Super_8La nostalgie des blockbusters des années 1980.

Été 1979, une petite ville de l’Ohio. Alors qu'ils tournent un film de zombies en super 8, un groupe d’adolescents est témoin d'une spectaculaire catastrophe ferroviaire. Ils ne tardent pas à comprendre qu'il ne s'agit pas d'un accident. Peu après, des disparitions étonnantes et des événements inexplicables se produisent en ville, et la police tente de découvrir la vérité… Une vérité qu’aucun d’entre eux n’aurait pu imaginer.

Jeffrey Jacob Abrams (45 ans) est un touche-à-tout du cinéma. Réalisateur, acteur, scénariste, producteur. Connu d'abord pour les séries TV sur lesquelles il a travaillé (Felicity, Alias, Lost, Fringe...), et parfois qu'il a créées, a vite été appelé pour le cinéma. Scénariste, producteur, réalisateur (et parfois les trois en même temps), sur "A propos d'Henry", "Forever Young", "Armageddon", "Mission Impossible III", "Star Trek"... il revisite aujourd'hui le film familial des années 1980, le "block-buster" à pop corn et crème glacée,avec beaucoup de talent.

C'est d'évidence un hommage au cinéma de pur divertissement, dans la lignée de "ET", "Retour vers le furur", "Indiana Jones", etc... C'est riche en action comme en émotion, avec une nostalgie très palpable. Il pourrait devenir un classique de ce genre, imprimant un élan qui le remettrait au goût du jour.

Les "teen-agers" du film sont très convaincants, et c'est une des cartes maîtresses du film. Joël Courtney (Joe Lamb) dispose déjà de toute une palette de jeu, passant de l'effroi à l'émotion, de l'amusement à la profondeur sans la moindre difficulté. Par ailleurs, il fait tout à fait bien ressentir ses regards vers son enfance qui s'éloigne, ses craintes d'adultes en devenir qui le hantent. Il sera parfait en "Tom Sawyer" prochainement sur les écrans. On ne présente plus Elle Fanning, qui n'a pourtant que 14 ans, et qui ressemble à une petite Michelle Pfeiffer, avec les mêmes yeux bleus sur fond rouge, souvent larmoyants. Une petite poupée labellisée Hollywood depuis ses 3 ans, avec une belle filmographie derrière elle : "Babel" d'Innaritu et "Déjà Vu" de Tony Scott en 2006, "Benjamin Button" de David Fincher en 2009, "Somewhere" de Sofia Coppola début 2011. Nous le retrouverons bientôt chez Francis Ford Coppola et Andrei Konchalowsky. Elle est ici une Alice Dainard parfaite en égérie de la petite bande d'adolescents.

Les autres adolescents sont très convaincants eux aussi : Riley Giffiths (Charles Kaznyk) incarne le petit réalisateur en herbe plein de fougue et d'entrain, laissant deviner ses blessures. La peinture qui est faite de sa famille, foutraque et généreuse, est très réussie. Il est probable qu'il incarne aussi le vécu du réalisateur. Ryan Lee (Carey, le prodige en effets spéciaux, spécialiste es pétards), Gabriel Basso (Martin, le beau gosse qui le premier rôle de leur film) et Zack Mills sont au diapason, même si le réalisateur n'a pas totalement dépoussiéré leurs rôles de tous les clichés.

Kyle Chandler (le père de Joe) et Ron Eldard (le père d'Alice), deux comédiens venus surtout de la TV ont des rôles très intéressants. En effet, les deux teen-agers principaux sont orphelins de mère, et la paternité tient un rôle important dans le film, ce qui est un de ses intérêts. Et pas question ici de "tuer le père", mais bien de s'en rapprocher, corps et âmes. Et c'est très bien fait.

Enfin, il y a l'extra-terrestre. Le film est assez malin pour ne pas accorder grande importance à sa présence à l'écran, mais d'insister surtout sur le fait qu'il ne vient pas conquérir la Terre, ni s'affirmer belliqueux, mais tout simplement rentrer chez lui. Autrement dit, il n'est pas le coeur du film, mais le révélateur des craintes, des peurs et espoirs des hommes. Le rôle du mal est dévolu ici à l'armée américaine. Une charge plutôt inattendue, mais bienvenue, dans ce type de film.

Il faut retenir de ce film le portrait d'adolescents, leur pureté de sentiments, leur esprit frondeur et novateur, leur appétit de vie et leur incontestable créativité artistique. Sur l'écran un bon blockbuster familial, et dans le film la description de la réalisation d'un film de zombie en Super 8 par des adolescents, avec "les moyens du bord". Un très belle réflexion sur l'origine de l'amour du cinéma.

J.J. Abrams est un excellent conteur, fantastique enchanteur, qui sait, malgré certaines faiblesses de son scénario et quelques clichés sur ses protagonistes, combien le rêve et l'imaginaire peuvent sécher les larmes qui coulent sur les joues des enfants perdus.