The We And The I

C'est la fin de l'année scolaire.

Les élèves d’un lycée du Bronx grimpent dans le même bus pour un dernier trajet ensemble avant l’été. Le groupe d'adolescents bruyants et exubérants, avec ses bizuteurs, ses victimes, ses amoureux… évolue et se transforme au fur et à mesure que le bus se vide. 

Les relations deviennent alors plus intimes et nous révèlent les facettes cachées de leur personnalité…

Michel Gondry nous propose un film passionnant, qui le temps d'un trajet en bus nous plonge dans l'univers d'adolescents du Bronx, qui commence avec le "nous" collectif et ses attitudes régies par l'effet de groupe, au "je" plus intime, qui laisse sa place aux confidences, aux questionnements, aux confidences.

Le réalisateur évite beaucoup d'écueils et de clichés : au prétexte que nous sommes dans le Bronx (qui n'est pas présenté comme un ghetto sordide), il se dispense d'une bande musicale axée uniquement sur le "gros" rap ; aucun élève ne fait de remarque sur le jeune couple homosexuel ; les adolescentes ne se laissent pas marcher sur les pieds et sont considérées par les garçons comme des égales ; l'utilisation des textos que s'envoient les uns et les autres est très intelligentes ; les conversations sont celles de tous les adolescents (soirées, jobs d'été, amours...) ; le film évite la lourdeur sur les "cas sociaux" et la drogue ; ces jeunes ne sont pas bling-bling comme dans les clips ; etc...

Comme dirait Michel Tournier, on glisse de l'extime à l'intime, en regardant défiler les rues du Bronx, au gré de conversations diverses et presque anodines du quotidien, et le jeu des jeunes comédiens amateurs évite toutes les caricatures.

Le défi technique du huis-clos est hautement relevé, multipliant les axes et les points de vue, parvenant à créer plusieurs lieux dans ce même bus, grâce au contenu des diverses conversations aux répliques qui fusent.

Je conseille vivement ce film, auquel le bouillonnement de la jeunesse donne beaucoup de saveurs, et qui propose des portraits d'adolescents loins des petites cases dans lesquelles certains voudraient à tort les remiser.