17_Filles"On n'est pas sérieux quand on a 17 ans".

Dans une petite ville au bord de l’océan, dix-sept adolescentes d’un même lycée prennent ensemble une décision inattendue et incompréhensible aux yeux des garçons et des adultes : elles décident de tomber enceintes en même temps. Ce film est inspiré d’un fait divers survenu en 2008. 

Muriel et Delphine Coulin, dont c'est le premier long métrage après des documentaires et cinq courts métrages, ont décidé de transposer à Lorient, la ville ou elles ont grandi, un fait divers de 2008 survenu dans la petite ville de Gloucester aux USA. Elles ont aussi co-écrit ensemble le scénario de ce premier long métrage.

Il a été très remarqué à Cannes dans la section "Semaine Internationale de la Critique" (où il a concouru pour la "Caméra d'Or"), au Festival de Sarlat, au Festival de Deauville (où il a obtenu le "Prix Michel d'Ornano"), et pour le Prix Louis Delluc.

Il s'agit là d'une thématique qui semble devoir être analysée, non plus comme un fait divers, mais comme un fait de société, notamment après "Juno" de Jason Reitman en 2008, avec un ton plus proche de celui de "Virgin Suicides" de Sofia Coppola en 1999.

C'est le manque d'espoir et d'avenir, le désir de devenir adulte immédiatement qui pousserait ces jeunes filles à cet idéalisme, à cette utopie qui consiste à faire "quelque chose ensemble" en devenant mères simultanément. Sans doute portent-elles un jugement très sévère sur l'égoïsme du monde adulte.

Les co-réalisatrices proposent donc une sorte de récit "social" et "sociétal", constamment filmé à hauteur d'adolescence, ce qui donne au film à la fois toute sa vérité, à la fois sa signature fictionnelle. Il porte aussi tout ce que peut contenir d'incohérences l'adolescence et sa crise chez certaines : d'un côté contester le monde adulte, d'un autre côté vouloir se hâter dans ce monde en revendiquant des responsabilités. Delphine et Muriel Cousin prennent soin de ne pas accabler ces jeunes filles, de ne pas les justifier : elles ne donnent aucune leçon de morale.

La ville de Lorient, son bord de mer, son ciel sa lumière et son vent, la bande originale du film lui confèrent un ton très particulier et très personnel : le commencement d'un style. Dans le cadre d'un premier film, c'est déjà très bien.

Vient ensuite le casting et l'interprétation. Du côté des adultes, ce sont Noémie Lvovsky (l'infirmière du Lycée) toujours parfaite, Florence Thomassin (la mère de Camille) avec son ton qui m'agacera toujours, et Carlo Brandt (le proviseur) qui les représentent, avec tout l'étonnement, l'inquiétude, et même le désarroi qui convient.

Du côté des jeunes hommes, les réalisatrices ont fait appel à Frédéric Noaille (Florian, le frère de Camille) et à Arthur Verret (Tom, un des camarades de classe des jeunes filles, et très probablement un des géniteurs malgré soi). Frédéric Noaille est parfait dans son rôle de frère aîné proche de sa jeune soeur, bouleversant en jeune soldat qui revient d'Afghanistan et porte haut la main ce qui m'apparaît comme le plus beau rôle du film, même si secondaire. Il sort du Conservatoire National Supérieur d'Art Dramatique et a joué précédemment dans "La Première fois" de Marie-Christine Mention-Shaar (2010), "Le Moine" de Dominik Moll (2011), "Un été brûlant" de Philippe Garrel (2011). Nous le reverrons bientôt dans "Bowling" de Marie-Christine Mention-Shaar. Nous en reparlerons très probablement, il pourrait bien avoir la dimension d'un Yann Tregouët. Arthur Verret, quant à lui, nous vient du Cours Florent. Il a précédemment joué dans "Les fautes d'orthographe" de Jean-Jacques Zilbermann (2004) et "Tel père, telle fille" de Olivier de Plas (2006). Il assume pleinement son rôle d'adolescent désorienté par l'attitude des filles de sa classe de première, et dispose d'un charme qui devrait le servir.

Enfin, du côté des jeunes filles, les réalisatrices ont pris le soin de mélanger des jeunes filles qui ne sont jamais passées devant la caméra, telle la très gracile et très convaincante Yara Pilartz (Clémentine) très convaincante de fragilité, Juliette Darche (Julia), que des jeunes filles pourvues d'une expérience : Louise Grinberg (Camille) que l'on a vue dans "Entre les Murs" de Laurent Cantet (2008) ; Roxane Duran (Florence) dans le rôle de la jeune fille qui n'est pas enceinte mais qui le fait croire pour appartenir au groupe, que nous avons vue dans "Le Ruban Blanc" de Michael Haneke (2006) et dans "Le Moine" de Dominik Moll (2011) ; Esther Garrel (Flavie), fille de Philippe et soeur de Louis, vue dans "La Belle Personne" de Christophe Honoré (2008) et dans "L'Apollonide" de Bertrand Bonello (2011) ; Solène Rigot (Mathilde, celle qui ne souscrit pas à ce projet de grossesse collective, mais qui reste proche de ses amies en les photographiant) vue dans "La Permission de Minuit" de Delphine Gleize. Muriel et Céline Coulin ont pris un soin particulier à faire travailler les jeunes filles ensemble, à les organiser en groupe, et le film en ressort bonifié.

Le film ne propose pas un sujet qui m'intéresse a priori, et toujours pas a posteriori, le féminisme s'inscrivant pour moi davantage "politiquement", et la sororité me paraissant souvent trop illusoire face au concept de fraternité. Même si je peux souscrire au rimbaldien "on n'est pas sérieux quand on a 17 ans", j'y vois comme la revendication d'une certaine irresponsabilité et d'un désaveu ferme du monde adulte et de ce qu'il propose, mais sans l'incohérence qui consiste à vouloir y entrer précipitamment.

Par ailleurs, la thématique de la grossesse, que ce soit chez des jeunes filles ou chez des femmes, que ce soit un projet individuel ou collectif ne suscite guère mon attention (sauf dans certaines formes d'appréhension, de crainte, de regret de la jeunesse qui s'en va, voire même de déni) car je peine à y voir un "accomplissement". Alors que la maternité et la paternité, c'est à dire ce qui commence APRÈS la naissance me semblent passionnantes.

Pour autant, je ne peux que saluer le travail remarquable de Muriel et Delphine Coulin, tant sur le choix de Lorient et l'utilisation de son atmosphère particulière, tant pour leur volonté de vouloir rester à hauteur d'adolescence, ce qu'elles réussissent remarquablement, que pour leur casting et leur direction d'acteurs, et surtout d'actrices dans un esprit de groupe.