Happy Birthday ChonChon!
Voilà, c'est mon anniversaire, et malgré les circonstances, je me le souhaite fantaisiste, surprenant, et avec des bulles rosées, pour rester dans la tonalité. "La truie est en moi !".
Reste que c'est encore et toujours une alerte calendaire qui me rappelle que le temps passe, et ça, c'est très désagréable.
Je pense à tous les petits messages attentionnés que je vais recevoir comme autant de savoureuses délices, et ça, en revanche, c'est ravigotant !
"Je trahirai demain", de Marianne Cohn
Vagabondage littéraire vers l'idée, et l'acte de résistance.
C'est l'avantage d'avoir à sa disposition toute une multitude de livres : dès qu'il fait un temps triste, on peut se calfeutrer chez soi et piocher au hasard pour lire, ou relire un passage, un poème qui nous revient à l'esprit.
C'est probablement une succession de pensées qui m'ont ramené à "Je trahirai demain" de Marianne Cohn, un poème qui m'avait particulièrement marqué.
D'origine allemande, Marianne Cohn était une jeune femme, membre de la Résistance Juive, qui sauva des enfants par des placements dans des familles françaises ou par le passage vers la Suisse. Elle était membre des Eclaireurs Israélites de France (EIF).
La Gestapo de Lyon l'arrête, en mai 1944, près de la frontière suisse alors qu'elle tentait de faire de faire passer 28 enfants. Ces enfants là seront sauvés.
Dans sa prison, elle écrit ce poème.
Marianne Cohn a été longuement torturée. Elle est morte assassinée par les nazis, le 8 août 1944, à l'âge de 22 ans et son corps jeté dans la fosse commune, à Ville-la-Grand, en Haute-Savoie, près d'Annemasse.
Vous trouvez un résumé plus long de sa coute biographie ici : http://fr.wikipedia.org/wiki/Marianne_Cohn . Et grâce à internet, vous trouvez de nombreux articles à son propos.
Voici donc ce poème admirable :
Je trahirai demain, pas aujourd'hui
Aujourd'hui, arrachez-moi les ongles
Je ne trahirai pas !
Vous ne savez pas le bout de mon courage.
moi, je sais.
Vous êtes cinq mains dures avec des bagues.
Vous avez aux pieds des chaussures avec des clous.
Je trahirai demain. Pas aujourd'hui,
Demain.
Il me faut la nuit pour me résoudre.
Il ne me faut pas moins d'une nuit
Pour renier, pour abjurer, pour trahir.
Pour renier mes amis,
Pour abjurer le pain et le vin,
Pour trahir la vie,
pour mourir.
Je trahirai demain. pas aujourd'hui.
La lime est sous le carreau,
La lime n'est pas pour le bourreau,
La lime n'est pas pour le barreau,
Le lime est pour mon poignet.
Aujourd'hui, je n'ai rien à dire.
Je trahirai demain
The Day He Arrives
Seungjun, un professeur de faculté autrefois cinéaste, vient rendre visite à son ami Youngho à Séoul. Il déambule dans le quartier de Bukchon, au nord de la capitale. Il rencontre de jeunes étudiants en cinéma qui finissent par l'exaspérer puis renoue, le temps d'une nuit, avec son ancienne maîtresse Kyungjin. Le lendemain, il rejoint dans le restaurant "Le Roman" Yungho et son amie Boram et fait connaissance de Yejeon, la jeune et jolie patronne de l'établissement. Les rencontres et discussions se poursuivent au fil des jours, dans un espace-temps indéfinissable, jusqu'à ce qu'une jeune inconnue ne le prenne en photo, ne fixant de lui qu'un visage mélancolique et distrait...
Voilà près de dix ans que le cinéaste sud-coréen Hong Sang-soo vient nous proposer des films dans la lignée de ceux d'Éric Rohmer, son modèle, et nous proposer son regard sur la société : Depuis 2003 avec "Le jour est le cochon est tombé dans le puits", j'ai vu "La vierge mise à nu par ses prétendants", "Tuming Date", "La femme est l'avenir de l'homme", "Woman on the beach", "Night and day", "Les femmes de mes amis", "Ha Ha Ha" (Prix "Un Certain Regard" à Cannes), "Oki's Movie", et je suis sensible à cette atmosphère rohérienne. C'est le Festival de Cannes, où le réalisateur a été invité six fois, qui lui a permis d'être connu en France. Son prochain film, "In another country", rencontrera peut-être un public plus large, puisque son héroïne n'est autre qu'Isabelle Huppert.
Alors que le cinéaste est plutôt connu pour son écriture précise de chaque scénario, il a choisi ici de se contenter de quelques petites notes, comme sorties d'un journal intime, et de tourner son film en sept jour seulement, en se laissant aller à son inspiration au jour le jour. Il a choisi le noir et blanc, comme pour "La vierge mise à nu par ses prétendants" en 2003.
Ce noir est blanc, lorsqu'il film la neige qui tombe sur Séoul, permet à Hong Sang-soo de donner à son film un romantisme et une mélancolie rares, une douceur inhabituelle.
Le quartier de Bukchon, sur la rive droite de Séoul, parce que c'est un vieux quartier, empêche d'inscrire le film dans une époque précise, et le réalisateur semble s'en amuser. Il va jusqu'à brouiller la chronologie : l'ex de Seongjun (Kyoungjin) et la jeune femme qu'il rencontre dans le petit bar où il va avec ses amis (Yejeon) sont incarnées par la même actrice, Kim Bokyung, ce qui fait que lorsqu'il l'embrasse pour la seconde fois, on a l'impression d'une confusion des temps, que l'ex et la nouvelle se confondent, 'autant que cette dernière l'appelle subitement "chéri", comme s'ils se connaissaient depuis longtemps. A moins que Hong Sang-soo ait voulu nous dire que l'amour n'est qu'un éternel recommencement. Il y a un trouble à brouiller ainsi le temps et la chronologie.
Cela convient tout à fait à la description de l'errance, de la déambulation de Seongjun dans ce quartier tranquille de Séoul, énigmatiques et troublantes. Et comme Seongjung, le film oscille entre le futile et le tragique, le frivole et l'existentiel, l'humour et la mélancolie. Cela fait une large part de son charme.
La distribution est assez resserrée : Yu Junsang (voir photo), dont le sourire est très enjôleur, met tout son charme renversant au service de son personnage Seongjung. C'est sa troisième collaboration avec le réalisateur. Younggho, le meilleur ami de Seongjun, Youngho, plus en retrait car assez réservé, est incarné par Kim Sangsoo. Boram, l'amie de Youngho est incarnée par la pétillante Song Sunmi (deuxième collaboration avec le réalisateur), qui apporte sa fraîcheur au film. Enfin, c'est Kim Bokyung (déjà vue dans "Paju" de Park Chan-ok) qui incarne Kyoungjin et Yejeon, l'ancienne et la nouvelle petite amie de Seongjin.
"The day he arrives" est un chapitre nouveau dans l'oeuvre de Hong Sang-soo, une oeuvre qui m'apparaît passionnante, excitante, sachant s'attarder avec légèreté aux situations et aux dialogues anodins de l'existence. Le fait que le réalisateur ait délibérément choisi d'être à la fois léger et profond, frivole et sérieux, un peu hors du temps, donne au film un charme tout particulier, qui a opéré sur moi.
De rouille et d'os.
La résilience, c'est l'amour ?
Ça commence dans le Nord.
Ali se retrouve avec Sam, 5 ans, sur les bras. C’est son fils, il le connaît à peine. Sans domicile, sans argent et sans amis, Ali trouve refuge chez sa sœur à Antibes. Là-bas, c’est tout de suite mieux, elle les héberge dans le garage de son pavillon, elle s’occupe du petit et il fait beau.
A la suite d’une bagarre dans une boîte de nuit, son destin croise celui de Stéphanie. Il la ramène chez elle et lui laisse son téléphone.
Il est pauvre ; elle est belle et pleine d’assurance. C’est une princesse. Tout les oppose.
Stéphanie est dresseuse d’orques au Marineland à Antibes. Il faudra que le spectacle tourne au drame pour qu’un coup de téléphone dans la nuit les réunisse à nouveau.
Quand Ali la retrouve, la princesse est tassée dans un fauteuil roulant : elle a perdu ses jambes et pas mal d’illusions.
Il va l’aider simplement, sans compassion, sans pitié. Elle va revivre.
Le travail de Jacques Audiard est désormais très attendu. Ce fut d'abord en sa qualité de scénariste : "Mortelle Randonnée" de Claude Miller en 1983, "Baxter" de Jérôme Boivin en 1989, "Grosse Fatigue" de Michel Blanc en 1994, "Vénus Beauté (institut) de Tonie Marshall en 1999. Ce fut ensuite en qualité de réalisateur : "Regarde les hommes tomber" en 1994, "Un héros très discret" en 1996, "Sur mes lèvres" en 2001, "De battre, mon coeur s'est arrêté" en 2005, "Un prophète" en 2010.
Il s'attaque ici à une adaptation très libre d'un recueil de nouvelles de Craig Davidson (souvent comparé à Chuck Palahniuk), "Un goût de rouille et d'os" paru en 2005. Adaptation très libre, puisqu'il conserve la tonalité du livre, mais crée ses personnages pour le film.
Difficile de décrire ce film : il s'agit d'une chronique sociale en forme de mélodrame, à laquelle Jacques Audiard donne un style expressionniste, où la forme des images vient servir ledit mélodrame. Il nous propose une réinterprétation du monde à partir de la captation de morceaux de vie qu'il organise avec beaucoup de soin. La mise en scène est impressionnante de maîtrise, chaque scène, chaque plan est impeccablement composé, éclairé, découpé, tout en restant au service du récit et des personnages, donc des acteurs : il scrute leurs corps, leurs phrasés, leurs intéractions, leur regards, leurs palettes de sentiments.
On sent les références brillantes : "Freaks" de Tod Brownig, "La Strada" de Fellini, "Fight Club de David Fincher, et tout le travail des Frères Dardenne. On y voit l'esthétique tranchée, brutale, contrariée des films de foire, où l'extraordinaire étrangeté des propositions visuelles sublime la noirceur du réel.
Pour incarner tout ce tragique baigné de réalisme, il fallait quelques acteurs susceptible de porter une charge très forte. Et il n'est pas étonnant de voir "De rouille et d'os" venir après "Louise Wimmer" de Cyril Mennegun et "Bullhead" de Michael R. Roskman, probablement les deux meilleurs films de ce début d'année 2012, le premier porté par Corinne Masiero, le second porté par Matthias Schoenaerts.
Il est Ali, elle est sa soeur Anna, tous deux de la même trempe, tous deux aux corps qui écrasent la pellicule, sans même avoir besoin du moindre accompagnement musical. Leurs voix, leurs tons, leurs regards en font les héritiers directs d'un Olivier Gourmet ou d'une Yolande Moreau, susceptibles d'être face aux caméras implacables des Frères Dardenne. Et même si le film, à mon sens, ne propose pas suffisamment de scènes où ils sont face-à-face, celles qui nous sont proposées sont remarquables.
Seule Anna semble comprendre la force tellurique de son frère Ali, que ce dernier arrive à peine à canaliser devant son fils Sam (incarné par le petit Armand Verdure, beau comme une carte postale).
Je ne doute pas que nous reverrons souvent ce duo d'acteurs. C'est certain pour Matthias Schoenaerts puisqu'il est présent au générique de 5 films à sortir prochainement. C'est très probable pour Corinne Masiero, car il serait totalement incompréhensible de laisser échapper un tel talent, même si cela arrive parfois, comme ce fut hélas le cas pour la grandiose Catherine Mouchet.
Je suis plus très circonspect devant devant le jeu de Marion Cotillard, qui pourtant hérite d'un rôle sublime, mais que le réalisateur est presque chaque fois obligé de soutenir par les envolées musicales lyriques de d'Alexandre Desplat. Il aurait sans doute fallu une Emmanuelle Devos pour embrasser pleinement le rôle de Sandrine.
Dans le rôle de Céline, la soeur de Sandrine, on retrouve l'impeccable Céline Sallette, qui a tout d'une grande. Après "L'Apollonide" de Bertrand Bonello, puis "Ici-bas" de Jean-Pierre Denis, elle continue son chemin, avec une délicatesse rare, offrant à son personnage une très belle présence, une sorte de soupape, grâce à son jeu très serein.
Dans le rôle de Martial (celui qui organise les combats, et qui installe les caméras de surveillance vouées à épier les faits et gestes des salariés dans les entreprises, dans le but pour les patron de les licencier aisément) l'acteur-réalisateur Bouli Lanners. Il est épatant dans ce rôle qui sort des partitions qu'on lui donne à jouer habituellement. Il a souvent joué dans des films aux univers particuliers, ceux de Kervern & Delépine ("Aaltra", "Avida", "Louise-Michel", "Mammuth"), de Benoît Mariage ("Les convoyeurs attendent", "L'Autre", "Cowboy" et prochainement "Akwaba"), d'Albert Dupontel ("Enfermés dehors", "Le Vilain"), mais aussi d'Yves Boisset ("Le Pantalon", excellent téléfilm), de Yolande Moreau ("Quand la mer monte"). Il est par ailleur le réalisateur, notamment, de "Eldorado" en 2008 et du très beau "Les Géants" en 2011.
Enfin, dans le rôle de Richard, l'époux d'Anna, on fait la connaissance de Jean-Michel Correia, l'ancien assistant-réalisateur de Jacques Audiard, et dans le rôle de Foued, un ami d'Anna, on retrouve Mourad Frarema, qu'on avait déjà vu dans "Un prophète". Ils sont très bien tous les deux, aidant à parfaire la description de ce monde presque à la marge, tant d'un point de vue économique et social que du point de vue du repli affectif.
"De rouille et d'os" a clairement été conçu pour être un chef d'oeuvre. Jacques Audiard n'y a pas ménagé sa peine, tirant sur de superbe références, assumant le mélodrame qu'il revisite et sublime avec une mise-en-scène magistrale. Il sait puiser toute la "force du nord" de ses interprètes (Schoenaerts, Masiero, Lanners) pour approcher la virtuosité de Bruno Dumont ou des Frères Dardenne, il sait s'approcher au plus près des corps, que ce soit dans les scènes de combat que dans les scènes de sexe, et profite d'effets spéciaux très réussis (on ne perçoit pas les trucages qui suppriment le bas des jambes de Sandrine, et c'est très saisissant).
Il parvient à proposer un très bel hymne à la vulnérabilité, et il ose proposer, à la fin, un optimisme salvateur en forme de pied-de-nez aux coups du sort qui s'acharnent sur les personnages. Il choisit la découverte de la sensibilité par l'amour pour stimuler la résilience de ses deux héros.
Mais je crains que la volonté, l'acharnement presque, de "faire un chef d'oeuvre", empêche précisément d'en faire un malgré soi. Il a fait usage de quelques subterfuges, d'effets, notamment en puisant chez certains plutôt qu'en leur rendant hommage. Il manque parfois de la "véracité" dans le personnage de Sandrine, de cette force incroyable que savent filmer les Frères Dardenne, Bruno Dumont, Robert Guédignian...
C'est la seule réserve que je puisse faire, mais c'est une réserve. Restent et demeurent, il faut le dire et le redire, ces acteurs qui savent aller au-delà des désirs de Jacques Audiard, Matthias Schoenaerts, Corinne Masiero, Céline Sallette, Bouli Lanners, Mourad Frarema, Jean-Michel Correia et le très attachant Armand Verdure, dont le regard à lui seul est une lumière, un espoir.
Déménager... pour aller où ?
C'est officiel depuis cette fin de wee-end, je dois déménager dans un délai de six mois. Et cela ne signifie pas uniquement pour moi que je dois quitter mon appartement, mon quartier que j'adore, mais très probablement, que je dois quitter Paris.
Certes, je pourrais espérer un miracle, mais ça ne figure pas dans ma façon d'appréhender l'existence. Je ne crois pas aux miracles, et je ne "crois" pas en général. Je doute fort que la Mairie de Paris puisse me consentir un logement, même modeste, au seul prétexte que je suis humble, invalide et malade.
C'est assez "amusant", puisque pour le coup, "le changement c'est maintenant" va me concerner directement, et pas de la façon la plus agréable. M'éloigner de Paname, mais aussi, de "mon" médecin, de "mon" hôpital.
Compte tenu de ce que sont mes feuilles de paie, il est presque totalement inenvisageable de recourir aux petites annonces d'agences immobilières ou de particuliers. Quant à mon agenda, à mon "réseau", comme tout malade qui va cahin-caha, il s'est rétréci comme peau de chagrin, et tient sur un post-it. Et celles et ceux qui y figurent encore ont pour la plupart des bras aussi courts que les miens.
Faire le siège de la Mairie de Paris, reprendre contact avec MisterNo pour savoir s'il dispose encore de son ancien appartement, essayer du côté de Sister Choube à Nanterre, envisager une co-location (avec qui ?), partir là où les loyers sont en adéquation avec mes revenus...? Autant de perspectives aussi hasardeuses que plombantes.
Étrangement, je me demande si je ne dois pas commencer par la fin, à savoir m'imposer une forme de "protocole compassionnel" (celui de la dernière chance pour les moribonds) et contacter d'abord un garde-meubles. Ensuite, je n'aurais qu'à mouvoir ma modeste couenne et la petite masse de viande et d'os qu'elle enrobe.
Je me rappelle l'été dernier où je fus désolé, à près d'un demi-quintal calendaire, de devoir accepter un petit boulot estival d'homme de ménage dans un hammam, comme un étudiant qui aurait un "job" d'été. Cette année me voici contraint, probablement, d'envisager d'accepter, au moins momentanément, d'être une espèce de bohème contraint.
Mes vêtements, mes chaussures, mes livres, mes DVD, mes souvenirs... tous empilés comme sur cette automobile qui manifestement peine à avancer.
Pourtant, il faut s'y résoudre, je dois partir. Et comme dit le poète Edmond Haraucourt dans "Rondel de l'adieu" (issu de son roman en vers, "Seul", 1890), partir c'est mourir un peu.
- Partir, c'est mourir un peu,
- C'est mourir à ce qu'on aime :
- On laisse un peu de soi-même
- En toute heure et dans tout lieu.
- C'est toujours le deuil d'un vœu,
- Le dernier vers d'un poème ;
- Partir, c'est mourir un peu.
- Et l'on part, et c'est un jeu,
- Et jusqu'à l'adieu suprême
- C'est son âme que l'on sème,
- Que l'on sème à chaque adieu...
- Partir, c'est mourir un peu.
Chercher le garçon
Le prince charmant se cache-t-il sur internet ?
Un soir de réveillon en compagnie d'une bouteille de champagne, Émilie, 35 ans, s'inscrit sur Meet Me, célèbre site de rencontres sur Internet, avec une bonne résolution pour la nouvelle année : trouver l'amour. Il y a beaucoup d'hommes sur "Meet Me" : des cyniques, des comiques, quelques loustiques et même de grands romantiques. Émilie est loin d'imaginer ce qui l'attend "In Real Life"... dans la vraie vie.
Après divers projets qui n'ont pas pu voir le jour, après aussi avoir fait l'actrice dans "Cap Nord" de Sandrine Rinaldi sorti cette année, Dorothée Sebbagh (diplômée de La Fémis) nous propose son premier film. Il s'agit d'une comédie "sentimentique et romantale", influencée par Éric Rohmer, évoquant "Bridget Jones", qui se déroule un peu au rythme du "speed dating", c'est à dire de ces brèves rencontres que l'on fait "dans la vraie vie" après les premiers contacts et les premiers dialogues tissés sur internet. Et tout cela donne une comédie pétillante et solaire.
Le budget du film ayant été minuscule (moins de 50.000 €), tout a été tourné avec un un appareil photo numérique, tous les extérieurs en décors naturels, à Marseille, sur la Canebière et les Îles du Frioul, avec un détour à Nîmes. Chaque rencontre a été tournée sous la forme d'un plan séquence d'une dizaine de minutes.
Les dialogues sont fluides, spontanés, "naturels", les acteurs ne s'étant pas rencontrés avant le tournage, et ayant été soumis à l'exercice de la l'improvisation. Et on ne peut que saluer la qualité des acteurs, qui ont tous su être drôles, voir loufoques.
Alors que l'exercice aurait pu aboutir à une compilation de portraits à la sociologie facile, virant tantôt dans les clichés, tantôt dans les caricatures, ce n'est pas du tout à cela qu'on assiste. Car ce n'est pas une galerie de portraits, mais une galerie de rencontres, que les comédiens déclinent avec grâce et intelligence. Et le regard porté sur eux la réalisatrice est tout en tendresse et en sensibilité.
C'est la comédienne Sophie Cattani (voir photographie ci-contre), dans le rôle d'Émilie, qui semble emporter tout dans son sillage, tant elle est épatante. Sa carrière fut émaillée de petits rôles, dans "Après la vie" de Lucas Belvaux en 2003, "Selon Charlie" de Nicole Garcia en 2006, "Je suis heureux que ma mère soit vivante" de Nathan et Claude Miller en 2009, "Une petite zone de turbulences" de Alfred Lot en 2010, "Polisse" de Maïwenn en 2011 (elle était impeccable dans le rôle d'une mère droguée), mais c'est son rôle de la mère dans l'impeccable "Tomboy" de Céline Sciamma qui l'aura fait connaître d'un plus vaste public.
Sa meilleure amie Audrey est incarnée par Aurélie Vaneck, une des actrices phares de la série "Plus belle la vie".
Et viennent ensuite les acteurs qui incarnent tous les hommes qu'Émilie rencontre. Gérard Dubouche incarne Gérard dont le couple bat de l'aile, et qui devient un ami d'Émilie, avec laquelle il fait du jogging : il est formidable. Viennent ensuite tous ceux qui ont un pseudonyme sur le site "Meet Me" : Franck Libert en Thierry "les yeux bleux", une sorte de Kersauson raté ; Laurent Lacotte est Julien "Romantique", exaspérant en pseudo-poète qui ne parle que par citations ; Frédéric Restagno est "Boxeur", qui n'a pas peur de dire qu'il a fait 23 combats pour... 23 défaites ; Cyril Lecomte est "Yough Grant"... dont l'acteur Hugh Grant est l'idole et le modèle, qui nous livre une séquence hilarante ; Antoine Mahaut est "Danseur"... qui ne fait que danser, plutôt mal ; Lionel Briand est "Renard du désert" ; Olivier Seror est "Monsieur X", qui veut jouer avec Émilie et ses Paymobil (!) ; Roland Manou est "Bonobo", ce qui se passe de commentaires, et qui nous livre une espèce de trip new-age très drôle ; Cyril Brunet est "Foot 13", car n'oublions pas que nous sommes à Marseille ; Fabien-Aissa Busetta est Hicham, celui qui n'ose pas aller au premier rendez-vous et qui envoie son ami Christophe (Christophe Carotenuto) à sa place, mais qui finira quand même par sortir avec Audrey, la meilleur amie d'Émilie.
Il y a enfin Amir, incarné par Moussa Maaskri, celui qu'Émilie rencontre par hasard. Excellent comédien qui compte une copieuse filmographie, tant dans des séries TV que dans films de cinéma, mais qui jusqu'ici n'a pas eu la chance de jouer dans des films mémorables à de rares exceptions près, ni se voir offrir des rôles à la mesure de sa "gueule de cinéma". Prochainement sortira "Doghfight" de Antoine Élizabé, où il tient l'un des deux rôles principaux. Cela pourrait lui ouvrir des portes, ce que je souhaite.
Cette comédie est donc réussie, très amusante, elle passe vite (elle ne dure que 70 minutes), et cette quête du prince charmant sur internet, contre toute attente, porte un regard sensible sur ses protagonistes.
A l'image de son budget très réduit, ce n'est pas sa campagne de promotion qui devrait en faire le succès mérité, mais bien davantage le bouche-à-oreille, dont je ne doute pas, et auquel j'espère participer. C'est sans prétention, mais très au-delà des "comédies" que nous imposent le formatage télévisuel chaque semaine, grâce à son grain de fantaisie, ses dialogues drôles jusqu'au loufoque, sa distribution et son interprétation impeccables, emmenés par une épatante Sophie Cattani.
Barbara
Partir pour être libre ? Rester pour aimer ?
Eté 1980. Barbara est chirurgien-pédiatre dans un hôpital de Berlin-Est. Soupçonnée de vouloir passer à l’Ouest, elle est mutée par les autorités dans une clinique de province, au milieu de nulle part. Tandis que son amant Jörg, qui vit à l’Ouest, prépare son évasion, Barbara est troublée par l’attention que lui porte André, le médecin-chef de l’hôpital. La confiance professionnelle qu’il lui accorde, ses attentions, son sourire... Est-il amoureux d’elle ? Est-il chargé de l’espionner ?
Le renouveau du cinéma allemand ne cesse de s'affirmer. Christian Petzold qui a signé des courts métrages, des téléfilms et des documentaires, en est une des figures de proue depuis 10 ans, avec "Contrôle d'identité" en 2002, "Gespenter" en 2005, "Yella en 2009, "Jerichow" en 2010.
"Barbara" propose un film historique sur les tristes heures de la scission entre les deux Berlin, au suspense classique autour d'une évasion et au climat permanent de suspicion suscité par la Stasi. Mais la force du film tient au fait que le réalisateur y inclut une histoire d'amour, et qu'il le fait de façon très pertinente. En effet, une romance dans ce genre de film a souvent tendance à plomber le scénario, alors qu'ici on assiste à un beau tour de force : équilibre parfait entre le politique et l'amour.
Christian Petzold affirme des références intéressantes : "Le port de l'angoisse" de Hawks, "Marchand des quatre saisons" de Fassbinder, "French Connection" de Friedkin, et pour les scènes romantique, l'oeuvre de Claude Chabrol.
Il se garde bien de manichéisme pour évoquer cette époque de l'Allemagne de l'Est, et évite toute moquerie facile, toute caricature. Il a choisi de tourner "Barbara" de façon chronologique pour obtenir un jeu des acteur plus organique, dans un véritable hôpital des années 1980 pour éviter une "reconstitution", et surtout, il a choisi une forme de communication "non verbale" entre les protagonistes.
La lumière porté sur la campagne environnante, comme sur la forêt, qui ont une grande importance dans le film, est d'une époustouflante beauté, parvenant à graver le climat glaçant qui circonscrit cette histoire dans l'Histoire.
De tout cela ressort un sens de l'économie remarquable, un usage délibéré de la répétition de certaines scènes. C'est méticuleux et épuré, voir dépouillé, et cela participe très efficacement à la description du climat propre à toute société totalitaire. Plutôt que de montrer une nation alors opprimée, Christian Petzold choisit de présenter les effets insidieux qui minent la vie quotidienne et la paranoïa qui gangrène les rapports entre les individus. Et cela a nécessité une interprétation au cordeau.
Et là, c'est magnifique. Nina Hoss, qui incarne Barbara, s'affirme comme l'actrice fétiche du réalisateur (elle figure aux génériques de "Yella" et "Jerichow"), après avoir joué dans "Hölderlin, le cavalier de feu" de Nina Grosse en 1998, "Le Volcan" de Ottokar Runze en 1999, "La nuit d'Epstein" de Uns Egger en 2002, "Les particules élémentaires" de Oskar Roehler en 2006 et "Nous sommes la nuit" de Dennis Gansel en 2010. Elle est ici superbe, sachant muer l'économie de dialogues en un jeu plus corporel, tout en expressions délicates.
Ronald Zehrfeld (acteur connu et reconnu en Allemagne pour ses rôles dans de multiples séries TV et téléfilms) incarne André, lui aussi tout en silence. Reiner Bock incarne Klaus Schültz, l'officier de la Stasi, ambigu à souhaits, sans en faire une caricature. C'est un acteur que nous connaissons mieux en France, puisqu'ils figure notamment aux génériques de "Inglourious Basterds" de Tarantino, "Le Ruban Blanc" de Michael Haneke, "Cheval de guerre" de Steven Spielberg. Pas moins de cinq films avec lui vont sortir prochainement. Jörg, l'homme amoureux de Barbara, à l'ouest, et qui met tout en oeuvre pour la faire sortir d'Allemagne de l'Est est incarné par Mark Waschke (connu lui aussi pour ses rôles dans des séries TV, et des film allemands non sortis en France, à l'exception de "Sous toi, la ville" de Christoph Hochläucher en 2010).
Enfin, je voulais souligner la belle présence de Jasna Fritzi Bauer (la jeune Stella, hospitalisée parce qu'elle refuse de se plier aux exigences du régime totalitaire), que j'ai découverte récemment dans "À l'âge d'Ellen" de Pia Marais face à Jeanne Balibar. Elle rappelle un peu la Rosetta des Frères Dardenne. Mario, un autre jeune hospitalisé après une tentative de suicide (ce qui n'est pas "grave" en Allemagne de l'Est, mais plutôt "suspect") est incarné par le jeune Jannik Schümann (lui aussi venu de séries TV), qui pourrait (et devrait) se voir proposer des rôles plus étoffés prochainement.
Dès que j'ai vu la bande annonce, je me suis dit, non sans perfidie ni amusement, "Voilà un film qui va déplaire au magazine Première", et je reconnais volontiers que cela avait contribué à aiguiser davantage mon intérêt. J'ai été clairvoyant, car le film est remarquable en tous points, le scénario est remarquable, la mise en scène et les dialogues épurés suffisent à étayer son propos, l'image est magnifiquement travaillée, et l'interprétation est remarquable. C'est un drame subtil avare de mots, qui propose des portraits d'êtres humains tout en nuances, et qui soulève des question qui dépassent le cadre strict de l'idéologie.
La multitude de nominations obtenues par "Barbara" à la Berlinale 2012, comme son Ours d'Argent du Meilleur Réalisateur, sont pleinement justifiés. Et Nina Hoss, si elle n'a pas obtenu le Prix d'interprétation, confirme sa grâce, et surtout son exceptionnel talent.
Le "Récital Emphatique" de Michel Fau
Travesti en Castafiore pathétique pour un "Récital emphatique" délirant, le comédien Michel Fau anoblit le grotesque.
La Castafiore sort de sa loge. Elle se risque à quelques entrechats malheureux, bondit avec l'assurance d'une biche obèse avant de s'attaquer à un Everest de lyrisme, son Récital emphatique : Camille Saint-Saëns,Racine, Rameau, Gershwin... rien que ça. Autant de références hautement casse-gueule pour une interprète qui ne sait pas chanter, ne peut plus danser et qui, de toute façon, est un homme plutôt corpulent d'une quarantaine d'années. Engoncé dans une robe dorée à paillettes, le torse comprimé par de faux seins, Michel Fau esquinte les textes, raille l'attitude de stars et donne un coup de vieux aux modes avec une grâce sidérante. "Je me moque, certes, mais ce spectacle est aussi une cérémonie funèbre, un hommage à des femmes disparues", insiste-t-il doucement.
Si Michel Fau se trouve aujourd'hui de plus en plus convoité, ce fils de petits-bourgeois de province "à la Chabrol" a le sentiment de tirer son épingle du jeu depuis peu. "J'aimais le théâtre avec un accent circonflexe. Les choses drôles, épiques. Quand j'ai débuté, le milieu était très austère. J'ai mis un temps fou pour en arriver là", soupire-t-il. La rencontre décisive se fait au conservatoire, avec Olivier Py. L'ex-directeur du théâtre de l'Odéon lui écrit ses premiers rôles et l'encourage à se travestir. Les deux complices multiplient les projets, plus de 15 spectacles. Il sourit: "C'était mon Dr Frankenstein et j'étais sa créature." L'acteur se fait metteur en scène quand il ne trouve pas de rôle à sa taille, s'essaie ensuite au cinéma. Aussi pudique dans la vie qu'extravagant sur une scène de théâtre, Michel Fau insiste: "Vous ne vous rendez pas compte de comment il faut bosser." Rarement la fausseté aura sonné si juste.
Michel Fau est un acteur et metteur en scène français, formé au Conservatoire national supérieur d'art dramatique (CNSAD)sous l'autorité de professeurs tels que Michel Bouquet et Gérard Desarthe, où il dirige épisodiquement un atelier d'interprétation.
Retrouvez l'interview de Michel Fau accordé au magazine TÊTU.
Aussi à l’aise au four qu’au moulin, Michel Fau fait partie de ces artistes rares osant avec brio s’amuser d’une traversée du miroir qui lui permet d’accumuler les succès dans son métier d’acteur tout autant que dans celui de metteur en scène. Avec sa présence incontournable et sa générosité si singulière, cet amoureux des tragédiennes d’antan et des icônes de l’opéra aime avec humour à se réinventer sur scène en star des revues du music-hall où comme ici en jouant les divas dans le plus improbable des récitals. Au coeur de son dispositif transformiste, voici Michel Fau s’emparant de l’opéra de Camille Saint-Saëns, « Samson et Dalila », pour revisiter par la voix et la danse quelques-uns des moments forts de l’oeuvre, de la « Danse des Prêtresses de Dagon » à « Printemps qui commence », « Bacchanale », et « Mon coeur s’ouvre à ta voix ». Une thématique lyrique joyeusement perturbée par quelques extraits de « Phèdre » de Jean Racine, le climax baroque de « Castor et Pollux » de Jean-Philippe Rameau ou la tendre madeleine proustienne du « Summertime de Porgy and Bess » de George Gershwin.
A voir absolument !
Jusqu'au 23 juin 2012 au Théâtre Marigny - Avenu des Champs Élysées - Carré Marigny - 75008 Paris.
Métro : Champs-Elysées Clémenceau - Bus : 28. 32. 42. 73. 80, 93
Margin Call
La folie de la haute finance.
Pour survivre à Wall Street, sois le premier, le meilleur ou triche. La dernière nuit d’une équipe de traders, avant le crash. Pour sauver leur peau, un seul moyen : ruiner les autres…
Ce premier film Je J.C. Chandor, dont on attend déjà avec impatience le deuxième opus "All is lost" avec Robert Redford, est un thriller financier impitoyable qui répond aux règles du théâtre classique : unité de temps, unité de lieu, unité d'action. En effet, le film se déroule sur 24 heures, essentiellement dans les bureaux d'une société de trading, partant de la naissance du soupçon d'une crise à la totale prise de conscience de l'étendue du cataclysme qui s'annonce.
Le film s'inspire du crash de Lehman Brothers Investments en 2008 (le personnage incarné par Jeremy Irons se nomme John Tuld, celui de l'ex-PDG de Lehman Brothers étant Richard S. Fuld). Il a été tourné à New York, au 42ème étage du building "One Penn Plazza" dans les locaux laissés vacants par une ancienne société de trading. C'est réaliste, exigeant, et très didactique : le scénario et les dialogues sont parvenus à ne pas être simplistes, le vocabulaire est très technique tout en restant accessibles à tous. Des notions abstraites et complexes sont ainsi compréhensibles par tous.
Il ne faut pas songer à des films tels que "Wall Street 1 & 2" d'Oliver Stone, "Les initiés" de Ken Younger ou "Krach" de Fabrice Genestral, car si "Margin Call" est très critique sur le monde de la haute finance, il n'est pas un brûlot caricatural et prévisible.
Il s'agit bien d'un thriller palpitant, et la tension y est forte et constante, la violence y est sourde, même si on ne s'écarte pas du cadre très ouaté de la haute finance.
L'interprétation est éblouissante. J.C. Chandor s'est inspiré du génial Robert Altman, faisant se croiser une dizaine de personnages sans en sacrifier aucun : ils sont tous passionnants.
Jeremy Irons (dont le rôle fut convoité par Ben Kingsley, Billy Crudup, Tim Robbins et beaucoup d'autres), Kevin Spacey, Demi Moore déploient tout leur talent. Il sont soutenus par Paul Bettany (voir photo), que j'aime particulièrement depuis "Bent" de Sean Mathias en 1997, et qui m'avait impressionné tant dans "Dogville" de Lars Von Trier et dans "Master and Commander" de Peter Weir en 2003, ainsi que par Simon Baker, populaire pour ses rôles dans les séries TV "Le Protecteur" et "Mentalist", et qui a aussi joué pour Ang Lee, Ron Howard, George A. Romero, Martin Scorsese et Michael Winterbottom.
On découvre l'étendue du talent de Zachary Quinto (photo de gauche, aussi co-producteur du film) qui écuma les séries TV pendant 10 ans, notamment "24 heures chrono" et "Heroes", et qui avait eu la lourde tâche de reprendre le rôle de Spok dans le "Star Trek" de J.J. Abrams en 2009. On découvre aussi Penn Badley (photo de droite), lui aussi venant des séries TV, dont "Gossip Girl" où il tient le rôle récurrent de Dan Humpfrey. Il a par ailleurs joué dans quelques films oubliables.
Ils forment tous deux un duo impeccable, représentant la nouvelle génération de traders, le premier incarnant Peter Sullivan, excellent mathématicien, ancien ingénieur, qui comprend que le la catastrophe s'annonce, parce que le taux de risques a franchi la ligne rouge depuis trop longtemps sans être enrayé, le second incarnant Seth Bregman, son collègue et ami, moins éthique, et davantage animé par les perspectives de salaires très importants. Nous devrions pouvoir les retrouver prochainement. Je crois que ce sera notamment le cas pour Zachary Quinto dans le prochain film de J.C. Chandor, "All is lost", face à Robert Reford.
C'est sans aucune réserve que je conseille "Margin Call", car c'est un bijou d'écriture, un huis clos très intense, remarquablement mis en scène et interprété, ayant su intelligemment puiser chez Robert Altman, réalisé à la façon d'un film intimiste sans gros budget ni pyrotechnie. Un thriller financier qui repose sur des règles classiques, et qui génère une tension et une violence universelles.
Brève échappée cabourgeaise.
Quelle chance d'être invité, une fois encore, à Cabourg. Après le tumulte de la campagne électorale, de cet entre-deux-tours si singulier - et selon moi regrettable - de l'élection, de la virée Place de la Bastille à Paris, des analyses du lendemain, de la lecture attentive de quelques journaux, pouvoir se retirer pour échapper au tourbillon médiatique, et se détendre.
J'ai envie d'écrire "balade adamantine", non pas qu'elle est à voir avec un quelconque diamant, mais qu'elle me soit offerte par un Adam à qui je dois ces deux vers (tirés du livre ouvert sur la photo) :
"C'est pour assouvir / Ton moindre désir".
Quelques lignes proustiennes revenues de Balbec seraient appropriées, pourtant je garde à dessein Charles Beaudelaire, et précisément un extrait de "L'invitation au Voyage" :
"Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.
Des meubles luisants,
Polis par les ans,
Décoreraient notre chambre ;
Les plus rares fleurs
Mêlant leurs odeurs
Aux vagues senteurs de l'ambre,
Les riches plafonds,
Les miroirs profonds,
La splendeur orientale,
Tout y parlerait
À l'âme en secret
Sa douce langue natale.
Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté."
Le générique du quinquennat de Nicolas Sarkozy. 2007 - 2012
Absolument génial :
Le Quinquennat - Générique de fin du film Sarkozy
=> Merci Ariane !
François Hollande.
Élu Président de la République le 6 mai 2012.
J'aime beaucoup cette photographie, de l'homme qui gravit les marches, qui me rappelle, toutes proportions gardées, la statue d'Alberto Giacometti "L'Homme qui marche".
Idée de mouvement, idée d'ascension avant l'envol.
Je me souviens de conversations qui datent de 2007, avec mon cher MisterNo, qui aurait souhaité déjà la candidature de François Hollande, convaincu qu'il pourrait vaincre le candidat UMP. Je me souviens de l'excellent livre de Jean-Éric Boulin, "Supplément au Roman National", qui lui aussi, sauf erreur de ma part, date de cette époque.
Je suis allé Place de la Bastille, pour y "sentir" la joie populaire, de la jeunesse surtout, et y regarder et écouter le discours de François Hollande qui s'exprimait depuis son fief électoral, Tulle en Corrèze.
Un score définitif qui se situera probablement entre 51% et 52% (Montpellier n'est pas la France, n'est-ce pas Didou ?), un score qui n'est ni trop exigu, ni susceptible d'engendrer une satisfaction trop emphatique.
C'est sciemment que j'ai publié mes remarques en deux temps : d'abord le départ de Nicolas Sarkozy, ensuite la victoire de François Hollande. On tourne une page avant de commencer d'écrire la suivante.
Rétrospectivement, je regarde le chemin parcouru par le candidat socialiste, qui de "fraise des bois" en "Flanby", qui de "capitaine de pédalo" en tout ce qu'il peut y avoir de plus injurieux, a fini, à force de travail sur le sillon qui était le sien, est parvenu à faire comprendre qu'il a une stature présidentielle.
Même si je reste attaché à "la gauche de la gauche", j'éprouve un sincère soulagement, un espoir non feint (sans occulter les difficultés économiques, sociales, sociétales, culturelles qui sont et resteront les nôtres), et je reconnais volontiers une espèce de sérénité recouvrée.
Depuis toujours j'aime les préparatifs des fêtes et des combats, depuis longtemps je sais les lendemains de fêtes et les menus progrès, mais rien ne saurait diminuer ce soir ma réjouissance. J'accepte l'éphémère des choses et des événements.
Il devrait en être terminé de toutes ces haines, de toutes ces entorses à la liberté, à l'égalité, à la fraternité, à la justice, et nous devrions en avoir terminé aussi avec toutes ces incantations aux haines destructrices. Et ça, il faut savoir le prendre pleinement ce soir. Ce que je fais.
"Au revoir".
Écrire à 17H45, pour ne publier qu'après 20H ?
C'est ainsi. Étrange que d'apprendre tout ça vers 17H, d'essayer de le synthétiser vers 17H30, mais de ne le publier qu'à 20H, afin de ne pas prendre de risques inconsidérés, à savoir une amende faramineuse...
Le candidat PS est annoncé en tête avec de 5 à 7 points d'avance, selon les différents instituts de sondage. Peu après 12H, le quotidien suisse La Tribune de Genève citait, sur base de plusieurs sondages dont l'origine n'était pas précisée, de premières estimations comprises entre 52,5% et 53% pour François Hollande, contre 47%-47,5% pour Nicolas Sarkozy. Ces résultats provisoires ont été confirmés au "Soir" ce dimanche à 17h30 par une source bien informée proche de la rue de Solférino, le siège parisien du PS.
En milieu d'après-midi, la tendance, qui va dans le sens des sondages de la dernière semaine, était confirmée par le site 20min.ch qui attribuait une paternité aux différents chiffres : BVA, Ipsos et OpinionWay donnaient selon lui un résultat de 52,5% contre 47,5% ; CSA, Ifop et Harris avançaient une fourchette 53%-47% tandis que TNS-Sofres donnait une victoire encore plus nette au candidat socialiste : 53,5%-46,5%. J'imagine que ça va fluctuer d'ici 20H.
J'ai même lu (7sur7.be), que la Fête UMP Place de la Concorde était déjà annulée (information obtenue, je cite, "de source diplomatique"), tandis que l'organisation de celle de la Place de la Bastille battait son plein, et j'imagine ne pas être le seul dans ce cas. Il conviendra, après ce scrutin, de modifier la loi, car il y a là un dysfonctionnement évident.
Bien évidemment, j'ai écrit "Au revoir" alors que je n'ai pas la sagesse de penser avec tant de pondération... D'autant plus que si c'est le 7ème scrutin présidentiel dont je me souviens, le 6ème auquel je participe, le 5ème auquel je vote, jamais je n'avais vécu une telle tension... comme si non seulement il fallait de tourner une page, mais aussi la rayer, l'effacer, la déchirer... pour commencer d'en écrire une autre. La Grand Messe de 20H où le visage du vainqueur apparaît a quelque chose d'anachronique, de totalement obsolète.
C'est beaucoup plus vertement que j'aimerais dire "au revoir" à celui qui a cru pouvoir "habiter la fonction présidentielle" de mai 2007 à mai 2012, sans y parvenir jamais, ne devenant qu'une espèce de "super Premier Ministre", très partisan de surcroît.
(Illustration : parodie du tableau d'Edvard Munch "Le Cri", dégotté simultanément par Ariane et moi ce matin sur internet).
Élection présidentielle de 2012, second tour.
J'ai voté !
Juste après la chronique de Ivan Levaï sur France Inter (vers 8H30), je suis descendu voter, dans un Paris plutôt froid et humide, aux rues presque désertes. Évidemment, je n'ai pas eu à hésiter.
J'aime bien cette icône, "Rock the vote", (qui me fait penser à Matthieu Pigasse bien que "Punk the vote" aurait eu sa préférence comme la mienne), parce que je serai ravi si François Hollande obtient plus de 53,06% des votes exprimés, et que pour cela, il faudrait que "ça secoue" un peu plus.
Etrange atmosphère que ces rues presque vides, même si je sais que nous sommes dimanche matin et que c'est le pont du 8 mai, impénétrables ces rares visages croisés si "concentrés", comme s'ils savaient - et de quelque bord de l'échiquier politique qu'ils soient - que ce scrutin revêt "quelque chose de spécial".
A bien y réfléchir - je me suis longuement posé la question - je n'ai pas "choisi au premier tour puis éliminé au second". J'ai sincèrement voté POUR François Hollande, même si je n'oublie pas toutes mes réserves, même si je n'en attends pas plus qu'il n'en faut attendre.
Voilà, c'est fait, il n'y a plus qu'à guetter les résultats, vers 17H. En attendant, plutôt que de m'impatienter, je vais aller au cinéma voir "Margin Gall" de J.C. Chandor, avec entre autres Kevin Spacey, Paul Bettany et Jeremy Irons.
J'espère que c'est peu à peu la Place de la Bastille qui va se dessiner, que j'irai ce soir saluer le Génie de la Liberté, en pensant à Gavroche dans son Éléphant, en rêvant de la Fontaine de la Régénération...
Mes amis, "Rock the vote" !
Walk Away Renée
En compagnie de sa mère, Renée, qui souffre d’importants troubles mentaux, le réalisateur Jonathan Caouette entreprend un voyage à travers les Etats-Unis, pour la ramener de Houston à New York. Les obstacles qu’ils rencontrent sur leur route sont entrecoupés de retours dans le temps qui donnent un aperçu de cette relation mère-fils hors du commun. A travers un montage musical et parfois psychédélique, alternant réalité et imaginaire, WALK AWAY RENEE traite de l’amour, du sacrifice et de la perception de la réalité qui nous entoure.
Quand "Tarnation" est sorti en 2004, une pure merveille, j'ai été suffisamment impressionné pour m'intéresser au travail de Jonathan Caouette, qui filmait sa vie avec sa petite caméra depuis ses 8 ans. J'ai découvert ses courts métrages, "The Akle Slasher" (1987), "The Techniques of Science of Eva" (1988), "Pig Nymph" (1990) où reviennent des thèmes récurrents : identité, discrimination, dualité...
J'ai aussi appris qu'il avait joué sur scène dans "Jesus Christ Superstar", "Godspell", "Hair", "The Rocky Horror Picture Show". Il a joué dans le magnifique film de John Cameron Mitchell "Shortbus" en 2005 (qui a co-produit "Tarnation" avec Gus Van Sant) et il a co-réalisé avec Vincent Moon le documentaire "All Tomorrow's Parties" en 2009 (en s'offrant les services de l'impeccable Chloé Sevigny) sur le Festival Camber Sands, à partir de 10 ans d'images amateur, passionnant.
Décrire le travail de Jonathan Caouette est complexe, alors je luis laisse la parole : "Mon travail est de diriger mes films vers des lieux mystérieux et de leur donner vie. Je considère tous mes films comme des fictions documentaires, des "histoires vraies" rêvées. Mon but est de faire de films qui soient un happening, une rencontre, une conversation et je l'espère, un signal émotionnel."
Le titre "Walk Away Renee" vient d'une chanson de The Left Banke qu'aime particulièrement sa mère, et dont voici le lien si vous souhaitez entrer un peu dans l'atmosphère du film : http://www.youtube.com/watch?v=SqAh1dQu_pg
"Walk Away Renée" présente une certaine gémellité avec "Tarnation", mais il est plus fictionnel, et surtout plus axée sur la mère que sur son fils. Cette gémellité tient évidemment à la technique, aux images personnelles, à l'extraordinaire talent de monteur de Jonathan Caouette...
Au rythme d'un road-movie, un "buddy movie filial", de Houston à New York, le film déplie les étapes de la vie de Renée, brouillant les frontières temporelles dans un montage bouleversant, où les souvenirs heureux d'hier viennent heurter les images d'un présent exsangue. Un trip expérimental, dans le bon sens du terme - bordélique comme l'existence de Rénée - résolument passionnant parce qu'il reconstruit une chronologie intime accidentée. En effet, Renée, du fait de sa psychose schizophrénique n'a cessé de faire des allers-retours dans de multiples hôpitaux (où elle a subi des électrochocs), ce qui a induit pour son fils Jonathan le fait de connaître diverses familles d'accueil avec la négligence et la maltraitance.
Jonathan Caouette a ici intercalé quelques séquences oniriques, où il injecte des chimères psychédéliques pour introduire son propos de fond : toutes nos vies sont des vies parallèles, et aucune ne peut prétendre être un modèle dominant. On retrouve ici un propos qu'il partage avec John Cameron Mitchell.
Même s'il se revendique de diverses influences (John Cassavetes, Lars Von Trier, Alejandro Jodorowsky, Brian De Palma...) il est clair qu'on reconnaît sa patte : le split-screen, la saturation de la lumière, le flou, le grain, la musique. Le film est très "stylisé" sans confiner à l'objet conceptuel pédant.
Evidemment, il n'y a plus pour "Walk Away Renee" la surprise, le choc qu'il y avait eu pour "Tarnation", mais ça n'en diminue en rien tout l'intérêt. Le film réconcilie le documentaire et la fiction, le passé et le présent, l'impudique et le touchant, le chaos et la stabilité... étant parvenu presque malgré soi à construire une famille "hors cadre", entre sa mère, ses grands-parents, son fils, son amoureux, avec son incroyable talent de monteur.
C'est brutal, remuant, drôle, attachant, passionnant. Et ça résonne en moi aussi bien que les sons de mon propre passé, ce que mes amis les plus anciens comprendront comme une évidence s'ils voient le film.
Anaphore
Une anaphore de 3'20" pronocée par François Hollande.
Cet entre-deux-tours aura été particulièrement difficile. Parce que le campagne, quoi que certains puissent prétendre, a été intéressante ; a été très longue, ayant commencé par les Primaires Citoyennes de gauche ; a été truffée de chiffres, de nombres, de pourcentages, crise économique, dette, déficits obligent ; parce que souvent les débats publics ont été intéressants ; parce que le FN a fait un score élevé au premier tour ce qui a conduit le triumvirat de l'UMP Buisson/Mignon/Peltier à beaucoup droitiser ses propos jusqu'à l'insupportable ; parce que nous avons été noyés dans des dizaines et des dizaines de sondages en 2 semaines (!) ; parce que beaucoup n'en peuvent plus de ce quinquennat et que l'enjeu final leur semble fondamental ; etc...
Bien des sujets n'ont pas été abordés, l'économie ayant pris le pas sur tout, et les thématiques du FN reprises par l'UMP ayant été envahissantes, ce qui aura souvent laissé sur le bas côté le champ de la réflexion philosophique et la pensée qui s'inscrit dans le long terme. Il a fallu faire avec, réservant à chacun, éventuellement, la volonté et la capacité de se projeter plus haut et plus loin.
Et pourtant, il y a eu, dans un débat très tendu, cette anaphore de 3 minutes et 20 secondes prononcée par François Hollande - et libre à chacun de l'avoir appréciée ou non, là n'est pas la question - en forme de réquisitoire implacable, revenant sur un bilan quinquennal qui avait presque disparu du débat. Rhétorique (et j'ai choisi Aristote pour l'illustrer, en songeant à "De l'élocution"). Et la popularisation (j'espère) de ce mot presque poétique : anaphore.
Pendant 3'20" chacun aura été hissé au rang de "khâgneux", comme pour effacer un peu le nivellement par le bas. Voici donc cette anaphore, dont l'avenir nous dira si elle entre dans l'histoire politique française. Voici ce moment de rhétorique :
"Je veux être un président qui d’abord respecte les Français, qui les considère.
Un président qui ne veut pas être un président de tout, chef de tout et en définitive responsable de rien.
Moi Président de la République, je ne serai pas le chef de la majorité, je ne recevrai pas les parlementaires de la majorité à l’Elysée.
Moi Président de la République, je ne traiterai pas mon Premier ministre de collaborateur.
Moi Président de la République, je ne participerai pas à des collectes de fonds pour mon propre parti dans un hôtel parisien.
Moi Président de la République, je ferai fonctionner la justice de manière indépendante. Je ne nommerai pas les membres du Parquet alors que l’avis du Conseil de la Magistrature n’a pas été dans ce sens.
Moi Président de la République, je n’aurai pas la prétention de nommer les directeurs de chaînes de télévisions publiques. Je laisserai ça à des instances indépendantes.
Moi Président de la République, je ferai en sorte que mon comportement soit à chaque instant exemplaire.
Moi Président de la République, j’aurai aussi à cœur de ne pas avoir un statut pénal du Chef de l’Etat. Je le ferai réformer de façon à ce que si des actes antérieurs à ma prise de fonction venaient à être contestés je puisse, dans certaines conditions, me rendre à la convocation de tel ou tel magistrat ou m’expliquer devant un certain nombre d’instances.
Moi Président de la République, je constituerai un gouvernement qui sera paritaire, autant de femmes que d’hommes.
Moi Président de la République, il y aura un code de déontologie pour les ministres qui ne pourraient pas rentrer dans un conflit d’intérêts.
Moi Président de la République, les ministres ne pourront pas cumuler leurs fonctions avec un mandat local parce que je considère qu’ils devraient se consacrer pleinement à leur tâche.
Moi Président de la République, je ferai un acte de décentralisation parce que je pense que les collectivités locales ont besoin d’un nouveau souffle, de nouvelles compétences, de nouvelles libertés.
Moi Président de la République, je ferai en sorte que les partenaires sociaux puissent être considérés, aussi bien les organisations professionnelles que les syndicats. Et que nous puissions avoir régulièrement une discussion pour savoir ce qui relève de la loi ou ce qui relève de la négociation.
Moi Président de la République, j’engagerai de grands débats. On a évoqué celui de l’énergie et il est légitime qu’il puisse y avoir sur ces questions là de grands débats citoyens.
Moi Président de la République, j’introduirai la représentation proportionnelle pour les élections législatives, pour les élections non pas celles de 2012 mais celles de 2017, parce que je pense qu’il est bon que l’ensemble des sensibilités soit représenté.
Moi Président de la République, j’essaierai d’avoir de la hauteur de vue pour fixer les grandes orientations, les grandes impulsions. Mais en même temps, je ne m’occuperai pas de tout et j’aurai toujours le souci de la proximité avec les Français.
J’avais évoqué une présidence normale, rien n’est normal quand on est président de la République puisque les conditions sont exceptionnelles, le monde traverse une crise majeure, en tous cas l’Europe. Il y a des conflits dans le monde, sur la planète. Il y a l’enjeu de l’environnement, du réchauffement climatique. Bien sûr que le président doit être à la hauteur de ces sujets là mais il doit aussi être proche du peuple, être capable de le comprendre.
Le vrai travail ?
Ce quinquennat, outre ses crises financières et économiques, puis sociales, sociétales et culturelles, aura été, sciemment, sous la houlette de l'actuel locataire de l'Élysée, celui de tous les antagonismes, dans le but de la destruction de la cohésion nationale en opposant inutilement les uns aux autres.
En effet, et je n'ai cessé de l'écrire, il ne s'est pas passé une seule de ces 360 semaines sans que ne soit dicté une une stérile et destructrice opposition : lève tôt/lève tard ; police/justice ; police/armée ; vieux/jeunes ; ruraux/urbains ; en bonne santé/malades ; privé/public ; de souche/pas de souche ; croyants/non croyants ; chrétiens/non chrétiens ; hétérosexuels/homosexuels ; syndiqués/non syndiqués ; travailleurs/"assistés", métropoles/banlieues ; bien pensants / ? ; statutaires/précaires ; gens ordinaires/"élites" ; etc...
Dans une formule fielleuse de Patrick Buisson, allègrement reprise à son compte par l'actuel locataire de l'Élysée, nous en serions arrivés à devoir considérer qu'il y aurait un "vrai travail", et donc par opposition, un "faux" travail. Et ce pendant le temps où le chômage de masse ne cesse de croître, ce qui inquiète à juste titre la plupart des Français, qui en vivent (ou en pressentent) la précarisation et la paupérisation qui s'ensuivent.
Puisque cette fichue "valeur travail" nous a été incessamment servie au petit déjeuner, au déjeuner, au dîner et au souper de ce quinquennat, je vais me contenter de rappeler deux citations :
=> "La vie, la santé et l'amour sont précaires pourquoi pas le travail ?" (Parisot/Sarkozy)
=> "La liberté de penser s'arrête là où commence le Code du Travail" (Parisot/Sarkozy)
Où l'on voit que si les syndicats de travailleurs n'auraient pas de légitimité à préférer un candidat plutôt qu'un autre, le MEDEF, le syndicat des grands patrons - au même titre que la FNSEA (agriculture), l'UIMM (industrie, automobile notamment), la FFB (bâtiment), l'UMIH & le SYNHORCAT (restauration), l'UFIP (pétrole), le SNIP (industrie pharmaceutique) etc... - est légitime à s'engager politiquement de la façon la plus claire qui soit.
Mais qu'est donc le "vrai" travail ?
- Celui des 650 accidents mortels, des 4.500 mutilés du travail ? Celui des heures supp' impayées ?
- Celui des maladies professionnelles, amiante, TMS, surdité, cancers, qui augmentent, sont sous-déclarées, sous réparées.
- Celui des 150.000 accidents cardiaques et 100.000 accidents vasculaires/an dont environ 40% liés au travail ?
- Celui des milliers d’ouvriers désamianteurs qu'il laisse en ce moment mourir sans protection par refus d'un moratoire ?
- Celui des mini-jobs, des stages, des emplois saisonniers atypiques, des intérims et CDD répétés ?
- Celui des millions de travailleurs pauvres qui n'arrivent pas à vivre avec leurs salaires ?
- Celui des femmes qui gagnent 27 % de moins que les hommes ?
- Celui des jeunes à 25% au chômage et à 80% en CDD ?
- Celui des immigrés, forcés à bosser sans droits et sans papiers par les esclavagistes et marchands de sommeil ?
- Celui des seniors licenciés, 2/3 a partir de 55 ans qui ne peuvent cotiser que 35 annuités quand il en faut 42 pour une retraite décente ?
- Celui des restaurateurs dont 1/4 (!) utilise des clandestins, non déclarés dans les arrière-cuisines ?
- Celui des agriculteurs qui tuent des inspecteurs du travail pour abuser d'immigrés clandestins ?
- Celui des cadres de Bouygues, appelés «viande» ?
- Celui des dizaines de suicidés à France Télécom (entre autres) ?
- Celui des travaux les plus durs les plus mal payés : bâtiment, restauration, nettoyage, transports, entretien, industries... ?
- Celui des 900.000 foutus dehors par «rupture conventionnelle» de gré à gré sans motif et sans mesure sociale ?
- Celui des auto-entrepreneurs, 1 million en théorie, la moitié en réalité, qui se font exploiter comme autant de faux salariés, à bas prix et sans protection sociale ?
- Celui des actionnaires, des rentiers, des riches, des banksters du Fouquet's qui gagnent 600 SMIC par an en dormant ?
Le Premier Mai, depuis qu'il existe, a toujours été un jour éminemment politique, quoi qu'en dise l'actuel locataire de l'Élysée baignant dans son inculture habituelle, une partie de son gouvernement, une partie de l'UMP, et la presque totalité de ses fans au temps de cerveau toujours très disponible. C'est le jour, notamment, de la visibilité des organisations syndicales représentatives des travailleurs, donc des "corps intermédiaires", qu'il faudrait aujourd'hui supprimer, comme il y a quelques temps il fallait supprimer les juges.
A sa façon, le Premier Mai est symbolique d'une part de notre "identité nationale", disons plutôt de notre Histoire commune, puisqu'il est aussi l'écho du Front Populaire de 1936, du CNR de 1944-1945, des Accords de Grenelle de 1968, des lois Auroux de 1981-1982, des lois Jospin-Aubry de 1997-2001, et de tous leurs acquis sociaux, conquis souvent de haute lutte.
Je dois donc aujourd'hui me ranger, et ce à mon corps défendant, du côté du "faux' travail. Je pense que tout ceci est anecdotique et passager, et qu'il n'en restera pas grand chose, notamment dans les urnes le 6 mai 2012. Pour autant, il faudra bien en effacer les stigmates, car il reste toujours quelque chose de la détestation, de la tentative sans cesse réitérée de meurtrir la concorde nationale.
Avé
Parti de Sofia, Kamen se rend en stop à Roussé, dans le nord de la Bulgarie. Sur la route, il rencontre Avé, une jeune fugueuse de 17 ans, qui lui impose sa compagnie. À chaque nouvelle rencontre, Avé leur invente des vies imaginaires et y embarque Kamen contre son gré. D’abord excédé par Avé et ses mensonges, Kamen se laisse troubler peu à peu…
Le plasticien Konstantin Bojanov nous propose son premier long métrage de fiction (il a déjà réalisé un documentaire, "Invisible - this is your lige on heroin", qu'il a construit à partir d'éléments autobiographiques : le suicide d'un de ses camarades de classe, son voyage en stop pour aller à son enterrement, et sa fascination pour une jeune fille de 17 ans.
Il revendique quelques influences : Jerry Schatzberg avec "L'Épouvantail", Michelangelo Antonioni avec "Preofession : reporter", Bob Rafelson avec "Cinq pièces faciles", et Éric Zonca avec "La vie rêvée des anges".
Techniquement, c'est rigoureux et économe. Quand un long métrage habituel compte environ 1000 plans, "Avé" n'en contient qu'environ 250, afin de pouvoir donner le plus de fluidité possible à ce road-movie. Le travail sur la lumière est magnifique, passant d'une sobriété assez froide à des teintes plus chaudes, afin de suivre l'évolution de l'état d'esprit des personnage. Le film ne compte que deux morceaux de musique : un air de piano composé et joué par Tom Paul, et un morceau acoustique du guitariste Tom Ricot (musicien pour Tom Waits et Norah Jones notamment) à qui Martin Scorses avait fait appel pour "Les Infiltré".
Ce road-movie ne met pas en avant, comme souvent, une liberté affichée, mais la laisse en arrière plan, pour mieux décrire autre chose : la chronique de la perte de l'innocence de cet anti-couple d'écorchés vifs, qui permet de s'engager d'un pas plus ferme et assuré à la rencontre des impératifs du monde adulte. Cela passe par l'affrontement des mensonges de la jeunesse aux dures réalités, qui se dessinent à travers différentes rencontres.
Et si ce n'est pas uniquement un road-movie en auto-stop qui traverse la Bulgarie jusqu'à la Mer Noire, c'est que le film se détache de cette Bulgarie post-communiste, pour se muer en un vagabondage à l'américaine des années 1970.
Les jeunes acteurs Anjela Nedyalkova (Avélina, surnommée Avé) et Ovanes Torosyan (Kamen) crèvent l'écran. Anjela Nedyalkova parvient parfaitement, en restant opiniâtrement menteuse, à restituer toute la fureur de vivre propre à la jeunesse, fureur de vivre à laquelle elle ajoute de la facétie et de l'humour qui confèrent à Avé des contours complexes.
Ovanes Torosyan (voir photo) compose un Kamen plus déterminé, dont le seul regard profond imprègne le film de toute sa mélancolie. Ce jeune ne m'est pas inconnu, puisque je l'avais déjà vu dans "Eastern PLays" de Kamen Kalev en 2010, et j'avais écrit ici tout le bien que j'en pensais, tant sa prestation dans le rôle difficile de Georgi m'avait épaté. Il a joué aussi dans "Tilt" de Victor Tchoukov en 2011, mais je ne l'ai pas vu, et j'ignore même s'il est sorti sur les écrans français.
Parmi les rencontres que font Kamen et Avé, il y a un camionneur qui les prend en stop, incarné par Martin Brambach. S'il est peu connu en France, il est très populaire en Allemagne, pour avoir joué dans une quantité innombrables de séries TV depuis 15 ans, et pour jouer de plus en plus souvent pour le cinéma depuis "Good Bye, Lenin " de Wolfganf Becker en 2003 : "Struggle" de Ruth Mader, "Le Clown" de Sebastian Vigg, "Wo ist Fred ?" de Anno Saul, "Les Faussaires" de Stefan Ruzowitzky, "Duel au sommet" de Philip Stölzl, "Yella" de Christian Petzold (un des chefs de file du renouveau du cinéma allemand), "The Reader" de Stephen Daldry. Il a joué dans 4 films qui devraient sortir prochainement.
Très beau film qui va au-delà du road-movie initiatique, et qui à travers la brève rencontre de deux jeunes écorchés vifs, propose de montrer le cheminement de l'adolescence au monde adulte, filmant conjointement la mélancolie et la joie de vivre, évoquant le suicide, le deuil, la solitude, la famille, l'amitié, le sexe, la drogue, sans jamais oublier se piquer d'humour et de fantaisie.
Konstantin Bojanov est incontestablement un cinéaste à suivre, ainsi que ses deux jeunes interprètes.
Les vieux chats (Gatos Viejos)
Isidora et Enrique vivent une retraite paisible avec leurs deux vieux chats dans leur appartement cossu de Santiago du Chili. Une nouvelle panne d’ascenseur vient troubler la quiétude des lieux. Mais le pire est à venir avec l’arrivée impromptue de Rosario, la fille tempétueuse d’Isidora.
Sebastian Silva et Pedro Peirano nous proposent, dans le cadre d'une fiction qui a sa part de documentaire et d'hommage, une trgi-comédie très intéressante. Pour sa part, Sebastian Silva fut un 1er assistant réalisateur auprès de cinéastes de premier plan : de Robert Rodriguez sur "Desperado", de Julian Schabel sur "Avant la nuit" puis Miral", de Inarritu sur "Babel". Il a réalisé "La Nana" (La Bonne), film très intéressant de 2009 dont j'avais ici dit le plus grand bien, dont il avait confié le scénario à son compère Pedro Peirano, aussi auteur de ceux de "La vida me mata" et "Les Vieux Chats".
S'il s'agit d'un film entre drame et comédie, c'est aussi un film a tient du documentaire pour plusieurs raisons : les acteurs Belgica Castro (Isadora) et Alejandro Sieveking (Enrique) sont aussi un couple à la ville (depuis 40 ans) et sont filmés à leur domicile. C'est même pour cette raison qu'il a fallu être ingénieux à cause du manque d'espace, et qu'il n'a pas été possible d'exclure les chats. Enfin, ce qui est le point de départ du film, la panne d'ascenceur, est un événement qui est réellement arrivé à Belgica Castro.
Mais il s'agit bien d'une fiction, d'une comédie aigre-douce, d'un grand spectacle de divertissement, qui passe du cocasse au pathétique, très touchante par son humanité. Plus qu'une chronique familiale, les réalisateurs profitent du film pour ausculter la société chilienne avec justesse, certes sans se lancer de de grands débats ni livrer le moindre message, mais en ciblant, creusant et appuyant là où ça grattouille, en nous épargnant toute purée psychologisante.
"Les vieux chats" est aussi plus "sociétal" et plus "politique" qu'il n'y paraît, parce qu'il nous propose la description des affres de la vieillesse, parce qu'il évoque la place des personnes âgées, parce qu'il nous montre le fossé des générations.
C'est parfaitement bien joué. A commencer par Belgica Castro (Isadora), immense actrice du théâtre chilien, âgée de 91 ans, auquel le film rend un très bel hommage. Elle a joué à plusieurs reprises pour Raoul Ruiz, et figurait aux génériques de "La vida me mata" de Siva & Peirano en 2007, puis de "La Buena Vida" d'Agnès Wood en 2010. Elle est extraordinaire de malice en incarnant cette Isadora, troublée par ses propres troubles provoqué par son grand âge (elle a des absences). Elle sait être vive, piquante, autoritaire et déterminée devant sa fille Rosario qui vient, en quelque sorte, lui réclamer déjà sa part d'héritage. Dans sa dimension poétique, Isadora nous rappelle un peu le personnage de Mija, l'héroïne de "Poetry" le film de Lee Chang-dong de 2010 incarné par l'immense Yoon Jung-hee.
Rosario, la fille d'Isadora, est incarnée par Claudia Celadon, qui a déjà travaillé avec Sebastian Silva et Pedro Peirano dans "La vida me mata" et "La Nana", qui a accepté de s'enlaidir et se vieillir pour le film. Elle excelle dans se rôle de fille avide, qui ne vient voir sa mère que lorsqu'elle a besoin d'argent, et qui ici, ne lui réclame rien de moins que son appartement. Mais elle est aussi une fille peinée par le manque d'affection maternelle.
Originellement, Rosario devait avoir un fiancé. Mais Pedro Peirano voulait tellement tourner de nouveau avec Catalina Saavedra qu'il a su convaincre Sebastian Silva de lui donner un copine plutôt qu'un copain. Catalina Saavedra fur l'héroïne de "La Nana", le précédent film des deux réalisateurs. Ici, elle est complètement transformée avec ses prothèses derrière les oreilles, incarnant la lesbienne Beatriz, qui ne répond que lorsqu'on l'appelle Hugo, et qui a un comportement très viril, dans ses gestes, dans sa démarche. Pourtant, c'est bien derrière ses façons bourrues que transpire le plus de tendresse. Elle livre une composition remarquable, sachant être revêche, drôle et attentive.
Enfin, c'est Alejandro Sieveking, l'époux à la ville de Belgica Castro (qui n'est pas comédien dans la vie) qui incarne Enrique, l'époux protecteur qui entend tout faire pour mettre en garde Isadora, et l'empêcher de signer les documents notariés qui entérineraient la cession de son appartement à sa fille Rosario. Il est impeccable.
Une comédie, parfaitement dialoguée et jouée, qui relève le défi du huis-clos, qui fait grincer des dents et rire jaune, en capturant les travers de chacun avec bienveillance, et qui rend un superbe hommage à la Belgica Castro qu'il faut impérativement découvrir.
Un bonbon au poivre.
Tyrannosaur
Dans un quartier populaire de Glasgow, Joseph est en proie à de violents tourments à la suite de la disparition de sa femme. Un jour, il rencontre Hannah. Très croyante, elle tente de réconforter cet être sauvage.
Mais derrière son apparente sérénité se cache un lourd fardeau : elle a sans doute autant besoin de lui, que lui d’elle.
"Tyrannosaur" fait suite au court métrage de Paddy Considine (déjà avec Peter Mullan et Olivia Colman), auréolé du Lion d'Argent à Venise et du Bafta à Londres en 2007. On sent l'ombre tutélaire (non revendiquée par le réalisateur) portée du grand Ken Loach sur ce premier long métrage. Originellement, Paddy Considine est un acteur, qui à joué à deux reprises sous la direction de Pawel Powlikowski, à trois reprises sous celle de Shane Meadows (notamment "Deand Man's Shoes" en 2004 dont il a écrit le scénario), de David Kade, Michael Winterbottom ("24 Hour Party People" en 2004, culte), Jim Sheridan, Ron Howard, Edgar Wright ("Hot Fuzz" en 2007), Paul Greengrass ("La vengeance dans la peau" en 2007), Richard Ayoade ("Submarine" en 2011).
"Tyrannosaur" est une chronique sociale, un drame social même, qui critique les stéréotypes et les jugements hâtifs sur l'apparence, qui essaie de nous montrer ce qui se cache derrière les sourires quotidiens. C'est aussi un thriller psychologique, véritable concentré de violence, de colère, de souffrance qui laisse entrevoir l'espoir indéfectible qu'il faut avoir en l'humanité. En effet, il met aussi l'accent sur la fragilité des personnages, les tensions qui les animent, leur besoin viscéral de contact, de compassion, de tendresse.
Paddy Considine a pourtant refusé de filmer ce contexte social difficile, avec chômage, alcoolisme, violence, absence radicale d'illusions, non pas la caméra à l'épaule, mais avec une technique purement cinématographique pour écrans larges, comme s'il filmait un western. Puisque ses personnages et leurs tensions passent sans cesse de l'ombre à la lumière, il a opposé une technologie grandiose, afin d'éviter un misérabilisme voyeur.
Il lui a fallu s'appuyer sur des acteurs qui dégageraient suffisamment de puissance pour être auscultés au plus près. Peter Mullan (Joseph) est un des seuls acteurs qui pouvait montrer la part animale de l'homme, son corps en furie, son âme en peine. Sa prestation est époustouflante, bien qu'elle ne surprend guère si l'on regarde sa filmographie : découvert par Ken Loach en 1990, sa carrière a explosé avec Danny Boyle dans "Petits meurtres entre amis" en 1995 et "Trainspotting" en 1996. Vinrent ensuite "My name is Joe" de Ken Loach, "Mauvaise passe" de Michel Blanc, "Redemption" de Michael Winterbottom, "Young Adam" de David MacKenzie (passionnant), "Une belle journée" de Gaby Dellal, "Les fils de l'homme" de Alfonso Cuaron, "Boy A" de John Crowley (une pépite).
La façon dont il est filmé rappelle une nouvelle façon de filmer la virilité au cinéma, qu'on a vue chez Bruno Dumont, chez les Frères Dardenne, chez Alain Guiraudie, chez Nicolas Winding Refn dès "Pusher"... et récemment dans "Valhalla Rising", "Drive", "Shame", "Bullhead"...
Pour faire contrepoint, en quelque sorte, c'est Olivia Colman qui incarne Hannah. Magnifique idée de Paddy Constantine que d'avoir choisi cette actrice qu'il avait croisée sur le tournage de "Hot Fuzz" de Edgar Wright en 2007. Sa palette de jeu est aussi large que celle d'une actrice comme Toni Collette, capable de sa calquer à tous les registres. Olivia Coleman nous vient des séries TV britanniques (notamment "Beautiful People", 2008-2009) avec des incursions cinématographiques : "Trop jeune pour elle" en 2005, "Confetti" en 2006, "Hot Fuzz" que j'ai déjà cité, "La Dame de Fer" en 2012. Elle est magnifique, et reconnaissons-le, elle n'est pas loin de voler la vedette à Peter Mullan, ce qui n'était pas loin de relever du pari impossible.
C'est Eddie Marsan qui incarne James, l'époux de Hannah. Son incroyable "gueule d'acteur", totalement polymorphe, et son talent, lui permettent d'être une star des seconds rôles, qui a joué pour les plus grands : David Kane, Martin Scorsese ("Gangs of Nex York"), Inarritu ("21 grammes"), Mike Leigh à deux reprises, Isabel Coixet, Terrence Malick ("Le Nouveau Monde"), Michael Mann, James McTeigue ("V pour Vendetta"), JJ Abrams, Neil Burger, Philip Ridley, Guy Ritchie (à deux reprises), J. Blakeson, William Monahan ("London Boulevard"), etc... Vous serez impressionnés par sa prestation, par la terreur qu'il inspire, par la relation sexuelle qu'il impose à son épouse qui vaut celle qu'on voit dans "Kadosh" de Amos Gitaï.
Au delà de ce trio, on retrouve Popplewell (Bob, le voisin très "hooligan" de Joseph, avec son chien méchant), un habitué des séries TV qui a aussi joué à deux reprises pour Michel Winterbottom dans "24 Hours Party People" et "The Trip". Là encore, un personnage qui semble en overdose de testostérone, d'une extrême violence.
Je voudrais aussi retenir l'attention sur Ned Dennehy, à qui échoit le rôle de Tommy, un copain de Joseph, chômeur et drogué, rôle très difficile, mais porteur d'un très bel humanisme, d'un espoir de fraternité. S'il n'a pas l'heur d'être un "second rôle", sa gueule coupée au couteau lui vaut d'être un petit rôle majeur auprès de grands réalisateurs : Joel Schumacher, Agnès Merlet, Guy Ritchie, Ridley Scott, David Yates, Kevin MacDonald, Roland Emmerich.
Il est de la distribution de 5 films à sortir prochainement, dont le très attendu Jane Eyre de Cary Fukumaga. Et si j'insiste sur cet acteur, c'est parce qu'il me semble que les cinéastes sont de plus en plus exigeants lorsqu'ils distribuent leurs rôles, et qu'on revient à un cinéma où le plus grand soin est apporté à ces "petits rôles", et surtout que de plus en plus, ils prêtent attention aux "gueules".
J'ai quelques réserves sur le film, à cause de quelques thématiques annexes devant lesquelles je suis très dubitatif : quelques passages sur la religion sans que semble poindre une critique ; l'autodéfense qui semble être mise en avant ; la vengeance qui semble avoir la primauté sur la justice. Ce sont des petites réserves. Il en est une autre, qui est de la part du réalisateur, l'utilisation d'effets très appuyés, aussi bien dans la violence que dans l'espoir de rédemption. Mais pas de quoi nier les grandes qualités du film, à commencer par son interprétation.
C'est à juste titre que "Tyrannosaur" se retrouve couvert de prix : Prix du Public à Thessalonique ; Meilleur Scénario à Dinard ; Meilleur Réalisateur, Meilleur Acteur et Meilleur Acrice à Sundance ; Meilleur Premier Film aux Bafta (César britanniques) de Londres ; Prix de la Critique et Prix du Jury à Valenciennes ; Meilleur Film, Meilleur Réalisateur et Meilleure Actrice au Festival du Film Indépendant Britannique, etc...
Voilà, c'est un film d'une noirceur implacable, effrayant, fascinant, mais qui essaie d'être apaisant à son terme.
Un film qui nous rappelle que l'impasse sociale peut réveiller "l'animal intérieur" de chaque homme.

























