Vieille ChonChon

GlennCloseDangerousOpera

Et vogue le navire.

À titre personnel, les flux et les reflux, pour peu qu'on ait été instruit pour y faire face, pour peu qu'on ait eu la chance de recevoir pour ne pas trop tanguer, ou pour peu qu'on ait eu la curiosité d'aller puiser dans l'Art (musique, littérature, peinture, sculpture, cinéma...), il y a bien des moyens pour ne pas trop tanguer.

J'ai choisi ces deux photographies pour des raisons simples. La première, une vieille dame burinée, qui ne semble avoir été ravagée que par le temps, le soleil et le tabac, mais sur le visage de laquelle on ne perçoit presque rien, ni les joies ni les peines passées et actuelles, comme prête à tirée sa révérence au monde avec dignité. La seconde, Glenn Close dans le rôle de Madame de Merteuil (dans le film "Les Liaisons Dangereuses" de Milos Forman, sorti en 1988, adapté de l'oeuvre épistolaire de Choderlos de Laclos), qui ne trébuche qu'une fois, une seule, une demi seconde, discrètement, à l'Opéra, la foule dans le dos. "S'enfoncer des fouchettes sous les ongles, sans laisser rien paraître" nous avait-elle précédemment appris.

J'aime cette auto-discipline au long cours, exigeante, trop exigeante sans doute, pour moi-même. Car d'évidence, je ne saurais l'exiger de quiconque. Et je me demande encore pourquoi et comment on peut s'astreindre à cette forme d'exigeance, alors même que nul n'en attend autant de vous. L'extrême lucidité, voire la gravité, qui consiste à ademettre que la plupart des "autres", prochains comme lointains, se contrefiche de ce qui n'est pas eux-mêmes. La crainte, hâtive, prématurée, du tumulte, peut-être... Il faudra que j'en cause avec mon ami Zaza TGV.

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Tous à poil contre la censure !

Antoinette Fouque

Ciappa - Benoit Caranobe et Thomas Bouhail

À titre plus génréral, la période n'est pas calme, et loin s'en faut, ces temps-ci. Un Vladimir Poutine qui se gargarise de ses JO somptuaires à Sotchi ; l'Ukraine qui semble connaître des soubresauts révolutionnaires (ça dure depuis la Révolution Orange, en 2004) avec, comme toujours, des groupes factieux dans tous les camps ; des campagnes électorales calamiteuses pour les élections municipales où l'on entend à peu près tout sur tout, mais guère parler des villes ; des relents de plus en plus lourds - jusqu'à une salutaire nausée ? - d'obscurantisme, de racisme, d'anti-féminisme, d'homophobie, d'anti-judaïsme, tant et si bien qu'!l y a deux branches au FN, la branche homophobe (dans laquelle on retrouve toutes les religions) et la branche raciste (qui ne cesse de conspuer l'Islam et le Judaïsme), allez comprendre ; la mort d'Antoinette Fouque qui survient dans ce contexte hautement délétère ; des hommes et femmes politiques, estampillés UMP et/ou FN, qui nous inventent une "théorie du genre" qui va anéantir les enfants et les jeunes, la famille, la société tout entière, et qui vont jusqu'à exiger des actes de censures ; une manifestation contre un aéroport à Notre Dame des Landes sur lequel ont finit par ne plus rien piger - alors que tout compte fait, il ne s'agit que d'un aéroport - qui se termine avec son lot de casseurs défigurant Nantes ; jen pense à la belle photographie de Benoît Caranobe et Thomas Bouhail prise par Olivier Ciappa que les tenants de la "Manif pour Tous" ont fait censurer sur FaceBook ; je pense au chômage de masse qu'on ne parvient pas à endiguer ; je pense à nos jeunes compatriotes qui par centaines s'en vont en Syrie pour lutter contre Bachar El Assad, mais pas forcément pour rejoindre les rebelles qu'il faudrait rejoindre ; je pense à l'UE telle que la conçoit et l'exige Angela Merkel avec un faux € qui n'est qu'un Deutsche Mark et une fausse BCE qui n'est qu'une Bundes Deutschebank ; etc...

Je me demande alors si je peux et dois avoir la même attitude face au tumulte de ma vie personnelle et face aux tumultes de nos "vies ensemble". Autrement dit, puis-je conserver en toute occasion mon "impassibilité de façade" (les façades étant faites pour être impassibles) ? Je pense à Montaigne, je pense à l'expression amusante "l'air de rien", à Quentin Crisp, à l'éloge de la superficialité fait par Oscar Wilde, etc... Et je peine à entrevoir une réponse claire.

Bonne année renversante

Je me rappelle alors que j'avais souhaité, pour 2014, une "année renversante". Un peu, de façon qui se voulait amsante, parce que "quatorze" ne rime avec rien. Mais pas seulement. Accepter de mettre beaucoup de choses "cul par dessus tête" pour entrer de plain pied dans ce que sera très probablement ce XXIe siècle que j'entrevois, à terme, sous le signe de la Fraternité.

J'espère avoir été clairvoyant sur la finalité, sur l'après-soubresauts. J'ignore si je m'étais préparé correctement à ce tumulte personnel comme à ces tumultes collectifs. J'ignore aussi s'il y a un lien évident entre tout ce qui bouscule la société, et ce qui nous bouleverse à titre personnel, ou plus précisément, si l'ardeur que l'on investit dans la vie en société pour aider "autrui" compromet les forces qui permettent d'affronter les pleins et les déliés de nos existences individuelles. La question se pose pour moi, d'une part parce que je ne suis pas égoïste ni centipète, d'autre part parce que j'ai fait le choix d'être optimiste.

Et la nave va. Et comme on dit à Paris, "Fluctuat nec mergitur", « Il est battu par les flots, mais ne sombre pas. »