La Cour de Babel

Ces adolescents étrangers, notre avenir.

Ils viennent d’arriver en France. Ils sont Irlandais, Serbes, Brésiliens, Tunisiens, Chinois ou Sénégalais... Pendant un an, Julie Bertuccelli a filmé les échanges, les conflits et les joies de ce groupe de collégiens âgés de 11 à 15 ans, réunis dans une même classe d’accueil pour apprendre le français. Dans ce petit théâtre du monde s’expriment l’innocence, l’énergie et les contradictions de ces adolescents qui, animés par le même désir de changer de vie, remettent en cause beaucoup d’idées reçues sur la jeunesse et l’intégration et nous font espérer en l’avenir...

"La Cour de Babel" est le premier documentaire de Julie Bertuccelli à sortir au cinéma. Présidente de la Scam depuis 2013, elle réalise habituellement des documentaires pour la télévision ("La fabrique des juges", "Un monde en fusion") et des longs-métrages de fiction, dont le magnifique "Depuis qu'Otar est parti"(Grand prix de la Semaine de la Critique à Cannes puis César du Meilleur Premier Film), et "L'Arbre" avec Charlotte Gainsbourg.

C'est lors d'un festival de films scolaires où elle officiait en tant que jury que la réalisatrice a rencontré Brigitte Cervoni, professeur de français au collège de la Grange aux Belles, dans le dixième arrondissement de Paris. Cette enseignante est en charge d'une classe d'accueil, autrement dit, une classe à destination d’élèves nouvellement arrivés en France mais qui ne parlent pas la langue. La réalisatrice confie avoir eu un coup de coeur pour la jeune femme et sa méthode d'enseignement : "Je voulais qu’elle soit dans le film, mais pas comme un des personnages du film. C’est venu petit à petit, au fur et à mesure que nous avancions dans le montage. Et j’aime bien le fait qu’on la voie de plus en plus, qu’elle devienne au fil du film « un personnage ». Elle n’en est pas le centre, mais l’armature. Elle devient un personnage parce que c’est elle qui fait vivre ensemble tout ce petit monde."

Pour les besoins de son documentaire, Julie Bertuccelli a filmé une année scolaire entière, se rendant en moyenne deux fois par jour dans cette classe d’accueil. La réalisatrice précise par ailleurs avoir filmé uniquement dans l’enceinte du collège, sans jamais s'immiscer dans l'intimité des familles : "Je voulais filmer une classe, comme un microcosme, et découvrir comment ces adolescents vivaient, parlaient, grandissaient ensemble. Ce qui se passe dans le cocon de cette petite communauté me semblait un révélateur suffisant de leurs personnalités et de leurs parcours." 

Le titre du documentaire sonne comme un détournement du mythe "La Tour de Babel". Cette Tour prend sa genèse dans un épisode de la Bible et fait référence à la punition que Dieu aurait infligée aux hommes de Babylone. Ces derniers avaient la particularité de parler une langue commune mais Dieu mit un terme à leur entreprise de construire cette Tour au sommet atteignant les cieux, en faisant parler une langue différente à chacun d'eux, si bien que personne n'a pu se comprendre. Dans le documentaire, la réalisatrice filme une classe d’accueil composée d’enfants venant de pays différents, et essayant d’apprendre une langue commune, le français.

Ils arrivent du monde entier et apprennent le français dans un collège parisien. Ce joli documentaire raconte leur intégration, leurs doutes, leurs espoirs. Attachants, drôles et touchants, ils sont l'âme de "La Cour de Babel", documentaire passionnant qui, 100% axé sur l'humain, invitera les ados à l'identification et suscitera émotion et réflexion chez les adultes. La cinéaste ne masque pas les problèmes et les traumatismes de jeunes héros au passé souvent lourd. Elle les transcende dans cette ode à l'enseignement et à la culture qui fait vraiment chaud au coeur.

Filmé sobrement, sans effets, mais avec rigueur, "La Cour de Babel" est un film qui console et revigore. Tout n’est pas perdu, dans ce pays qui paraît tellement se déliter. Un film qui dynamite les clichés et dont l'exigence formelle sert au mieux la lucidité du point de vue politique, social et humain.

Aucune sensiblerie, aucun pathos, que de l'émotion. Allez-y, c'est magnifique.