Marilyn Monroe

Non, il ne s'agit pas de 1914-1918, ni de l'assasinat de Jean Jaurès !

Avec mon plus grand repect pour l'Histoire, et ma conscience aiguë du nécessaire "devoir de mémoire" qui m'incombe, je pense que la mort de Marilyn Monroe a été un événement important, à plusieurs titres.

D'abord, évidemment, l'actrice et chanteuse, qui sous la houlette des plus grands (Manckiewicz, Huston, Lang, Hathaway, Preminger, Wilder, Cukor, Hawks, Olivier...) a été une star unique et merveilleuse.

Il faut déplorer le temps qu'il aura fallu pour qu'elle soit reconnue pour l'artiste qu'elle a été. En France surtout, certainement à cause de Truffaut, il fallait être Hitchcockienne ou rien. Mais le temps a fait son ouvrage, et aujourd'hui, en dehors de quelques pisse-vinaigre, chacun s'accorde à reconnaître le large éventail de ses talents. Non, ses rôles n'étaient pas que ceux de la "ravissante idiote" et de la "blonde pulpeuse".

Puisque j'ai évoqué, à propos de sa reconnaissance par "la profession", le temps, et notamment le temps qui passe, il me semble que Marilyn Monroe aura été parmi les femmes qui en aura eu la plus vive acuité, la plus terrible angoisse. Sous cet aspect, je la trouve éminemment proustienne. Sa fragilité, et son obsession de la perfection qui en découlait, m'a toujours ému, lui accolant un inégalable magnétisme.

En dépit des poncifs, je pense qu'elle aura aussi été à sa façon - ou au moins sa carrière - un important moment de féminisme. Féminisme floué, certes, mais féminisme quand même ! Une actrice sublime qui aura été très drôle, très spirituelle. Bien davantage que femme fatale - avec Katharine Hepburn - un panthéon d'autodérision très rare à l'époque, très novateur.

Évidemment, la politique. Cette femme, cette Anna Karénine de Hollywood, cette Emma Bovary de Los Angelès,  était capable d'un amour immense et désespéré, un amour qui l'aura conduite dans les bras d'un Kennedy président, au point que le FBI, en son sommet, du fait d'un homme aussi trouble qu'elle, John Edgar Hoover (qui lui aura survécu 10 ans), s'y intéressa de très près, la considérant presque comme un danger communiste, comme une briseuse de pouvoir.

Si les Poilus nous touchent au plus haut point, si Jean Jaurès est une nécessaire référence, je pense qu'il y a dans chacune des personnes que j'aime, amis comme amants, un petit quelque chose de Marilyn Monroe. Cette fragilité particulière, cette apparente joie de vivre, ces rires éclatants, etc... qui dessinent toujours les contours flous des personnalités insaississables, imprimant une image erronée d'elles-mêmes, comme l'acte volontaire à leur survie.

Je ne m'exclus pas, effet de miroir oblige, de cette brève description des personnes troubles et troublantes, souvent d'un allant de tigre, dissimulant autant que possible, un bref vol de papillon.