Opium

L'amour perdu noyé dans les paradis artificiels.

Les amours contrariées de Jean Cocteau (Grégoire Colin) et Raymond Radiguet (Samuel Mercer), au début des années 1920.

La mort de Radiguet qui fait sombrer Cocteau dans l'opium. Un récit sous l'emprise de la drogue.

Une narration totalement dans l'esprit de Cocteau.

"Opium" est une comédie musicale dont les morceaux sont en fait des poèmes de Jean Cocteau sur lesquels ont été ajoutées des partitions pour en faire des chansons. On retrouve parmi les poèmes choisis par l'équipe du film des oeuvres importantes de Cocteau comme par exemple "Plain Chant", "L'Ange Heurtebise" ou encore "Oedipe Roi". Si l'histoire du film se déroule au début des années 1920, l'équipe n'a pas hésité à mélanger à la fois musiques du passé et musiques de nos jours pour donner au film un résultat unique découlant des oeuvres de l'artiste. C'est ainsi que l'on peut aussi bien entendre un quatuor à corde jouer que de la musique générée par ordinateur.

Opium - Ariellee Dombasle

Pour profiter de la concordance avec le cinquantième anniversaire de la mort de Jean Cocteau, Arielle Dombasle a voulu lancer la production de "Opium" le plus rapidement possible. Après une vonversation avec ses amis Patrick Mimouni et Philippe Eveno (tous deux co-scénaristes, le premier jouant le Docteur Blanche, le second Momo le Dealer)) elle en a parlé à son producteur François Margolin (lui aussi co-scénariste) qui a tout de suite adhéré à l'idée et a réussi à monter la production dans les temps désirés par la réalisatrice.

Opium - Grégoire Colin

Opium - Samuel Mercer

Je vais écrire ici, de façon délibérée et revendiquée, une chronique très subjective, pour de multiples raisons : il s'agit de Jean Cocteau que j'aime beaucoup, de partis-pris de réalisation que j'approuve, d'une période - le début de l'entre-deux guerres - qui m'intéresse, d'une sorte de "film culte" destiné à un public restreint auquel j'appartiens, d'Arielle Dombasle à la fois intelligente et poupée que j'apprécie beaucoup, d'une distribution rêvée, du côté bric-à-brac et débrouillardise avec des bouts de ficelles, etc...

 

Parmi les co-scénaristes du films, on compte Patrick Mimouni, à qui l'on doit "Ville Mauresque" (1992), "Le Traité du hasard" (1998), "Quand je serai star" (2004), participant tous de la même "geste cinématographique", assez "gay & underground", et qui a toujours suscité mon intérêt. On est ici un peu chez Jacques Nolot proposant en 2002 "La chatte à deux têtes".

Opium - Colin et Depardieu

Opium - Philippe Katerine

Il s'agit bien, avec "Opium", de rentrer dans un univers, celui de Jean Cocteau, Arielle Dombasle, Patrick Mimouni, d'une époque, de plusieurs formes artistiques, et de la drogue. On peut, ou ne pas, apprécier cet univers interlope et foutraque, y entrer ou ne pas. J'y suis entré de plain pied.

Impossible de ne pas mentionner la qualité des décors de Marine Prud'hon (qui joue aussi un petit rôle, celui du modèle féminin nu), des costumes, des images et de la photographie, des cadrages, et de certains dialogues piquants.

Opium - soirée 1

Opium - soirée 2

Ces dialogues entre personnages littéraires et artistiques talentueux sont servis par une brillante distribution, qui ferait pâlir bien des cinéastes ! Et je ne vais pas me priver du plaisir de les citer (presque) tous. Grégore Colin est Jean Cocteau ; Samuel Mercer est Raymond Radiguet ; Arielle Dombasle est Mnémosyne ; Niels Schneider (toujours aussi beau) est Marice Sachs ; Hélène Fillières est Marie-Laure de Noailles, Marisa Berenson est la Marquise de Casati ; Julie Depardieu (exquise) est NYx ; Anna Sigalévitch est la Peincesse de Polignac ; Philippe Katerine (toujours épatant) est Nijinski ; Audray Marnay est Coco Chanel ; Elodie Navarre (je l'adore !) est la Gitane ; Valérie Donzelli est Valentine Hugo : Jérémie Elkaïm est Étienne de Beaumont ; Patrick Mille (impeccable) est Paul Morand ; Élie Top (qui a aussi signé des dessins) est Gabriele d'Annunzio ; Farida Khelfa (toujours très belle) est Yvette ; Arielle Wizman (mordant) est Tristan Tzara ; Virgile Bramly est Man Ray ; Roland Menou (teigneux) est André Breton ; Yannick Mazzili est Diaghilev ; William Foucault est Bernard Grasset ; Virgine Thévenet est Missia Sert, etc... Et voilà bien ce qui fait "culte" : les personnages et les acteurs qui les incarnent.

Opium - Depardieu et Katerine

En mélangeant le singulier et le pluriel, en convoquant une distribution étincelante et grâce à un montage aussi kitsch et queer qu'inventif, la réalisatrice Arielle Dombasle signe un bel hommage à l'artiste disparu il y a cinquante ans.

Alors oui, le parti-pris du film de privilégier l'atmosphère, l'air du temps, les symboles, sur le récit et les personnages fait perdre à l'œuvre cette part fondamentale sans laquelle rien de tout cela ne saurait exister : la profondeur humaine d'une histoire d'amour vouée à la tragédie. Mais tenons compte qu'il ne s'agit là que d'une vision fantasmée de la liaison entre Jean Cocteau et Raymond Radiguet.

Le résultat n’attirera sans doute pas les foules (et il n'est pas là pour ça !), mais il y a une réelle invention dans ce "bricolage cinématographique" fauché, et un casting passionnant, "au vu du nombre de têtes de pipe, assez fumant" pour reprendre les mots de Pierre Vavasseur.

Objet bizarroïde pour happy few, potentiellement agaçant mais jamais rasoir, "Opium" dégage le charme étrange et capiteux d'une certaine liberté, pour ne pas dire d'une liberté artistique certaine.