Proust - Les intermittences du coeur
Les Intermittences du Coeur.

Ce n'est pas seulement le titre d'une des sections les plus émouvantes, au coeur de la Recherche du temps perdu de Marcel Proust (dans Sodome et Gomorrhe) ; cela devait initialement en être, selon l'un des projets de Marcel Proust ; le titre d'ensemble. On oublie trop souvent que Proust ne parle pas de la - mémoire et de ses intermittences, seulement pour des raisons métaphysiques, mais d'abord comme d'un déchirement intime, dans les relations humaines. La perte des êtres les plus chers, elle-même, nous l'oublions le plus souvent, et quand elle nous revient, involontairement, elle n'en est que deux fois plus douloureuse ; douloureuse par la perte qu'elle ravive, mais aussi par la culpabilité de l'oubli, qu'elle réveille.

Avant l'accident de son grand amour - Albertine - le Narrateur de "À la Recherche du Temps perdu" esplore une première fois la mort de sa grand-mère, les contre-allées du deuil.
Les quelques pages magnifiques, hilarantes et désespérées où il explore "l'étrange contradiction de la survivance et du néant" sont l'esquisse, c'est-à-dire l'essentiel, du futur grand chagrin de sa vie.
 
Rien n'est plus beau que ce deuil avant la lettre où la mort se fait connaître et dicte à l'écrivain naissant le goût de corriger la vie par la littérature.

« Elle était ma grand'mère et j'étais son petit-fils. Les expressions de son visage semblaient écrites dans une langue qui n'était que pour moi ; elle était tout dans ma vie... Elle ne me connaît plus, je ne la reverrai jamais. Nous n'avions pas été créés uniquement l'un pour l'autre, c'était une étrangère. »
Raphael Enthoven
Ayant moi-même été originellement éduqué et instruit par ma grand-mère, ce texte, issu de mon tome préféré de "La Recherche", m'a toujours particulièrement touché.
Raphaël Enthoven - après avoir publié avec son prère Jean-Paul, le "Dictionnaire Amoureux de Marcel Proust" - l'a brillamment récité (aussi bien que l'avait lu l'excellent Guillaume Gallienne, dans "Le Gai Savoir", émission du même Raphaël Enthoven, sur France Culture : http://www.franceculture.fr/emission-le-gai-savoir-les-intermittences-du-coeur-marcel-proust-2013-10-06), accompagné par Karol Beffa, compositeur et pianiste.
Et, ce qui ne gâte rien, qu'est-ce qu'il est beau, ce Raphaël Enthoven !
J'ai passé une excellente soirée, malgré la fièvre et les piqûres légèrement morphinées.
Merci à mon Prince of Persia, et d'y avoir pensé, et d'avoir dégotté deux très bonnes places.