La Vie ChonChon

16 janvier 2012

J. Edgar

JDe la complexité d'un homme.

Le film explore la vie publique et privée de l’une des figures les plus puissantes, les plus controversées et les plus énigmatiques du 20e siècle, J. Edgar Hoover. Incarnation du maintien de la loi en Amérique pendant près de cinquante ans, J. Edgar Hoover était à la fois craint et admiré, honni et révéré. Mais, derrière les portes fermées, il cachait des secrets qui auraient pu ruiner son image, sa carrière et sa vie.

Depuis un peu plus de dix ans, j'apprécie à peu près une fois sur deux les films de Clint Eastwood. Ou plus exactement, je leur trouve presque à chacun des qualités indiscutables, mais aussi des ratés, des prises de position qui ne sont pas les miennes, et une tendance à vouloir se décrire soi-même et en tirer un portrait des USA trop vitement dessiné, parce que reflétant uniquement ses sentiments personnels.

Ainsi, ce fut le cas pour "Space Cowboys" en 2000, "Créance de sang" en 2002, "Million Dollar Baby" en 2005, "Mémoires de nos Pères" en 2006, "L'échange" en 2008, "Au-delà" en 2011 alors que j'ai été plutôt enthousiaste devant "Mystic River" en 2003, "Lettes d'Iwo Jima" en 2007, "Grand Torino" en 2009 et "Invictus" en 2011. Et j'attends avec une certaine impatience son "A Star is Born" avec Beyoncé Knowles, parce que c'est une comédie musicale.

Autant le dire tout de suite : il continue d'offrir de très beaux rôles à ses comédiens, et c'est encore le cas ici pour Leonardo DiCaprio qui est irréprochable.

Tout concourt à ce que le film soit une réussite. En premier lieu le maquillage, car c'était un pari osé que de nous montrer le même acteur dans un temps qui s'étale sur environ 60 ans. Les décors de James J. Murakami sont somptueux, les costumes de Deborah Hopper le sont tout autant (80 costumes différents rien que pour Leonardo DiCaprio), les effets visuels de Michael Owens (notamment la reconstitution des défilés) sont impeccables. Quant au scénario, il nous vient de Dustin Lance Black, celui-là même à qui l'on doit "Harvey Milk" (Oscar 2009) réalisé par Gus Van Sant. Le travail sur les lumières, souvent en gris-bleu (comme dans "Shame" et "Drive" est remarquable. Clint Eastwood semble même avoir fait un "film à Oscar". Pourquoi pas ?

Pas facile de dresser le portrait du très ambigu de J. Edgar Hoover, qui fut directeur du FBI de 1924 à 1972. Hoover aurait été, selon Clint Eastwood, un fils à sa maman, homosexuel refoulé, qui parce qu'il avait un secret à cacher, s'est presque pris de folie en fichant et archivant tous les secrets des autres. Incapable de se focaliser sur la psychologie des autres, Clint Eastwood semble se servir du déchirant déni sentimental de son personnage pour nous décrire sa pudeur personnelle. Parangon de la virilité à l'ancienne, dont il a fait une des "valeurs" essentielles des USA, il filme effectivement avec pudeur et délicatesse cette histoire d'amour au long cours entre J. Edgar Hoover et Clyde Tolson.

Je comprends le pari de Clint Eastwood qui choisit volontairement un anti-film d'action pour dresser un portrait fantasmé d'un homme complexe, qui serait aussi le portrait d'un pays, et qui proposerait aussi un portrait en filigrane des USA post-11 septembre 2001. Le pari est presque sidérant, et le prisme du personnage troublant que fut Hoover est passionnant. On sent la référence, toute proportion gardée, à "Citizen Kane".

D'un point de vue politique, le film est nettement plus relâché, même si l'instrumentalisation par Hoover de l'enlèvement du fils de Lindberg pour promouvoir le FBI est bien disséquée. Belle trouvaille que celle où Hoover écoute une bande où l'on entend Kennedy et Marilyn Monroe faisant l'amour, avec leur silhouette en ombre sur le mur. Mais pour l'ensemble, l'aspect politique de J. Edgar Hoover et ses luttes plus ou moins acérées avec les huit Président sous lesquels il a exercé son pouvoir exorbitant sont passées sous silence.

Leonardo DiComprio, je le redis, est excellent, tout en violence contenue, magistral entre l'antipathie qu'il dégage et la vulnérabilité qu'on devine. Il a opéré avec Martin Scorsese notamment ("Aviator", "Les Infiltrés", "Shutter Island"), mais aussi avec Ridley Scott ("Mensonges d'État"), Sam Mendes ("Les Noces Rebelles"), Christopher Nolan ("Inception"), un passage brillant de l'adolescent à l'adulte. Et ça devrait continuer avec Quentin Tarantino, Peter Greengrass, Baz Luhrman ("Gatsbi le Magnifique"), Ridley Scott, Martin Scorsese pour lequel il sera Theodore Roosevelt. Un acteur de tout premier plan.

Sa secrétaire Helen Gandy est incarnée par Naomi Watts qui de film en film depuis "Mulholland Drive" de David Lynch en 2001 ne cesse de construire une belle carrière. Entre autres, "21 Grammes" de Innaratu en 2001, "King Kong" de Peter Jackson en 2005, "Les Promesses de l'Ombre" de David Cronenberg en 2007. Il me tarde la la voir chez Anne Fontaine.
Ici, toute en délicatesse, et même en réserve, elle reste la fidèle secrétaire de cet étrange patron qu'elle comprend sans avoir à le questionner, qu'elle observe sans le juger. Et il faut être une excellent actrice pour assumer le rôle d'un personnage si "effacé" mais essetiel.

Arnie_HammerOn redécouvre Arnie Hammer dans le rôle de Clyse Tolson (initialement dévolu à Joaquin Phoenix), le second - et parfois souffre-douleur - de Hoover au FBI, et surtout son amant. Je l'avais découvert dans "The Social Network" de David Fincher en 2010 (dans le rôle de Cameron Winklevoss), puisque je ne l'ai jamais vu les séries TV "Veronica Mars", "Gossip Girl" ni "Le Diable et moi". Il écope ici d'un rôle très difficile, car nécessairement en retrait par rapport à J. Edgar Hoover. Amoureux indéfectible qui - au moins dans le film, c'est le choix de Clint Eastwood - doit se contenter de regards et de sourires, de la part de l'homme qu'il aime éperdument.

La scène où J. Edgar Hoover - qui a manifestement déjà décidé de l'embaucher - lui fait subir un entretien avant de lui accorder le poste de second reste un moment de tension, tant d'amour que de désir, mémorable. Il me tarde de le retrouver dans le rôle titre du prochain film de Gore Verbinsky "The Lone Ranger".

 Dans le rôle de Anne-Marie Hoover, la mère de J. Edgar, on retrouve Judi Dench, évidemment excellente. Quant à John Luca, il incarne in Charles Lindbergh convaincant, bien que semblant édulcoré par rapport à l'original. Bon et bel acteur qui a joué dans une multitude de séries TV dans les années 1990, et qui depuis "American Psycho" de Mary Harron en 2000 a fait de belles incursions au cinéma, notamment sous la houlette de Kathryn Bigelow, Ron Howard, Lasse Hallström, et l'an dernier de "La Défense Lincoln" de Brad Furman.

Le film est comme son héros, tourmenté et troublant, et fait l'effort de sortir du cadre du "biopic" habituel en s'attachant à décrire les méandres psychologiques complexes de J. Edgar Hoover. Le scénario est solide et tous les défis techniques sont au rendez-vous. Mais, d'une part je ne comprends pas pourquoi Clint Eastwood a décidé d'éreinter inutilement la chronologie dans des allers-retours qui ne servent à rien, d'autre part je trouve trop présomptueux de sa part que de nous laisser entendre que la complexité de son personnage est aussi la sienne.

Il y manque, selon moi, toute la "fibre" d'un Francis Ford Coppola nous livrant "Tetro", d'un James Gray ou d'un Martin Scorsese décortiquant les complexes, les dénis, les silences. Mais ça reste un film hautement recommandable, pour ses qualités techniques admirables, pour son sujet qui reste la "matière humaine", pour l'interprétation plutôt sidérante de Leonardo DiCaprio suivi par une distribution très soignée.

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09 janvier 2012

Dormir en cuiller

Gay_cuiller_1Un souhait bien banal ?

Non, ça n'est pas mon âge avancé qui me pousse à rêver de pouvoir dormir, parfois "en cuiller", c'est à dire à deux et rapprochés dans un même lit.

L'actuel locataire de l'Élysée peut bien faire des moulinets et servir des boniments à ses électeurs-clients-fans, que ce soit à propos de la "TVA sociale" (qui n'a de "sociale" que le nom, puisqu'elle serait antisociale, visant à ne réduire que les charges patronales et non pas les charges salariales et diminuerait le pouvoir d'achat de tous, y compris des plus défavorisés) que réclame à cor et à cri le MEDEF, ou avec la Taxe Tobin, sur laquelle il opère un virage à 180° après l'avoir qualifiée - je cite - d'absurdité parce qu'elle est dans le programme du PS depuis 1995 (et qu'il n'a jamais évoquée quand il présidait le G20 parce que le CAC40, le SBF120, la finance et le MEDEF n'en veulent pas), je reste colère.

Gay_Cuiller_2A cause, entre autres choses, de sa politique stupidement anti-migratoire et de sa perpétuelle traque aux sans-papiers, ma liberté de souhaiter "dormir en cuiller" est entamée. Non pas que le fait que mon souhait soit injustement entravé soit un drame en soi, mais que l'actuel gouvernement contrevienne à mon souhait, qui s'inscrit directement dans les principes républicains, et surtout constitutionnels, est une abomination.

A me refuser ma cuiller rêvée, je vais me muer en couteau.

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Take Shelter

Take_ShelterHallucination ou prémonition ?

Curtis LaForche mène une vie paisible avec sa femme Samantha et sa fille Hannah quand il devient sujet à de violents cauchemars. La menace d'une très violente tornade l'obsède. Des visions apocalyptiques envahissent peu à peu son esprit. Son comportement inexplicable fragilise son couple et provoque l'incompréhension de ses proches. Rien ne peut en effet vaincre la terreur qui l'habite...

Evoquer l'apocalypse semble être devenu une thématique essentielle di cinéma étasunien. Mais il faut tout le talent d'un Terrence Malick avec "The Tree of Life", d'un Lars Von Trier avec "Melancholia", ou d'un Bela Tarr avec "Le Cheval de Turin", pour en tirer un film intéressant, et même davantage. Et c'est tout le bien que j'ai pensé de "Shotgun Stories" (2008), le premier film de Jeff Nichols qui m'a fait penser que ce pourrait ici être le cas.

Et c'est peu de chose de dire que j'attendais avec impatience la sortie de son deuxième opus tant son premier m'avait convaincu, car il il y avait particulièrement réussi à évoquer l'Amérique profonde et l'éclatement d'une fratrie. Les critiques m'ont précédé puisque "Take Shelter" est couvert de prix. A Cannes 2011, il est revenu avec le Prix de la semaine de la critique, le Prix de la SACD, le Prix FIPRESCI, et le Prix de la Critique Internationale. Suivirent le Grand Prix à Deauville 2011, Le Prix du meilleur film (la Méduse d'Or) à Nice 2011, le Prix de la critique à Valenciennes 2011, le Prix du meilleur film (l'Oeil d'Or) à Zurich 2011... Ces prix sont selon moi justifiés.

Si le film est passionnant, c'est parce Jeff Nichols sait allier une "tempête sous un crâne" à l'idée de "2012, année apocalyptique", comme s'il voulait jouer à la fois sur les tableaux de la singularité d'une part, et de l'universalité d'autre part, en nous menant par le bout du nez, avec une tension digne d'un excellent thriller.

Le réalisateur filme jusqu'au bout, c'est à dire jusqu'au délire, la confiance qu'il souhaite que nous accordions à son personnage, se rapprochant de plus en plus de son personnage avec sa caméra, et même au plus près de son visage, afin de nous troubler et de nous interroger.

Car il ne s'agit pas uniquement de savoir si nous sommes devant une paranoïa et un dysfonctionnement psychologique ou devant une espèce de "prémonition" devant des constats incontestables : crise économique, USA en perte de repères, crise existentielle, crise de couple... S'entremêlent donc le fantastique et l'observation. La frontière entre le rationnel et l'irrationnel n'est jamais fixée par le réalisateur, et c'est jubilatoire pour le spectateur que de demeurer dans cet entre-deux, qui capte l'esprit d'une époque, et peut-être d'une génération.

Le film a été tourné dans l'Ohio, région fréquemment balayée par de violentes tornades, et Jeff Nichols sait tirer le meilleur du ciel et ses changements, dans une façon de filmer souvent proche de celle de Terrence Malick. Et c'est magnifique.

Michael_ShannonIl fallait l'ampleur de Michael Shannon pour porter le rôle de Curtis LaForche. C'est un acteur que j'avais remarqué grâce à un réalisateur qui m'est particulièrement cher : John Waters. En effet, c'est dans "Cecil B. Demented" que je l'ai découvert en 2000. Depuis, sa filmographie n'a cessé, même si je ne l'ai pas suivie de très près, et pour cause : "Tigerland" de Joeil Schimacher (2001), "Pearl Harbour" de Michael Bay (2001), "Vanilla Sky" de Cameron Crowe, trois films que je n'ai pas vus. Vinrent ensuite une série de films que j'ai vus : "8 Mile" de Curtis Hanson" (2003), "World Trade Center" de Oliver Stone (2006), "Bug" de William Friedkin (2007), "7H58 ce matin-là" de Sidney Lumet (2007), "Shotgun Stories" de Jeff Nichols (cité ci-dessus) et "Les Noces Rebelles" de Sam Mendes (2009). Et il faut noter qu'il a déjà tourné 12 films qui sortiront au fil des mois à venir. Deux films sous la houlette de son ami James Franco, "Premium Rush" face à Joseph Gordon-Levitt de David Koepp, "Dans l'oeil d'un tueur" de Werner Herzog, "13" de Gela Babluani (remake de "13 Tzameti", superbe film français injustement passé inaperçu), "Mud" de Jeff Nichols dqu'il retrouvera pour la troisième fois, "Ironman" de Ariel Vromen, "Man of steel" de Zack Snyder, etc... Bref, vous êtes devant un acteur majeur.

Dans le rôle de son épouse Samantha, on retrouve la belle Jessica Chastain qui était cantonnée à la TV de 2003 à 2008, et dont 2011 aura été la grande année, à commencer par "The tree of life" de Terrence Malick, mais aussi avec "L'affaire Rachel Singer" de John Madden, "La couleur des sentiments" de Tate Taylon, et le très récent "Killing Fields" de Ami Canaan Mann la fille de l'immense Michael Mann. Incontestablement, elle s'est inscrite durablement dans le paysage cinématographique étasunien. On la retrouvera bientôt sous la houlette de Ralph Fiennes, Al Pacino, Kathryn Bigelow, Hohn Hillcoat, Terrence Malick. Ici, elle est parfaite, à la fois aimante et attentive à son époux qui semble perdre pied, à la fois déboussolée et semblant prête à le lâcher.

Dans des seconds rôles, on découvre Tova Stewart dans le rôle de Hannah, la fille sourde-muette de Curtis et Samantha, dans un rôle très délicat, qu'elle tient sans jouer à l'enfant prodige. On retrouve Shea Whigham dans le rôle de Dewart, le collègue de Curtis. je l'avais découvert en 2005 dans "Les Seigneurs de Dogtown" excellent film de Catherine Hardwicke. Je l'ai revu dans "Le prix de la loyauté" de Gavin O'Connor (2008), "La Conspiration" de Robert Redford (2010), "Machete" de Robert Rodriguez (2010), "La Défense Lincoln" de Brad Furman (2011), et enfin face à Sean Penn dans "This must be the place" de Paolo Sorrentino (2011). C'est un excellent rôle. Enfin, dans le rôle de Sarah, la mère de Curtis, on retrouve Kathy Baker. Sa carrière à la télévision est impressionnante, et même si au cinéma Tim Burton, Bruce Robinson, Lasse Hallström, Robert Duvall, Abthony Minghella, Spike Lee et Rodrigo Garcia lui ont déjà fait confiance, sans que cela ne fase décoller réellement sa carrière. On la retrouvera prochainement dans "Machine Gun Preacher" de Marc Forster, face au même Michael Shannon.

"Take Shelter" est un film qu'il faut aller voir dès lors qu'on est prêt à y voir autre chose qu'un "film fantastique". C'est un film qui dresse habilement une métaphore impressionnante des USA d'aujourd'hui, admirablement filmé et interprété, qui tient en haleine de bout en bout. C'est intense, envoûtant, fascinant. En outre, on y voit la confirmation que Jeff Nichols s'impose comme un des grands talents du nouveau cinéma étasunien, et que les carrières de Michael Shannon et de Jessica Chastain s'installent durablement.

C'est une oeuvre qui vous hantera durablement. Et utilement.

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Une vie meilleure

Une_vie_meilleureRésilience sociale et économique,

Yann et Nadia, amoureux, se lancent dans un projet de restaurant au bord d'un lac. Leur rêve d'entrepreneur se brise rapidement. Nadia, contrainte d'accepter un travail à l'étranger, au Canada, confie provisoirement son fils à Yann. Elle disparaît...

Le talentueux Cédric Kahn nous revient avec un film pleinement dans l'air du temps, à connotation très sociale. On lui doit notamment "Sur les rails" (1991), "L'ennui" (1998), "Roberto Succo" (2001), "Feux Rouges" (2004), "L'avion" (2005) et "Les regrets" (2011). Il avait débuté sous les auspices de Maurice Pialat pour "Sous le soleil de Satan", et c'est très formateur.

Par ailleurs, il a écrit le scénario d' "Outremer" de Brigitte Rouän, celui de "Les gens normaux n'ont rien d'exceptionnel" de Laurence Ferrira Barbosa,  et celui de "Les Ambitieux" de Catherine Corsini, et a accepté de passer devant la caméra pour Xavier Beauvois et Laurence Ferreira Barbosa.

Il nous propose aujourd'hui un drame social et humain, une lutte pour la survie, sur fond de surendettement. La mise en place des personnages est très expéditive : Yann rencontre Nadia, ils s'embrassent, ils passent la nuit ensemble, elle lui présente son fils, ils construisent un projet pour une vie meilleure, tout ça en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. C'est dommage. Mais à partir de ce moment-là, Cédric Kahn construit son film sur un rythme haletant de thriller.

C'est les pieds dans le réel (avec parfois un excellent style documentaire) et la tête dans la fiction que le réalisateur nous décrit cette descente aux enfers. Pour être réaliste, il n'en reste pas moins "optimiste", comme le veut la résilience. C'est le portrait d'un homme qui aspire à un statut plus haut que n'est le sien, qui tombe, qui se relève, et qui recommence. On y perçoit l'indignation et l'émotion brute d'un drame qui bouleverse la vie d'un homme, en dressant un portrait cinglant en cette fin de quinquennat.

Autant le dire, Guillaume Canet trouve ici un de ses tout meilleurs rôles, et livre une composition très réussie. Son Yann, malgré ses faiblesses, emporte l'adhésion. C'est Leïla Bekhti qui tien le rôle de Nadia. La jeune femme est très bien, et semble pouvoir devenir une des actrices les plus populaires. Depuis "Sheitan" de Kim Chapiron et "Mauvaise foi" de Roschdy Zem en 2006, elle a joué dans "Mesrine" de Jean-François Richet (2008), "Un prophète" de Jacques Audiard (2009), "Tout ce qui brille" de Géraldine Nakache et Hervé Mimran (2010) et "La source des femmes" de Radu Mihaileanu (2011). Nous la reverrons sous la houlette de Pierre Jolivet face à Roschdy Zem et Marc Lavoine dans "Mains Armée" avant qu'elle ne s'en retourne vers le duo Nakache & Mimran pour "Nous York". Comme d'habitude, elle est très bien, tant dans son élan du début du film que dans son désarroi en son terme. A son propos, le film évoque parfois "Alice dans les villes" de Wim Wenders.

Impossible de ne pas évoquer Slimane Khettabi dans le rôle de Slimane, le fils de Nadia âgé de 11 ans, impeccable, et permettant à Cédric Kahn d'évoquer la thématique de la paternité, allant ainsi au-delà de l'histoire d'amour entre Yann et Nadia. On retrouve aussi Brigitte Sy dans le rôle de la femme bénévole pour aider à résoudre les problèmes de surendettement, et Abraham Belaga dans celui, cruel, du marchand de sommeil.

Toutes les scènes tournées en Seine-Saint-Denis, notamment celles dans le squat (qui est un squat réel) sont particulièrement réussies, filmées avec la vivacité qui convient, et qui suscite chez le spectateur au moins autant d'indignation que la spirale du surendettement.

Là où je trouve qu'il manque quelque chose au film, c'est dans son absence de Fraternité, puisque tout tourne autour du trio Yann-Nadia-Slimane, de façon égotiste, et qui ne me semble pas répondre à une description exacte du monde de l'extrême paupérisation, des démunis, de la dégringolade sociale.

Je considère que si le film n'était pas porté par Kahn, Canet et Bekhti, il n'aurait pas recueilli d'aussi bonnes critiques bienveillantes? Ceci étant dit, le film est poignant et généreux, et sait proposer un constat crédible d'un des aspects de notre société. Un constat que le réalisateur semble éviter de transformer en engagement politique. Encore une fois, c'est l'amour seul qui motive les protagonistes, et ça ne me suffit pas, même si je salue le portrait qui est fait de notre société actuelle.

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07 janvier 2012

Epiphanie.

Rois_Mages_gayComme les Rois Mages.

J'adore la galette, surtout celle à la frangipane. Alors fêter les Rois Mages me va très bien. Bon, d'accord, Jesus Christ est probablement né en septembre (c'est bien plus crédible, parce qu'on ne voit pas comment, à l'époque, les Rois Mages auraient pu faire un tel trajet entre le 25 décembre et début janvier !), et de surcroît entre -4 et -7 (avant JC !), mais bon, on ne va pas chipoter, c'est tellement bon la galette !

En plus, ils ont de très beaux prénoms : Gaspard, Melchior et Balthazar. D'accord, ils n'étaient peut-être pas rois mais Mages (Astrologues), ils étaient probablement zoroastriens, il n'apparaissent pas dans les Évangiles (mais seulement dans un écrit apocryphe, "Évangile arménien de l'Enfance)... Il est même probable qu'ils étaient sans papiers.

Et j'aime bien leurs cadeau : Melchior, venu de Perse, apporte l'or, ce qui est l'image de ce qui est le plus précieux pour Dieu, et représentant le pouvoir royal ; Gaspard, roi en Inde, aux traits asiatiques, apport l'encens, ce qui est utilisé pour les culte et pour parler avec Dieu, représentant la pouvoir sacerdotal ; Balthazar, rois des Arabes, aux traits noirs, apporte le baume qui lave les blessures des hommes dans la chair, symbole de l'amour de la vie sur terre et préparant à passer de la vie sur terre à la vie éternelle, représentant le pouvoir sacerdotal.

D'accord, j'ai choisi une illustration "pas très catholique", comme dirait l'autre. Disons simplement que je dépoussière l'iconographie habituelle.

Et à titre très personnel, j'aimerais la visite plus prosaïque d'un homme qui symboliserait le passage des pouvoirs royal, spirituel et sacerdotal en d'autres mains que celles de l'actuel locataire de l'Élysée, pourquoi pas en la personne d'un expulsé par Claude Guéant. Monsieur W, échappe-toi, glane de quoi prendre le train, et reviens-moi vite ! Comme un beau pied-de-nez aux agissements dus à la politique en vigueur, qui contrevient éhontément à notre Constitution !

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01 janvier 2012

Bonnes résolutions ?

Gay_MilkOups ! Quelles résolutions ?

A tort ou à raison, je ne m'aventure pas à prendre de bonne résolutions, au seul prétexte qu'une nouvelle année commence. Les promesses qu'on ne saura tenir, ni pour les autres, ni surtout pour soi-même, ça ne m'apparaît pas être une bonne idée.

Arrêter de fumer ? Arrêter de boire ? Faire du sport ? Non, décidément, ça ne va pas le faire.

A la grâce de mon butinage sur internet, cette petite photographie me suggère toutefois d'envisager quelque chose : acheter davantage de laitages, car il semble que ce soit amusant.

starsky_et_hutchPour le reste, je vais m'en tenir à mes "valeurs sûres". A commencer par mes relations amicales, à la façon de Starsky & Hutch, avec une touche d'insouciance, une touche de poésie, et une pincée de ridicule assumé.

Autour de l'amitié gravitent de multiples relations, qui vont du sentiment amoureux le plus intime, jusqu'aux simples regards et sourires dans le métro (surtout le mercredi, avec le Canard Enchaîné en mains), en passant par les relations entre collègues et les conversations avec d'autres piliers de bar. Je vais tâcher d'entretenir tout ça dans la joie, la fantaisie et l'audace.

Vous me direz qu'il n'y a pas que l'immatériel dans la vie, et qu'il faut bien penser aussi au matériel. Là, je bute, je ne pense à rien de précis, d'autant que mon "reste à vivre" ne saurait être rogné.

Gay_Flag_VietnamA mon sens, il y a une "valeur" qui relie l'immatériel au matériel, c'est la Fraternité. Il s'agit autant de la notion de partage que de l'engagement politique. Puisque je considère que le XXIème siècle "sera fraternel ou ne sera pas", vis-à-vis de mon prochain comme de mon lointain je resterai fraternel, depuis mon intimité jusque dans les urnes.

Je ne me nourris pas d'espoir, mais puisque c'est la seule chose qu'il reste dans notre boîte de Pandore, j'ose donc espérer que cet impératif, tant personnel que collectif, sera aussi celui d'une majorité de mes concitoyens.

Environnement, partage des richesses, relations nord-sud, soutien aux démocraties naissantes, redistribution équitable grâce à une fiscalité juste, arrêt de désignations mensuelles de boucs émissaires... tout semble devoir s'inscrire sous le signe de la Fraternité. C'est le pari que je tiens pour 2012 alors que nous n'en sommes qu'à son aube.

Fesses_GayEt pour boucler la boucle, force est de constater que si la Fraternité reste inscrite tel un concept très général, un concept philosophique, à titre personnel elle s'inscrit au coeur de ma vie intime.

Je veux donc que Claude Guéant aille exercer ses pouvoirs (dictés, sur ordre de l'Élysée, par Patrick Buisson à Étienne Mougeotte pour que lui-même les serine dans le Figaro et TF1 à tout ce que la France compte de "temps de cerveau disponible) ailleurs, et que nous le remplacions par un Ministre qui cessera de se focaliser sur les sans-papiers, les étrangers, les "pas de souche", et qu'il permettra à "mon" Monsieur W. de rester à Paris, afin que dans un élan très très fraternel, nous puissions mener la vie que nous entendons mener.

Gay_Kiss_2012Pour 2012, dans son premier tiers donc, ma résolution première, résolution que j'espère collective et surtout majoritaire, consistera à faire en sorte que soient boutée hors les pouvoirs, toute l'oligarchie qui m'empoisonne l'existence, et qui meurtrit la vie d'un large nombre de mes concitoyens, sur les plans financier, économique, social, sociétal, culturel et même... strictement personnel.

En 2012, politiquement comme personnellement, partageons nos égoïsmes individuels, et chacun pourra peut-être embrasser (et plus si affinités CochonHeureux) qui il souhaite embrasser.

La Fraternité, désormais, c'est la résistance. 

 

Ensuite, j'achètera des litres et des litres de lait ! Promis !

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Bonne Année 2012 !

Bonne_Ann_e_2012Comme je ne me suis pas trop cassé la tête pour trouver une illustration original pour Noël, je fais davantage d'efforts pour ce pasage de 2011 à 2012. D'accord, ça vaut ce que ça vaut !

Evidemment, il faudra qu'il y ait pour chacun et de façon partagée, des bonheurs petits et grands, de la joie, de la fantaisie, le tout traversé d'audaces et paré d'éclats de rires. 

Je souhaite aussi très vivement partager avec mes amis une belle victoire... plus rose-rouge que bleue.

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31 décembre 2011

Préparer le réveillon ?

Peres_No_l_GaysAutant s'en remettre à d'autres !

Maintenant que tous les Pères Noël n'ont plus rien à faire, je m'en remets à eux pour préparer les festivités qui assureront le passage de 2011 à 2012.

Ils sont disséminés un peu partout, et préparent ici et là ce qui devra être une "soirée mémorable" où le champagne coulera à flots.

Pourquoi me contenterais-je d'un seul réveillon, quand Paris propose une multitude de festivités, souvent proches les unes des autres ? C'est donc en conformité avec mes affinités pour la volubilité et le butinage, que j'ai décidé de voguer d'un bar à l'autre, histoire de multiplier les rencontres et les verres.

Messieurs les Pères Noël, activez-vous, et préparez-moi une nuit éclectique, car j'ai bien envie de déambuler d'un monde à l'autre, le temps de quelques heures, avant de revenir m'accrocher comme je peux à celui, réel et bien trop dextre, auquel il faut bien que je m'accroche.

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29 décembre 2011

Les crimes de Snowtown

Les_Crimes_de_SnowtownLa mécanique de la violence.
Le barbare et son pouvoir de persuasion, le bourreau et ses victimes.

Jamie, 16 ans, vit avec sa mère, dans une banlieue où règne chômage et abus sexuels. Sa vie change lorsque John Bunting débarque dans leurs vies. Charismatique, passionnant, Jamie l’admire comme le père qu’il n’a pas connu. Il mettra du temps à comprendre que son mentor est un tueur en série, le plus dangereux qu’ait connu l’Australie…

Justin Kurzel, réalisateur australien nous présente son premier long métrage, après "Blue Tongue", son court métrage de 2005 qui avait été très remarqué au Festival de Cannes en 2005.

Il s'agit de l'histoire du plus célèbre serial-killer d'Australie, John Bunting, qui avec son discours extrémisterassembla de plus en plus de monde autour de ses "idées" dans la région de Snowtown (à 150 km au nord d'Adélaïde), et qui finit par tuer de manière extrêmement brutale 11 personnes entre 1992 et 1999. John Bunting fut condamné à la perpétuité au terme de son procès. Le film est plus précisément l'adaptation de ces faits réels dans un livre intitulé "Les crimes de Snowtown" lui aussi.

snowtown_la_villeComme Justin Kurzel a décidé de tourné son film à Snowtown même, son projet a suscité d'abord la polémique, la population craignant qu'il s'agisse encore d'un film sur la glorification de la violence et de leurs auteurs. Or le film ne va pas du tout dans cette direction. Le film est centré, non pas sur les images de violence, mais sur ses origines. Comment tant de personnes ont-elles accepté de suivre John Bunting ? Quelles conditions sont nécessaires pour convaincre une personne d'en tuer une autre ? Ni excuser, ni même justifier, mais essayer de "comprendre le mal" et éviter que cela ne se répète. Car comme le dit Shakespeare : "le mal que font les hommes vit après eux".  La polémique a donc cessé, et le réalisateur a pu faire son casting à Snowtown même (casting qui a duré 3 mois) dans les rues, dans les centres commerciaux, dans les salles de concert... car il souhaitait des acteurs amateurs.

John Kurzel parvient à filmer la manière imperceptible avec laquelle le mal s'immisce dans une existence, souvent à partit d'un mauvais coup du sort dans la vie d'un individu, décortique le vertigineux exercice de manipulation du bourreau, dissèque patiemment les rapports de force entre ce bourreau, les personnes qu'il entraîne dans son sillage, et ses victimes.

Par ailleurs, même s'il fait la description d'un prolétariat ravagé par l'alcoolisme et l'ignorance incapable de résister à la persuation et à l'autorité d'un être autoritaire et surtout persuasif, il parvient à dépasser le cadre du naturalisme, devant ce monstre sanguinaire qu'est John Bunting. Il réussit le dosage subtile de deux temps : le temps indifférent et terne de la chronique sociale, le temps intense de l'embrigadement et du crime. Ainsi l'horreur est-elles distillée entre les lignes, jusqu'à exploser dans des scènes insoutenables. C'est tout l'art d'une mise en scène qui suggère autant qu'elle montre.

Le tournage a été fait en 16 mm, format très peu commun dans un cinéma à grand public et "commercial". Mais les caméras y sont plus petites, plus légère, plus mobiles, permettant de mieux capter l'instantanéité des actions et des réactions des comédiens, sans trop avoir à répéter, pour donner une texture et un aspect plus authentique au film.

Snowtown___Luvas_Piitaway Snowtown___Daniel_Henshall Snowtown___Louise_HarrisCe choix est particulièrement judicieux face à des acteurs amateurs. Lucas Pittaway s'apprêtait à s'engager comme mécanicien dans l'armée. Il est excellent dans son rôle de Jamie Vlassakis, impressionnant en ange meurtri qui cède, puis résiste, puis cède, puis résiste au barbare John Bunting. Bien des jeunes pousses de Hollywood et d'ailleurs pourraient (devraient) regarder en boucle l'interprétation de Lucas Pittaway, tant il sait passer d'une expression à une autre, de la détermination la plus ferme à la crainte la plus à fleur de peau. Daniel Henshall avait quant à lui eu quelques petits rôles au théâtre et à la télévision, mais rien à la mesure de son talent. Derrière son physique bonhomme et son sourire bienveillant, on perçoit non pas l'ambiguïté, mais comme toute une palette d'ambiguïtés, ce qui rend palpable le monstre en lui. Enfin, c'est Louise Harris qui incarne Elizabeth Harvey (la mère de quatre garçons, dont Jamie) la première qui sera séduite par la bonhomie de John Bunting. Ella a été remarquée alors qu'elle faisait ses courses dans un supermarché.

On comprend aisément que le film ait été sélectionné dans plusieurs Festivals (Londres, Valenciennes), concourant même pour la Caméra d'Or à Cannes où il reçut le prestigieux Pris FIPRESCI (celui donné par la critique internationale), qu'il ait obtenu le Prix du Jury au Festival de Marrakech, et que Daniel Henshall en soit reparti avec le prix d'Interprétation Masculine.

"Les crimes de Snowtown" s'inscrit dans le renouveau du cinéma australien, qui après avoir co-produit "Le Discours d'un Roi" (auréolé de nombreux prix, et véritable succès populaire) en 2010, avec "Sleeping Beauty" de Julia Leigh et "Animal Kingdom" de David Michôd, qu ont littéralement "trusté" presque tous les festivals, depuis Sundance jusqu'à Sarlat, depuis Toronto jusqu'à Sitgès, depuis Cannes jusqu'à Valenciennes.

"Les crimes de Snowtown" est un film implacable, perturbant, remarquable en tous points. C'est une oeuvre forte dont il est difficile de se relever, au sens propre comme au sens figuré. A ne pas manquer.

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Let my people go !

Let_my_people_goComédie "queer".

Tout le monde sait que Ruben est juif, homosexuel, facteur, mi-finlandais, mi-français, fils indigne, frère désobligeant, amant décevant, assassin injustement présumé, voleur malgré lui… Pourtant Ruben, lui, est incapable de savoir qui il est. Après s'être vu remettre presque sous la contrainte une enveloppe contenant 200.000 € par un voisin, qui lui claque dans les mains (le voisin, pas l'enveloppe) lors de sa tournée de facteur, sa vie s'emballe sur un quiproquo. Au grand tournant de sa vie, alors que s’ouvrent devant lui les flots de la mer Rouge, Ruben hésite : doit-il suivre son peuple ou son cœur ?

Je ne veux pas me justifier, loin de là, car j'assume pleinement, mais je dois dire que j'ai vu "Let my people go !" après avoir vu "Les Crimes de Snowtown", un excellent film, d'une violence comme on en voit très rarement. J'avais donc des dispositions toutes particulières pour une comédie...

C'est, à ma connaissance, le premier long métrage de Mikael Buch, qu avait déjà réalisé quelques courts métrages dont "Bambini en 2004 et "La déchire" en 2007, et surtout, avec son ami Nicolas Maury depuis l'école de cinéma "Accordez-moi" en 2008 puis "Comment j'ai accepté ma place parmi les mortels" en 2009.

"Never let me go !" a été tourné 2 semaines en Finlande et 7 semaines à Paris dans le quartier de Belleville, et a été très remarqué (3 nominations) au Festival de Sarlat 2011. C'est un film "exotique" qui tiennent à la personnalité du réalisateur : père argentin, mère algérienne, ayant vécu à Taïwan et à Barcelone, puis à Nantes et à Paris où il était à la FEMIS. Il en a co-écrit le scénario avec Christophe Honoré (qu'on ne présente plus !), assumant toutefois les références du réalisateur : le cinéma ludique et parfois magique de Chaplin, Minnelli, Allen, Demy, et Kaurismäki (pour les images de la Finlande).

Pour ma part, j'y vois aussi un ton qui rappelle Olivier Ducastel et Jacques Martineau : "Jeanne et le garçon formidable" en 1998, "Drôle de Félix" en 2000, "Ma vie à Rouen" en 2003, "Crustacés et coquillages" en 2005, "Nés en 1968" en 2008, et "L'arbre et la forêt" en 2010. Un même goût du "kitsch joyeux".

Mikael Buch réprouve une certaine façon de filmer l'homosexualité comme un "problème" ou une "source d'angoisse", aussi décide-t-il de la filmer autrement, comme allant de soi, sans que cela ne cause le moindre souci, ni à son personnage principal, ni à sa famille, ni même à qui que ce soit.

Avec sa directrice de la photographe, Céline Bozon, il a trouvé une esthétique assez intemporelle, mélangeant des éléments des années 1950, des éléments actuels, et surtout des couleurs inspirées de la pellicule Super 8. Là aussi, il y a un peu du Almodovar des débuts et du Karusmäki (comme récemment dans "Le Havre"). De ce point de vue, c'est très réussi.

La distribution est "aux petits oignons", avec notamment Carmen Maura (Rachel, la mère) et Jean-François Stévenin (Nathan, le père), qui en parents juifs, très aimants (!), mais un peu déboussolés, savent dépasser les clichés et les caricatures (du type "La vérité si je mens"), et ne ménagent par leur peine pour nous amuser. Amira Casar (Irène, la soeur) et Clément Sibony (Samuel, le frère) sont charmants, mais c'est tout. Notons deux seconds-rôles superbes : Jean-Luc Bideau (l'avocat Maurice Goldberg, libidineux à souhaits) et Jean-Christophe Bouvet (le commissaire, qui nous livre un "numéro" parfait, comme toujours !). Et la présence radieuse de Françoise, la maîtresse de Nathan/Jean-François Stévenin, incarnée par la divine Aurore Clément.

Maury_NicolasRuben, le principal personnage, trentenaire qui fait sa petite crise existentielle, est incarné par Nicolas Maury, ami de longue date du réalisateur. Ruben est agaçant et charmant tout à la fois, et Nicolas Maury y investit généreusement un réel talent comique. Les plus attentifs l'auront remarqué dans "Ceux qui m'aiment prendront le train" de Patrice Chéreau en 1998, "Les Amants Réguliers" de Philippe Garrel en 2005 (une merveille !), "Faut que ça danse" de Noémie Lvovsky en 2007, "La question Humaine" de Nicolas Klotz en 2007 (un chef d'oeuvre !), "Mon meilleur ami de l'homme" de Vincent Mariette en 2010, "Belle Épine" de Rebecca Zlotowski en 2010, et récemment "My Little Princess" de Eva Ionesco en 2011.

Enfin, c'est le charmant Jakko Niemi qui incarne Teemu, le fiancé de Ruben. Il est parfait d'angélisme boudeur.

"Never let me go !" ne révolutionne évidemment pas le cinéma, ni même la comédie, mais c'est un charmant bazar aussi bancal que joyeux. C'est une comédie enlevée et jubilatoire, à la facture délibérément burlesque et intemporelle, qui fait souffler un vent frais et gentiment queer en ces fêtes de fin d'année.

Maura_CarmenEt rien que pour la scène ou Carmen Maura se rêve faisant la promotion d'un "spray magique qui transforme un goy en enfant de l'Israël" (un sommet d'humour burlesque !) et pour les scènes avec Jean-Luc Bideau ou Jean-Christophe Bouvet, le film vaut la peine d'être vu, en plus de la bonne humeur qu'il distille.

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28 décembre 2011

Corinne Masiero, je vous aime !

Corinne_Masiero_1Attention : actrice d'exception.

Pour le moment, Corinne Masiero est encore une actrice trop méconnue, bien qu'elle compte à son palmarès plus de 50 rôles au théâtre, autant dans des téléfilms, et une carrière cinématographique qui ne cesse de s'étoffer.

Vous l'avez peut-être aperçue, entre autres, dans "A l'origine" de Xavier Giannoli en 2008, dans "Persécution" de Patrice Chéreau en 2009.

C'est une actrice de la trempe de Yolande Moreau, et bientôt vous la connaîtrez tous ! En effet, le Festival de Dieppe 2011 lui a réservé son Prix d'interprétation et le Festival de Zurich 2011 lui a offert sa "Mention Spéciale" pour son rôle-titre dans "Louise Wimmer" de Cyril Mennegun (celui qui a révélé Tahar Brahim en 2005 dans "Tahar l'étudiant", quand même !).

Elle est époustouflante d'humanité, de force et de faiblesse, dans ce rôle difficile. Native du Nord (en 1964), et issue d'une "famille de prolétaires", elle a gardé sa gouaille si particulière, et a assumé au cinéma des rôles d'ouvrière, de paumée, de prostituée, de SDF... souvent très ancrée dans le social. Vous l'avez déjà aperçue, j'en suis certain, mais quand vous verrez "Louise Wimmer", vous la découvrirez.

D'autant plus que sortiront prochainement le premier film de Stéphane Cazes, "Le sens de nos peines" où elle tient un rôle important, puis "De rouille et d'os" de Jacques Audiard !

 

Louise_Wimmer__a_Je vous propose ci-dessous le beau portrait qu'en dresse Claire Lefèbre dans "La voix du Nord" en mars 2010.

"La tronche, la silhouette dégingandée, le phrasé. Tout en elle est atypique et a fait d'elle la figurante incontournable des films et téléfilms tournés dans la région. Après avoir enchaîné les seconds rôles, Corinne
Masiero tournera cet été un vrai premier rôle pour le cinéma. Elle nous raconte un jour qui a compté pour elle. Évidemment pas banal.

PAR CLAIRE LEFEBVRE
Le tournage de la veille, pour un téléfilm, s'est éternisé jusqu'à 4 heures du mat', dans le froid d'un hangar de Carvin. Réveillée par un café, Corinne attend dans le troquet d'une gare de Lille son train pour d'autres caméras. Son sac à dos à côté d'elle, ses cheveux rouquins qui ne veulent pas tous aller dans le même sens. Et son accent ch'ti à couper au couteau. Pas vraiment les atours d'une jeune première. Elle n'a découvert le théâtre qu'à 28 ans, loin de ses écoles et chapelles. « Il n'est jamais trop tard ! Ras-le-bol du jeunisme, de devoir être tous lisses, blancs et (imitant un accent snob) par-ler cor-rec-te-ment. » Elle, accuse sans complexe 46 ans au compteur d'un chemin pépère vers la gloire. Et elle dit « merde à cul » quand elle renverse son café.

Corinne_Masiero_2« Quand je serai grande, je serai toxicomane »

Elle a grandi « chez les prolos, dans un milieu de cocos, de militants ». Chez elle, le père Fouettard, c'était le dictateur chilien Pinochet. « Je ne me suis jamais sentie normale, comme les autres. » Elle habitait
Cantin, « bled » du Douaisis. « Je vivais au fond d'une impasse, je me disais qu'il ne m'arriverait jamais rien. J'étais amoureuse de Dave et Juvet. Comment veux-tu que le mec, au cas où il viendrait jusqu'à Cantin, vienne jusqu'à chez moi ? »

Aujourd'hui, la vie de Corinne est un carrefour : les propositions de rôles arrivent, à elle de choisir. Elle pourrait nous raconter ses rencontres avec les acteurs et réalisateurs célèbres qu'elle a croisés. Mais non. « Un jour, j'ai compris que c'était à moi de me déplacer, d'aller vers les gens. Grâce à un bouquin de la bibliothèque du collège... » Le livre s'intitule Flash, ou le grand voyage. L'auteur, Charles Duchaussoy, est surnommé le « drogué français de Katmandou ». Il raconte dans un pavé sa route de la came à travers l'Orient, du Liban au Népal. Du premier pétard au dernier shoot. Voyage initiatique version trash. Paru en 1971, son best-seller (6 millions d'exemplaires) a marqué une génération. Même si peu de lecteurs ont dit, comme Corinne, en le refermant : « Quand je serai grande, je serai toxicomane. Quand t'es môme, tu ne sais pas mettre de mots sur les choses, je ne sais pas pourquoi je me suis retrouvée là-dedans. »

Sans pathos, elle évoque sa descente aux enfers, entamée à 15 ans. « Devenir toxico, c'est se mettre hors la loi, détruire le système, en commençant par se détruire soi. Ça m'a menée tout au fond. »

Corinne_Masiero_3Attifée

Des détours obligés par « la petite délinquance et les trucs dont t'es pas très fière » : « T'es pas tout noir, ni tout blanc. T'es les deux. Tu mets plus haut que tout l'amitié mais quand t'es tout en bas, les gens qui
sont là ne sont pas ceux que tu croyais. Quand t'es toxico, les expériences que chacun vit sont démultipliées. T'apprends à faire avec tes contradictions. » Son visage dur est fendu par un sourire angélique. On
remarque ses beaux yeux verts. Elle s'en est sortie, avant trente ans, après les rechutes. « C'est la tête qu'il faut désintoxiquer. » Elle a saisi une main tendue. Celle d'une troupe montant une pièce à L'Hippodrome de Douai, lui proposant de donner un coup de main en régie. Elle finit par monter sur scène. « Je ne redescendrai plus. Je veux rester là. »

Elle a 28 ans, n'est jamais allée au théâtre. Elle apprend. « C'est extraordinaire d'être sur scène, d'avoir le droit d'être regardée, de dire ce qu'on veut et de capter l'attention. J'ai enfin eu une place et le droit de l'avoir. »
Son premier rôle est celui de Gunda, un personnage de Fassbinder. Guêpière noire, bas de laine marronnasse, en fauteuil roulant. Dans tous ses rôles, son mètre quatre- vingts sera ainsi, drôlement attifé. « Je me trouve moche. Mais la laideur, des fois, c'est une coquetterie. J'adore m'enlaidir. Plus je suis moche, vulgaire, méchante, une vraie pourriture, plus j'aime. »
Corinne apparaît systématiquement dans les fictions où suinte la misère sociale (souvent tournées dans le Nord...). Quand elle joue dans PJ, série policière de France 2, c'est pour tuer méchamment le valeureux
capitaine Fournier. Si au contraire elle sauve le héros Adamsberg (Jean-Hugues Anglade) dans l'adaptation par Josée Dayan des polars de Fred Vargas, elle doit prendre vingt kilos pour se mettre dans la peau du lieutenant Violette Rétancourt ! « Dans la laideur, si tu fais voir une petite lueur d'humanité – on a tous ça en nous – le message est passé. »

Cet été, le réalisateur Cyril Menneguin lui donnera le premier rôle dans Louise Wimmer : une femme qui vit dans sa voiture... Le train est à quai. « Voilà tout ce qu'il y avait derrière la couverture du bouquin que j'ai ouvert ce jour-là. » Corinne se lève, le coeur léger, ses jambes immenses semblant l'emmener malgré elle vers un destin qui la dépasse. Sac au dos, l'humanité en bandoulière."

 

NB : Je n'ai pas encore vu "Louise Wimmer", mais j'irai le voir dès sa sortie. Quoi qu'il en soi, j'aime Corinne Masiero !

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26 décembre 2011

"Support"

Joe_Ziolkowski_Support__1989Photographie de Joe Ziolkowski - 1989

J'ai toujours beaucoup aimé cette photographie, et son titre. En effet, en anglais "support" ne signifie pas exactement la même chose qu'en français, et m'amène à une réflexion générale.

"Support", c'est l'aide, le soutien, le maintien, l'encouragement, la défense... et donc l'assistance. Comme le suggère cette photographie, c'est souvent très ténu et fragile, mais cela permet de ne pas sombrer.

Or aujourd'hui, par une dérive sémantique sciemment ourdie, dans de très nombreux domaines, certains voudraient que nous comprenions "assistance" comme "assistanat". Autrement dit, par la dérive du vocabulaire, nous faire passer de l'empathie à l'antipathie, de la solidarité à l'égoïsme.

Pourtant, je pense que le XXIème siècle, (parce que le XXème n'en finit pas de finir, ou plus probablement parce que nous sommes dans une période de "mutation", de "transformation", une sorte d'entre-deux) s'écrira sous le signe de la solidarité - et dans un sens plus "républicain", sous le signe de la Fraternité - comme on le voit avec la prégnance de thématiques d'environnement, de politiques fiscales, d'équité, de justice, de réduction des inégalité, de faits sociétaux, d'affaissement culturel, etc...

La photographie laisse comprendre que cette assistance, cette Fraternité, participe de la vivacité d'un système (ici des ficelles qui "supportent" un corps affaibli), donc des efforts consentis par tous, et non pas uniquement par quelques-uns, souvent des intimes ou des proches.

Solidarit__MasculineEvidemment, devra demeurer notre sens individuel de solidarité et de Fraternité, qui consiste pour chacun à venir soutenir son prochain - comme son lointain - qui défaille à nos côtés, mais cela ne saura suppléer notre devoir collectif.

Ce passage que d'aucuns appellent de leur voeu, de la Fraternité telle qu'elle est inscrite dans nos textes fondamentaux à la solidarité individuelle reste pour moi une abomination, violemment illustrée dans le glissement de l'assistance vers l'assistanat.

A une époque où on essaie de nous faire croire qu'il n'y aurait plus de différence entre la gauche et la droite - même si une partie de la gauche a peu à peu glissé vers une sédimentation sur des classes intermédiaires cultivées et favorisées - il faut rappeler combien, parmi les partis dits "de gouvernement", l'appréciation de notre impératif de Fraternité ne s'apprécie pas du tout de la même façon de part et d'autre de l'échiquier politique national.

Je ne rappellerai pas ici tous les extraits de discours de l'actuel locataire de l'Élysée qui attestent mon propos, ils sont trop nombreux, et surtout trop éloignés de nos fondamentaux économiques, sociaux et sociétaux. Ces pathétiques discours, non seulement meurtrissent, mais en plus sont suivi d'actes indécents, qui commencent toujours par la désignation presque hedomadaire de boucs-émissaires, qu'ils soient sans-papiers, juges, Roms, jeunes de banlieue, musulmans, africains pas suffisamment entrés dans l'Histoire, malades, bénéficiaires d'allocations, homosexuels...

Alors que nous entrons dans une campagne électorale qui sera brutale (l'UMP nous serine déjà que François Hollande est "débile"), il nous appartient à tous de nous remémorer clairement les atteintes honteuses qui ont été faites à nos fondamentaux : la Liberté (avec les lois LOPSSI et les fichages permanents, les fichiers officiels étant passés de 37 à 59 en 5 ans) ; l'Égalité (avec l'accroissement incessant, mais souhaité prévu et organisé, des inégalités financières, économiques, sociales, sociétales et culturelles, attestées notamment par la loi TEPA, ou par le cumul pendant 2 ans du bouclier fiscal et de la réduction de l'ISF) ; la Fraternité enfin, comme je viens de le rappeler et de l'illustrer.

Comprenons bien qu'aune crise, même "majeure", même "la plus grave depuis 1929" ne saurait invalider notre entrée dans un XXème siècle qui s'inscrira sur de nouvelles bases, que la période actuelle de mutation (depuis la chute du Mur de Berlin ?) tente de (re)définir, ni surtout justifier l'abandon de ce qui peut (re)construire une société - à commencer par nous-mêmes - peut-être difficile, mais apaisée, sereine et fraternelle.

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25 décembre 2011

Mon "scratty" Joyeux Noël

Joyeux_Noel_ScratDédicace Spéciale

C'est par le biais d'un pétillant messager, Scrat, que j'adresse un Joyeux Noël tout particulier à celui qui ne manquera pas de se reconnaître quand il verra cette petite facétie.

Et plus largement, un Scratty Joyeux Noël à tous les amateurs de mon écureuil préféré.

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A Dangerous Method

A_dangerous_methodSigmund Freud vs Carl Gustav Jung

Sabina Spielrein, une jeune femme souffrant d'hystérie, est soignée par le psychanalyste Carl Jung. Elle devient bientôt sa maîtresse en même temps que sa patiente. Leur relation est révélée lorsque Sabina rentre en contact avec Sigmund Freud...

David Cronenberg, réalisateur canadien, nous a peu à peu, au fil de plus de 45 ans de réalisation de films, proposé un univers très particulier, articulé autour de ses thèmes de prédilection : la sexualité, le corps comme terrain d'expérimentation, la médecine, la psychanalyse, la mutation, la monstruosité.

Il avait le projet de filmer les questionnements posés par Freud et Jung depuis 40 ans, mais devant la difficulté du propos, il a du attendre un "déclic" que fut la pièce de Christopher Hampton "The Talking Cure" (elle-même tiré du roman non fictionnel de de John Kerr, "A Most Dangerous Methed" paru en 1993), et le prisme du personnage de Sabina Spielrein, patiente, amante, élève de Jung, puis patiente de Freud.

Carl Gustav Jung n'a que 32 ans lorsqu'il rencontre Sigmund Freud en 1907. Leur correspondance et leurs rencontres seront assidues et riches en réflexions, jusqu'en 1914, date de leur rupture. En effet, (en résumant plutôt grossièrement) Sigmund Freud considère que tous les faits et gestes des hommes sont régis par leurs désirs sexuels, tandis que Carl Gustav Jung, s'il accepte la place importante de la sexualité dans l'inconscient des individus, il en réfute le caractère totalitaire et exclusif. Freud pense qu'il faut porter à la connaissance du patient les causes de ses déséquilibres, de sa "maladie" et qu'il les admette, tandis que Jung pense qu'il faut aussi lui donner les moyens d'écrire les pages nouvelles de sa vie, l'acceptation des causes n'y suffisant pas. Ce sont ces divergences que met aujourd'hui en scène David Cronenberg.

Il en résulte un film très inhabituel pour Davis Cronenberg, qui quitte les affres de la chair pour celles de l'esprit. Le film s'apparente donc à une "leçon" d'histoire, didactique, pas infligée comme une "punition" mais comme une réflexion sur la nature humaine, terriblement lucide.

David Cronenberg (ami de Gus Van Sant, ce qui accroît encore mon intérêt pour sa filmographie) nous a été révélé fin des années 1970, début des années 1980 avec "Chromosome 3", Dead Zone", "Videodrome". La reconnaissance internationale vient en 1987 avec "La Mouche", et ses thématiques apparaissent clairement dans le brillant "Faux-Semblants" en 1988. Suivront "Le Festin Nu" d'après William Burroughs (ami de Kerouac et Ginsberg) un film brillant, puis "Crash" en 1992 d'après le roman de James Ballard Grahan tout aussi brillant. David Cronenberg a toujours su imposer des acteurs remarquables, tels James Woods, Christopher Walken, Jeremy Iron, et c'est en 1992 qu'il fait appel à Vigo Mortensen pour "A History of Violence" (à mon sens un film parfait) avec Ed Harris, et dont les face-à-face entre Viggo Mortensen et Ashton Holmes restent pour moi inoubliables. Il a deux projets très attendus : "Cosmopolis" avec Robert Pattison (!), Juliette Binoche, Paul Giamatti et "The Matarese Circle" avec Tom Cruise.

Sa mise en scène est très précise, presque clinique, servie par les costumes de Denise Cronenberg (sa soeur) et de son compositeur "attitré" Howard Shore qui s'est inspiré de "Siegfreid" le célèbre opéra de Richard Wagner.

Le texte, très dense, "intellectuel", parfois savoureux, offre la possibilité aux acteurs de proposer des interprétations excellentes.

On retrouve Viggo Mortensen, le comédien americano-danois qui reprend le rôle de Sigmund Freud destiné à Christoph Walz, que David Cronenberg avait déjà dirigé dans "A History of Violence" puis dans "Les Promesses de l'Ombre". C'est en 1985 que Mortensen a commencé sa carrière, dans "Witness" de Peter Weir et "La Rose Pourpre du Caire" de Woody Allen. Et c'est dans les années 1990 que sa carrière "décolle", avec "Indian Runner" de Sean Penn en 1991, "L'Impasse" de Brian de Palma en 1994, "Psycho" de Gus Van Sant en 1998, avant d'entamer la trilogie "Le Seigneur des Anneaux" de Peter Jackson (2001-2002-2003) avec le rôle de Aragorn qui fait de lui une véritable star internationale. Plus récemment, deux excellents films : "Appaloosa" de Ed Harris en 2008 et "La Route" de John Hillcoat en 2009, d'après le chef d'oeuvre de Cormac McCarty.

Dans le rôle de Carl Gustav Jung, on retrouve Michael Fassbender, acteur fétiche de Steve McQueen ("Hunger" en 2008, "Shame" en 2011, et un projet intitulé "Twelve Years a Slave" à sortir prochainement). Il est très intelligent de la part de David Cronenberg, dans un film nécessairement "psychologique", d'avoir placé face à face les corps de Viggo Mortensen et de Michael Fassbender. La filmographie de ce dernier l'inscrit en effet dans ces "acteurs-corps", après "300" de Zack Snyder en 2007, "Inglourious Basterds" de Quentin Tarantino en 2009, "Centurion" de Neil Marshall en 2010. Gageons que Steven Soderbergh, Ridley Scott, Joel Schumacher, Jim Jarmusch et Darren Aronofsky, qui ont tous un projet avec Michael Mortensen, sauront creuser ce sillage passionnant. L'acteur campe un Jung tout à sa réflexion, et parvient à nous montrer le cheminement de sa pensée, qui aboutira à sa rupture avec Freud.

C'est la jeune et très belle Keira Knightley (actrice britannique) qui incarne Sabina Spielrein. A mon sens, elle surjoue un peu les scène d'hystérie, mais à son "corps défendant" (si j'ose dire) c'est presque une obligation aux USA pour espérer briguer un Oscar... Une anecdote m'a amusé : pour chaque scène de fessée (la fessée procurant à Sabina Spielrein du plaisir sexuel) l'actrice buvait un shot de vodka, assumant difficilement ces scènes. Quoi qu'il en soit, son rôle est majeur (et très bien tenu hors ses scènes d'hystérie) puisque c'est par son cas et son prisme qu'on observe les réflexion de Jung et Freud. En à peine plus d'une décennie, elle s'est imposée comme une actrice qui compte à Hollywood. "Star Wars - Episode 1" de George Lucas en 1999, "Joue-la comme Beckam" de Gurinder Chadha en 2002 (excellent comédie britannique), et ce fut la trilogie de Gore Verbinsky "Pirate des Caraïbes" (2003-2006-2007) qui la propulse star internationale. Elle a par ailleurs montré l'éventail de son jeu grâce à "Love Actually" de Richard Curtis en 2003, "Never le me go" de Mark Romanek en 2011, et ses collaborations avec Joe Wright "Orgueil et préjugés" et "Reviens-moi", et pour qui elle incarnera prochainement "Anna Karenine". Est très attendu aussi son rôle de Lady Di dans un projet qui à ma connaissance n'a pas encore son réalisateur.

Notons, dans le rôle de Otto Gross, Vincent Cassel qui propose une interprétation brillante. C'est sa deuxième collaboration avec David Cronenberg, puisqu'il était déjà au générique de "Les Promesses de l'Ombre" en 2007. Et il y en aura une troisième, puisque David Cronenberg lui a proposé un projet, où il fera face à Viggo Mortensen. Dans "A Dangerous Method" les face à face Fassbender/Cassel sont exceptionnels, grâce à des dialogues particulièrement libres.

Wikipédia : Otto Gross était le fils de Hans Gustav Adolf Gross (1847-1915), magistrat autrichien, qui fut l'un des pères de la criminologie. Il reçut une éducation très rigoriste, soumis à l'autorité d'un père très autoritaire. À 22 ans, il obtient son doctorat en 1899 à Graz. Otto Gross a une santé déficiente et après un voyage en Amérique du sud, il sombre rapidement dans la toxicomanie. Il peut néanmoins exercer comme médecin et s'oriente ensuite vers la psychiatrie et exerce dans les cliniques de neuropsychiatrie en Autriche. Il oriente son travail vers des recherches psychosexuelles. Jung l'a traité lors de sa seconde cure en mai-juin 1908, notamment par une "psychanalyse" de deux semaines... qui se termine par une fugue de Gross de l'hôpital psychiatrique. C'est ce moment qui apparaît dans le film. D'abord propagandiste des idées de Freud, Otto Gross fut remarqué de ce dernier pour son enthousiasme. Mais devant le tour trop original et révolutionnaire que prenaient ses positions, Freud finit par désavouer Gross en le jugeant hérétique et dangereux pour le développement de la psychanalyse. Mais Otto Gross voulut aller plus loin et construisit des théories psychanalytiques auxquelles il mêla ses convictions philosophiques pour prôner la liberté sexuelle, ce qui lui valut la réprobation de Freud. Ceci est d'autant plus remarquable qu'au début de son engouement pour la psychanalyse et probablement sous l'influence de Jung, il déniait à la sexualité le rôle central que Freud lui accordait dans la formation des névroses. Avec Wilhelm Reich, Otto Gross est un des théoriciens fondateurs de la libération sexuelle, mais après sa mort, il fut un des grands oubliés de l'histoire de la psychanalyse. Ses théories révolutionnaires en psychanalyse sont fondatrices du freudo-marxisme.

"A Dangerous Method" est d'évidence un film brillant, qu'il faudrait revoir en DVD tant les dialogues sont touffus. Formellement, il n'y a rien à redire, la mise en scène est parfaite servie par des décors, des costumes et une musique impeccables. Mais pour ma part, encore une fois malgré toutes ses qualités indiscutables, il y manque un peu la "patte" de David Cronenberg, celle qui fit de "Dead Ringers" ("Faux-Semblants", 1988), avec des thématiques souvent semblable, un film grandiose.

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24 décembre 2011

Joyeux Noël !

Pub_NoelLes rendez-vous calendaires...

Je n'ai pas, à titre strictement personnel, d'affection particulière pour Noël, ni pour les fêtes de fin d'année en général, à ceci près que ce sont pour moi les vacances.

Mais Noël, c'est aussi une occasion de trouver sur internet toute une flopée d'illustrations de mauvais goût (volontaire ou non), et ça, ça m'amuse beaucoup. C'est un petit jeu qui revient souvent, notamment pour les anniversaires, les fêtes, etc...

Pour une fois, j'ai aussi trouvé une illustration plus cynique, presque cruelle, qui fait référence au consumérisme, souvent exagéré, relatif à cette fête.

D_fil__PereNoelJ'ai aussi trouvé, et c'est très probablement dû à la conjoncture actuelle avec tous ses ressorts relatifs à la finance, à l'économie, au chômage de masse, au pouvoir d'achat en berne... une illustration plus "sociale" sur le site de Rue89.

Ce défilé de Pères Noël devant une bâtisse grise et triste, qui nous évoque les emplois précaires, ces petits CDD qui aident certains à joindre les deux bouts, avec toute la tristesse que cela suppose, d'avoir à regarder autrui dans des boutiques parfois somptueuses faire des emplettes parfois somptuaires, et d'avoir à supporter des nuées de gosses pas toujours aimables.

Pere_Noel_BoratHeureusement, il reste quand même toute l'imagerie "gay et/ou kitch" qui sait encore proposer des illustrations volontairement ridicules, et amusantes. Ainsi ce Père Noël qui semble rendre hommage à Borat ou à Brüno (Sacha Baron Cohen) et qui franchement serait mieux tout nu qu'affublé de cette tenue très improbable (mais dont je rêve en secret).

Et dans ce style, avec "Google images", on en trouve des centaines, dont le stock s'étoffe chaque année. C'est plus facile de les regarder que de trouver des pépites sur YouTube.

Je vous fais grâce de toutes les photographies de style "amateur" ou "familial", qui pourtant sont innombrables, mais qui souvent sont sans aucun second degré, et qui inciteraient directement à la consternation et la moquerie.

Je vous fais grâce enfin, et pourtant c'est une tendance lourde en ce moment, des photographies de chatons et de chiots en Père Noël, avec une espèce d'anthropomorphisme inquiétant.

Pere_Noel_Gay_mignon

 

Quand même, pour finir, et même s'il est "kitch & queer", faute d'être carrément "camp" (cher Quentin Crisp, reviens !), voici un jeune Père Noël, mignon, tout propre sur lui, sexy juste comme il faut, sans auto-collant "Coca-Cola", qui pour moi vous souhaite un très Joyeux Noël, en espérant que vous recevrez des cadeaux qui vous ravirons, et que ceux que vous offrirez enchanteront vos proches.

Joyeux Noël !

 

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23 décembre 2011

La traque perpétuelle.

Wassim_arabic_style_diwaniBye-Bye Monsieur W. ?

Je crains qu'une nouvelle fois la "politique du chiffre" en vigueur au Ministère de l'Intérieur, parce que Claude Guéant doit atteindre ses objectifs, voire les surpasser pour pouvoir venir pérorer devant micros et caméras, et contenter une clientèle électorale particulière - qui semble avoir quitté l'UMP pour (re)venir vers le FN - n'ai valu à mon Monsieur O. d'être de nouveau en centre de rétention, et à moins d'un coup de bol, en voie d'expulsion.

J'ai toujours eu beaucoup de difficultés à supporter, à endurer, cette "politique", même lorsque je n'en étais qu'un observateur attentif. Dire que c'est plus incisif parce que je suis directement touché ne serait pas exact, mais il y a une espèce de paire de tenailles particulières qui tient le coeur, parce qu'elle saisit à l'intime, à la vie privée, aux battements de vie dans les artères et les veines.

وسيم En respectant la calligraphie arabe (ci-dessus en style Diwani), je devrais écrire "Monsieur W." plutôt que "Monsieur O." Mais ce sont les aléas de l'entrée en France, pour des raisons multiples, qui font que certains noms et prénoms sont "francisés". A quoi bon, si c'est pour traquer, enfermer, expulser ?

J'espère que cela n'est qu'une autre "fausse alerte", même si dans ce domaine les alertes sont rares tandis que les sentences expéditives sont fulgurantes.

Etre impuissant et devoir rester à attendre, parce que je n'ai pas reçu cette fois-ci de coup de fil qui m'aurait prévenu, amène à se fier à l'énergie de la Cimade et des autres associations qui épaulent, soutiennent, et aident les migrants traqués, fussent-ils légitimes à requérir l'asile.

Non pas que j'attache une importance exagérée à la période des fêtes de fin d'année, mais j'aurais volontiers passé ces jours dans la sérénité, le repos, et qu'elle puisse s'inscrire sous le signe de réjouissances autrement plus délectables.

Devoir penser que l'Élysée et le Ministère de l'Intérieur peuvent me pourrir Noël, c'est aussi m'imposer un "devoir de résilience" presque aussi vif et incessant que celui qui s'impose à "mon" Monsieur W. dans son centre de rétention.

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Non, les Français modestes ne sont pas des "fraudeurs sociaux" ! Preuves à l'appui.

Fraude_socialeLa dextre sémantique de l' "assistanat" et de la "fraude sociale".

En préambule, je tiens à souligner deux choses :

- déjà, je m'inscris totalement en faux devant la dérive du vocabulaire telle que la pratiquent l'actuel locataire de l'Élysée, le gouvernement, l'UMP et les média à leur solde (voir la une très "tendancieuse" du Figaro Magazine). L'assistance relève de deux principes républicains fondamentaux et indiscutables, l'égalité et la fraternité. L'assistance est un acte de notre pacte républicain, et rien ne justifie qu'on veuille la muer en "assistanat", au même titre que les orphelins de l'Assistance Publique ne sont pas des "assistés".

- ensuite, puisque je vais évoquer la fraude, et notamment la "fraude sociale", je tiens à rappeler que dans ces domaines nous sommes devant des données chiffrées approximatives, puisqu'il est impossible de quantifier précisément les fraudes.

1 - La fraude et l'évasion fiscales sont évaluées à 60 milliards € par an (3% du PIB). La fraude sociale est évaluée à environ 450 millions € par an (chiffre validé par Xavier Bertrand qu'on ne pourra suspecter de gauchiste qui minimiserait la réalité), que j'accepte de considérer à 500 millions € par an (il y a toujours incertitude et marge d'erreur), ce qui correspond à plus de 100 fois moins que la fraude et l'évasion fiscales.

2 - Cette fraude sociale est due à 40%-45% par des fraudes aux cotisations (environ 200 millions € par an), ce qui reste du fait des employeurs, et non pas des citoyens lambda. Viennent ensuite les fraudes sur la branche maladie (environ 160 millions € par an), les fraudes sur la branche famille (environ 100 millions € par an) : 90% sont récupérés sur ces deux montants. Enfin viennent les fraudes sur la branche retraites (10 millions € par an sur le régime général ; 9 sur le régime agricole ; 6 sur le régime indépendant.

3 - Concernant le RSA (Revenu de Solidarité Active), je tiens à rappeler, sur la base des données chiffrées données par le Comité National d'Évaluation du RSA" qu'on ne pourra pas non plus suspecter de gauchisme, que :
- 1 million de travailleurs (soit 2/3 des ayants droit) ne le réclament pas ;
- sur 1,8 millions de chômeurs en fin de droits qui ne travaillent pas du tout et qui pourraient donc bénéficier d'un RSA complet, 650.000 ne le demandent pas (soit 1/3 des ayants droit). Il perdent donc, en moyenne, 250 € par mois !

Il y a plusieurs raisons pour lesquelles des personnes démunies ne réclament pas leur droit à la solidarité nationale, qu n'ont rien à voir avec l'ignorance, mais avec le choix : elles préfèrent "se débrouiller autrement" (40%) ; elles refusent par principe (30%) ; elles n'ont "pas envie de dépendre de l'aide sociale ou devoir quelque chose à l'État" ; etc...

Sur le dos des pauvres, l'État a donc économisé 5,3 milliards € en 2010, ce qui rapproché à la "fraude sociale" évaluée à 500 millions € par an, et sur laquelle on récupère une partie, a de quoi faire bondir, car ce n'est pas la réalité que décrivent l'actuel locataire de l'Élysée, le gouvernement, l'UMP et les média à leur solde.

4 - Concernant la CMU-C (droit à une couverture complémentaire gratuite), il n'y a pas moins de 400.000 personnes qui s'en dispensent. Concernant l'ACS (l'aide à l'acquisition d'une complémentaire santé), c'est encore mieux : 80% de non-réclamations. (Et c'est la même chose pour les tarifs sociaux du gaz ou de l'électricité).

=> Avoir du entendre - "subir" devrais-je dire - la monstrueuse expression "cancer de l'assistanat" dans la bouche d'un Ministre, applaudi par les siens, ovationné par toute la lie électorale jamais aussi heureuse que quand on lui livre des boucs-émissaires, alors même que l'État se sucre délibérément sur le dos des modestes, des démunis et des pauvres, en les soustrayant sciemment à notre effort de solidarité nationale, et ce par paquets de milliards € par an, c'est avoir atteint le degré le plus vil de la représentation politique et le manquement le plus grave à nos impératifs républicains.

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Hugo Cabret

Hugo_CabretHommage au cinéma.

Dans le Paris des années 30, le jeune Hugo est un orphelin de douze ans qui vit dans une gare. Son passé est un mystère et son destin une énigme. De son père, il ne lui reste qu’un étrange automate dont il cherche la clé - en forme de cœur - qui pourrait le faire fonctionner. En rencontrant Isabella, il a peut-être trouvé la clé, mais ce n’est que le début de l’aventure…

Martin Scorsese a choisi de réaliser, sur une idée du producteur Graham King ("Gangs of New York", "Aviator") l'adaptation qu'a faite John Logan du roman illustré pour enfant de Brian Selznick, "L'invention d'Hugo Cabret" paru en 2007. John Logan n'est autre que le scénariste de "Aviator".

Martin Scorsese réalise ici son premier film "pour enfants" et signe sa première incursion dans la technique 3D. On y retrouve la beauté de ses images (avec une bonne utilisation de la 3D), l'ingéniosité du scénario, la maestria technique, la virtuosité de la mise en scène. A ce propos il convient de saluer le travail de Dante Ferretti (décors) et de Howard Shore (musique).

Dante Ferretti a été découvert par Pier Paolo Pasolini, et c'est un des meilleurs décorateurs du monde. Il a oeuvré pour Pasolini donc, puis pour Bellochio, Comencini, Ferreri, Fellini (à plusieurs reprises), Scola, Risi, Annaud, Gilliam, Chabrol, Zefirelli, Jordan, Minghella, De Palma, Burton, et c'est sa huitième contribution au travail de Scorsese. Sont travail de re-décoration à Paris de certaines salles de la Sorbone, de la bibliothèque Sainte Geneviève, et surtout de la Place Edouard VII et du square Louis Jouvet dans le IXème arrondissement de Paris est époustouflant.

Howard Shore est un compositeur canadien. Et c'est même le compositeur attitré de la musique des films de David Cronenberg depuis 1979. C'est sa sixième composition pour Scorsese depuis "After Hours" en 1986. Il a travaillé aussi pour Jonathan Demme, Barbet Schroeder, Sidney Lumet, Chris Columbus, Joel Schumacher, Tim Burton (hé oui ! sur "Ed Wood"), David Fincher Stephen Frears, Arnaud Despleschin, James Gray, Franck Oz et Peter Jackson.

Les références littéraires à Dickens et Zola sont évidentes. Les références cinématographiques sont innombrables : Georges Méliès évidemment, mais aussi les Frère Lumière, Griffith, Chaplin, Lloyd, et Renoir. La reconstitution de scènes de films de Georges Méliès est remarquable, et l'hommage a des airs d'affirmation de filiation. La référence à la catastrophe ferroviaire survenue en Gare Montparnasse le 22 octobre 1895 relève de la virtuosité.

Vient maintenant la distribution, à commencer par les deux enfants.

Asa Buttefield (Hugo Cabret), jeune comédien britannique était déjà sur les planches et devant les caméras à 10 ans. Son rôle dans "Nanny McPhee et le big bang" de Susanna White en 2008 lui a valu une reconnaissance internationale.

Chloe Moretz (Isabella) est elle aussi une enfant prodige, de la télévision et du cinéma étasunien, puisqu'elle a débuté à l'âge de 7 ans (elle a aujourd'hui 13 ans). Sa filmographie, même s'il ne faut pas en retenir grand chose, est déjà touffue. Je me rappelle l'avoir découverte dans "(500) jours ensemble" de Marc Webb en 1999, donnant la réplique à Joseph Gordon-Levitt. Son rôle de Hit-Girl dans "Kick Ass" de Matthew Vaughn en 2010 (que je n'ai pas vu parce que Nicolas Cage et moi, ça fait deux) lui a valu 2 prix d'interprétation. Nous la reverrons bientôt et souvent, puisqu'elle figure déjà au générique de 9 films à sortir, dont "Dark Shadows" de Tim Burton.

Viennent ensuite Ben Kingley (parfait) dans le rôle de Georges Méliès et Helen McCrory dans celui de son épouse Jeanne. Elle est internationalement connue pour son rôle de Narcissa Malefoy dans "Harry Potter". Elle a incarné Cherie Blair (épouse de Tony" dans "The Queen" de Stephen Frears. Elle sera bientôt au générique de "Skyfall" de Sam Mendès. On leur doit les scènes qui comptent parmi les plus émouvantes du film.

Le rôle du chef de gare est dévolu à l'excellent Sacha Baron Cohen. Déjà connu et reconnu pour son show sur la TV britannique, il a une envergure internationale depuis "Borat" (2006) et "Brüno" (2009) de son ami Larry Charles, qu'il retrouve dans "The Dictator" qui sortira sur les écrans en 2012. Il apparaît aussi au générique de "Swenney Todd" de Tim Burton (2010) qui s'y connaît en "tronches" talentueuses. Il vient aussi de signer pour un rôle sous la direction de Quentin Tarentino. Dans "Hugo Cabret" il dispose du personnage le plus fouillé, et déclenche souvent les rires, entre sa raideur de grand blessé de la guerre de 1914-1918 et ses émois amoureux pour Lisette, la fleuriste, incarnée par Emily Mortimer, qui n'a pas la carrière qu'elle mérite, malgré de beaux débuts dans "Elisabeth" de Shekhar Kapur (1998) et "Coup de foudre à Notting Hill" (1999). Elles est pourtant au génrique de très bons films : "Young Adam" de David MacKenzie (1994), "Match Point" de Woody Allen (2005), "Shutter Island" Martin Scorsese (2010) et "Harry Brown" de Daniel Barber (2011). Emily Mortimer est unique de sensibilité, son minois et son jeu dont des enchantements.

Après la mort de son père (Jude Law) Hugo a été congié à son Oncle George, alcoolique fini, qu'incarne Ray Winstone, connu dès "Scum" de Allan Clarke en 1979 puis "Quadrophenia" de Franck Roddam en 1980. C'est un "second rôle" de tout premier ordre, qui a joué sous la houlette de Ken Loach, Gary Oldman, Angelica Huston, Tim Roth, Anthony Minghella, Martin Scorsese ("Les Infiltrés" en 2006), John Hillcoat, Robert Zemeckis, Steven Spielberg, Chris Columbus. Il sera le Jules César de Steven Soderbergh dans "Cleo", et figurera au générique de "13" le remake étasunien de "13 Tzameti" (absolument génial, et à voir impérativement !) par Gela Babluani soi-même qui refait pour les USA ce qu'il avait fait en France, dans une incompréhensible discrétion.

Enfin, le plaisir de revoir Christopher Lee (89 ans !) dans le rôle de Monsieur Labisse le libraire (il est sublime), et d'apercevoir Johnny Depp en peintre de rue, Michael Pitt en projectionniste, et Martin Scorsese himself en photographe.

Martin Scorsese écrit ici sa lettre d'amour au septième art, en rendant hommage à ses pères (toutefois sans Eisenstein, Gance, Murnau...), et affirme sa filiation. Je le répète, on ne peut lui nier sa maestria technique, sa virtuosité de la mise en scène, l'ingéniosité de son scénario, la splendeur de ses images, qui font de ce film une merveille.

Mais j'ai trouvé que le film manquait d'émotion, que ses personnages étaient insuffisamment fouillés, et qu'il manquait du souffle de "l'aventure", malgré un casting et une interprétation parfaits. Par ailleurs, il s'autorise une auto-publicité pour sa "Fondation pour la préservation des films anciens" qui n'était pas nécessaire, ni même utile.

Reste que sa réflexion sur le temps (le temps passé, le temps vécu, le temps ressenti), et particulièrement sur le temps de l'enfance qu'on ne perd jamais complètement, est poétique et magique. Martin Scorsese évoqe à merveille l'enchantement inventé et toujours réinventé par le cinéma. Qu'Hugo Cabret vive derrière "la pendule d'Harold Lloyd" est un symbole magnifique. 

"Le film exauce le voeu enfantin de s'approprier l'espace commun, l'aménager en cachette géante, le doubler de coulisse, le trouer de trappes et de passages secrets par lesquels chaque enfant (et chaque enfant qui reste en nous) se faufile et s'échappe." Jean-Marc Lalanne.

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22 décembre 2011

Grève dans les aéroports.

A_roport_gr_veQui sème le mépris...

En préambule, j'exprime nettement et clairement mon soutien aux travailleurs en charge de la sécurité et de la sûreté dans les aéroports, actuellement grévistes. D'évidence, puisqu'il assument des missions régaliennes de l'État, la sécurité et la sûreté (on nous l'a assez dit et répété, parfois jusqu'à la nausée), dans les aéroports, où pourraient transiter des terroristes, ils méritent d'obtenir un statut, des conditions de travail et des salaires conformes à ces missions. 

L'UMP en général, et le gouvernement en particulier, essaient de créer un nouvel antagonisme ridicule : droit de grève contre droit de circuler librement. Or, d'une part on n'oppose pas le droit au droit, d'autre part, de la part de pouvoirs aussi liberticides, c'est prendre les gens pour des abrutis.

Ceci rappelé, il ne faut pas se focaliser sur ces seuls travailleurs (qui sont aussi "la France qui se lève tôt", qui sont ceux qui allaient entrer dans "une France de propriétaires", qui allaient inaugurer un monde nouveau où la valeur la plus sacrée serait le travail qui serait récompensé par un accroissement du pouvoir d'achat), et envisager que leur grève s'inscrit dans un processus général, conséquence d'une attitude de l'UMP en général, de l'actuel locataire de l'Élysée en particulier. 

À ce niveau de l'État particulièrement, on ne doit pas semer le mépris sur telles ou tels, sans occasionner la destruction de la cohésion nationale : 

- avoir opposé secteurs privé et public trouve ici ses limites, puisque nous sommes devant des travailleurs du secteur privé (au somment duquel l'actuel locataire de l'Élysée compte ses meilleurs amis) mais qui effectuent des missions de service public, et que seuls des policiers "doivent"/"peuvent" (?) aujourd'hui remplacer ; 
- avoir dit que "maintenant en France, quand il y a une grève, plus personne ne s'en aperçoit", c'était une façon d'inaugurer la contestation d'un droit fondamental et constitutionnel, le droit de grève, une forme aussi de provocation qui ne sied pas du tout à la fonction présidentielle derrière laquelle l'ensemble des Français pourraient se retrouver ; 
- avoir toujours moqué et méprisé - sinon insulté - les chercheurs, les diplomates, les enseignants, les fonctionnaires de tous horizons (y compris les militaires !), les personnels hospitaliers, les syndiqués, les chômeurs, les jeunes de banlieue, les homosexuels, les malades, etc... a largement participé, d'une part au massacre des services publics, d'autre part à la destruction de la cohésion nationale ; 
- etc... 

Aujourd'hui ce mépris tous azimuts, car il "fallait" trouver un bouc-émissaire hebdomadaire pour contenter sa clientèle et ses fans, et pour maintenir un semblant de cote de popularité, avec l'appui de TF1 et consorts (en allant chercher un peu ailleurs que chez les sans-papiers, les pas de souche, les Roms, les musulmans) restera une tâche monstrueuse, au-delà des lois débiles type TEPA ou liberticides type LOPSSI et sa multiplication des fichages (nous sommes passés de 37 à 59 fichiers en 5 ans !)... 

Il me semble qu'aujourd'hui, celles et ceux qui ont été successivement méprisés et désignés pour "cibles", sinon pour "boucs-émissaires électoralistes", avec d'autres qui les comprennent, et souvent les soutiennent, ont compris qu'ILS SONT et FONT la France, et que ce rôle n'est pas dévolu exclusivement à l'Élysée et ses satellites. Ils sont toutes ces classes intermédiaires (et pas "moyennes" !), du secteur public comme du secteur privé, "de souche" comme "pas de souche", certaines un peu aisées, d'autres modestes, d'autres encore démunies, qu'un réel Président ne se serait jamais permis (sauf à se vanter d'être "décomplexé" et "sans tabous", c'est à dire complètement abruti) ni d'opposer, ni de de fustiger. 

Ce ne sont certes "que" des travailleurs grévistes dans des aéroports, mais ils sont aussi un symbole de tous ceux qui sont un maillon central, essentiel et précieux de "La France", indépendamment de leur secteur d'activité, de leurs origines, de leur syndication, etc... Ils sont NOUS, comme nous devons être EUX, et certainement pas la France rabougrie, vulgaire et bling-bling qui méprise, et qu'aurait voulu inventer l'actuel locataire de l'Elysée dans son miroir déformant.

Ceci étant dit avec tout le respect et la compassion des voyageurs qui doivent patienter dans de regrettables conditions, et parmi lesquels, rappelons-le, il y a des soutiens aux grévistes.

A semer le mépris... j'ignore ce qu'on récolte, et je ne le saurai qu'après le verdict des urnes. Mais je sais avec clairvoyance er après mûre réflexion, la sentence qu'on mérite de recevoir.

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Le Havre

Le_HavreL'engagement des hurluberlus.

Marcel Marx, ex-écrivain et bohème renommé, s’est exilé volontairement dans la ville portuaire du Havre où son métier honorable mais non rémunérateur de cireur de chaussures lui donne le sentiment d’être plus proche du peuple en le servant. Il a fait le deuil de son ambition littéraire et mène une vie satisfaisante dans le triangle constitué par le bistrot du coin, son travail et sa femme Arletty, quand le destin met brusquement sur son chemin un enfant immigré originaire d’Afrique noire. 
Quand au même moment, Arletty tombe gravement malade et doit s’aliter, Marcel doit à nouveau combattre le mur froid de l’indifférence humaine avec pour seules armes, son optimisme inné et la solidarité têtue des habitants de son quartier. Il affronte la mécanique aveugle d’un Etat de droit occidental, représenté par l’étau de la police qui se resserre de plus en plus sur le jeune garçon réfugié. 
Il est temps pour Marcel de cirer ses chaussures et de montrer les dents.

Entrer dans un film de Aki Kaurismäki (réalisateur finlandais, frère de Mika Kaurismäki), c'est entrer dans un univers particulier, auquel nous somme familiarisés depuis plus de vingt ans : "Ombres au Parais" (1987), "Leningrad Cowboys go America" (1989) qui m'avait enchanté et fait découvrir le réalisateur, "La Vie de Bohème" (1991), "Tiens ton foulard, Tatiana" (1993), "Au loin s'en vont les nuages" (1996), "L'Homme sans passé" (2002) une merveille, "Les lumières du faubourg" (2006) entre autres.

"Le Havre" est son deuxième film en France, et son premier film en langue française. C'est un mélange savant et bien dosé entre la comédie déjantée et le drame, ici moins désespéré que d'habitude. Aki Kaurismäki fait le choix de l'irréalisme pour montrer une histoire de dégradation politique et la situation des réfugiés, une histoire très étroitement liée donc aux faits d'actualité. Choisir le prisme des hurluberlus de notre monde (c'était aussi le point de vue de Eugène Green dans "Le Pont des Arts" en 2005, de John Cameron Mitchell, dans "Shortbus" en 2005, de Alain Resnais en 2008 dans "Les Herbes Folles", de Alain Guiraudie dans tous ses films, entre autres) fait de la marginalité un point de vue essentiel, car autant politique que cinématographique.

Aki Kaurismäki choisit donc de décrire le monde réel tel qu'il ne va pas, et de filmer des personnages qui luttent contre l'adversité et le fatalisme ambiant. C'est une espèce de "Welcome" surréaliste, touchant par là à l'universel. De plus, c'est très drôle !

La ville du Havre est un des personnage du film, son bord de mer, son port, sa lumière... comme cela a déjà été le cas dans "La Fée" de Fiona Gordon, Dominique Abel, et Bruno Romy, lui aussi sélectionné à Cannes 2011, non dans le cadre de la compétition officielle, mais dans celui de la Quinzaine des Réalisateurs. A ce propos, "Le Havre" est un peu l'anomalie de ce Festival de Cannes, car s'il eut 4 nominations il n'a eu, très injustement, aucun prix, pas plus qu'il n'en reçut au "European Films Awards" avec 4 nomination, ou au Festival du Film de Sarlat avec 3 nominations. Il n'y aura eu que Prix Louis Delluc pour réparer cette mystérieuse injustice. Il est aussi nominé aux Oscar, pour le "Meilleur film étranger" pour la Finlande.

Aki Kaurismäki assume ses références et ses hommages à Robert Bresson, à Jean-Pierre Melville, à Jacques Tati et surtout au duo Marcel Carné & Jacques Prévert. Il apporte un soin très particulier à son film : la composition des images et leur beauté sont soignées comme rarement, les détails nous ramène à un temps inconnu, à un imaginaire 1950-1970, avec cependant un Dalloz de 2002 et des billets en € ; les noms et les prénoms des protagonistes sont autant de clins d'oeil avec "Marcel Marx" (comme Carné et Karl, et non pas Groucho), "Arletty", le policier "Monet", la chienne "Laïka" (premier être vivant envoyé dans l'espace).

Les personnages sont poétiques et lunaires, d'une politesse exquise, parlent peu et bien, et leur interprétation par les comédiens est très maîtrisée, et superbe. Et ce sont des comédiens au somment de leur art qui les incarnent.

Andre_WilmsAndré Wilms (Marcel Marx) est éblouissant, et qu'il n'ait pas eu un prix d'interprétation reste un mystère. Devenu populaire avec son rôle de Monsieur Le Quesnoy dans "La vie est un long fleuve tranquille" de Etienne Chatiliez en 1988, c'est sa troisième intrusion dans l'univers de Aki Kaurismäki. Il a joué aussi pour François Dupeyron ("Drôle d'endroit pour une rencontre" en 1988), pour Patrice Leconte ("Monsieur Hire" en 1989), pour Claude Chabrol ("L'Enfer" en 1994), pour François Ozon ("Ricky" en 2009), pour Amos Gitaï ("Roses à crédit" en 2009), pour Renaud Fély ("Pauline et François" en 2010). Et nous l'avons vu cette année dans le très bon "Robert Mitchum est mort" de Olivier Babinet et fred Kihn donnant la réplique à Olivier Gourmet.

Kati Outinen (Arletty, l'épouse de Marcel Marx)en est a sa douzième collaboration (téléfilms inclus) avec le réalisateur. Selon ses instructions, elle "ne joue pas", et réussit à émouvoir ou faire rire les spectateurs tout en affichant une image raide et presque autoritaire, tout en affichant une attitude hiératique caractéristique des personnages de Aki Kaurismäki. En 2002, elle avait décroché le Prix d'Interprétation à Cannes, ô combien mérité, pour son travail magnifique dans "L"homme du Passé".

Evelyne_DidiViennent ensuite Blondin Miquel (Idrissa, l'adolescent africain arrivé dans un conteneur au port du Havre) ; Jean-Pierre Darroussin (le policier-enquêteur Monet) qui se faufile brillamment dans cet univers ; Elina Salo (Claire, la patronne du bistrot) pour sa cinquième collaboration avec le réalisateur ; Quoc Dung Nguyen (Chang, l'assistant cireur de chaussures de Marcel) découvert dans "Mon frère se marie" de Jean-Stéphane Bron en 2007 ; Pierre Etaix (le Docteur Becker) encore et toujours parfait ; Jean-Pierre Léaud (le voisin dénonciateur) en forme de clin d'oeil lui qui fit "Les 400 coups" ; Little Bob (Roberto Piazza) que le réalisateur qualifie "L'Elvis de ce royaume". Yvette, la voisine boulangère, est incarnée par Evelyne Didi (photo) dont c'est la deuxième collaboration avec Aki Kaurismäki après "La vie de bohème" en 1991, une espèce de Rolls-Royce des seconds rôles du cinéma français, qui a joué pour Michel Deville, Jean Becker, Claude Chabrol, Jérôme Boivin ("Baxter"), Philippe Garrel, Etienne Chatiliez, et récemment chez Alix Delaporte dans "Angèle et Tony" où elle était formidable.

Je sais que ce film pourrait ne pas convenir à tous les spectateurs, parce que l'univers de Aki Kaurismäki est très particulier, aux confins du surréalisme, et ne s'intéresse pas au bling-bling, au consumérisme, à l'esprit bourgeois... Pour moi, "Le Havre" est une ode à la liberté et à la solidarité des modestes, aussi tendre que drôle et engagé, délivrant un beau "message" d'humanisme : c'est en aidant les autres qu'il peut nous arriver des choses formidables. J'ai quitté "Le Havre" heureux.

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