Camille redouble

Retrouver le temps perdu...

Camille (Noemie Lvovsky) a seize ans lorsqu’elle rencontre Eric (Samir Guesmi). Ils s’aiment passionnément et Camille donne naissance à une fille, Mathilde (Esther Garrel)…
25 ans plus tard : Eric quitte Camille pour une femme plus jeune.
Le soir du 31 décembre, Camille se trouve soudain renvoyée dans son passé.
Elle a de nouveau seize ans. Elle retrouve ses parents, ses amies, son adolescence… et Eric.

Va-t-elle fuir et tenter de changer leur vie à tous deux ?
Va-t-elle l’aimer à nouveau alors qu’elle connaît la fin de leur histoire ?

Il arrive souvent - presque toujours en fait - que les comédies françaises soient sur-estimées par la critique française, et que l'on soit déçu par le fond maigrelet contenu dans ces comédies. Autant le dire tout de suite, ce n'est pas le cas de "Camille redouble", qui s'avère être bien davantage qu'une comédie.

Alors certes, il y a beaucoup de cocasserie à voir Noémie Lvovsky et Samir Guesmi incarner des jeunes de 16 ans. Mais on s'y fait très vite, et on se laisse embarquer avec plaisir.

Même si l'on pense à "Peggy Sue s'est mariée" de Francis Ford Coppola en 1986, force est de constater que Noémie Lvovsky y a mis beaucoup d'elle-même : passion pour le métier de comédienne, alcoolisme, émoi permanent devant le temps qui passe, chagrins familiaux, etc... et ces petits aspects autobiographiques sont traités avec beaucoup de délicatesse, loin de toute mièvrerie.

Elle est impeccable, et s'entoure d'une distribution remarquable. Samir Guesmi est épatant, comme à son habitude ("Andalucia" de Alain Gomis, "Bancs Publics" puis "Adieu Berthe" de Podalydès, "Un Conte de Noël" de Arnaud Dépleschin, etc...). Ses copines Josepha (Judith Chemla), Alice (India Hair), Julia Faure (Louise) sont fraîches à souhaits ; ses copains Vincent Lacoste (Vincent) et Anthony Delgado, tous deux découverts dans "Les Beaux Gosses" n'ont rien perdu de leur jeu subtil.

Ses parents sont incarnés par Yolande Moreau et Michel Vuillermoz proposent des interprétations remarquables et particulièrement émouvantes. "Une petite cantate" de Barbara, qu'ils interprètent avec beaucoup de timidité est une des plus belle scène du film.

On retrouve brièvement mais brillamment, dans le rôle des professeurs, Anne Alvaro et Mathieu Amlaric. Denis Podalydès se voit offrir le rôle d'enseignant le plus étoffé, et comme toujours, il est parfait. Lui aussi, face à une chanson de Barbara, "Dis, quand reviendras-tu", dégage une très vive émotion.

Enfin, presque symbole du temps, et donc du film, un Jean-Pierre Léaud, qui dans son petit rôle d'horloger, offre au film deux scènes remarquables.

"Camille Redouble" est peut-être un film sans prétention. Et c'est probablement ça qui a permis à Noémie Lvovsky d'en faire un film qui ne bâcle pas sa thématique universelle : le temps qui passe, la jeunesse perdue, l'impossibilité de changer le passé. Grâce à un scénario bien ficelé, à des dialogues parfaitement ciselés, à une mise en scène sans esbroufe, et une interprétation, des plus petites apparitions aux rôles principaux, en tous points remarquable.

Ce "temps retrouvé" que propose Noémie Lvovsky est un petit bijou.