2_days_in_New_YorkAttention, ma famille débarque !

Marion (Julie Delpy) est désormais installée à New York, où elle vit avec Mingus (Chris Rock), un journaliste de radio, leurs deux enfants qu’ils ont eus de relations antérieures et un chat. Le couple est très amoureux ! Marion est toujours photographe et prépare son exposition. Son père, sa sœur et son petit copain (qui est en fait l’ex de Marion et qui n’était pas prévu du tout) débarquent à New York pour le vernissage. Le choc des cultures mais surtout les personnalités débridées des trois arrivants vont provoquer un véritable feu d’artifice entre Mingus, un vrai « newyorker », Marion disjonctée sur les bords, son père qui ne parle pas un mot d’anglais, sa sœur toujours en phase avec ses problèmes freudiens, et son petit ami… no comment ! Vous pouvez deviner la suite, ou pas…

Cinq ans après "2 Days in Paris", et après le bel intermède "Le Skylab", la touche à tout July Delpy nous revient, ayant changé de compagnon (Chris Rock en lieu et place de Adam Goldberg). Cette fois-ci, elle accueille aux USA son père, sa soeur, et de façon inattendue le copain de cette dernière (qui est aussi un de ses ex à elle), afin qu'ils assistent au vernissage de son exposition de photographies.

On le devine, il y a le "choc des cultures" qui s'annonce. Et ça commence fort, avec Jeannot (Albert Delpy) le père de Marion, qui reste bloqué 4 heures à la douane, ayant dissimulé dans ses bagages, des kilos de charcuteries et de fromages.

Et voilà, c'est parti sur un rythme infernal qui ne se ralentira pas jusqu'à la fin du film, rythme servi par des dialogues virtuoses en rafale, qui suscitent un enthousiasme communicatif. C'est à partir de la réalité que Julie Delpy, qui pourrait faire de chaque scène un petit drame, décide d'en faire autant de scènes cocasses, usant de l'absurde, de la fantaisie, de la cocasserie, et même du grotesque. Chaque scène et chaque personnage est assigné à la loufoquerie.

Les joutes verbales entre Marion et sa soeur Rose atteignent des sommets de cruauté hilarante. La bêtise de Manu (Alexandre Nahon, qui a par ailleurs co-écrit le scénario), ses interventions sans tact, aux confins de la grossièreté sont presque jubilatoires, et on se prend à aimer détester le ridicule du personnage.

Mais l'art de Julie Delpy, c'est aussi de trouver l'équilibre difficile entre certains thèmes graves et la légèreté de leur traitement. C'est ainsi que tout le film est aussi paré de mélancolie, offrant des moments où l'émotion emporte tout, sans prévenir.

La réalisatrice se révèle aussi très inventive : pour montrer sa famille visitant New York, elle choisit de faire défiler en un montage rapide, des photographies amateur de touristes ; pour évoquer le passé et l'absence de sa mère, elle choisit de mettre en scène un spectacle de marionnettes, avec poupées de chiffon, qu'elle montre à sa fille ; pour nous présenter le désarroi de Mingus, elle le fait dialoguer avec un Barack Obama en carton, auquel il se confie.

La distribution est épatante : Chris Rock est parfait de douceur (et il est beau, ce qui ne gâte rien) ; Albert Delpy est délicieux dans ce rôle sur-mesure, Alexandra Landeau (Rose) et Alexandre Nahon (Manu), tous deux co-scénaristes, s'en donnent à coeur joie. Et nous avons le plaisir de voir Daniel Brühl en militant écologiste surnommé "La Fée des Chênes", Dylan Baker ("Le dernier des Mohicans", "Celebrity", "Spider Man", "Requiem for a dream", "Le tailleur de Panama", "Dr Kinsey", "Les noces rebelles", et surtout acteur inoubliable dans l'excellent "Happiness" de Todd Solondz), et enfin, cerise sur le gâteau, Vincent Gallo !

Je dis et j'écris souvent qu'au cinéma je n'aime pas les "comédies". En effet, les "Jet Set", "La vérité si je mens", "Pédale Douce", "Camping", "Bienvenue chez les Ch'tis", "Les Intouchables"... me désolent et m'ennuient profondément. On peut y voir une forme snobisme, et ça m'est égal : ça ne me fait pas rire, point. Mais il existe des comédies, venues de Grande Bretagne, de Belgique, d'Espagne, des USA, etc... qui me ravissent. "Le Skylab" de Julie Delpy, pour ne citer que cet exemple assez récent, et "bien de chez nous", m'avait déjà conquis. Et encore une fois, Julie Delpy, avec "son visage venu de la Renaissance", qui se permet toutes les horreurs, m'a conquis de nouveau.

Et puis, "2 Days in New York" a des airs de petit film artisanal qui vient emmerder les grands dans la cour, qui me plaît beaucoup. Un parfum de liberté s'en dégage, le charme loufoque et fantaisiste opère, et on repart avec un petit goût de bonheur, en ayant bien observé, en ayant bien ri, et en ayant vu un petit bout de soi-même, le petit bout qui porte sa part d'universalité.