La Vie ChonChon

La Vie Parisienne de ChonChon : Cinéma, Littérature, Politique, Société, Musique, Gay Attitude, Expositions, Photographie, Amis, sorties, pensées...

23 novembre 2009

De battre le pavé...

Pr_caires_InsideAlors que la France semble atone, empesée par les conséquences en cascade d'une crise financière, d'une crise économique, d'une crise sociale, d'une crise culturel, force est de constater que malgré tout, "la bête bouge encore".

Il est toujours impressionnant de constater que ce dont on entend parler à la télévision, à la radio ou dans les journaux peut vous toucher "personnellement", jusque dans votre quotidien, sur votre lieu de travail.

Alors qu'ils sont nombreux à ne considérer l'Education Nationale, l'Enseignement Supérieur et la Recherche, comme des milieux "privilégiés", nous constatons avec amertume et désarroi qu'il n'en est rien. Alors qu'ils sont nombreux à ne considérer les fonctionnaire que comme des privilégiés, nous constatons que pour faire face à leur charge de travail, ils sont épaulés par une pléthore d'employés précaires, peu considérés, peu rémunérés, et surtout, presque inconnus du grand public, de "l'opinion" comme on dit.

L'Université Paris-Dauphine n'échappe pas à cette triste règle, qui consiste à toujours essayer d'en virer le plus possible, pour les ajouter aux mornes listes de demandeurs d'emploi. Mais au nom de quoi, me direz-vous, un établissement particulier échapperait-il à la généralité ? Soit.

Mais le plus étonnant, c'est probablement de constater que la forme de gouvernance imposée par l'actuel locataire de l'Elysée se dilue elle aussi, déteint, allant jusqu'à servir de modèle à certains. Ce constat suscite évidemment l'indignation, et comme le souligne tout bon dictionnaire, la colère.

Car comment ne pas être indigné et en colère devant les attaques que doivent subir toutes les formes démocratiques, tous les services publics, tous ces acquis sociaux qui ne sont que les compensations de salaires ridicules et de conditions de travail de plus en plus difficiles ?

Il nous a donc fallu recouvrer le chemin des AG, pour revendiquer et espérer négocier, certes, mais aussi et surtout pour être ensemble et fraternels, pour défendre encore et toujours de tristes oripeaux d'acquis sociaux.

Demain certains battrons le pavé pour alerter l'opinion publique, qui préfère probablement béer devant le cas Jean-Pierre Treiber, parce qu'il n'y a pas d'autre solution. Jean-Eric Bourdin, puisses-tu avoir raison, enfin !

"Je me révolte, donc nous sommes" nous a enseigné Albert Camus. Et avant de ne plus être, il nous appartient de porter son enseignement le plus loin possible.

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Rapt

RaptHomme puissant, homme faible.

Homme d'industrie et de pouvoir, Stanislas Graff est enlevé un matin comme les autres devant son immeuble par un commando de truands.
Commence alors un calvaire qui durera plusieurs semaines. Amputé, humilié, nié dans son humanité, il résiste en ne laissant aucune prise à ses ravisseurs. Il accepte tout sans révolte, sans cri, sans plainte, c'est par la dignité qu'il répond à la barbarie.
Coupé du monde, ne recevant que des bribes d'informations par ses geôliers, Graff ne comprend pas que personne ne veuille payer la somme qui le délivrerait.
Au-dehors, son monde se fissure au fur et à mesure de la révélation de sa personnalité. Tout ce qu'il avait réussi à garder d'intimité, son jardin secret, est révélé à sa famille par l'enquête de police ou celle de la presse.
Chacun découvre un homme qui est loin de ressembler à celui qu'il imaginait.
Quand il retrouvera la liberté, ce sera pour s'apercevoir qu'il a tout perdu, l'amour des siens, l'estime de ses collègues, son pouvoir, la confiance en ses proches.
Sa libération se révélera plus difficile à vivre que sa captivité.

Depuis 1986 et "Désordre" d'Olivier Assayas, je m'intéresse à la carrière de Lucas Belvaux, alors acteur. Il m'a fallu attendre 2003 pour être définitivement conquis par sa maîtrise narrative et formelle dans sa prodigieuse trilogie "Un coupe épatant", "Cavale", "Après la vie", puis 2006 pour être emporté par sa fibre sociale dans "La raison du plus faible" que j'ai beaucoup aimé, et qui m'a touché profondément.

Ici, il s'inspire de l'enlèvement du Baron Edouard-Jean Empain en 1978, pour construire un film mêlant intrigue policière, drame intime, et critique des arcanes du pouvoir. La mise en scène est précise, affûtée, tranchante, mettant en avant une violence sourde et permanente. Et c'est grâce à une succession d'affrontements psychologiques très tendus que Lucas Belvaux nous tient en haleine, de façon très réussie.

Est bien décrit le processus qui conduit cet homme des arcanes du pouvoir, à la solitude, à la mise à l'écart de la société, à la chute, au déclassement social. C'est porté par un Yvan Attal plus magistral qu'il ne l'a jamais été. Le secondent une belle troupe de second rôles, avec Anne Consigny, Françoise Fabian, Gérard Meylan, et encore une fois, Patrick Descamps, que j'aime tant.

Lucas Belvaux, encore une fois, parvient à nous montrer toute la violence de la société sans avoir recours à la violence démonstrative, mais en ayant recours aux affrontements psychologiques, porteurs de toutes les forces, mais aussi, de toutes les faiblesses humaines.

Un film très réussi, mené de main de maître par un des jeunes réalisateurs les plus talentueux de la nouvelle génération du cinéma français, qui sait s'attacher aux hommes et à leur complexité.

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22 novembre 2009

In the Loop

In_the_loopBall-trap politique.

Entre Londres et Washington, les gouvernements britannique et américain se livrent à de folles tractations dans la dernière ligne droite avant une possible invasion de l'Irak... Dans une interview, l'ambitieux mais maladroit Secrétaire d'Etat britannique au développement international, Simon Foster, commet une gaffe qui va provoquer un vent de panique dans les arcanes du pouvoir et des médias, des deux côtés de l'Atlantique, à l'approche d'un vote décisif à l'ONU...

L'auteur de la série britannique excellente "The thick of it" décrivant les coulisses de Downing Street à Londres, Armando Ianucci, se décide enfin à nous proposer un film pour les salles obscures.

C'est très réussi, et assez dévastateur : une peinture au vitriol de la diplomatie anglo-américaine, qui vire au jeu de massacre, avec une vision très cynique de ce qui se passe dans les organisations internationales, dans les cabinets politiques et les arrière-salles.

Les dialogues sont particulièrement soignés, fleuris, avec des vannes en rafale d'une rare crudité, dont le débit est impressionnant. C'est tout à la fois jubilatoire et effrayant.

Pour assumer ces dialogues, Arrmando Ianucci a réuni des comédiens aguerris aux séries TV britanniques et américaines : James Gandolfini ("Les Soprano"), Peter Capaldi, époustouflant, Tom Hollander, Chris Addison, Anna Chumsky... Il font mouche à chaque réplique et vous laisseront sur le carreau.

C'est tonique, hilarant, décapant, et beaucoup plus politique qu'il n'y paraît. On regrette que le cinéma français ne soit pas fichu de nous proposer ce type de comédie, réellement jouissive et drôle, sans pour autant être dénuée d'intérêt.

Vous pouvez y aller en courant, c'est la "fucking" comédie anglaise de l'année !


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17 novembre 2009

Et la représentation des femmes ?

F_minismeTaxe Professionnelle - Réforme électorale.

On parle beaucoup, à juste titre, des désastreuses conséquences de la suppression de la Taxe Professionnelle pour les collectivités locales.

Mais pas un mot sur LA conséquence majeure de la réforme des élections des conseils régionaux et cantonaux, remplacés désormais par un corps unique : celui des élus territoriaux.

En toute discrétion, en changeant le mode de scrutin, actuellement à la proportionnelle, seule efficace pour assurer la juste représentation des femmes.

Ce lien est démontré par l'Observatoire de la Parité dirigé par Marie-Jo Zimmermann (UMP !). Les femmes n'atteignent 40% d'élus qu'aux régionales et aux européennes, deux scrutins à la proportionnelle.

En revanche, l'Assemblée Nationale ne compte que 18% de femmes !

Or, comme chacun le sait, pour espérer avoir un destin politique national, il faut au préalable avoir décroché un mandat local. Et la réforme des scrutins régionaux et cantonaux annoncée par Brice Hortefeux mettra fin à la représentativité des femmes.

=> Il y a toujours beaucoup de monde pour déplorer le manque d'argent qui va toucher nos collectivité, mais une fois encore, il y en a beaucoup moins pour dénoncer ce grossier machisme.

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15 novembre 2009

A l'origine

A_l_origineEscroc et héros.

Philippe Miller est un escroc solitaire qui vit sur les routes.
Un jour, il découvre par hasard un chantier d'autoroute abandonné, arrêté depuis des années par des écologistes qui voulaient sauver une colonie de scarabées.
L'arrêt des travaux avait été une catastrophe économique pour les habitants de cette région.
Philippe y voit la chance de réaliser sa plus belle escroquerie. Mais son mensonge va lui échapper.

Xavier Giannoli fait désormais partie des réalisateurs avec lequel le cinéma français va devoir compter. Après "Les corps impatients" en 2003, "Une aventure" en 2005, et surtout le très beau "Si j'étais chanteur" en 2006, il nous présente un film qui restera : au départ un fait divers, à l'arrivée un excellent film.

Il s'agit d'un thriller social avec une dimension épique, où le réalisateur parle du concret comme de l'abstrait et du symbolique, en fouillant dans les ressorts intimes d'un être humain, anti-héros absolu. Et, dans une mise en scène très réussie, il nous présente une sorte de métaphore de nos rapports sociaux, en évoquant un groupe qui retrouve un élan collectif, une forme de solidarité perdue, très touchante, et nous rappelant Capra.

Xavier Giannoli n'a pas fait la moindre erreur en constituant son casting : François Cluzet, Emmanuelle Devos, Gérard Depardieu, Patrick Descamps (que j'adore depuis "Itinéraires"). Et derrière ces acteurs aguerris, il offre aussi deux très beaux rôles à Vincent Rottiers et à Stéphanie Sokolinski (surnommée Soko) qui s'intègrent parfaitement à cette troupe de grands comédiens.

Là où l'on peut mesurer tout le talent de Xavier Giannoli, c'est bien dans sa façon de partir d'un fait divers et de l'intégrer dans une oeuvre fictionnelle, en y ajoutant ce qu'il y a de poétique dans le Nord, ce qu'il y a de beau dans les gros engins de chantiers, et ce qu'il y a de magnifique dans la solidarité des hommes.

Aucune réserve à conseiller ce très beau film, qui vous agrippe dès les début pour ne plus vous lâcher. Et l'immense plaisir de constater qu'au cinéma aussi, la classe ouvrière est aussi passionnante, sinon davantage, que la bourgeoisie.

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L'Imaginarium du Dr Parnassus

L_Imaginarium_ParnassusEntre "Faust" et "Alice au Pays des Merveilles".

Avec sa troupe de théâtre ambulant, " l'Imaginarium ", le Docteur Parnassus offre au public l'opportunité unique d'entrer dans leur univers d'imaginations et de merveilles en passant à travers un miroir magique. Mais le Dr Parnassus cache un terrible secret. Mille ans plus tôt, ne résistant pas à son penchant pour le jeu, il parie avec le diable, Mr Nick, et gagne l'immortalité. Plus tard, rencontrant enfin l'amour, le Docteur Parnassus traite de nouveau avec le diable et échange son immortalité contre la jeunesse. A une condition : le jour où sa fille aura seize ans, elle deviendra la propriété de Mr Nick. Maintenant, il est l'heure de payer le prix... Pour sauver sa fille, il se lance dans une course contre le temps, entraînant avec lui une ribambelle de personnages extraordinaires, avec la ferme intention de réparer ses erreurs du passé une bonne fois pour toutes...

Depuis Brazil en 1985, nous savons tous les talents dont est capable Terry Gilliam. Et ce furent "Fisher King" en 1991, "L'Armée des 12 singes" en 1996, "Las Vegas parano" en 1998, "Les Frères Grimm" en 2005, "Tideland" en 2006, avec à chaque fois, un part de ses mondes imaginaires.

Se basant sur le mythe de Faust, mais aussi le Lewis Caroll d'Alice au Pays des Merveilles, le réalisateur trouve de champs d'imagination, pour nous proposer des univers poétiques, féériques. Il nous livre ici un tour de prestidigitation cinématographique visuellement somptueux, sans toutefois toucher à la grâce d'un Tim Burton.

La distribution est magnifique elle aussi : Heath Ledger (mort pendant le tournage) et donc secondé par Johnny Deep, Jude Law et Colin Farrell, très bon trio. Christopher Plummer en Docteur Parnassus est excellent ; on découvre Lily Cole en Valentina, aux airs de Lilian Gish ; on retrouve Verne Troyer (le nain Percy) ; on s'amuse de la prestation de Tom Waits en Mister Nick.

Et surtout, se confirme le talent d'Andrew Garfield qu'on avait découvert dans "Boy A" de John Crowley, et qu'on peut voir actuellement dans la trilogie exceptionnelle "1974", "1980" et "1983", "The Red Riding Trilogy" d'après l'oeuvre de David Peace dont les scenarii sont signés Tony Grisoni, mais mis en scène par trois réalisateurs différents : à voir absolument !

Terry Gilliam s'interroge aussi sur la place de l'artiste dans la société moderne. Le film est comme un grand tour de manège, foisonnant d'idées et de créations, mais ce foisonnement nuit un peu aux thèmes de réflexion du réalisateur. D'autre part, il y a aussi une légère impression de déjà vu, notamment dans "Le Baron de Münchausen".

Ces quelques reproches ne sont pas suffisants pour se priver du plaisir à voir cette oeuvre foutraque et jubilatoire, et surtout pour se priver de voir une dernière fois l'immense étendue du talent du très regretté Heath Ledger. Et c'est un peu comme s'il passait la main à l'épatant Andrew Garfield.

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11 novembre 2009

La Religieuse Portugaise

La_Religieuse_Portugaise

Révélation Lisboète.

Julie de Hauranne, une jeune actrice française parlant la langue de sa mère, le portugais, mais qui n'a jamais été à Lisbonne, arrive pour la première fois dans cette ville, où elle doit tourner dans un film inspiré desLettres de la Religieuse Portugaises de Guilleragues. Elle se trouve vite fascinée par une religieuse qui vient prier toute les nuits dans la chapelle de Nossa Senhora do Monte sur la colline de Graça. Au cours de son séjour la jeune femme fait toute une série de rencontres, qui, à l'image de son existence antérieure, semblent éphémères et sans suite, mais après une nuit où elle parle enfin avec la religieuse, elle entrevoit le sens de sa vie et de son destin.

Quand je vois que sort un film d'Eugène Green, c'est un immense plaisir, et je suis impatient d'être dans la salle et de découvrir enfin son nouvel opus. Que ce soit devant les films qu'il réalise "Toutes les Nuits" en 2001, "Le Monde Vivant" en 2003, "Le Pont des Arts" en 2004 (un chef d'oeuvre !), "Les Signes" en 2006, ou que ce soit dans les films où il joue ou pour lesquels il collabore, "Fragments sur la Grâce" de Vincent Dieutre en 2006 et "Les Amitiés Maléfiques" d'Emmanuel Bourdieu la même année, je ne suis jamais déçu.

Encore une fois, je suis sous le charme, parce qu'Eugène Green filme l'invisible. Ici, il s'agit du mystère virginal, de la prédestination, de la grâce. C'est aérien, épuré et érudit ; c'est surtout d'une liberté singulière et très précieuse. 

Il a confié le rôle de son héroïne à Leonor Baldaque, une des actrices fétiches de Manoel De Oliveira qui a joué dans 6 ou 7 de ses films, très habituée donc aux univers singuliers. Pour la soutenir, on retrouve Eugène Green en réalisateur (car il y a un film dans le film), Beatriz Batarda, Carlotto Cotta que j'avais découvert dans le magnifique "Odete" de Joao Pedro Rodrigues en 2006, Diogo Doria, Ana Moreira, et bien évidemment l'acteur fétiche d'Eugène Green, Adrien Michaux.

J'aime ces instants magnifiques où un personnage regarde la caméra, me regarde donc, fixement, sans rien dire. C'est très émouvant, humble et sans esbroufe, gracieux.

Enfin, il y a Lisbonne superbement filmée ; la musique et les chansons portugaises, très émouvantes elles aussi.

Et cette célébration épurée de la grâce, ce mystère virginal, Eugène Green le tiendra jusqu'au bout, puisque Julie rentrera à Paris, avec Vasco, ce fils qu'elle n'a pas eu. Superbe.

Deux heures de très bon cinéma.

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Le Concert

Le_ConcertLoufoquerie slave.

A l'époque de Brejnev, Andrei Filipov était le plus grand chef d'orchestre d'Union soviétique et dirigeait le célèbre Orchestre du Bolchoï. Mais après avoir refusé de se séparer de ses musiciens juifs, dont son meilleur ami Sacha, il a été licencié en pleine gloire. Trente ans plus tard, il travaille toujours au Bolchoï mais... comme homme de ménage.
Un soir, alors qu'Andrei est resté très tard pour astiquer le bureau du maître des lieux, il tombe sur un fax adressé au directeur : il s'agit d'une invitation du Théâtre du Châtelet conviant l'orchestre du Bolchoï à venir jouer à Paris... Soudain, Andrei a une idée de folie : pourquoi ne pas réunir ses anciens copains musiciens, qui vivent aujourd'hui de petits boulots, et les emmener à Paris, en les faisant passer pour le Bolchoï ? L'occasion tant attendue de prendre enfin leur revanche...

Voici que revient sur les écrans ce charmant touche-à-tout du cinéma qu'est Radu Mihailenu, qui avait été assistant réalisateur de Jean-Pierre Mocky sur "Les saisons du plaisir" en 1988, et de Nicole Garcia sur "Un week-end sur deux" en 1990. Il nous proposa ensuite "Train de vie" en 1998 et surtout "Va, vis et deviens" en 2005.

Pas facile de tourner la page du phénoménal succès de "Vas, vis et deviens", et le réalisateur a choisi de le faire avec une comédie dramatique très enlevée, sensible et assez drôle, dont le thème est "la revanche des humiliés". S'inspirant probablement de Kusturica, il nous livre un film lyrique, slave, gitan qui assume son côté brouillon et grotesque, sans le talent du maître néanmoins.

La distribution, côté français, est réussie : Mélanie Laurent, Miou-Miou, François Berléand (qui fait du Berléand), et Lionel Abelanski. Côté russe, ce sont Aleksei Guskov (Andreï, le chef d'orchestre), Dimitry Nazarov (Sacha, le violoncelliste, très émouvant), et Valéri Barinov (Ivan, le régisseur, qui veut absolument faire un discours au siège du PCF).

Malgré le côté un poussif et lourdaud, qui n'évite pas toujours les clichés, "Le Concert" reste une comédie populaire de qualité, qui parvient à faire cohabiter la drôlerie avec l'émotion.

Cette émotion, nous la devons surtout à la musique de Tchaïkovsky, et plus précisément dans un final très réussi, que le réalisateur a eu le bon goût de ne pas écourter.

10 novembre 2009

Les Herbes Folles

Les_Herbes_FollesSoyons fantaisistes !

Marguerite Muir n'avait pas prévu qu'on lui volerait son sac à la sortie du magasin. Encore moins que le voleur jetterait le contenu dans un parking. Quant à Georges, s'il avait pu se douter, il ne se serait pas baissé pour le ramasser.

Alain Resnais, malgré ses 87 printemps, prouve encore une fois qu'il pourrait donner bien des leçons de jeunesse et d'impertinence à bien des réalisateurs ! Et on comprend que toutes les incantations au "jeunisme" sont bien dérisoires.

Il choisit de nous proposer un film plus drôle et moins mélancolique que "Coeurs", son précédent opus, et il y réussit parfaitement. C'est une vraie leçon de liberté.

Comme à son habitude, il s'appuie sur une distribution de haut vol : André Dussolier, Sabine Azéma, Emmanuelle Devos, Anne Consigny, Mathieu Amalric, Michel Vuillermoz, Sara Forestier, Nicolas Duvauchelle... Je voudrais revenir sur Anne Consigny qui, avec beaucoup de discrétion, depuis quelques années se construit une filmographie remarquable : "L'équipier" de Philippe Lioret en 2004 ; "36 Quai des Orfèvres" d'Olivier Marchal en 2004 ; "Je ne suis pas là pour être aimé" de Stéphane Brizé en 2005 ; "Le Scaphandre et le Papillon" de Julian Schnabel en 2007 ; "Le Grand Alibi" de Pascal Bonitzer en 2008 ; "Coupable" de Laetitia Masson en 2008 ; "Un conte de Noël" d'Arnaud Despléchin en 2008 ; "Mesrisne" de Jean-François Richet en 2008 ; "Rapt" de Lucas Belvaux en 2009... Cette actrice de 45 ans fait désormais partie des grandes, et continue de faire des choix, tant en termes de scénarii qu'en termes de réalisateurs, très judicieux.

Outre cette admirable distribution, ce garnement facétieux qu'est Alain Resnais est admirable sur la forme qu'il choisit, n'hésitant pas à regarder et peut être à s'inspirer de Wong Kar Waï, dans la belle harmonie qu'il crée entre la musique, les couleurs et les lumières. Du grand art.

N'hésitez-pas à aller voir ce vaudeville amoureux, fantasque et insolent ; savourez-en les dialogues drôles, percutants et parfois émouvants ; aimez ces désirs qui remplissent la vie de délicieux impromptus. Et surtout, apprenez à aimer les herbes folles qui vous entourent, et aussi, celles qui sont probablement en vous.

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09 novembre 2009

Away we go

Away_we_goUn couple adorable.

Lorsque Burt et Verona apprennent qu'ils vont devenir parents, c'est la panique. Ils détestent la ville de province où ils habitent, et maintenant que les parents de Burt déménagent, plus rien ne les y retient. Ils décident alors de partir à la recherche de l'endroit parfait où fonder leur famille. Sur leur chemin, ils rendent visite à leur famille et à de vieux amis. Certains leur paraissent fous à lier, d'autres leur donnent envie de suivre leur modèle... Mais finalement, tous vont aider à leur manière Burt et Verona à réaliser qu'ils n'ont peut être besoin que l'un de l'autre pour fonder leur foyer.

Sam Mendès commence à faire partie des réalisateurs qui comptent, après "American Beauty" (2000), "Les sentiers de la perdition" (2002), "Jarhead" (2006) son meilleur film à mon goût, "Les cerfs-volants de Kaboul" (2008), "Les noces rebelles" (2009). 

Encore une fois, il s'attaque à l' "american way of life", se posant un peu en moraliste. Le film est léger, enjoué, drôle, et véhicule bonne humeur, joie de vivre et tendresse. Ce trip-movie de deux tourtereaux aux quatre coins des USA pour visiter proches et amis, et savoir s'ils ont raison de fonder une famille, tombe parfois presque dans la guimauve, avec parfois des dialogues proches de la mièvrerie. 

Les trois seconds rôles féminins sont superbes, et Catherine O'Hara, Allison Janney, et Maggie Gyllenhaal, chacune son tour, nous offre une performance très percutante, presque jubilatoire.

Les deux protagonistes principaux, notamment issus des séries TV made in USA, John Krasinsky et Maya Rudolph sont très bien, et l'on sent leur plaisir à jouer dans ce film.

Elle a joué dans "Bienvenue à Gattaca" d'Andrew Niccol en 1998 et dans "The Last Show" de Robert Altman en 2006, une merveille et un chef d'oeuvre, mais elle est plus connue pour ses rôles dans "Action", "Chicago Hope", "City of Angels".

John_KrasinskyIl a joué dans "Jarhead" du même Sam Mendès en 2006, dans "Smiley Gace" de Gregg Araki en 2008 et dans "Jeux de Dupes" de Goeorge Clooney en 2008, mais il est plus connu pour ses rôles dans "NY section criminelle", "FBI : portés disparus", "The Office" et "Les Experts". John Krasinsky a réellement beaucoup de charme, il est carrément craquant, et je suis certain que nous le verrons bientôt, et comme acteur et et comme réalisateur.

Pour découvrir ces deux acteurs, mais aussi pour profiter de la bonne humeur et de la joie de vivre de ce "petit" film, n'hésitez pas à y aller. Mais ne vous attendez pas à y découvrir toute la profondeur qu'on serait en droit d'attendre de la part d'un réalisateur qui prétend analyser plus en profondeur l'art de vivre étasunien.

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08 novembre 2009

Du 09/11 au 11/09

Berlin891109 NY010911Du 9 novembre 1989 au 11 septembre 2001.

Au moment où nous célébrons les 20 ans de la chute du mur de Berlin, je crois qu'il nous faudrait revenir sur cette période que nous venons de vivre, et qui signe peut-être la période de transition du XXème au XXIéme siècle.

De la chute du bloc communiste à la fin de l'hégémonie américaine, nous avons vécu des turbulences très importantes, voire majeures. Et ce sont tous les contours d'un monde ancien qui se sont lézardés, laissant entrevoir des contours nouveaux. Ce sont les historiens qui nous diront, dans quelques décennies probablement, ce que ces "démolitions" permettront de reconstruire. Et une question demeure : reste-t-il d'autres murs, d'autres constructions à faire tomber.

Des faits historiques, mais aussi des hommes, Gorbatchev, Jean-Paul II, Reagan, tant d'autres... Ils auront été nos contemporains, et nous devrons mesurer un jour leur importance, avec le détachement que le temps sait accorder. Et c'est passionnant.

J'ai choisi des dates symboliques qui ne sont pas nécessairement les dates exactes que retiendra l'Histoire. Mais les symboles ont, nous le savons, toute leur importance. Et y-a-t-il réellement des dates précises dans les bouleversements du monde ? Fort peu probable, puisque tout se fomente, tout s'esquisse, préalablement et plus ou moins discrètement.

Je me demande si ce n'est pas l'idée même de mur, de séparation, de palais de verre protégé qui s'est effondrée, aujourd'hui de façon encore assez peu perceptible, et peut-être demain de façon plus claire et plus évidente.

Pourtant, d'autres murs demeurent, que ce soit au sud des USA, que ce soit dans l'Israël, que ce soit entre la Russie et la Géorgie, et je me demande s'ils ne sont pas d'une vacuité toute anachronique. Oui, je me demande si ces lignes de démarcation et de séparation ne sont pas désormais datées, pour ne pas dire hors-jeu.

D'autres événements ont été majeurs, évidemment : le développement des nouvelles technologies de communication (téléphone portables et internet), l'ère George W. Bush et de ses néo-conservateurs belliqueux, la guerre d'Irak 2, le funeste jugement de Saddam Hussein, la mise en avant d'Ahmadinejad, l'élection de Barack Obama, la crise financière économique et sociale mondiale, la large prise de conscience du dérèglement climatique, la remise en cause d'un monde uniquement consumériste, etc...

Toutes ces turbulences, nous les avons vécues, et nous les vivons encore. Qu'en retirerons-nous ? Quelles leçons retiendrons-nous de ces contorsions de la fin d'un siècle, du début d'un autre ? Car au delà de ces événements, le plus amer est peut-être que nous soyons capables de n'en rien retenir. 

Et comme toujours, il y aura ceux qui voudront que tout perdure comme autrefois (sans même parfois le dire), face à ceux qui auront pris acte du fait historique, et qui envisagent un monde à venir assis sur des bases modifiées. 

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02 novembre 2009

Débat officiel ?

Libert__DelacroixOui, voilà, tout est là : un débat officiel, pour une "identité nationale" officielle, qui ne respectera ni l'homme, ni ce qui est au-dessus de lui, le temps.

Car demain, déjà, une stupide "identité nationale" officielle n'aura plus lieu d'être, elle sera désuète, nauséeuse, marécageuse... Parce que quelque part u homme, aura appris à en aimer un autre, en bousculant la chose codifiée.

Dans une heure déjà, c'est l'Histoire qui aura changé, parce qu'un rat de bibliothèque aura trouvé une nouvelle preuve d'une racine pourrie supplémentaire dans notre périple commun.

Dans un quart d'heure déjà, devant un tableau, une photo, une statue ou une chanson, un homme comprendra que nous ne sommes que mouvance perpétuelle, et que ce qui est officiel aujourd'hui est à combattre, à jeter à la poubelle.

Le "vivre TOUS ensemble", concept plus exigeant et plus intelligent que celui "d'identité nationale", c'est une idée, une seule, que nous avons, comme nous avons pu, décrite de quelques mots immenses, quelques préceptes fondamentaux, que chaque jour nous devons défendre.

Un jour, être français, ce sera avoir un parent sur deux, ou un aïeul sur quatre, qui peut revendiquer la nationalité française. Mais ça, ce n'est pas une idée, c'est une comptabilité.

Sont français, partout dans le monde, ceux qui se rassemblent sous un idéal plus grand qu'eux, qui a fort peu à voir avec les racines ou l'histoire personnelle. Etre français, c'est prendre en sa chair tout un ensemble de luttes, incessantes, luttes qui nous ont conduit à écrire quelques mots avec lesquels il ne convient pas de jouer. Etre français, c'est un esprit, une volonté, un combat, une lutte qui ne saurait cesser, sans cesse renouvelée, devant les indignations nouvelles suscitant des colères nouvelles.

Et ce "vivre TOUS ensemble", non seulement il est impérativement souhaitable, mais aussi il est volatil, et comme le drapeau, il flotte au vent, et comme l'hymne, il se perd dans son propre écho. Ce "vivre TOUS ensemble", il est officieux, il vient de partout, il est révolutionnaire.

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Le jour où Dieu est parti en vacances.

Le_jour_o__DieuUne survivante.

Avril 1994, Rwanda. Aux premiers jours du génocide, les occidentaux fuient le pays. Avant d'être évacuée, une famille belge cache la jeune nourrice de leurs enfants, Jacqueline, dans le faux plafond de leur maison. Malgré la terreur, Jacqueline sort de sa cachette pour rejoindre ses enfants restés seuls. La jeune mère découvre leurs corps sans vie parmi les cadavres. Chassée de son village, traquée comme une bête, elle se réfugie dans la forêt...

Philippe Van Leeuw est un directeur de la photographie reconnu : "La vie de Jésus" de Bruno Dumont, "Le dernier des fous" de Laurent Achart, "Les bureaux de Dieu" de Claire Simon, qui nous propose ici son premier long-métrage, sur un sujet difficile, puisque c'est un des tout premiers films de fiction sur le génocide rwandais.

Le scénario, la réalisation, et évidemment la photographie, sont très maîtrisés. Le film semble parfois hésiter entre fiction et documentaire, et ne s'inscrit pas dans une dimension historique (et pourquoi pas didactique), même s'il est d'évidence animé par le "devoir de mémoire".

Il faut néanmoins reconnaître au réalisateur belge d'avoir su être cru, parfois jusqu'à l'insoutenable, comme pour mieux nous insuffler, et l'horreur, et la peur qui s'ensuit. J'aurais aimé que la forêt soit mieux filmée, de façon plus inquiétante, à la façon d'un Terrence Malick (La Ligne Rouge) ou d'un Apichatpong Weerasethakul (Tropical Malady), deux références majeures.

Ruth Nicere et Afzali Dewaere parviennent à être émouvants, même si leur interprétation est parfois assez approximative, ne se laissant pas aller à "l'animalité" que les rôles exigeaient probablement.

C'est un film à voir, assurément, mais j'attends quand même le deuxième opus de ce réalisateur, qui j'espère, nous présentera un film, au sujet peut-être moins difficile, mais plus abouti.

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Panique au village

Panique_au_village

L'art de la loufoquerie.

Co-Boy et Indien sont des professionnels de la catastrophe. Dès qu'ils ont un projet, le chaos sort de sa boîte. Cette fois, ils veulent souhaiter un joyeux anniversaire à Cheval.
Quel cadeau ? Un barbecue à faire soi-même !
Belle idée, sauf que la commande dérape, et que Co-Boy et Indien se font livrer un milliard de briques ! Ce n'est plus un anniversaire, c'est un tsunami ! La maison de Cheval disparaît sous les briques, écrasée.
Il faut la reconstruire ! Tu parles d'un anniversaire ! Surtout que des voleurs s'emparent des murs dès qu'ils sont bâtis ! Décidemment, Cheval ne pourra jamais profiter de ce jour spécial pour rejoindre la pouliche qu'il aime...

Les belges Vincent Patar et Stéphane Aubier nous proposent un film d'animation, aux antipodes de Pixar, sans morale, sans message, sans leçon à retenir, tout fait de bricolage enchanteur.

Quelques figurines toutes droit issues de notre enfance, un monde original, voire complètement frappadingue, tout fait de burlesque faussement naïf, un rien insolent dans ce monde hyper formaté et tout technologique, et vous voilà emportés dans un univers unique, très drôle, surréaliste et poétique. Les figurines sont presque aussi hautes que leurs maisons, rien n'est réaliste, si n'est l'amitié qui relie les protagonistes de ce monde si inventif.

Comble du bonheur, le film est volontairement imparfait, les dialogues sont parfois incompréhensibles, les voix sont presque distordues (Benoît Poelvoorde, Bouli Lanners, Jeanne Balibar...), et tout ça pour le plaisir du jeu, pour le plaisir du jouet.

Rien à redire : un OVNI cinématographique qui sans prétention propose une vision poétique du monde. Et on ne saurait bouder la poésie à ce point réussie ! 

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Irène

Ir_neDeuil et Mémoire.

Irène et le cinéaste. Relation forte et en même temps pleine d'ombres. Irène disparaît. Reste un journal intime retrouvé des années après. Une fraîcheur. Une attirance. Un danger. Comment faire un film ?

En ce moment, sur les écrans, la triste et sainte trilogie française, Dubosc-Boon-Dujardin, propre à vous éloigner pendant une décade des salles obscures.

Heureusement, Alain Cavalier (Léon Fraissé de son vrai nom), avec davantage de modestie, et aussi davantage d'exigence, parvient à retenir toute mon attention.

Celui qui nous a offert, après avoir été l'assistant de Louis Malle, "Le combat dans l'île", "L'insoumis", "Le plein de super", "Thérèse" (géniale Catherine Mouchet !), "René", et le bouleversant "Le Filmeur", nous propose cette semaine "Irène". 

C'est magnifique. Oeuvre empreinte d'un deuil inconsolable, à la fois intime et extime, pour ne pas dire universelle, qui en appelle à la mémoire, pour parler de la regrettée défunte, mais aussi et surtout de soi-même. C'est dérangeant, au bon sens du terme : ça vous titille les entrailles, parce que tout le quotidien et la banalité révèlent le tragique.

C'est dense, cru, pudique : la voix d'Alain Cavalier vous fait des confidences, s'adressant à vous en ami plutôt qu'en spectateur, parce que cette voix sait que si la mémoire est ce qui vous ouvre aux autres, c'est aussi ce qui vous enferme dans la solitude.

Je n'oublierai pas cette scène parfaite, où avec un morceau de pastèque et un oeuf, le réalisateur nous décrit la douleur d'un accouchement. Magnifique.

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Adieu les fins de mois difficiles ?

Fin_de_moisQuand tout commence le 2 du mois !

Il semble qu'il est toujours de bon ton, quand on est un politique, un journaliste, et plus généralement une personne qui a la possibilité d'avoir un écho dans les media, pour avoir l'air de s'intéresser aux catégories défavorisées, de présenter une sorte de "protocole compassionnel" qui consiste à évoquer les fins de mois difficiles de ces pauvres gens.

Or, à mon sens, c'est là n'évoquer que les classes moyennes, qui n'ont semble-t-il qu'un seul but : l'embourgeoisement. Ces classes moyennes ont certes des problèmes de fins de mois, et il conviendrait d'y remédier au plus vite, par des résolutions économiques et sociales de grande envergure.

Mais ce discours sur les fins de mois difficiles a le volontaire talent de cacher, de dissimuler, un problème autrement plus important. Beaucoup en effet se contenteraient de fins de mois difficiles, pour ne plus avoir à souffrir de mois entiers difficiles.

Sans aller jusqu'à évoquer ceux qui n'ont pas la chance d'avoir un emploi, ce qui fait déjà plusieurs millions de personnes, il faut évoquer ceux qui ne perçoivent, pour rémunération de leur travail, que le SMIC. Une fois payés le nécessaire, cette litanie de dépenses incompressibles (loyer, assurance, crédit, électricité, téléphone, internet...), qu'en est-il de leur "reste-à-vivre" ? Dès le début du mois, c'est le découvert bancaire, avec lequel il convient de composer, en se privant de tout, souvent même d'une alimentation correcte et d'un recours aux soins, pourtant élémentaires.

On ne peut plus dénombrer les personnes pour qui chaque mois, qu'il soit en son début ou à son terme, est une difficulté tout entière. Et cette proportion croissante de la population devrait connaître, car elle le mérite, un écho médiatique plus important, pour que soit connu leur triste sort. Et ce devrait être un impératif des partis de gauche que de remettre sur le devant de la scène, ces oubliés, ces ignorés.

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27 octobre 2009

Le Ruban Blanc

Le_Ruban_BlancL'aube du XXème siècle.

Un village protestant de l'Allemagne du Nord à la veille de la Première Guerre mondiale (1913/1914). L'histoire d'enfants et d'adolescents d'une chorale dirigée par l'instituteur du village et celle de leurs familles : le baron, le régisseur du domaine, le pasteur, le médecin, la sage-femme, les paysans... D'étranges accidents surviennent et prennent peu à peu le caractère d'un rituel punitif. Qui se cache derrière tout cela ?

Michael Haneke n'est pas un cinéaste facile, et il y a ses admirateurs et ses détracteurs. Il est incontestablement un maître lorsqu'il analyse la violence, ses causes, ses conséquences. "Le Ruban Blanc", co-production de la France, de l'Italie, de l'Autriche et de l'Allemagne, revient donc sur son thème de prédilection. Après entre autres autres "Funny Games" (1997), "Le Temps des Loups" (2003), et "Caché" (2005), il nous livre ici un film très abouti.

Comment ne pas remarquer ce somptueux noir & blanc, cette esthétique glacée, cette lumière inquiétante, rarement vus au cinéma, si ce n'est, peut-être, chez Leni Riefenstahl. C'est radical, froid, implacable et oppressant et souligne la rigueur magistrale du cinéaste, et l'austérité de son propos.

Et le propos de Michael Haneke est le suivant : les ravages causés par les principes d'éducation réactionnaires, le lourd poids de la religion, et l'hypocrisie du puritanisme. L'exigence de pureté et le vertige de l'innocence ne peuvent dissimuler la noirceur qui entre dans les coeurs des jeunes, et c'est tout l'engrenage "oppression, culpabilité, répression" qui est fustigé par le cinéaste. 

Et tout est accentué par des plans séquences parfaits, où tout semble caché, mais où tout est bien là, quelque part ; par une absence presque totale de musique. Superbement filmés, les portails, les portes, les fenêtres, les rideaux derrières lesquels se nourrissent les horreurs de demain.

Les acteurs sont à l'unisson, presque tous aussi inquiétants les uns que les autres. On note la présence d'Ulrich Tukur, un comédien que j'apprécie particulièrement, et qui continue sa carrière internationale après "La vie des autres", "Séraphine", "Eden à l'ouest".

Vous n'oublirez pas les visages de ces acteurs en herbe, adolescents sur les épaules desquels pèsent déjà tant d'horreurs : Steffi Kühnert (Anna), Maria-Victoria Dragus (Klara) et Léonard Proxauf (Martin, sur l'affiche) qui endosseront peut-être 1914-1918 pour devenir peut-être les bourreaux de 1939-1945.

A ne pas manquer.

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26 octobre 2009

Identité Nationale ?

Identit__NationaleQue faut-il donc penser de ces débats sur l'identité nationale ?

Voilà, nous n'y échapperons pas, puisqu'une nouvelle échéance électorale approche, on nous ressert la nécessité d'engager un grand débat sur l'identité nationale. Et comme à chaque fois, on va niveler par le bas, appeler à la barre le voile et le niqab, sans que quoi que ce soit en émane.

Pourtant, la question est loin d'être inintéressante. Mais sur quoi va-t-on se baser ? Y-a-t-il donc tant de Français honteux de leur nationalité ? Y-a-t-il donc tant d'accrocs à cette identité nationale pour qu'incessamment depuis 2002 il faille toujours revenir sur le sujet ?

Et si le débat était mal posé ?

Une société bien organisée doit être assise sur un socle commun de valeurs, de préceptes philosophiques, hérité de luttes passées, autour duquel peut s'articuler un "vivre tous ensemble" pacifié.

On retrouve ce socle commun, sans cesse mouvant, autour de notre constitution, autour de nos lois. C'est banal, mais il est fait de la liberté, l'égalité, la fraternité, la justice, la séparation des pouvoirs, la laïcité, l'enseignement obligatoire, une langue commune, des frontières, etc... Et sans cesse, il faut remettre l'ouvrage sur l'établi, au gré de l'évolution de la société et des mentalités.

Tous ces préceptes doivent s'entendre globalement, sans qu'il soit question d'y regarder petit bout par petit bout. La liberté seule, c'est un peu la loi du plus fort. L'égalité seule, c'est l'égalitarisme et l'uniformisation. Etc...

Il conviendrait donc de proposer ce socle commun à ceux qui souhaitent le partager, afin qu'eux aussi puissent avoir la possibilité "de vivre tous ensemble" avec nous, ceux qui ont déjà accepté ce socle commun de concepts éthiques. Ce vivre ensemble en France induit des droits et des devoirs, que nos codes de lois ont entériné au fil du temps.

On constate qu'il y a toujours des hommes pour en requérir davantage, et d'en appeler à l'Histoire, aux racines, aux cultures, etc... Et là, déjà, on déborde du cadre qui 'apparaît le seul qui vaille : partager aujourd'hui des valeurs communes, comprendre qu'elles ont une histoire, accepter cette histoire, ce cheminement des idées. Mais pourquoi donc vouloir faire en sorte que cette histoire de la France soit aussi l'histoire de tous les Français ?

Ce point me paraît pour le moins contestable. Ce n'est pas le seul. Car je constate que souvent ceux qui en appellent à la restauration de l'identité nationale, sont ceux-là mêmes qui bradent l'égalité, la fraternité, l'indépendance des pouvoirs, la justice...

Et donc, sont-ce bien les politiques qui doivent définir ou redéfinir l'identité nationale, appréhender ce qu'est être Français, ou sont-ce plutôt les philosophes, les penseurs, les intellectuels, les chercheurs...? Souvent la politique est "momentanée", tandis que la philosophie essaie d'avoir une vision plus large, plus universelle.

J'ai un regret : je me désole que la gauche (et notamment les penseurs dont "le coeur penche à gauche") ne nous propose pas des contours de ce qu'est, et surtout ce que doit être une identité nationale, et éventuellement l'identité nationale de chaque Français.

Il est communément admis qu'une entreprise perde son identité nationale, au prétexte de nécessité capitalist ; qu'elle brade nos valeurs nationales au profit d'autres valeurs bien moins éthiques ; qu'elle licencie ici pour aller exploiter ailleurs. Il est communément admis que des châteaux, des forêts, des avenues entières soient acquises par des pétro-nations, des oligarchies russes, des milliardaires chinois. Il est communément admis que nos traditions musicales ou culinaires soient bradées par des industries au profit d'autres industries.

Il est communément admis qu'un gouvernement en finisse subitement avec ses principes, notamment en termes de politique étrangère. Il est communément admis qu'un gouvernement entaille sans cesse nos valeurs fondamentales, depuis l'égalité jusqu'à la fraternité : et c'est la fiscalité, c'est la terre d'asile, c'est l'indépendance de la justice, c'est le tripatouillage de constitution, c'est la génuflexion devant des lobbies divers et variés...

Et ce qui est communément admis ici, ne serait même pas admissible ailleurs ! C'est donc bien que l'identité nationale est davantage un feuillage sans cesse renouvelé, plutôt que des racines sottement exhibées !

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Le commerce équitable OU l'agriculture bio ?

Commerce_EquitableFaut-il choisir ?

Il y a quelques temps, à juste titre, on a médiatisé le commerce équitable, qui consiste, en payant à des producteurs lointains, leurs produits à des prix leur permettant de vivre décemment.

Autrement dit, en achetant des produits labélisés "commerce équitable", nous aidions des paysans à vivre plus correctement, à l'autre bout du monde.

Et nous voyagions, au gré des étiquettes, de l'Amérique du Sud à l'Afrique, plutôt satisfaits d'aider ces malheureux paysans du bout du monde.

Puis, cet engouement, assis sur d'intelligentes intentions, et qui pourtant semblait très prometteur, s'est peu à peu dissipé, au profit d'une nouvelle "mode" : consommer bio.

Premièrement, je n'ai pas saisi en quoi l'un pouvait nuire à l'autre. Mais je me suis dit que peut-être les budgets de communication n'étant pas extensibles, on avait promu d'abord le commerce équitable, puis décidé de promouvoir le bio, condamnés que nous étions à ne pas pouvoir faire la promotion des deux simultanément.

En fouinant, ce n'est pas du tout ce que j'ai pu apprendre ! Le bio était bien plus "intéressant" à promouvoir, parce qu'il ne nous parlait plus de la Bolivie ou de l'Ethiopie, mais de la France. Il y a donc comme une sorte de protectionnisme, qui plaît davantage à certains consommateurs, dans la volonté de promouvoir le bio.

Pourtant, en France, ce sont les trois quarts des produits bio qui ne sont pas français, puisqu'ils viennent en réalité de Hongrie, de Roumanie, d'Ukraine, etc... On fait donc mine de défendre le modeste exploitant agricole proche de son terroir, parce que c'est plus vendeur. Il y a au fond, un truc qui me déplaît profondément, car il y a de l'insinuation, il y a du mensonge.

Il serait possible de promouvoir et le bio (je suis pour le bio et sa démocratisation) et le commerce équitable (je suis pour le commerce équitable et sa démocratisation), mais je constate que même sur des sujets aussi importants, se dissimulent en filigrane une certaine idéologie, de murmurent en sourdine des propos peu ragoûtants.

Nous sommes nombreux, je crois et j'espère, à ne pas souscrire à ce choix : OU commerce équitable, OU bio. Nous sommes nombreux à penser qu'il nous faut requérir impérativement : ET commerce équitable, ET bio.

Mais cela ne correspond pas, manifestement, à des intérêts électoraux parfaitement ciblés.

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25 octobre 2009

Winnipeg mon amour

Winnipeg_mon_amourMa ville, notre ville.

Winnipeg mon amour est un hommage doux-amer à la ville natale de Guy Maddin au Canada. Ville des superlatifs, selon le réalisateur : la plus froide au monde, le plus petit parc du monde, la ville des somnambules, des magnétiseurs et des séances de spiritisme, une ville somnolente, habitée par les esprits.
C'est ainsi que la décrit à la première personne le narrateur, en la regardant défiler derrière la fenêtre d'un train. Plongeant son regard dans le paysage délavé, il repense à son enfance, à l'histoire et à la topographie de sa ville.

On reconnaît tout de suite ce qu'est le beau cinéma quand on est devant un film comme "Winnipeg mon amour". Car plus qu'un film, c'est bien du cinéma. Guy Maddin continue son oeuvre, après "Et les lâches s'agenouillent", "The saddest music in the world" et "Des trous dans la tête". Mais cet opus là, plus personnel, est unique, somptueux.

Il y a le mélange de fiction de réalité, le partage de la ville et lien personnel que le réalisateur a avec elle, tout en subjectivité fétichiste, fantaisiste, et amusante. Guy Maddin reconstruit son monde et son passé, en faisant un joli pied de nez à l'idéologie du réalisme. Et c'est presque hypnotique.

Si le réalisateur penche parfois du côté de chez David Lynch, il rend un hommage évident à Méliès, Murnau et Tzara, pour le ton poétique, l'humour décalé, et la force ludique. C'est cinéphage sans être pontifiant, sans être en références perpétuelles.

Les "reconstitutions fictionnelles", avec entre autres Ann Savage (1921-2008) dans le rôle de sa mère, et Amy Stewart (connue pour ses rôles dans les séries TV "Lost les disparus", "Desperate Housewives", "The starter wife", "Raising the bar, Justice à Manhattan") sont totalement décalées et magnifiques.

Les images d'archives municipales sont superbes, sublimées par les textes et la voix off de Guy Maddin, allant jusqu'à provoquer de très belles émotions, notamment lorsqu'il évoque l'ancienne piscine à trois niveaux, et surtout la patinoire et les joueurs de hockey si chers à son père et à son enfance. 

Même si ce n'est pas un cinéma "grand public", ce n'est pas du tout pédant ou pontifiant, et "Winnipeg mon amour" parvient à susciter de réelles émotions, sur le passé, l'enfance, les chers disparus, la jeunesse. Un petit chef d'oeuvre qui mérite une réelle et tangible reconnaissance auprès d'un plus large public ! Du cinéma qui touche à l'art et à l'universel.

Posté par chonchonparis à 23:46 - Cinéma - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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