RetraitesUn grand air de "communication".

Depuis des mois, et pour ne pas dire davantage, on nous présente cette réforme comme absolument nécessaire, car à l'horizon 2050, la solution sera dramatique.

Mais surtout, le message qu'on nous fait passer, en France, est le suivant : celui qui va s'y coller devra être responsable, courageux, et ne pensera qu'à notre avenir.

Autrement dit, et c'est là que c'est très contestable, on nous présente les commentaires qu'il faudra faire après la réforme. Il faudra dire à l'unisson, sans qu'on sache ce qui sera décidé, que Nicolas Sarkozy, et accessoirement Eric Woerth, sont des hommes courageux, parce qu'ils auront pris à bras le corps, cette réforme fondamentale.

Pourtant, des questions majeures demeurent au préalable : quel sera le contexte exact en 2050 ? La période de crise actuelle est-elle le bon moment pour envisager sereinement, dans le consensus et l'esprit de dialogue, les négociations qui aboutiraient à une bonne réforme ? Répondre à ces questions serait pour le moins hasardeux.

En Allemagne, si Gerhard Schröder a perdu les élections, c'est parce qu'il a repoussé l'âge légal de la retraite à 65 ans et la durée de cotisation à 45 ans (ce que réclame le Medef par la voix de Laurence Parisot), nous rappelle Monica Queisser de l'OCDE. Il y a donc bien aussi un coût politique, et Nicolas Sarkozy, si attaché au pouvoir qu'il l'est, n'ignore pas ce goût politique. Il est acculé par le Medef, mais n'est peut-être pas prêt à assumer ce coût politique, ce qui est compréhensible. Pas facile d'être l'ami des patrons...

Le COR (Conseil d'Orientation des Retraites) a écrit un rapport en conformité avec les souhaits du Medef. Une intervention de l'Elysée aura permis, quand même, d'édulcorer le rapport, et de ne plus l'aligner sur l'Allemagne. Il faut dire que le Président du COR, Raphaël Hadas-Lebel n'est rien de moins qu'un ancien dirigeant du CNPF (ancêtre du Medef).

En France l'âge moyen de liquidation des pensions est aujourd'hui 61,5 ans pour un âge légal de 60 ans. L'exemple allemand (Angela Merkel a fait passer cet âge légal à 67 ans) fait réfléchir l'Elysée : en effet l'âge moyen de départ est aussi à 61,5 ans !

Concernant la durée de cotisation, la réforme de 2003 a déjà entériné une réforme fondamentale, puisqu'elle est indexée sur l'espérance de vie : à chaque fois qu'elle augmentera d'un an, il nous faudra cotiser un trimestre supplémentaire. Concernant la pénibilité, alors que c'est essentiel, en revanche, on n'entend pas grand chose...

Chacun s'accorde donc à dire qu'il n'y avait pas feu au lac ! Les gros soucis démographiques ne sont pas attendus - s'ils arrivent vraiment - avant les années 2030-2050. On précipite donc bien les choses.

L'OFCE, par la voix de Henri Sterdyniak, relativise : "la quasi totalité du déficit attendu en 2010 est imputable à la crise, qui entraîne une baisse mécanique des cotisations. Il serait donc exagéré de lancer une réforme définitive à partir de données conjoncturelles".

Si l'Etat supprimait une partie des 35 milliards € d'exonérations en tout genre accordées aux entreprises, et s'il élargissait l'assiette des cotisations à des revenus jusqu'alors exonérés (intéressement, participation, valeurs mobilières) le problème serait réglé pour un bon moment.

Pourtant, sur ces sujets, Eric Woerth est resté fermé comme une huître, et envisage surtout de siphonner une parti des 34 Milliards € du fonds de réserve que Lionel Jospin avait créé pour alimenter les besoins à partir de 2020. Comme quoi l'héritage des socialistes n'avait pas que du mauvais.

La "contribution additionnelle" évoquée par l'Elysée le 9 avril pourrait n'être qu'homéopathique, et les syndicats sont persuadés que cette douceur est avant tout destinée à faire passer la pilule de l'allongement de la durée de travail donnant droit à une retraite à taux plein.

Et il nous faut bien constater qu'il ne s'agit plus d'être "courageux", mais bien de complaire au Medef, et de se donner "des airs de courage" pour en récolter un hypothétique bénéfice électoral. De plus en plus hypothétique.

M'est avis qu'il s'agit bien là d'une grande opération de communication plus que d'une nécessité à réformer immédiatement. Nicolas Sarkozy doit s'attacher à récolter les commentaires qu'il souhaite entendre, plus que de porter une réelle réforme juste. Il ne veut pas porter une "réforme courageuse", puisqu'elle serait au détriment du Medef, mais se voir qualifier de "courageux" pour affronter les urnes en 2012 porteur d'un qualificatif en forme de forfaiture.