Plein_SudDu passé, faire table rase...

C'est l'été, Sam 27 ans file tout droit vers le sud au volant de sa Ford. Avec lui, un frère et une soeur rencontrés au hasard de la route: Mathieu et Léa. Léa est belle, pulpeuse et archiféminine. Elle aime beaucoup les hommes, Mathieu aussi. Partis pour un long voyage, loin des autoroutes, en direction de l'Espagne, ils vont apprendre à se connaître, s'affronter, s'aimer. Mais Sam a un secret, une ancienne blessure qui l'isole chaque jour un peu plus. Séparé de sa mère depuis l'enfance, ce voyage n'a qu'un seul but : la retrouver.

Le nom de Sébastien Lifshitz me suffit pour aller au cinéma. Il me souvient toujours qu'il a réalisé "Presque rien" en 2000, et surtout le sublime "Wild Side" en 2004. 

"Plein Sud" sud est d'une incontestable beauté formelle, due notamment au Scope, qui permet des images sublimes. La bonne idée de Sébastien Lifshitz est de ne pas s'être arrêté à un genre précis, mais d'en avoir conjugué plusieurs : road-movie, teen-movie, beach-movie, revenge-movie... Et il s'en sort admirablement bien, inspiré probablement par Gus Van Sant, Larry Clarck, André Téchiné, entre autres, même s'il n'en atteint pas l'excellence. Cela viendra. Il parvient aussi à bien gérer les allers-retours dans le temps, et ses flash-back ne sont jamais trop lourds.

Un quart d'heure supplémentaire, pour s'attarder sur ce père trop tôt disparu, pour revenir sur ce frère trop discret, et pour s'attarder aussi sur quelques paysages, et quelques lenteurs, m'aurait bien plu.

Le casting est très réussi : Yannick Rénier ("Nue Propriété", "Welcome", "Nés en 68"...) est particulièrement doué, intériorisant ses douleurs et ses incertitudes dans un jeu sans esbroufe ; Théo Frilet, que nous avions vu lui aussi dans "Nés en 68" de Ducastel & Martineau, et pour la TV dans "Guy Môquet, un amour fusillé", confirme les espoirs portés sur lui ; Pierre Perrier, dont le réalisateur ne tire pas suffisamment parti, confirme lui aussi les promesses de "Douches Froides" et "Le héros de la famille".

Léa Seydoux, illustrissime patronyme de cinéma lié tant à Gaumont qu'à Pathé, est magnifiquement filmée, et fair preuve d'un réel talent. Mais les ambitions de Sébastien Lifshitz, qui voudrait synthétiser en elle le corps de Brigitte Bardot, le mystère de Vanessa Paradis, et la force d'Isild Le Besco, lui nuisent un peu. Elle ne parvient pas à exprimer la grâce qu'on lui avait vue dans "De la guerre" de Bertrand Bonello et surtout dans "La belle personne" de Christophe Honoré (sublime), tous deux sortis en 2008. Mais son avenir cinématographique ne fait aucun doute.

Pour compléter ce casting, les excellentes Nicole Garcia en mère déboussolée, et Micheline Presle en grand-mère affectueuse, dont la présence est toujours radieuse.

A mon sens, le film n'est pas suffisamment "tendu" parce que les protagonistes, psychologiquement, y sont trop succincts, en dehors de celui de Sam, auquel Yannick Rénier parvient à offrir une palette très riche. Il me tarde de le retrouver très bientôt dans "Une petite zone de turbulence" de Alfred Lot, avec entre autres Michel Blanc et Miou-Miou, puis dans "L'arbre et a forêt" de Ducastel & Martineau aux côtés de Guy Marchand, Françoise Fabian, Catherine Mouchet (géniale !) et Jacques Bonaffé ; puis encore dans "Pauline et François" de Renaud Fély avec Laura Smet. Et si 2010 était l'année cinématographique de Yannick Rénier, pour confirmer qu'il n'a rien à envier à son frère ?

Bref, le film aurait été perfectible, mais Sébastien Lifshitz, sans toutefois retrouver la puissance de "Wild Side", confirme son talent. Il sait filmer les peaux, les regards, les larmes, les corps, et les corps-à-corps, presque aussi bien qu'André Téchiné. Et je vous invite sans réserve à voir ce film, qui, gageons-le, en promet d'autres...