Nymph()maniac - Volume 1

Forget about love.

La folle et poétique histoire du parcours érotique d'une femme, de sa naissance jusqu'à l'âge de 50 ans, racontée par le personnage principal, Joe (Stacy Martin incarne Joe jeune, Charlotte Gainsbourg incarne Joe adulte), qui s'est auto-diagnostiquée nymphomane.

Par une froide soirée d’hiver, le vieux et charmant célibataire Seligman (Stellan Skarsgard) découvre Joe dans une ruelle, allongé par terre, rouée de coups. Après l'avoir ramenée chez lui, il soigne ses blessures et l’interroge sur sa vie.

Seligman écoute intensément Joe lui raconter en huit chapitres successifs le récit de sa vie aux multiples ramifications et facettes, riche en associations et en incidents de parcours.

Et Joe de raconter son lien si solide avec son père (Christian Slater, très bien) qui lui a transmis l'amour de la nature, son lien si fragile avec sa mère (Connie Nielsen), ses masturbations de fillette et d'adolescente, son dépucelage avec Jérôme (Shia LaBeouf) avec qui elle entretiendra une relation si particulière, et toutes les aventures sexuelles qui défilèrent dans sa vie, nommant ses amis par une simple lettre, A, B, C... jusqu'à Monsieur H. dont l'épouse (Uma Thurman, époustouflante le temps d'une scène) ira même jusqu'à lui rendre visite...

Et Seligman d'écouter, osant d'audacieuses et pertinentes comparaisons de la vie sexuelle de Joe, avec la pêche, avec la suite de Fibonacci, avec des compositions de Jean-Sébastien Bach...

Lars Von Trier (LVT) a souhaiter faire un film d'environ 5H30, mais contre son avis, ce sont deux volumes qui nous sont proposés, d'environ deux heures chacun, et dans ces conditions, c'est prématuré et plutôt "injuste" de faire la critique d'une demi-oeuvre, qui plus est tronquée. Longtemps évoquée, la version soft de Nymphomaniac n'a finalement pas été montée. Le diptyque comporte ainsi des scènes explicites. Chaque distributeur national est néanmoins autorisé à flouter les parties génitales s'ils le souhaitent. Ceci dit, une oeuvre de Lars Von Trier, même dans ces conditions, suscite des remarques et génère des sensations qu'il est intéressant de partager. 

Des acteurs porno ont doublé les comédiens "traditionnels" pour les scènes de sexe. Pour que l'illusion soit parfaite, seuls les troncs des "traditionnels" ont été conservés, la partie du corps située en dessous de la ceinture - celle des acteurs porno - a été ajoutée numériquement. Ce prodige technique permet au réalisateur de filmer en plans larges aussi bien qu'en plans serrés.

Nympho - Charlotte Gainsbourg

 

Qui d'autre que Charlotte Gainsbourg pouvait interpréter la nymphomane Joe ? L'actrice française collabore pour la troisième fois avec le réalisateur danois. Les deux précédentes fois, cela avait été pour "Antichrist (2009) et "Melancholia" (2011). Deux films dans lesquels l'actrice incarnait déjà des rôles particuliers. Dans ce premier opus, toujours alitée, elle n'est qua la narratrice de sa sexualtié enfantine et adolescente, mais le charme opère toujours? C'est ainsi, il y a de grâce chez Charlotte Gainsbourg...

 

 

 

 

Nympho - Stellan Skarsgard

 

Qui d'autre que Stellan Skargard pouvait interpréter ce vieux confident du hasard ? L'acteur suiédois est en quelque sorte l'acteur fétiche de LVT, ayant joué pour lui dans "Breaking the Waves" (1998), "Dancer in the Dark" (2000), "Dogville" (2003), "Melancholia" (2011). Un acteur qui compte déjà 40 ans de carrière, connu et reconnu internationalement grâce à de belle prestations dans "L'insoutenable légèreté de l'être" de Philip Kaufman, "À la poursuite d'Octobre Rouge" de John McTierman (1990), "Will Hunting" de Gus Van Sant (1997), ses cinq contributions pour Lars Von Trier, "Pirates des Caraïbes" 1 & 2 de Gore Verbinsky (2006 puis 2007), "Millenium" de David Fincher (2011). J'aime son jeu "massif", sans esbrouffe, sans afféterie. En Seligman, il est bienveillant, jamais choqué, proposant une forme de rationalité à la nymphomanie. J'ai hâte de le retrouver dans le "Volume 2" puis dans "Railway Man" de Johnathan Teplitzky aux côtés de Colin Firth et Nicole Kidman.

 

 

 

Nympho - Stacy Martin

 

Qui d'autre qu'une jeune inconnue pour incarner la jeune Joe ? C'est ainsi que Stacy Martin, totalement inconnue jusqu'alors, actrice anglaise, incarne le premier rôle de ce long-métrage. Initialement mannequin, Stacy Martin a accepter de tourner de nombreuses scènes de nudité explicites (avec doublure), notamment en compagnie de Shia La Beouf. Souhaitons-lui le même accueil public que celui qu'ont reçu des actrices telles que Emily Watson, Bjork, Nicole Kidman et Charlotte Gainsbourg, qui ont bénéficié de pléthore d'acclamations grâce à leurs interprétations dans les films du réalisateur danois.

 

 

 

 

 

Nympho - Shia LaBeouf

 

Excellent choix que celui de Shia LaBeouf qui pourrait, avec son rôle de Jérôme, connaître un beau tournant dans sa carrière, tournant qu'il a commencé d'opérer, selon moi, avec "Sous Surveillance" de Robert Redford (2012) et plus davantage encore avec "Des Homme sans Loi" de John Hillcoat avec Tom Hardy (!), un film que j'ai beaucoup aimé, et salué ici-même. Durant les quinze premières année de sa carrière (déjà !) il a joué dans des films très anecdotiques, mais aussi dans "Un parcours de légende" de Bill Praxton (2004), "I-Robot" d'Alex Proyas (2004), "Constantine" de Francis Lawrence (2005), le très intéressant "Il était une fois dans le Queens" de Dito Montiel (2007), le techniquement irréprochable "Transformers" de Michael Bay (2007), "Paranoiak" (2007) puis "L'Oeil du Mal" (2008) tous deux de D.J. Caruso. Ce qu'il y a d'intéressant dans son rôle de Jérôme, alors qu'il est presque le plus froid des partenaires de Joe, c'est que c'est lui (au moins dans ce "Volume 1") qui suscite en elle les sentiments les plus particuliers, et qu'il y parvient sans jamais surjouer.

 

 

Nympho - Christian Slater

 

Quel plaisir de retrouver, enfin, Christian Slater dans un très beau rôle, celui du père de Joe, alors qu'il est l'acteur typique ayant sabordé sa carrière (30 ans de carrière à seulement 44 ans !) avec des films totalement inutiles, après avoir connu des débuts particulièrement prometteurs ! "Le Nom de la Rose" de Jean-Jacques Annaud (1986), "Tucker" de Francis Ford Coppola (1988), le très réussi "Pump up the volume" de Allan Moyle (1990), "True Romance" de Tony Scott (1993), "Entretien avec un Vampire" de Neil Jordan (1994), et depuis, des films tout juste moyens, sinon mauvais, en dehors de "Zoolander" de Ben Stiller, que j'aime particulièrement. Il campe un père d'une incroyable douceur, père illustrant un peu chez Joe, "le complexe d'Oedipe" dirait Freud, "le complexe d'Electre" dirait Jung. Quoi qu'il en soit, il est admirable en père attentionné, instruisant à sa fille la beauté du ciel, des arbres (surtout le frêne), des feuilles... admirable aussi dans une éprouvante scène d'agonie, avant de mourir à l'hôpital. J'ose espérer qu'il retrouvera, frâce à ce rôle, les chemins de la carrière qu'il mérite.

 

 

 

Nympho - Uma Thurman

 

Et je tiens à souligner "la" scène d'Uma Thurman, probablement la meilleure de ce "Volume 1", qui n'a rien de sexuel, où elle propose une prestation absolument remarquable, où accompagnée de ses trois jeunes fils, elle vient rejoindre son époux chez sa maîtresse, elle même déjà avec un autre amant, et crier sa haine à cette femme brisuse de vies, avec une hargne rare, cette colère si particulière, et si brillamment filmée, qu'on retrouve dans les films des réalisateurs du nord de l'Europe. Il faut être une actrice exceptionnelle pour réussir ce type de scène.

Comme je l'ai préalablement écrit, en attendant le "Volume 2", difficile donc de dire si le film est misandre ou misanthrope, féministe ou misogyne, philosexuel ou sexophobe, s'il est hors morale ou un conflit de morale...

Ce premier volume censuré tient la plupart de ses promesses, mais ne réconciliera pas les admirateurs et détracteurs d’un Lars von Trier toujours aussi provocant et controversé. Je dois dire que je compte parmi les admirateurs du travail de Lars Von Trier.

Le cinéaste danois livre avec "Nymph()maniac" une de ses oeuvres les plus puissantes et les plus dérangeantes. Un film qui ne laisse pas indemne, qui déplace des lignes intérieures profondes, qui a la puissance d'instaurer un bras de fer mental avec chaque spectateur, la vie sexuelle de Joe servant d'abord de trame à une de ces brillantes conversations cérébrales, en forme de dissection philosophique, d’une tristesse d’autant plus vénéneuse qu’elle se nimbe de douceur et d’innocence, et parfois même d'humour (le "Mea Vulva, Mea Maxima Vulva" de la jeunesse de Joe, il fallait le trouver !)

Avec sa chair triste, "Nymph()maniac" est un mélodrame glacial à la mystifiante beauté, d’une richesse cinématographique et d’une densité émotionnelle indéniables. Le réalisateur offre selon moi un portrait de femme assez inédit au cinéma, jusqu'au-boutiste, audacieux sans tomber dans le vulgaire, au grand dam de ses détracteurs. Excentrique, abonné aux scandales, il cache sous les oripeaux de la polémique une nature inquiète, mélancolique, misanthrope. Incapable d'abandon et de plaisir, mécanique et cérébrale dans son rapport au sexe, compulsive et autodestructrice, elle incarne l'autre visage de Lars von Trier. Preuve ultime qu'un artiste ne décrit jamais autre chose que lui-même.