à une over-dose d'images et de sons concernant Mickael Jackson. Il est probable que Brian Wilson sera parmi les seconds.
Il s'agit pourtant d'un artiste majeur, né en 1942 en Californie, et qui fonda, avec ses frères et un cousin, les "Beach Boys". Enfant fragile, traumatisé par la violence de son père, qui alla jusqu'à le rendre sourd d'une oreille, il est pourtant l'archétype de ce que peut être une icône moderne. Adepte des enregistrements en mono plutôt qu'en stéréo à cause de sa semi-surdité, il y a du Beethoven dans cet homme-là. Il fut pourtant surnommé le Mozart de la Pop-Rock.
Nombreux sont ceux qui ont revendiqué l'héritage des Beach Boys, à commencer par Paul McCartney qui déclarait que sans ce groupe californien, l'album "Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band" n'aurait jamais vu le jour, tant ce sont eux qui en sont la source d'inspiration. Elton John, Eric Clapton, John Cale, Roland Orzabal de "Tears for Frears" reconnaissent aussi son influence majeure.
Brian Wilson fut, lui aussi, floué par son père qui revendit sa société, Sea of Tunes, et il perdit les droits sur toutes ses chansons des années 60. Une cour de justice californienne lui accorda 25 millions de dollars de dommages et intérêts, qu'il dut partagé avec son frère, pourtant non crédité. Décidément, archétypique de l'icône ! Et cela ne s'arrête pas là, si l'on considère aussi les méandres de l'alcool qu'il suivit péniblement, ses dépressions, et ce que l'on considère aujourd'hui comme une réel déséquilibre mental.
Il n'en demeure pas moins que "Pet Sounds" est un album parfait, que "Good Vibrations" est considérée comme la meilleure chanson pop jamais écrite, et que "SMilE" est une merveille.
Non, il ne manque rien à Brian Wilson pour être une icône majeure de la musique pop-rock, ni le talent, ni la personnalité, ni la vie tumultueuse. Réécoutez "Pet Sounds", ce que devraient incontestablement faire aussi quelques journalistes, face au vide sidéral de leur culture musicale.
11 juillet 2009
Michael Jackson
Durant plus d'une semaine, le décès de Michael Jackson aura presque occulté l'ensemble de l'actualité internationale. Il semblerait que ce fut comme une immense catharsis mondiale, devant tous les maux qui pèsent sur les populations.
Je reconnais volontiers le talent de Michael Jackson, qui, au début des années 80, aura permis l'introduction de toute la qualité musicale de la Motown dans l'ensemble des foyers. Pour la première fois, pour faire connaître une partie de la "culture musicale noire" on aura choisi un chanteur noir. En effet, quelques décennies plus tôt, on avait utilisé, pour se faire, un chanteur blanc, Elvis Presley, afin de ne point trop enrichir la "blackxploitation". On piquait aux noirs leur talent, pour enrichir des blancs.
"King of Pop", incroyable showman, business man, aura réussi ce qu'aucun autre avant lui n'avait réussi. Ce fut parfaitement ourdi, dépassant largement le strict aspect musical, nous faisant incontestablement franchir un pas de plus dans la "société du spectacle".
L'essor de la notoriété de Michael Jackson correspond à mes 20 ans, une très belle période, surtout avec le recul, lorsqu'on en a 25 de plus. Pour autant, cela m'avait permis d'acquérir déjà une modeste culture musicale, depuis Buddy Holly à David Bowie, depuis les Suprêmes et la Motown à Blondie, depuis les Beach Boys aux Punks et à la New Wave. Et ce ne fut probablement pas le même phénomène pour les plus jeunes que moi, pour lesquels la pression médiatique aura tout enseveli.
Les années 80 ne se résumèrent pas à Michael Jackson, évidemment. En même temps que lui, du même âge, apparaissait Prince, qui musicalement a été un brassage plus complexe et plus abouti. De la même façon qu'en même temps que Madonna il y eut Cindy Lauper, et l'on pourrait multiplier les exemples. Une époque retient donc davantage les bruits qu'elle fit que les talents qu'elle a engendrés.
Dans cette incroyable - mais pas si étonnante que ça - communion internationale à laquelle nous venons d'assister, il y a incontestablement la concaténation de différents chagrins, et non pas seulement le seul chagrin du à la mort de King of Pop. Que regrettons-nous donc dans ce souvenir du début des années 80 ? C'est indicible. Il s'agit probablement davantage de manifester ce que nous haïssons en cette année 2009.
Que retiendrons-nous musicalement des années 1990 ? Probablement pas Björk, Massive Attack et les immenses talents que la décennie aura vus apparaître.
Les voies du chagrin ne sont peut-être pas impénétrables, mais elles sont pour le moins injustifiées.
28 juin 2009
Daniel Darc
A l'heure ou presque toutes les chroniques musicales, à juste titre, sont consacrées à Michael Jackson, je voudrais revenir au soir du 21 juin 2009, date de la Fête de la Musique.
Je ne suis pas un grand adepte de ces fêtes (musique, cinéma) pour moi-même, à cause de la foule. Dans le principe, je trouve leur organisation très salutaire, mais je suis vite effrayé par les foules immenses, parfois trop tôt avinées. Mais que chacun s'amuse comme il l'entend !
J'ai la chance d'habiter à une dizaine minutes à pied du Palais Royal, là où est sis le Ministère de la Culture. Et ce soir-là, entre autres, fut programmé Daniel Darc. Que voulez-vous, il y a des noms auxquels il m'est difficile de résister. J'aurais aimé être parmi les amis de Brigitte Fontaine, et être invité à fêter ses 70 ans, comme MisterNo.
Pour moi, ce fut donc le concert en plein air de Daniel Darc. Il succède ainsi notamment à Emilie Simon et à Catherine Ringer. On connaît pire programmation.
J'aime le bonhomme, depuis trois décennies déjà, lorsqu'en première partie de Talking Heads en 1979 au Palace, il se tranchait les veines sur scène, chantant dans son groupe Taxi Girl. Certes, il a vieilli, mais toujours cette démarche de dandy triste, cette voix fragile et un peu traînante.
Il nous propose des chansons de "Crève Coeur" et "Amour Suprêmes" notamment. Rien à redire, il est parfait. Il dégage une émotion à fleur de peau, sans sensiblerie. On sent le traducteur de William Burroughs, le lecteur des Psaumes. Les spectateurs le saluent à sa juste valeur, les applaudissements sont enthousiastes et chaleureux.
Daniel Darc est un de ces artistes à qui il convient de dire qu'on les aime. On n'est pas "fan" de Daniel Darc, car il est comme exonéré de toutes les turpitudes mercantiles du show-business. On aime Daniel Darc. Alors je le lui dis. Avec toute la sophistication qui convient à un artiste de cette trempe.
26 avril 2009
Nouvelle Star 2009
C'est une petite chronique de mon ami Right Said Fred AKA Mister Misco AKA Didou qui m'a donné envie, à mon tour, de proposer mon sentiment sur les candidats de cette saison.
* En premier lieu, il y a les trois cas catastrophiques : . Soan, pseudo-new wave, qui en deux semaines n'a rien trouvé de mieux que de massacrer Bashung et The Cure ! . Camilia, félicitée par le jury (!) pour avoir assassiné Debby Harry, du groupe Blondie, puis qui a suicidé une nouvelle fois rien de moins qu'une chanson de Marilyn Monroe, "I wanna be loved by you". Il semblerait que le jury lui accorde d'ores et déjà la victoire, et c'est désolant. . Mahdi, qui a crevé le troisième oeil de Stevie Wonder, puis flingué Khaled dans "Aïcha".
* En deuxième lieu, il y a les cas sans aucune saveur : . Mélissa, qui vient de nous proposer une version frigide de "I'm so excited" des Pointer Sisters. . Damien, qui avec le charme d'un frigo vide et neurasthénique, nous endort à chaque fois, même en reprenant The Korgis !
* En troisième lieu, deux candidats corrects : . Leïla, ronde et touchante, jolie voix, peut-être très timide, mais qui semble sincère. Pas formatée pour gagner. . Lary, qui chante très bien le blues américain, mais hélas assez dépourvu de charme.
* En quatrième lieu, deux candidats que j'aime bien :
. Dalé, repéré au casting de Lyon, qui nous vient du Rwanda, beau gosse qui chante bien (reprise de "Toi et le soleil" de Claude François nettement meilleure que la version originale), et qui pourrait bénéficier d'un petit "effet Obama".
. Thomas, assez décalé avec son look de garçon coiffeur très folle, qui chante bien, et qui devra veiller à ne pas choisir des chansons plus grandes que lui. A la limite du supportable (voir comme il se dandine et fait sa Greta Garbo), il me fait rire, tellement en décalage !
=> Bref, pas d'effet Tortue ni de talent estampillé Julien Doré en ce cru 2009, qui, comme je le disais à mon ami ZaZa de Mongoland, fait plus vinaigrier que fût de Romanée-Conti !
18 avril 2009
Susan Boyle
En Grande Bretagne, cette émission très populaire, est une sorte de "Nouvelle Star", un télé-crochet, où l'on découvre de nouveaux jeunes talents.
Et Susan Boyle avance sur la scène. Elle est Ecossaise, simple, chômeuse, elle a 47 ans, vit seule et n'a jamais eu d'amoureux, n'a même jamais été embrassée, et ne propose pas un look très affriolant. En un mot, pour la télévision, elle est ringarde. Pourtant, elle l'affirme, elle veut devenir chanteuse professionnelle. On pouffe. On voit le jury qui s'apprête déjà à se moquer, la salle, pleine à craquer, souffler et soupirer les yeux au ciel. Que vient faire cette Mémé dans une émission comme "Britain's got talent" ? Elle vient chanter sur scène, elle ose venir chanter sur scène, au lieu de continuer de pousser la chansonnette dans sa salle de bains. Après quelques mots échangés avec le jury, ça y est, c'est vraiment à elle, et elle va proposer son interprétation de la chanson de Fantine tirée de la comédie musicale "Les Misérables", "I dreamed a dream".
Elle commence. La voix, quelle voix ! Et les yeux du jury de s'ouvrir, les bouches de béer... d'admiration. Car Susan Boyle, si décalée soit-elle au monde des paillettes, a du coffre, chante juste, dans cette chanson de Fantine qui lui va si bien. A peine un couplet, et c'est déjà la standing ovation. Susan Boyle de continuer sa prestation, imperturbable, comme une vraie show-girl, souriant et tendant sa main à un jury et une foule déjà sous son charme. Des applaudissements à tout rompre. Non, Susan Boyle ne s'est pas ridiculisée ! Elle a chanté sur scène comme peu savent chanter, elle a capté les regards et saisi les émotion bien au-delà de sa petite paroisse d'Ecosse.
=> Ce n'est là qu'un tout petit événement télévisuel. Mais il est symptomatique. Le jury avoue avoir été moqueur, reconnaît devant les caméras, avec douceur et gentillesse, ne pas lui avoir reconnu la moindre chance "a priori". A cet âge et avec ce look de vieille fille, pensez donc ! Ce sont toutes les "petites gens" qui sont passées sur la scène ce soir-là. Les gens modestes, au dessus des modes et des looks, avec simplement des tripes à offrir, avec beaucoup de sincérité. Susan Boyle a conquis le respect.
Dès le lendemain, sa prestation avait été vue ou revue par 10 millions d'internautes partout dans le monde. Il y a en effet comme un immense soulagement à revoir la scène. http://www.youtube.com/watch?v=9lp0IWv8QZY : vous aussi, regardez cet extrait de 7 minutes de "Britain's Get Talent" ! Ajoutez-vous aux désormais plus de 30 millions d'internautes qui ont regardé cette vidéo. Accordez aux petites gens, ces quelques instants d'admiration, et comprenez que c'est souvent dans les mines les plus enfouies qu'on trouve les plus beaux diamants.
Il convient de ne pas être trop emphatique, certes ! Mais ne revient-on pas de loin ? Susan Boyle n'a-t-elle pas, un instant, fait tomber un barrière de préjugés, cassé un plafond de verre, en donnant de la voix ? C'est salvateur, believe me !
Suzan Boyle is amazing ! http://www.youtube.com/watch?v=9lp0IWv8QZY
04 mars 2009
Empire of the Sun - Walking on a Dream
Empire Of The Sun, qui était avant tout le titre d'un roman de l'écrivain anglais J.G. Ballard, est désormais le nom d'un duo pop-électro australien de toute beauté. Voyant que mon ami Mister Misco AKA RightSaidFred AKA Didou nous propose une petite chronique, je sors la mienne, pour vous encourager doublement à vous offrir le CD !
Le premier album de Luke Steele (The Sleepy Jackson) et Nick Littlemore (Pnau), titré « Walking On A Dream », est un bijou ! Ce premier projet pop-électro du duo australien est porté par un premier single époustouflant, également titré « Walking On A Dream ». Bénéficiant toujours de fortes rotations sur les radios australiennes, ce premier extrait déferle en ce début d'année en Europe. « Walking On A Dream » a été choisi par la BBC, en Angleterre, comme l'un des titres originaux les plus pertinents de ce début d'année 2009.
L'illustration vidéo du premier single de Empire Of The Sun est d'ailleurs tout autant élogieuse. Le clip du hit redoutable «Walking On A Dream» a été tourné à Shanghai, en Chine, et dirigé par Josh Logue. Fort du succès sans précédent remporté par leur premier titre original, par ailleurs finement remixé par Van She et Sam La More, le duo pop-électro australien enchaîne avec un nouveau single, titré «We Are The People». Ce titre original a également fait l'objet d'une illustration vidéo, Luke Steele (The Sleepy Jackson) et Nick Littlemore (Pnau) se sont rendus à Mexico, aux Etats-Unis, pour tourner le clip de « We Are The People ».
Voici le tracklisting du premier album « Walking On A Dream » de Empire Of The Sun : 01. « Standing On The Shore » 02. « Walking On A Dream » 03. « Half Mast » 04. « We Are The People » 05. « Delta Bay » 06. « Country » 07. « The World » 08. « Swordfish Hotkiss Night » 09. « Tiger By My Side » 10. « Without You »
=> Evidemment, rendez-vous sur DailyMotion ou YouTube, pour écouter les morceaux et voir les clips de la pépite musicale de ce début d'année 2009 !
=> Une chose demeure rassurante : je n'imagine pas des hordes de fans prépubères et décérébrées se décidant à arborer les looks de Luke Steele et Nick Littlemore...
01 mars 2009
La dignité d'un dandy
Me préparant pour allez à la soirée des Popingays, à l'Espace FMR, au bout du quai de Jemmapes le long du Canal Saint Martin, la télévision me sert de fond sonore. C'est comme sur France Inter ce soir, les images en plus, et ce sont les "Victoires de la Musique". Autant dire qu'il n'y a là rien qui soit susceptible de m'intéresser, et je crains même par avance les miaulements de Christophe Maé comme les aboiements de Cali. C'est juste un fond sonore, le temps de sélectionner fringues, chaussures, perruque, lunettes, parfum, etc...
Evidemment, il est hors de question de sortir reconnaissable. A mon âge avancé, c'est absolument hors de question ! Il y aurait là comme une évidente entorse à ma si superficielle indignité. Et, tandis que Nagui blablate sur l'écran plat, je m'affaire.
Puis, à un moment, j'entends Alain Bashung commencer sa chanson, avec un "je ne sais quoi" de bouleversant dans la voix. J'aime bien le bonhomme : outre son talent, puisqu'il est ami et qu'il a bossé avec Brigitte Fontaine (City), Christophe (une reprise des Mots Bleus), Daniel Darc (Amours suprêmes), et tout récemment avec Gérard Manset, il est sur le haut du panier de la si médiocre scène française.
J'ai plus précisément écouté le "Cantique des Cantiques" que j'adore absolument, puis en suivant "Fantaisie Militaire", et "Bleu Pétrole". Rien à redire, c'est très bien fait, sans paillettes, sombre et parfois même désespéré. Bref, je lève les yeux sur l'écran, sans curiosité malsaine, bien que je sache qu'il subit une difficile thérapie pour essayer de venir à bout de son cancer des poumons. Mais je ne m'intéresse pas particulièrement à la vie privée des vedettes, j'ai simplement lu un article dans le NouvelObs relatant sa carrière il y a quelques temps. A l'écran, le cancer se voit.
Le même corps que Fred Chichin au soir de sa vie, long, dégingandé, amaigri, mais tenu par une sorte de dignité, un port de tête, une majesté d'Excalibur. Rien n'a dissipé l'élégance du dandy. Moi qui ne suis pas voyeur, qui ne regarde ni n'écoute jamais les confidences des vedettes chez Mireilles Dumas, qui ne s'attarde pas aux récits des les malheurs, des maladies parce que c'est chiant et souvent vulgaire, mon regard est collé à l'écran. Il y a comme un Bashung de Cranach, sublime et décharné, qui se meut difficilement sur la télévision, tellement ému lui-même des applaudissements qu'il me touche.
Voilà, ça arrive parfois, comme un moment de grâce sur le Service Public, parce qu'un homme blessé a décidé de ne pas céder aux immondes sirènes de l'exhibitionnisme. Mais dès le fin de la chanson, je dois songer à nettoyer mes lunettes, enfiler mes bas et tout le tralala. Pourtant, je regarde Bashung quitter lentement la scène, et telle la note bleue, j'attends comme une image bleue...
Et là, je ne suis pas déçu. L'antidote de la grâce et de la dignité apparaît aussitôt, "sans transition" comme on dit à la télévision : Johnny Halliday. Son rimmel me fait de la peine. Se succèdent ainsi deux hommes de la même génération (ils ont 4 ans d'écart), le premier me collant sur mon siège à la façon du Charles Trénet que j'avais vu en concert juste avant sa mort, le second m'en décollant promptement, parce qu'il faut aussi que j'aille poser mes faux-cils.
Effectivement, la télé est magique, et elle vient de m'imposer en quelques secondes un jet-lag de 12 heures. Passer sans cillement de Bashung à Johnny, c'est éprouvant, à provoquer des anorexies ! La grâce et la dignité sont restées maitresse, puisque Johnny s'en est allé, tandis que Bashung fut rappelé par deux fois, pour recevoir deux autres "Victoires de la Musique".
La dignité du dandy a fait disparaître le délabrement du débris. Et c'est le plus malade des deux chanteurs qui, sans rien dire, nous disait de sa moue lippue et mélancolique que notre existence recèle encore quelques beautés. Dont la sienne.
31 janvier 2009
Tago-Mago, de Can
S'il est de très bon ton de posséder, et d'aimer, forcément aimer, les albums de Kraftwerk, il est plus rare de trouver dans une discographie, un album de Can.
Can est un groupe allemand qui a surtout oeuvré fin des 60s et les 70s. C'est un groupe de rock progressif allemand, appelé "krautrock" ou "kosmische rock", ce qui signifie à peu près rock psychédélique.
A ses débuts, Can a compris qu'il ne saurait faire mieux que les anglo-saxons dans la révolution musicale qui s'installait à l'époque, et cessa toute velléité de les surpasser, se taillant un autre chemin. Il en résulte, avec des sons électroniques, et un sens évident de la mélodie, une oeuvre originale, jusqu'à la production de véritables tubes, tels "Spoon" ou "Vitamin C".
L'album "Tago-Mago" (1971) a été salué, et a inspiré, des personnalités telles que Brian Eno et David Bowie, excusez du peu ! Et le son hypnotique de certains albums, assez unique, tendant parfois vers la transe, fut très novateur. C'est certes une curiosité, mais qui a posé sa pierre dans la construction de la musique moderne. Et ce que je considère comme presque les origines de la "transe", n'est en rien démodé. L'Allemagne ne nous a pas proposé que Kraftwerk, Nina Hagen, Nena, et Einstuerzende Neubauten avant de nous inonder le la soupe indigeste Tokyo Hotel ! Il y eut aussi Can !
Goutez-y, appréciez la voix de Damo Suzuki, ondulez vos corps à coups de "Vitamin C" !
Yes, you Can !
Trop de psychédélique pour ce brave ChonChon !
19 janvier 2009
The Crying Light - Antony & The Johnsons.
En ce 19 janvier, il y a autre chose à faire qu'à préparer la commémoration de l'exécution de Louis XVI (après demain). Moi, même fauché comme les blés, je ferai l'acquisition du dernier opus d'Antony & The Johnsons, un album que je vais probablement, comme les précédents, écouter en boucle.
"The Crying Light" marque le retour très attendu d’Antony & The Johnsons, lauréat du prestigieux Mercury Prize en 2005 pour "I Am A Bird Now". Après avoir prêté sa voix sur deux titres du dernier album de Björk ou et s’être improvisé comme diva disco sur Hercules & Love Affair, l’artiste au talent unique s’est recentré sur sa musique et a enregistré aux côtés de Nico Mulhy, un magnifique album dans la continuité du précédent mais à la production bien plus aboutie. Il nous en a d’ailleurs offert un avant-goût sur le EP intitulé "Another World" qui, pour paraphraser Les Inrockuptibless, nous a donné "cinq bonnes raisons de penser que le prochain album de l’oiseau Antony, longuement couvé et attendu, sera au moins à la hauteur de nos rêves".
Et en effet, ce nouvel opus ne déçoit pas. La voix androgyne et angélique d’Antony Hegarty enveloppe et s’empare de l’auditeur dès les premières notes de Her Eyes Are Underneath The Ground, le titre d’ouverture. Anthony & The Johnsons fascine une fois de plus de par ses envolées lyriques et ses textes mélancoliques et poétiques.
Néanmoins, The Crying Light n’est pas qu’une succession d’émotions tragiques, le groupe surprend par des titres un peu plus enlevés qu’à l’accoutumé comme Kiss My Name, ou encore la douce valse de Epilepsy Is Dancing. On s’imprègne à chaque écoute de cette atmosphère particulière et incomparable, qui a fait le succès du groupe.
Une vibrante atmosphère empreinte d’émotion, mêlant avec brio jazz, soul et pop qui ne devrait pas laisser insensible, et qui fait d’ores et déjà de cet opus, l’un des albums majeurs de 2009.






















